Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)


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Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)

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Allemand

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MessageSujet: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Ven 26 Juin - 1:24

Heinz n'avait jamais été un gros buveur.

Il y avait plusieurs raisons à cela : l'alcool coûtait cher et pendant longtemps, il n'avait pas eu d'argent à gaspiller ; l'alcool était servit dans des cafés où on fumait beaucoup, ce qui le faisait tousser ; enfin, Heinz n'avait jamais tenu l'alcool, ce qui, en ce quatre Mars, lui paraissait soudain d'une importance notable. Capitale, même. Vitale, peut être pas, mais tout de même, voilà bien trois... ou quatre... minutes qu'il fixait le plafond avec la certitude que ce n'était pas celui de sa chambre. L'hôtel où il logeait, rue Carnot, avait des faux plafonds très blancs, et celui ci était en bois très brun. Pas besoin d'être tout à fait sobre pour ne pas voir la différence.

La deuxième chose que Heinz avait remarqué était sa presque nudité. Presque, parce qu'il avait gardé ses chaussettes, ce qui était plus étrange encore que le plafond : il détestait dormir avec des chaussettes. Même en hiver, même dans un appartement de loque étudiante, il avait toujours dormi pieds nus.
Il avait alors conclu que quelque chose d'étrange avait dû se passer. Pourquoi avoir pris la peine de se déshabiller sans enlever ses chaussettes ? C'est à ce moment là qu'il avait ré ouvert les yeux et surtout, tourné la tête. A gauche, un bout d'armoire étrangère, sans trop d'intérêt après la découverte du plafond. Bon. Il fit pivoter lentement sa tête vers l'autre côté -mais vraiment lentement parce qu'il se sentait pâteux comme pas possible- et découvrit...

...

... jawohl.

Il y avait un homme dans le lit.
Il y avait un homme nu dans le lit.
Et c'est à ce moment là que Heinz, en additionnant deux et deux et quelques histoires de choux et de roses, ainsi qu'en essayant (assez difficilement) de se rappeler de la soirée de la veille (ça reviendrait sans doute quand il n'aurait plus aucune envie de le savoir), compris pourquoi le plafond était bizarre, pourquoi l'armoire était bizarre, pourquoi ses chaussettes étaient bizarres et pourquoi globalement il se sentait encore plus bizarre qu'après une de ses rares cuites entre SS. Alors il lâcha un "pfouuuuuuuuu" sonore, puis un court regard sur sa droite pour vérifier que... que... enfin, on allait l'appeler Jean -tous les Français s'appelaient Jean, ou presque- n'était pas réveillé. Il dormait toujours.

Est-ce qu'il ne ferait pas mieux de s'enfuir en douce avant qu'il ne se réveille ? Heinz se retourna complètement dans les draps pour lui faire face. C'était tout de même une situation très problématique. S'il avait pu avoir l'esprit clair ! Mais là, maintenant, il avait très envie de se rendormir.

C'est évidemment à ce moment là que Jean ouvrit les yeux.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Ven 26 Juin - 21:19

Tous les Français ne s’appelaient pas Jean, malheureusement. Apollinaire, alias Paul, se serait estimé heureux si ses parents lui avaient donné ce prénom, ou un prénom du même genre, tout aussi classique et ennuyeux. Mais pour le moment, il ne se souciait absolument pas du nom inscrit sur l’Etat Civil. Il dormait du sommeil du juste, parfaitement détendu. Il restait rarement si longtemps au lit, mais les circonstances étaient particulières. Et si Heinz ne s’était pas mis à souffler, à et s’agiter sous les draps, Paul ne se serait certainement pas réveillé avant un bon moment. Dérangé par les soupirs et les mouvements de son voisin, il fronça les sourcils, tenta de rattraper son sommeil en fuite, puis, en désespoir de cause, ouvrit les yeux. Il les referma presque aussitôt et leva la main droite jusqu’à sa tempe. Un mal de tête fort désagréable s’était réveillé en même temps que lui, et il regretta de ne pas être resté plus longtemps dans les brumes du sommeil.

Il réprima un soupir, puis rouvrit les yeux. Il ne fut pas complètement surpris de découvrir un homme à ses côtés. A partir du moment où il avait ouvert les yeux, des bribes de souvenir avaient commencé à lui revenir, peu à peu. Il se rappelait vaguement du bar où il avait croisé son compagnon, et de la manière dont s’était terminée la soirée. Agréable, ce souvenir, d’ailleurs. Paul n’avait pas eu de compagnon depuis plusieurs années, et les relations qu’il avait eues avec des femmes, en arrivant à Montreuil, l’avaient laissé insatisfait. Il se redressa sur un coude. Sa soirée comportait malheureusement de nombreux trous. Il ne se rappelait même plus du nom de son amant.

Il observa son compagnon un bref instant, sans mot dire. Il portait habituellement des lunettes, pour reposer ses yeux, mais il n’était pas myope.

"Bonjour" dit-il finalement, d’une voix un peu pâteuse.

C’était indéniablement la meilleure façon de démarrer la conversation.
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Allemand

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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Dim 28 Juin - 0:46

Bon. Autant pour la fuite.

Pendant un moment, Heinz, un peu lent au réveil, se demanda dans quelle merde il s'était mis. Ce n'est pas comme s'il n'avait jamais su qu'il entretenait des pensées quelques peu coupable, mais jamais il n'avait fait quoi que ce soit avec un homme. Une partie de lui avait toujours hurlé que c'était dégoûtant, illégal (et donc immoral) et surtout, la seule description qu'il avait lu sur le sujet lui avait fait conclure que ça ne pouvait décidément pas être agréable de toute façon.

Et puis, comme le temps de réponse commençait à devenir un peu long, Heinz décida qu'il faudrait peut être qu'il dise quelque chose. C'est donc un "Hallo" plus ou moins automatique, plus pâteux que moins et certainement moins que plus français (si vous arrivez à comprendre cette phrase du premier coup, chapeau) qui passa dans sa bouche d'endormi. Il ne lui vint même pas à l'esprit que son... enfin que Jean ai pu prendre ombrage de sa nationalité.

