Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]


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Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]

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Allemande
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MessageSujet: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Ven 26 Juin - 23:49

Dimanche 02 Mars 1941


Soufflant doucement, Hermeline regarda la buée se former sur la vitre du téléphérique. D'un doigt paresseux, elle traça quelques volutes avant de souffler derechef et de tout essuyer du bout de son écharpe. Le temps en ce dimanche était proprement affreux. De lourds nuages avaient parcourus le ciel toute ce début de semaine et finalement, l'orage qui menaçait avait éclaté pendant la nuit. Depuis, des trombes d'eau s'abattaient sur Montreuil et sa région.
Tapant des pieds pour se réchauffer, la jeune fille arrêta presque aussitôt, quand son piétinement imprima à la cabine un balancement plus que malvenu. Décidément, rien n'allait comme il le fallait aujourd'hui. Le dimanche était le jour de Geneviève, c'est elle qui aurait du venir jusqu'à la base ! Seulement voilà, cette grande idiote avait attrapé une rhume. Un rhume ! Elle aussi elle avait le nez qui coulait rouspétait silencieusement la petite pensionnaire tout en reniflant amèrement, et pourtant elle n'en faisait pas toute une maladie !

Oui mais voilà, Grande Chochotte 1ère était au lit et jouait à tous la grande scène du deux : "Pitié, ne me cachez pas la vérité, je vais périr n'est-ce pas ?", avec option cheveux défaits, œil larmoyant et main languide portée à son front pâle. Résultat, c'était à la benjamine de jouer les postiers familiaux.
Apercevant les hauts mur de Sarnand, Hermeline resserra son écharpe et renfila ses gants de laine avant de visser son béret sur son crâne. Attrapant sa besace, elle carra les épaules et se campa fermement sur ses pieds. L'arrivée était toujours un peu violente, surtout par mauvais temps. Dire que sans cet orage, elle aurait pu venir par les bois au lieux de s'enfermer dans cette caisse brinquebalante et malodorante...

Tressaillant lorsque la cabine termina sa course, la fille du major reprit son équilibre rapidement, lissa une dernière fois la jupe de son uniforme qui dépassait sous son épais manteau et ouvrit la porte. C'est d'un pas martial et décidé qu'elle poignarda le sol du batiment de ses godillots ferrés taille 34 fillette. Bien, il lui fallait maintenant donner à son père les nouvelles de sa famille, lui montrer les photos que Dorothée avait envoyée du petit Heinrich, lui rapporter les dernières bêtises de Ivan et surtout, attraper Mado et la convaincre de lui donner un coup de main dans sa mission d'infiltration !

Pourquoi, mais pourquoi avait-elle accepté de faire parvenir à cet improbable sergent une lettre de Geneviève ????


Dernière édition par Hermeline VonLichtenstein le Mer 1 Juil - 23:30, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Sam 27 Juin - 17:56

Le dimanche était normalement un jour de repos. Tout du moins, la population de Montreuil ne travaillait pas le dimanche : les professeurs ne donnaient pas de cours, les épiceries étaient fermées, etc, etc… Néanmoins, cette règle ne s’appliquait pas vraiment aux militaires, surtout à ceux qui résidaient à Sarnand et qui avaient des dragons – les nobles bêtes avaient besoin de soins tous les jours, dimanches ou pas – et encore moins aux domestiques. Tous les habitants de Sarnand n’arrêtaient pas de vivre le dimanche… Ils mangeaient, ils dormaient la nuit précédente… Et Madeleine devait donc s’occuper des chambres comme tous les autres jours de la semaine.

Elle venait de terminer le premier étage et longeait un couloir qui se trouvait à proximité de l’arrivée du téléphérique dans le but de se rendre à la laverie, les bras chargés des paniers habituels quand des pas résonnèrent devant elle. Aussitôt, elle s’immobilisa.

Quelqu’un venait.

Instinctivement, elle regarda autour d’elle à la recherche d’une échappatoire possible, mais le corridor n’offrait aucune infractuosité qui aurait pu lui permettre de se cacher et aucune porte ne se trouvait à proximité. En désespoir de cause, Madeleine tourna à nouveau la tête en direction des bruits de pas et resserra convulsivement sa prise sur les anses des ses paniers. Il ne fallait pas qu’elle les lâche, même s’ils ne contenaient que des draps : une chute de linge sale n’aidait pas vraiment à passer inaperçu. La jeune femme déglutit nerveusement.

Quelqu’un venait.
Quelqu’un venait du téléphérique. Un dimanche. Un jour de pluie.