Heinz était occupé à penser à autre chose, à savoir à tenter de se rappeler si ça avait été décidément pas agréable ou non. En tout cas, il se rappelait qu'il avait dû lever la tête pour embrasser (être embrassé par) l'autre, et qu'il s'était plus ou moins laissé tomber sur le lit (ou on l'avait poussé ?). Il fronça légèrement les sourcils alors qu'il fixait Jean avec un grand intérêt, comme dans l'espoir de trouver sur ses rides naissantes le début d'une explication.

Puis, il lui vint à l'esprit qu'il était mardi et qu'il aurait dû être déjà au bureau. Partir, rester ? Il ouvrit de nouveau des yeux qu'il venait de refermer. Bah, c'était lui le patron de toute façon. Il n'aurait qu'à dire qu'il était malade.
Ce qui n'était pas si faux. L'homosexualité, ce n'était pas une maladie ? Heinz se sentit un début de nausée. Tout ça n'annonçait rien de bon pour son matricule et, plus l'effet du sommeil s'estompait, plus il avait l'impression d'avoir les activités de la nuit précédentes imprimées en lettres capitales sur son front. En plus, il avait toujours été nul pour ce genre de moments et n'avait aucune idée de ce qu'on devait raconter à un gay au réveil. Surtout qu'ils s'étaient déjà dis bonjour, et que cela rendait la suite à peine plus facile.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Lun 29 Juin - 0:09

Paul fut obligé d’attendre un moment avant d’obtenir une réponse, mais ne s’en formalisa pas. S’il se fiait à ses souvenirs, son compagnon était aussi gris que lui quand ils avaient quitté le bar. En conséquent, le malheureux devait à présent se battre contre la gueule de bois, comme lui-même. Il lui laissa donc le temps de rassembler ses idées, et tenta de raccorder ses propres souvenirs. C’était assez difficile, avec sa migraine naissante, mais il parvint malgré tout à reconstruire mentalement une bonne partie de sa soirée. Ce fut ce moment que choisit Heinz pour le saluer. Paul se figea, et adressa à son compagnon un regard incrédule.

Minute. C’était bien un « Hallo » qu’il venait d’entendre ? Un « Hallo » bien allemand, qu’aucun Français digne de ce nom n’aurait marmonné au réveil, à plus forte raison avec une gueule de bois ? Paul fronça les sourcils. Peut-être qu’il avait mal entendu. Peut-être qu’il s’agissait d’un « salut » à moitié avalé. Peut-être... mais le Français n’y croyait pas. Après un instant d’hésitation, il se redressa pour de bon et, une fois assis, fixa son compagnon, avec l’air sévère qu’il réservait d’ordinaire à ses élèves. Un Allemand. Il s’était rendu dans un bar fréquenté uniquement par des Français, et c’était un Allemand qui avait finalement partagé son lit. Il ferma les yeux et passa une main sur son visage, comme si ce geste avait la moindre chance de chasser sa gueule de bois. Seigneur, il n’avait rien fait pour mériter ça.

Il rouvrit les yeux et tenta de capter le regard de son compagnon. Il était en train de faire des suppositions sur un pauvre mot, à l’aspect vaguement allemand mais complètement mâché. Peut-être qu’il était en train de faire fausse route. Néanmoins il se demanda, l’espace d’un instant, en quelle langue il était censé parler. Il opta pour le français. Il n’avait vraiment pas le courage d’aller chercher son vocabulaire allemand dans les recoins de sa mémoire.

Il se frotta le front.

"On est chez moi" commença-t-il. "Quartier du Marais, au cas où tu te poses la question"

Il se pencha vers son compagnon. Il se demandait vraiment ce qu’il était censé dire ensuite. Il ne faisait jamais le premier pas, d’ordinaire, et il se réveillait à côté d’hommes qui avaient l’habitude de ce genre de situation.

"Comment tu te sens ?" demanda-t-il simplement, après quelques secondes de silence.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Lun 29 Juin - 1:40

Il ne s'était pas posé la question, en tout cas pas aussi clairement. Mais Heinz était tout de même content de le savoir. Ça ne l'avançait pas à grand chose, mais au moins avait-il une idée de sa position à moins de vingt kilomètres près.

"Dan... merci," répondit-il. Il comprenait parfaitement bien le français de l'autre, mais n'avait pas le réflex de le trouver dans sa propre bouche. Cependant, il avait tout à fait remarqué que son compagnon d'un soir n'avait pas été enchanté de sa réponse précédente. Heinz trouva cela un brin blessant. Ce n'était pas comme s'il avait caché sa nationalité ! L'idée de la fuite lui paru de nouveau excellente. Puis, il se dit que peut être, c'était juste de la surprise et que Jean ne la trouvait pas si désagréable, mais qu'il avait cet air quand il était étonné. Pas impossible.
Après tout, il ne connaissait même pas son vrai nom, alors connaître ses expressions !

L'effet était là, tout de même. Un rattrapage en français. Peut être que Jean y serait sensible et verrait qu'il ne lui voulait pas de mal et respectait assez sa culture pour connaitre sa langue... bien qu'un simple merci soit insuffisant pour en juger.

La question qui suivit le laissa vraiment au dépourvu. Il en était encore à se la poser lui même et la réponse demandait un examen approfondi de la situation ; devait-il s'intéresser d'abord à l'inconfort moral de tout ça ou à son ressenti physique ? S'il pouvait au moins se rappeler de tout !

"... pas réveillé et mal à la tête," finit-il par croasser, histoire de meubler avant de le savoir vraiment. Même si ce n'était probablement pas ce que voulait savoir Jean, dont la soudaine proximité n'aidait en rien la réflexion.

Il supposait que physiquement, ça allait. Il n'avait pas mal. Peut être que quelques courbatures figeaient ses muscles, mais pas de vraie douleur. Quant à ses sentiments, et bien... l'inquiétude quant à son avenir primait probablement sur le reste.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Jeu 2 Juil - 14:10

Paul ne fit aucun commentaire quand Heinz le remercia, mais les ridules qui marquaient son front se creusèrent, jusqu’à devenir de véritables rides. Il faisait pourtant des efforts pour ne pas montrer à quel point il était soucieux et contrarié. Il n’avait plus aucun doute sur la nationalité de son compagnon, et commençait à regretter sérieusement son escapade de la veille. Les Allemands ne lui inspiraient aucune confiance, et il ne portait pas franchement les nouveaux habitants de Montreuil dans son cœur. Malheureusement, aucun retour en arrière n’était possible. Amer, Paul songea que toute la prudence dont il avait fait preuve ces dernières années n’avait servi à rien. Quelques verres d’alcool avaient suffi pour qu’il livre son plus lourd secret à un homme dont il ne connaissait ni le nom, ni l’occupation, et qui, comble du comble, faisait partie du camp ennemi.

Il réprima un soupir. Au moins, il pouvait compter sur la discrétion de l’Allemand, qui se trouvait exactement dans la même galère que lui, et qui pouvait s’attirer de très graves ennuis s’il ne tenait pas sa langue. Paul s’accorda un instant pour rassembler ses idées. A ce rythme, le dialogue risquait de prendre des heures, et le Français se surprit à espérer que l’Allemand s’en aille sans attendre, pour vaquer à ses tâches habituelles. Comme son compagnon ne semblait pas s’inquiéter de l’heure, il se décida à briser de nouveau le silence.

"Je ne suis pas mieux loti, à vrai dire"

Il était peut-être temps qu’il se présente. Il ne se rappelait pas avoir donné son nom. Autant suivre les étapes logiques. Après l’habituel « bonjour » et le courtois « comment allez-vous ? » venait l’heure des présentations formelles.

"Je ne sais pas si je t’ai déjà donné mon nom"

C’était faux. Mais c’était plus poli que d’avouer qu’il lui avait sauté dessus sans se soucier de son identité et sans même s'être présenté. Avec un peu de chance, l'Allemand gardait un souvenir des événements de la veille plus confus que le sien.

"Je m’appelle Paul" dit-il simplement, dans un souffle.

Il se pencha un peu plus vers Heinz, sans se soucier de la gêne qu’une telle proximité pouvait engendrer. Au fond de lui, il désirait précisément tester son compagnon, pour savoir à quoi s’en tenir à son sujet.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Dim 5 Juil - 0:32

Oui, non, peut être, trop lent de toute façon. Et puis se taire et écouter, Heinz avait toujours trouvé ça bien. On évitait de dire des bêtises ou de trop se faire remarquer. Dans le cas présent, c'était surtout parce qu'il ne savait pas trop quoi répondre qui ne soit évident... et puis, il était incapable de se rappeler de si l'autre lui avait effectivement donné son nom. Autant le croire sur parole, au point où on en était !

Finalement, il ne s'appelait pas Jean. Paul, c'était bien aussi, même si moins typiquement français. De toute façon, le nom avait peut d'importance ; c'était le don qui était presque touchant. Pendant un moment, il avait crut voir sur son visage que Jean -Paul- avait espéré quelqu'un d'autre. C'était logique, mais quelque peu blessant. Personne n'avait envie de se faire jeter après une première nuit, d'autant que Heinz voulait mettre les choses au clair avant de partir. Il voulait savoir si oui ou non, il tenait la preuve que son homosexualité était un cul de sac non seulement point de vu gamins à l'arrivée, mais aussi pour ce qui était plaisir.

Alors, quand Paul lui eu donné son nom et commença à se pencher vers lui, Heinz décida que c'était le bon moment pour en avoir le coeur net. Ils étaient censés avoir fait pire, non ? Mais cela n'empêcha pas Heinz de viser presque à côté, parce que les baisers timides + engagés sur un coup de tête = (souvent) à un truc qui touchait plutôt le bord des lèvres que la bouche elle même. Et trop vite pour vraiment en profiter. Ceci dit, Heinz découvrit rapidement qu'un tel mouvement n'était pas inutile étant donné qu'il s'était... un peu... beaucoup peut être rapproché de Paul.
Autant pour le baiser, meilleure idée : aller planquer son nez dans le creux de son cou et se lover contre l'autre loque alcoolisée. C'était peut être pas très élégant, mais cela permettait de cocher une case sur le long formulaire des questions en suspens. Le contact était loin d'être désagréable et il aimait bien l'odeur de transpiration mâle qui se dégageait de l'épaule de Paul.

"Heinz," finit-il par répondre, sans relever la tête. Au moins ne verrait-il pas l'expression de Paul quand il aurait une nouvelle preuve de sa nationalité.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Dim 5 Juil - 22:33

Paul attendit un bon moment avant que l’Allemand se présente à son tour. Il se demanda si son compagnon avait compris sa question implicite, et combien de verres il avait descendu la veille. Il n’était pas impossible qu’il soit complètement dans le brouillard. Ou perdu dans ses propres pensées. Ou affublé d’un prénom allemand aussi rare que l’Apollinaire français. Ou les trois à la fois. Dans tous les cas, le presser ne rimait à rien. Il répondrait à la question en temps et en heure, il suffisait d’attendre. Paul laissa ses propres pensées partir à la dérive. Il se demanda si Camille était toujours aussi fâchée. Il espérait qu’elle n’allait pas débarquer dans la minute pour lui présenter des excuses – il ne tenait pas particulièrement à ce qu’elle le trouve au lit si tard, avec la gueule de bois, et un Allemand par-dessus le marché.

Perdu dans ses rêveries éveillées, il n’avait pas vu Heinz amorcer un mouvement dans sa direction, et cilla quand il réalisa que l’Allemand était tout près de lui, presque assez proche pour l’embrasser. Il ne bougea pas. Il ne se pencha pas davantage vers lui, pour lui faciliter la tâche, mais ne recula pas non plus. Il attendit, tout simplement, un peu sur le qui-vive. Il se détendit quand l’Allemand abandonna ses lèvres au profit de son cou, et s’installa plus confortablement, vu que son compagnon ne semblait pas décidé à partir pour le moment. Contrairement à lui, Paul savait à quoi s’en tenir, et trouvait très agréable d’avoir un homme si près de lui, en dépit de la nationalité de l’homme en question. Il retint un soupir d’aise et effleura le flanc de son compagnon, du bout des doigts, avant de rompre le contact.