Ca devait être quelqu’un d’important qui venait faire quelque chose d’important pour avoir pris la peine de se déplacer dans ces conditions. Et cette personne d’importance allait la trouver là, elle, au milieu du chemin. Peut-être même qu’elle lui demanderait de lui indiquer la direction à prendre. A cette idée, l’estomac de Madeleine se noua et ses joues commencèrent à lui cuire. Elle préférait ne même pas essayer de penser au visage qu’elle allait offrir à l’inconnu, et se mordilla la lèvre inférieure. Les pas se rapprochaient encore et…

« Hermy ! » exhala-t-elle en un long soupir qui lui dégonfla la poitrine quand elle reconnut la personne qui venait de passer l’angle du couloir.

Le soulagement envahit la jeune femme et elle se détendit immédiatement. Ses mains faillirent même lâcher ce qu’elles tenaient – sous le coup du soulagement et non de la nervosité, cette fois – mais n’en firent finalement rien, heureusement. Un sourire éclaira lentement le visage de Madeleine, tandis que le température de ses joues diminuait proportionnellement. Elle ne dit pas à sa cousine qu’elle lui avait fait peur – ce n’était pas glorieux, même si c’était habituel – et se contenta de lui demander la raison de sa visite.

« Qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne viens pas le dimanche, d’habitude. »

Pas que cette surprise ne lui fasse pas plaisir, hein ! Au contraire, Hermeline était une des seules personnes à qui elle pouvait s’adresser presque normalement et parler sans bafouiller. Simplement Mado était curieuse… quand elle n’était pas terrorisée.
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Dim 28 Juin - 17:02

Qui a dit que le hasard ne faisait pas bien les choses ? Hermeline n'avait pas encore eu le temps de se demander comment elle allait retrouver sa cousine _ sachant qu'elle déployait des trésors d'imagination pour passer inaperçu et que les trois quarts de la base ne la reconnaitrait pas, même s'ils lui rentrait dedans (ce qui arrivait tout pourtant assez régulièrement) _ Qu'un énorme panier à linge lui répondait : Mado était juste derrière le tas de draps.

"Madeleiiiiiiine !" Couina la jeune fille, tout en arrachant le panier des mains de sa cousine pour le poser avec autorité sur le sol et avoir la place d'enlacer la jeune femme, dans une étreinte plus digne d'un ours que d'une digne pensionnaire de la très sérieuse Institution Sainte-Marie-des-Anges.

"Figures-toi que Geneviève est clouée au lit par un rhume ! Du coup c'est moi qui doit venir pour faire l'échange du courrier avec papa. En plus, je suis sûre que ce n'est pas la fièvre qui lui fait garder la chambre à Gigi, mais juste qu'elle refuse de se montrer en public avec le nez rouge et les yeux larmoyants !" Expliqua Hermeline, l'air profondément dégoutée par la superficialité dont faisait preuve sa sœur ainée, levant au ciel son propre minois irrité par les mouchoirs et le rhume traditionnel du mois de mars.

"Mais je suis drôlement contente de t'avoir trouvée tout de suite. J'ai une mission importante à mener et tu es la seule à pouvoir m'aider !" Enchaina la petite pensionnaire, baissant la voix et jetant des regard inquisiteurs aux alentours pour vérifier l'absence d'intrus.
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Lun 29 Juin - 12:51

Oh, Madeleine n’avait jamais dit que le hasard ne faisait pas bien les choses – même si elle le pensait souvent, elle ne le disait jamais – et, en l’occurrence, elle ne le pensait même pas. Imaginez un peu… Au lieu de tomber sur une personne inconnue, importante, intimidante voire même terrifiante, elle avait rencontré sa cousine. Et elle n’avait rien fait tomber. Tout allait donc très bien et le sourire de la jeune femme ne quitta pas ses lèvres quand Hermeline lui prit le panier des mains et l’enlaça en la saluant.

La réponse de la pensionnaire à sa question faillit pourtant faire disparaître le sourire de Madeleine, remplacé par une pointe d’inquiétude à l’idée que Geneviève fût malade, mais la suite des explications de Hermeline dissipa vite tout sentiment négatif. C’était vrai que Geneviève n’aimait pas sortir quand elle n’était pas à son avantage, et être enrhumée ne l’aidait pas vraiment. Le sourire de Madeleine se transforma donc en petite moue compatissante pour sa cousine qui était obligée de jouer les facteurs du dimanche, même si elle n’était pas totalement dupe : elle était sûre que la blondinette n’était pas si désolée que ça de venir à la base, voir son père, sa dragonne et sa cousine. Et la suite confirmait cette idée…

« Une mission ? » répéta la jeune femme, incrédule.