L’Allemand venait de répondre. Heinz.

"Heinz" souffla Paul, comme pour être sûr.

Il se surprit à caresser à nouveau la peau de l’Allemand. Pour la deuxième fois, il interrompit presque immédiatement son geste, et se morigéna en silence. Sa gueule de bois n’excusait rien, et il était irrité de ne pas parvenir à se contrôler. Certes, Heinz avait établi le contact en premier, jusqu’à lui souffler dans le cou, mais Paul avait compris qu’il ne devait pas voir des signes partout.

"Pourquoi es-tu à Montreuil ?" demanda le Français, histoire de détourner l’attention de son compagnon.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Lun 6 Juil - 23:44

La seule réponse qu'obtint Paul fut un "Hm hm" étouffé. En effet, Heinz paraissait plus intéressé par son sens du toucher que par son ouïe, ou peut être pensait-il se rendormir contre le Français. Ou les deux à la fois, ce qui était fort probable. Il préférait se concentrer sur ce qu'il devinait être des doigts et qui tendait à se promener sur sa peau. Et envoyait des frissons très agréables.
Et ne posait pas des questions gênantes, comme Paul était en train de le faire. Heinz était assez réveillé pour se douter que la vérité risquait encore de causer des soucis.

"Je suis là pour le travail,"
dit-il en changeant légèrement de position. Il s'enfonça un peu plus sous les draps pour poser sa tête sur la poitrine de Paul et ferma de nouveau les yeux. "Je fais des papières*."

Ceci dit, l'intérêt de Heinz n'était pas particulièrement attiré par cette conversation hautement intéressante. Il avait l'habitude de tout intellectualiser et ses sentiments du moment n'y échappaient pas ; son problème restait de savoir si oui ou non la nuit précédente avait été une bonne expérience. Le réveil, en tout cas, était physiquement agréable. Sentimentalement, un peu de bonne humeur aurait probablement rendu les choses plus simples. En tout cas, l'Allemand fronça légèrement les sourcils quand la caresse tant attendue ne revint pas.

"C'est pas très important," ajouta-t-il avant que Paul ne lui demande des précisions fort mal venues, auxquels Heinz aurait fini par répondre un "on baise ?" expéditif, mais qui aurait eu l'avantage de couper court aux problèmes d'identités diverses ainsi qu'à ses propres interrogations.
Sauf que Heinz était timide, prude et que de toute façon, il ne savait pas le dire aussi crûment en français.

"Et toi, tu fais quoi comme travail ?"


Bla, bla, bla... vive le romantisme et les envolées lyriques du mardi matin !

[*Papière : Du papier, mais prononcé comme une vache andalouse. Meuh !]
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Mar 7 Juil - 18:44

Qui parlait de romantisme ? Paul avait lu bien assez de livres pour savoir à quoi s’en tenir à ce sujet, et il était clair que se réveiller à côté d’un homme dont on ne connaissait rien, avec la gueule de bois et un arrière-goût amer en bouche n’avait rien de romantique. Il ne cherchait pas à rendre ce moment beau et inoubliable. Il voulait juste connaître la réponse aux questions qu’il n’avait pas posées la veille. Il savait à présent qu’il avait affaire à un Allemand prénommé Heinz, qui n’était pas de passage à Montreuil, et qui faisait un travail de bureau. Enfin, c’était en tout cas la traduction la plus probable du « Je fais des papières » qui avait coulé entre ses lèvres. Paul songea à lui demander des précisions, afin de confirmer sa première intuition, mais Heinz ajouta presque immédiatement que ce n’était pas important.

Soit. Une sorte de secrétaire, alors. Le Français passa un bras autour de la taille de l’Allemand, et ferma les yeux un bref instant. Il était bien, là. Sa migraine ne s’était pas encore complètement estompée, mais il estimait qu’il n’était pas en trop mauvais état. Heinz semblait à deux doigts de se rendormir, et Paul se demanda s’il devait le laisser faire, ou le pousser hors du lit. Il fronça les sourcils quand l’Allemand l’interrogea sur son emploi du temps. Œil pour œil, dent pour dent.

"Je fais lire les jeunes filles de bonne famille, pour qu’elles puissent étaler leur culture pendant le dîner de leurs fiançailles" railla Paul.

A nouveau, ses doigts se promenèrent sur l’échine de Heinz. Comme ça ne semblait pas déplaire à l’Allemand, il ne s’arrêta pas, cette fois. Il songea soudain qu’ils n’étaient pas prêts de quitter le lit, à ce rythme. Sentir la peau de Heinz frissonner sous sa caresse ne l’aidait pas à garder la tête froide, et il s’interrompit brutalement. Il lâcha son compagnon et se redressa sur un coude.

"Il faudrait peut-être se lever. Non ?"

Il se rendit compte que son ton manquait sérieusement de conviction. Irrité, il fronça les sourcils, puis caressa la joue de Heinz. Quand ses doigts frôlèrent le menton de l’Allemand, il l’obligea gentiment à lever la tête vers lui. Il l’embrassa au coin des lèvres, puis dans le cou.

Il se demanda s’il devait avoir honte de son attitude, et s’il devait s’excuser. Il décida que le plus simple était d’attendre, pour voir comment Heinz prenait la chose.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Mer 8 Juil - 19:43

"Non," répondit automatiquement Heinz, à présent définitivement décidé à se faire porter malade. Il voulait que le Français se recouche et continue ses caresses, et rester dans ses bras, et ne plus penser à rien parce que c'était fatiguant. Il en était à se demander comment il pourrait le lui faire comprendre (ce qui prenait toujours beaucoup de temps quand vous n'aviez ni l'habitude, ni les tripes pour le demander texto) quand Paul régla le problème tout seul. Et c'était... bien. Mieux que sa propre tentative maladroite, en tout cas. Ça ressemblait plus aux quelques souvenirs qu'il avait de la veille.

Il manqua grogner de frustration quand l'autre abandonna ses lèvres. Trop tôt ! Il avait espéré un vrai baiser, mais oublia bien vite de se plaindre et tendit plutôt la tête en arrière. Ça aussi, ce n'était pas mal. Vraiment pas mal. Pour une fois, il n'eu pas à réfléchir pour passer ses bras autours du cou de Paul, et se laisser faire pour le reste...


[Bzzzzzz. Ceci est une coupure infâme du film. La bande semble avoir été trafiquée pour épargner les âmes sensibles d'Hermeline et Peter. Une petite demi heure plus tard, nous retrouvons nos protagonistes... bzzzzz... retour de l'image !]

Second réveil de la journée. S'il y avait bien que chose de pratique à s'endormir comme une masse après l'amour, c'est que cela rendait les transitions littéraires plus faciles pour les joueurs. Bref, les paupières d'Heinz s'ouvrirent une seconde fois sur un plafond de bois, auprès d'un corps qui n'était absolument pas féminin. La différence étant que cette fois, il savait ce qu'il faisait là et que tout était très clair.
De un, il avait une confirmation par les faits de son homosexualité.
De deux, il avait par ces mêmes faits vérifié que ce n'était pas si désagréable. Voir même pas du tout désagréable.
De trois, il commençait à avoir faim.
De quatre, il décida d'envoyer son estomac se faire voir et retourna se rouler en boule contre Paul, nettement plus à l'aise qu'une heure plus tôt...
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Ven 10 Juil - 21:29

On pouvait dire qu’Heinz avait plutôt bien pris la chose. Très bien, même. Sans dire que la réaction de l’Allemand avait été au-delà de ses espérances, Paul fut tout à fait satisfait par la tournure des événements et se rendormit, en soupirant de bien-être, après avoir obtenu ce qu’il désirait. Il se réveilla presque en même temps que son compagnon, et ouvrit paresseusement un œil quand celui-ci se lova contre lui. Il n’avait plus sommeil, mais pas envie de se lever pour autant. Après avoir tenté, en vain de se rendormir, il se résigna à ouvrir les yeux et opta pour un compromis. Bien réveillé, mais écrasé par la paresse, il resta couché encore un moment, sans rien dire, et sans penser à rien de particulier. Il se sentait bien et n’avait aucune envie de réfléchir aux conséquences de ses actes. Il avait tout l’après-midi pour se ronger les sangs et s’interroger.

Il fallait vraiment qu’il se lève. Qu’ils se lèvent même. Après une dernière seconde d’hésitation, Paul s’écarta de Heinz, et repoussa les draps, pour s’asseoir sur le rebord du lit, le tout accompagné d’un « Allez, debout » encourageant. Mais la suite fut plus laborieuse. Le Français prit le temps de faire rouler ses épaules, pour chasser quelques courbatures, puis passa une main dans ses cheveux, pour remettre à leur place toutes les mèches qui lui tombaient sur les yeux. Il se décida ensuite à poser les pieds au sol, pour aller récupérer ses vêtements. Même si Heinz avait déjà eu l’occasion de le voir sur toutes les coutures, il préférait, et de loin, être vêtu avant de songer à dire, ou faire, quoi que ce soit d’autre.

Il pensa à renvoyer l’Allemand, pour éviter tout problème si Camille avait la mauvaise idée de s’inviter pour déjeuner, mais abandonna immédiatement cette idée. Heinz ne méritait franchement pas un tel traitement. Tout en enfilant ses habits, Paul l’invita donc à rester un peu plus longtemps s’il le désirait.

"Est-ce que tu as faim ? J’ai pas grand-chose en réserve, mais bien assez pour deux"
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Lun 13 Juil - 1:29

... de cinq, Heinz s'était à moitié endormi de nouveau. Quand sa bouillotte humaine eu la bonne idée de s'écarter, il se sentait comme un chat qu'on aurait jeté de sa chaise et leva un visage surpris hors du lit. Le « Allez, debout » de Paul lui arracha finalement un sourire vaguement contrit.
Oui. Debout. Il était temps !

L'Allemand se débattit un instant pour détacher les draps de ses jambes. Il en était encore à se demander comment il avait bien pu s'emmailloter de la sorte lorsque Paul lui proposa de rester manger. Il avait eu le temps de s'habiller et Heinz se sentit soudain ridicule, nu au milieu du lit avec une unique chaussette (l'autre avait trouvé le moyen de s'évader pendant leurs ébats). Il se leva aussitôt, un peu plus réveillé, et entrepris de partir à la recherche de ses vêtements.

"Oui, j'ai un peu faim."
Beaucoup, en fait.

Il se baissa pour ramasser sa chemise, qui était le morceau de tissu le plus proche, et tourna le dos au Français. Comme s'il pouvait encore lui cacher quelque chose, par honte de sa nudité... ce qui était vrai. D'autant plus vrai qu'Heinz ne pourrait plus jamais voir un homme nu sans penser à...

"Mais je ne voudrais pas que tu te prives. Tu es sûr que tu as assez ?"

Il achevait de reboutonner la chemise et son regard quêtait déjà une autre pièce qui, dans l'ordre des choses, devrait être son caleçon. Il mit la main dessus près du lit, puis du pantalon quelques centimètres plus loin. Le reste gisait à peu près au même endroit. Qu'est-ce qu'il était censé faire ? Si Paul avait été une femme, Heinz l'aurait invité au restaurant pour ne pas amputer ses réserves. Mais Paul n'était pas une femme, et inviter un homme inconnu était suspect. Oui, ça, c'était un aspect peu agréable de la chose : et si quelqu'un le découvrait ?
D'un coup, Heinz n'avait plus faim. Il espérait que les voisins n'avaient rien entendu.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Jeu 23 Juil - 23:30

Chaque chose en son temps. Alors que certains s’inquiétaient pour leur avenir, d’autres faisaient mentalement l’inventaire des placards. Après avoir répertorié les denrées entreposées dans sa cuisine, Paul prendrait sans doute un moment pour songer lui aussi aux conséquences de ses actes – mais sur le moment, il accordait plus d’intérêt à ses maigres réserves qu’aux risques qu’il avait courus. Sa migraine n’avait pas complètement disparu. Ce n’était plus qu’une douleur ténue, quelque part derrière son front, mais il leva plusieurs fois la main droite jusqu’à sa tempe, tandis que la gauche fermait les derniers boutons de sa chemise. Il avait assez de vivres pour calmer la fringale de Heinz, à condition que celui-ci reste raisonnable – il répondit donc à la question de l’Allemand par un vague haussement d’épaules. En théorie, il n’avait pas assez pour lui. En pratique, il parvenait à garder sa grande carcasse debout avec l’aide de Camille – qui ne mangeait pas grand-chose, à son grand dam, et qui le soutenait moralement – de ses élèves et du marché noir.