Une mission importante, en plus ? Bon, finalement, elle ne s’était pas trompée tant que ça, tout à l’heure : la personne qui venait au château un dimanche par temps de pluie avait bien quelque chose d’important à faire… Mais il y avait un petit détail qui n’était pas clair… Comment pouvait-elle aider qui que ce soit à faire quoi que ce soit ? Ce n’était pas qu’elle ne le voulait pas, mais à part faire le ménage, essayer de passer inaperçu – sans réussir toujours, hélas ! – et casser tout ce qui était fragile et se trouvait dans un rayon de deux mètres autour d’elle, elle ne savait pas faire grand-chose.

« Et comment veux-tu que je t’aide ? » demanda finalement Madeleine, un peu inquiète de ce que sa cousine pourrait lui demander.
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Mar 30 Juin - 19:55

Posant un doigt sur sa bouche, Hermeline prit soudain un air de conspiratrice et attrapa sa cousine par le cou, rapprochant son visage du sien pour vriller ses grands yeux marron de son regard azuré.

"CHhhhhhhhuuuut ! Pas si fort voyons !!!!" Chuchota-t-elle en inspectant du coin de l'œil les deux extrémités du couloir. "Il ne faut surtout pas que l'on nous entende, je risque gros dans cette affaire !" Dit-elle alors sur le ton le plus dramatique de son répertoire.

"J'ai besoin de toi, parce-que de tous ceux qui connaissent ces lieux et entrent et sortent à volonté des chambres des soldats allemands, tu es la seule en qui je puisse avoir une totale et absolue confiance..." Murmura la jeune fille. "Avant que j'aille voir papa, il faut absolument que je fasse quelque chose, quelque chose d'important et tu es là seule à pouvoir me dire où je dois me rendre et à pouvoir m'ouvrir la porte." Expliqua doucement la petite pensionnaire, tout en énumérant sur ses doigts la longue liste qui faisait de Madeleine le complice idéal. "Et en plus, comme tu es la plus gentille fille de Sarnand, personne ne se doutera que ça vient de toi !" Termina-t-elle enfin sur une note encourageante.

"S'il-te-plait-s'il-te-plait-s'il-te-plait, je t'en priiiiiiiiiiiiiiie, dit moi ouuuuuuuiiiiiiiiiiiiiiiiiiii" Dit alors Hermeline, ses deux petites minines verrouillées autour de la taille de sa cousine, ouvrant de grands yeux mouillé de chaton abandonné et menacé d'un trépas long et douloureux (et dieu seul savait combien être la benjamine de sa horde de soeurs lui avait fait peaufiner cet effet dans ses moindres détails).
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Mer 1 Juil - 17:37

La réponse véhémente de sa cousine fit hausser un sourcil à Madeleine. Elle aurait pu faire remarquer à la blondinette qu’elle n’avait pas parlé si fort que ça – comme s’il était dans ses habitudes de crier – et que, de toute manière, il ne risquait pas d’y avoir quelqu’un pour les écouter – elle mettait toujours un point d’honneur à guetter l’arrivée d’éventuels intrus là où elle se trouvait – mais n’en fit rien. Elle se contenta de baisser encore le ton pour poser la question suivante.

Et la réponse de Hermeline fit légèrement pâlir la jeune femme, pendant qu’elle additionnait toutes les indications données par la pensionnaire. Comment ça, il fallait qu’elle l’emmène quelque part et qu’elle lui ouvre une porte ? Une porte de la chambre d’un soldat allemand, en plus ? Mais, jamais elle ne pourrait faire une chose pareille ! Et si on les surprenait, hein ? Hermy avait beau dire que personne ne se douterait de son implication dans l’affaire, rien n’était moins sûr… On songerait forcément à un domestique. Et justement, elle était domestique, elle. D’ailleurs, c’était tout ce qu’elle était, elle entrait dans les chambres pour les ranger et faire le ménage, elle n’avait pas à en ouvrir les portes à n’importe qui pour… Pour quoi, d’ailleurs ? Pourquoi sa cousine voulait-elle pénétrer dans la chambre d’un soldat allemand ?

Madeleine allait donc ouvrir la bouche pour expliquer à son interlocutrice que ce n’était pas possible et/ou pour avoir de plus amples informations sur le pourquoi du comment, mais la petite jeune fille – la traîtresse – ne lui en laissa pas le temps. La jeune femme n’avait jamais été très douée pour exprimer ses opinions et encore moins pour les imposer dans l’adversité, et ce n’était pas à cet instant qu’elle allait y arriver. Parce que deux yeux suppliants et la voix qui allait avec était vraiment des adversaires très, très redoutables.

« Mais… Hermy… Enfin… Je ne peux pas… » réussit simplement à bredouiller Madeleine au lieu du refus raisonnable qu’elle avait voulu formuler.