"C’est bon" dit-il simplement. "Au pire, j’irai mendier chez ma sœur. Ce ne serait pas la première fois, ni la dernière"

Même s’il ne « mendiait » pas, dans l’absolu. Il ne lui demandait jamais rien. Mais à chaque fois qu’il passait chez elle, Camille trouvait le moyen de lui donner quelque chose avant qu’il s’en aille. Têtue comme pas deux, elle n’écoutait pas ses protestations, ou formulait les choses de telle manière qu’il ne pouvait pas refuser. Il se massa la nuque. Camille. Il se demanda si elle l’avait vu rentrer, la veille, ou si elle avait entendu quelque chose pendant la nuit. Elle habitait juste en-dessous de chez lui. Mais les pièces de leur appartement n’étaient pas disposées de la même manière, et il était peu probable que les activités nocturnes des deux hommes aient troublé son sommeil. Pareil pour les voisins, d’ailleurs. La chambre de Paul n’était mitoyenne à aucune autre.

Le Français jeta un coup d’œil à Heinz, par-dessus son épaule, puis quitta la chambre. Il rejoignit la cuisine, en quelques grandes enjambées, et fouilla dans les placards, en écartant du plat de la main les quelques denrées dont il ne pouvait pas expliquer la provenance. Il n’avait plus un gramme de café, depuis plusieurs semaines, et pas de chicorée, mais plusieurs sortes d’infusions. Il soupira, puis sortit du placard ce qu’il mangeait habituellement, sans cesser de se frotter le front.

Coup de barre.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Dim 26 Juil - 0:58

La réponse de Paul se voulait rassurante ; elle ne le fut pas tant. Heinz aussi avait une soeur, qui était riche, bien mariée et lui avait même trouvé un job. Il pouvait parfaitement bien imaginer la honte que ce serait. Le gestapiste n'ignorait rien des rationnement et Paul n'avait probablement droit qu'à un nombre de tickets ridicules, puisqu'il n'avait pas d'enfants en bas âges et ne semblait pas avoir un travail très physique. Pendant ce temps là, Heinz se rappelait qu'à l'hôtel, il avait tout les jours du beurre et des croissants...

"C'est bon, ce n'est pas grave, j'ai plein des choses à mon travail."

Le français était déjà dans la cuisine, mais la voix de Heinz se faisait presque trop basse. Comme si, en gardant un volume bas, il avait pu rattraper le probable vacarme de la nuit. Il était resté relativement silencieux lors de leurs ébats du matin, mais n'avait aucune idée de ce qu'il avait pu dire ou crier la nuit précédente.

Finalement, et comme il avait réussi à s'habiller (mais pas à retrouver sa deuxième chaussette), Heinz se présenta devant la porte de la cuisine. Il se sentait, il est vrai, coupable de ce "plein de choses" laissé à la gloutonnerie de ses hommes quand Paul lui proposait ses maigres réserves. Hors de question qu'il n'aille demander à sa soeur, ou faire la manche auprès de qui que ce soit. Et surtout pas pour lui faire plaisir !

"Si tu veux, je peux emmener des choses la prochaine fois ?"

Le ton était hésitant : il craignait de le vexer.

"Tu aimes les croissants ? Je peux aussi avoir de la confiture, du beurre ou des beignets, ou d'autres choses si tu veux."


Parce que ça se faisait. Les soldats qui avaient des petites amies françaises les inondaient de divers bontés... n'était-il pas normal qu'il en fasse de même ?
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Ven 31 Juil - 15:32

Même s’il n’avait pas accès à certaines denrées, et devait se contenter de peu de choses pour beaucoup d’autres, Paul estimait qu’il n’était pas à plaindre. Il ne rougissait pas de sa table, et était loin d’imaginer les pensées qui animaient son invité. Occupé à farfouiller dans ses placards, et à se battre avec sa migraine, il ne pensait plus à la nationalité, ni au métier, de son vis-à-vis. Ils s’apprêtaient à manger les mêmes vivres, à la même table, ce qui les plaçait provisoirement sur un pied d’égalité. A défaut d’être copieux, ce déjeuner improvisé aurait pu être agréable si Heinz n’avait pas brutalement décidé de jouer au grand seigneur. Déconcerté par sa proposition, Paul s’immobilisa, une main posée sur une tasse, l’autre sur le rebord du placard, qu’il s’apprêtait à fermer. Il ne s’attendait pas à une telle offre, mais récupéra très vite ses esprits.

Evidemment. C’était un Allemand. Il pouvait avoir tout ce qu’il voulait, lui, même sans enfants, et sans exercer un métier plus fatiguant que celui de professeur. Paul lâcha la tasse, puis la porte du placard. Dégoûté, il jeta un regard lourd de reproche à Heinz, avant de se reprendre. Il n’avait pas l’habitude de trahir ainsi ses émotions, et s’en voulut presque immédiatement d’avoir réagi ainsi. Agacé, perdu, il souffla par le nez, croisa les bras, et baissa le nez sur sa modeste table. Il était blessé dans sa fierté, mais trop raisonnable pour refuser l’aide qui lui était proposée, sans avoir réfléchi au préalable. Heinz lui proposait des denrées qu’il ne pouvait pas obtenir par un autre biais, ou très difficilement. Par pure gentillesse, peut-être, mais Paul n’y croyait pas. Il tentait sans doute de l’acheter. Ou peut-être même de le payer pour les « services » qu’il lui avait rendus, ou pouvait lui rendre par la suite. A cette idée, il serra les dents, et rejoignit Heinz, passant à côté de lui, presque derrière lui, pour qu’il ne puisse pas voir l’expression de son visage.

Puis, il prit son parti et leva une main jusqu’au visage de Heinz, pour repousser l’une de ses mèches blondes. Il n’était pas très tactile d’ordinaire, sauf avec les personnes qu’il appréciait le plus, mais il jugeait qu’il devait faire un geste pour excuser son attitude précédente.

"Parce que tu comptes revenir ?" plaisanta-t-il, avec une espèce de sourire en coin.

Il posa une main sur le chambranle de la porte, et fit mine de poser l’autre sur la hanche de Heinz, mais se ravisa aussitôt.

"Ça me va" ajouta-t-il presque immédiatement, dans un souffle.

Il inclina la tête sur le côté.

"Si tu pouvais effectivement m’amener un ou deux croissants, je ne dis pas non. Je n’en ai pas mangé depuis une éternité. Mais ne te sens pas obligé" dit-il d’une voix tranquille, presque à voix basse.

Il resta penché sur Heinz un instant encore, puis se redressa, et détacha sa main du chambranle.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Sam 1 Aoû - 18:55

Malheureusement, Heinz ne parlait pas assez bien français pour saisir la plaisanterie. Il le lisait beaucoup, le parlait assez bien, mais les nuances de l'ironie et le ton particulier que prenaient les gens quand ils blaguaient lui échappaient encore. Il cru Paul sincère et il ne sut que dire sans être ridicule : Oui, parce qu'avec les filles je ne prends pas mon pied comme avec toi ? C'était grossier, mais il avait presque envie de l'être. Parce que lui annonce de la sorte qu'il n'était qu'un amant jetable n'était ni classe ni délicat.

Il ne savait pas quoi penser. Il avait vu la réaction de Paul et compris trop tard qu'il avait dérapé. Paul n'était pas une femme. Heinz n'était-il pas assez bien placé pour savoir que les hommes n'aiment pas qu'on leur fasse l'aumône ? Lui qui voulait lui éviter de mendier, voilà qu'il lui proposait une alternative qui finalement aurait le même résultat. Il le croyait encore en colère quand il s'arrêta près de lui, lui caressa le visage, sembla vouloir l'étreindre et puis renonça. Au milieu de ça, cette question dont il ne savait pas ce qu'elle signifiait. Puis, un "ça me va". Bon. Il avait dû se tromper... évidemment, cela le fit rougir, car Heinz était conscient que son trouble avait été parfaitement visible sur son visage. Dans son regard blessé par la phrase probablement mal interprétée ou dans son expression déconfite.

Pourquoi avait-il changé d'avis ? Finalement il était d'accord pour trois croissants ? Il n'aurait pas dû proposer, Heinz en était sûr. A présent, impossible de savoir si Paul voulait qu'il revienne parce qu'il l'aimait bien ou parce qu'il lui apporterait à manger.
Puis, il vint à l'esprit du SS que ce n'était pas comme s'il avait le choix. Il ne connaissait personne qui ai ce genre de goûts, et de toute façon, il lui suffisait d'imaginer ce qu'ils pourraient faire la prochaine fois pour se savoir incapable de ne pas revenir.

Pour ne rien avoir à dire, Siedler se contenta de lever le nez et de poser sa bouche sur celle du français, comme pour effacer leur maladroit marchandage.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Lun 3 Aoû - 18:04

C’était presque drôle. Avoir envie de sourire face à un homme blessé était sans doute cruel, mais ce n’était pas tous les jours qu’un amant ramassé dans un bar se faisait du souci pour l’avenir. Paul n’avait pas l’habitude des aventures d’une nuit, mais il ne se serait pas senti offensé, ni particulièrement étonné, si Heinz avait décidé de ne plus le revoir. Il ne s’attendait pas à ce que l’Allemand prenne sa taquinerie au pied de la lettre, et sa réaction lui inspira un savant mélange de surprise et d’amusement. Il se sentit, également, vaguement flatté. Heinz l’avait suivi chez lui à cause d’un excès d’alcool dans le sang – mais s’il souhaitait revenir, c’était parce qu’il avait apprécié l’expérience. C’était une idée assez agréable pour panser son orgueil blessé, et il rassura presque aussitôt l’Allemand. Heinz pouvait revenir, ça lui convenait très bien. Avec ou sans vivres, d’ailleurs, tant qu’il ne tentait pas de vider ses placards et, indirectement, ceux de Camille. Il n’éprouvait pas une affection débordante pour son interlocuteur, dont il ignorait presque tout, mais sa compagnie n’était pas déplaisante. Il se demandait quelles excuses il allait pouvoir fournir à Camille, qui avait une fâcheuse tendance à écouter les claquements de porte et les craquements du plancher, quand les lèvres de Heinz se pressèrent contre les siennes.

Surpris, Paul ne parvint pas à réprimer un mouvement de recul. Il resta figé un bref instant, le temps de réfléchir à ce qu’il venait de se passer. Il conclut très vite que l’Allemand ne nourrissait aucune arrière-pensée négative, et qu’il ne devait pas être ravi d’être repoussé de cette manière. Pour se faire pardonner, le Français posa une main dans le dos de l’Allemand, l’autre sur sa nuque, et le serra contre lui, pour lui offrir un baiser digne de ce nom. Un court moment plus tard, il fit glisser ses mains, respectivement jusqu’à la hanche et jusqu’à l’épaule de son amant, et se détacha de lui. Il le lâcha ensuite pour de bon, et adressa un coup d’œil à sa table, par-dessus son épaule. Il commençait à avoir franchement faim, et il était plus que temps qu’il démarre sa journée. Il reporta son attention sur Heinz.

"Que fais-tu, finalement ? Tu manges avec moi, ou tu rentres chez toi ?"

Il croisa les bras sur son torse et inclina légèrement la tête sur le côté, comme souvent quand il interrogeait un de ses élèves.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Lun 3 Aoû - 23:50

Drôle, drôle, ça dépendait pour qui ! Heinz était un grand angoissé ; heureusement, la gueule de bois ralentissait son activité intellectuelle. Le temps qu'il se rende compte que Paul avait reculé, puis qu'il soit surpris, et voilà que le français revenait à la charge. Pas une seconde pour être déçu ou blessé. Juste assez de temps pour poser ses mains sur la poitrine de Paul, sans forcer, juste là. Comme certaines de ses petites amies ; il devait d'ailleurs se cambrer un peu, mais la ressemblance lui échappa. Il ne pensait qu'à la force de la bouche contre la sienne et des bras qui le tenaient et pensa, instinctivement, que c'était la domination qu'exerçait le français qui l'excitait.

Paul termina le baiser et Heinz n'osa pas le retenir. Il n'y aurait sans doute pas pensé de toute façon. Il devait être complètement ridicule : n'était-il pas en train d'agir comme une collégienne sans aucune volonté ? Depuis le début, il se laissait balader, embrasser et caresser et se contentait de rougir quand il tentait de faire un pas. Son manque d'initiative lui faisait honte.

Quand Paul lui demanda finalement s'il restait ou partait, Heinz se rappela qu'on était mardi et qu'il était sensé être au travail. L'excuse était parfaite car, malgré l'intermède du baiser, le sujet bouffer restait délicat. Il se mordilla les lèvres un instant, le temps de retrouver son français.

"Non, je devais travailler ce matin. Il vaut mieux, que je rentre maintenant pour..." qu'avait-il dit qu'il faisait ? Ah, oui.
Des papiers.
Pas importants.
S'il avait l'air d'être son propre patron, ça ne marcherait pas.

"Plus j'irai voir mon patron tard, moins il sera je content je crois. Je fais le repas de midi avec lui et les autres d'habitude."

Ce n'était même pas un énorme mensonge, car il mangeait souvent avec l'un ou l'autre de ses hommes. Helmar ou Walstein, le plus souvent, car ils savaient se tenir et avaient de la conversation.

Temps du départ, donc. C'est à ce moment là que Heinz se rendit compte qu'il n'avait encore qu'une chaussette au pied.
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Dernière édition par Heinz Siedler le Lun 10 Aoû - 12:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Jeu 6 Aoû - 13:19

Heinz ne tenait décidemment pas à parler de son travail. Il avait coupé court à toute discussion la première fois, en assurant que c’était sans importance. A présent, il expliquait qu’il devait se rendre sur son lieu de travail, pour faire quelque chose qu'il n’expliqua finalement pas, afin d’embrayer plus rapidement sur les relations qu’il entretenait avec son patron et ses collègues. C’était un peu étrange, mais son interlocuteur ne s’en formalisa pas. Après tout, les excuses ne manquaient pas. Peut-être que le job de Heinz était aussi inintéressant qu’il ne prétendait, et ne méritait pas qu’on s’y attarde. Ou peut-être qu’il n’aimait pas son travail, et n’avait pas envie de disserter sur le sujet. Peut-être même qu’il n’avait pas le vocabulaire français adéquat pour en parler. Bref, Paul ne vit là aucune raison de s’alarmer, même si l’hésitation de son vis-à-vis lui fit légèrement froncer les sourcils. Il n’était pas particulièrement curieux, mais les mystères des autres ne pouvaient pas le laisser complètement indifférent. Néanmoins, il ne posa aucune question, et classa silencieusement l’affaire.

"Très bien"

Il songea à ajouter quelque chose, mais abandonna presque immédiatement cette idée. Il ignorait que son compagnon avait un problème avec ses chausettes, et ne s’en souciait pas. Il se demanda une seconde quand Heinz comptait revenir – puisque telles semblaient être ses intentions – mais jugea qu’il l’apprendrait bien assez tôt, et qu’il était inutile de poser sa question. L’Allemand connaissait son adresse. S’il voulait passer, qu’il passe. A ce moment-là, il serait toujours temps de trouver une excuse, et d’organiser, ou non, des rendez-vous plus réguliers. Paul n’avait pas envie d’y réfléchir pour le moment. Tout ce qu’il désirait, à présent, c’était entamer son petit-déjeuner, sa journée, et la correction des copies en retard. Il n’avait pas cours le mardi, mais cela ne voulait pas dire qu’il ne travaillait pas ce jour-là.

"Bon courage, et bonne journée, alors" conclut Paul, en l’abandonnant.

La porte n’était pas bien loin, il la trouverait seul.
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MessageSujet: Re: Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)   Lun 10 Aoû - 13:09

Décidément, les au revoir, ce n'était jamais simple. Il y avait toujours quelque chose d'embarrassant là dedans, l'impression de n'avoir pas été poli jusqu'au bout, ou peut être pas assez affectueux. Mais maintenant c'était réglé, Paul le mettait dehors (enfin, dit comme ça, ça avait l'air pire que ce que c'était). Donc il allait aller dehors.

Il tourna les talons et en profita pour chercher des yeux sa chaussette. Y'avait pas à dire, c'était gênant, d'autant qu'il était sorti en chaussures civiles et non en bottes. Quelqu'un finirait forcément par s'en apercevoir... coup d'oeil vers la cuisine. Le français avait l'air occupé. Après un instant d'hésitation, l'allemand descendit sur les genoux et se pencha, fesses en l'air, pour regarder sous le lit. L'inélégance de l'instant ne lui traversa pas l'esprit et il tendit plutôt le bras vers la boule de tissu planquée près d'un des pieds.

Mission chaussette ! terminée.

"Je reviens samedi ?" lança-t-il quand, la main sur la poignée, il se dit qu'il fallait bien ajouter quelque chose. Samedi, il avait un rendez vous avec Duplessan, mais rien d'autre dans l'après midi. Ce n'était pas une question, mais il l'avait tourné, sans le vouloir, comme si s'en était une.

Alors qu'il fermait la porte, il en était déjà sûr : il serai la le samedi suivant.
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Réveil surprise et gueule de bois (4.03.1941)

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