Refus qui fondait d’ailleurs comme neige au soleil devant le regard de sa cousine. Ca ne pouvait pas être si important que ça, n’est-ce pas ? Ca ne pouvait pas être capital à ce point ? Hermeline cherchait simplement à la faire marcher, à l’apitoyer pour qu’elle cède, chose qu’elle ne devait surtout pas faire. Elle devait conserver ses positions qui étaient les bonnes et…

« Pourquoi veux-tu entrer dans la chambre d’un Allemand ? demanda-t-elle à mi-voix, avant d’ajouter en un murmure de plus en plus faible : Et de qui ? »

Ce n’était pas une reddition en bonne et due forme, mais Madeleine savait qu’elle n’en était plus très loin, même si elle essayait de se convaincre du contraire. En quoi avait-elle besoin de savoir dans la chambre de qui sa cousine voulait entrer et pourquoi si c’était de toute manière hors de question, hein ?
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Mer 1 Juil - 23:29

Au refus de Madeleine _ même s'il était aussi ferme qu'une motte de beurre oubliée au soleil de midi _ Hermeline fit trembler sa lippe avec un art consommé du pathos et l'air de vouloir mourir de chagrin sur le champs. Tout dans son maintient, cramponnée à la blouse de sa cousine comme un aviateur à son harnais, ou dans son expression signifiait clairement : "Si vraiment tu m'aimes comme je t'aime, tu dois absolument me dire oui ou sinon le désespoir et la déception que me causent cette trahison inique me feront trépasser de douleur".

Heureusement, La petite pensionnaire n'eut pas le temps de passer à la phase chantage affectif et torture mentale de son plan, puisque déjà la pauvre lingère rendait en partie les armes en demandant les raisons d'une telle mission.

"Je dois remettre à un des sergents allemands un courrier. Un courrier d'une importance capitale. Si le major me trouve avec ça, ou s'il apprend que je l'ai transmis, je ne donne pas cher de ma tête !" Chuchota la blondinette en frissonnant d'angoisse. Oui, si son père apprenait ce qu'elle tramait, elle finirait probablement dans un couvent perdu au plus profond de la Bavière. "Sans toi, je suis perdue ! Je n'arriverais jamais à trouver la bonne porte et encore moins a y entrer. Papa me trouvera, il trouvera la lettre et je finirais au trou avec les déserteurs et les indisciplinés!!!!" Termina-t-elle enfin, sur un tremollo horrifié du plus bel effet.
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Ven 3 Juil - 0:37

Bien sûr que Hermeline essayait de l’apitoyer, ne cessait de se répéter la domestique. Evidemment que sa « mission » ne pouvait pas être aussi capitale que ce qu’elle essayait de faire croire à sa cousine par des regards larmoyants. Une jeune fille bien élevée, comme l’était la petite pensionnaire, n’avait strictement rien à faire dans la chambre d’un soldat allemand, et Madeleine le savait parfaitement, quelles que soient les petites moues qui essayaient de la persuader du contraire. Sauf que la jeune femme n’était pas vraiment taillée pour résister aux petites moues suppliantes et aux grands yeux humides – elle n’était en fait pas taillée pour résister à grand-chose, songeait-elle – surtout quand les petites moues et les yeux en question appartenaient à quelqu’un de sa famille et étaient en partie dus à sa tentative de refus.

La crainte du châtiment qui ne manquerait pas de lui tomber dessus si on les découvrait – et de la honte qu’elle ressentirait dans ce cas – ne faisait pas le poids face à l’expression du visage de Hermeline, et Madeleine ne put pas camper sur ses positions bien longtemps. Elle tenta tout de même de repousser la chute en demandant en quoi consistait cette « mission », mais elle savait bien au fond que ce n’était que reculer pour mieux sauter. La seule chose qui aurait pu enrayer le cours des événements aurait été le fait que sa cousine veuille entrer dans la chambre d’un soldat pour faire quelque chose d’horrible et que sa conscience professionnelle s’y oppose. Ce qui était quand même très peu probable. D’ailleurs la blondinette respectait les probabilités puisqu’elle ne voulait que déposer du courrier…

« Et qu’est-ce que c’est que ce courrier ? » murmura à nouveau Madeleine dans une vaine tentative pour repousser l’inévitable.

La jeune femme ne fit même pas remarquer à sa cousine qu’il était peu probable que son père l’envoie au trou pour avoir voulu déposer une lettre où elle n’aurait pas dû. Le Major Von Lichtenstein n’était pas si terrible que ça, du moins dans l’esprit de Madeleine. Mais au fond, la question n’était pas là : la domestique pouvait très bien imaginer la crainte qu’Hermeline ressentait à l’idée d’être découverte – elle-même devait éprouver des sentiments du même ordre environ deux fois par heure – et elle ne pouvait pas résister de l’aider dans ces conditions.

« Très bien, je vais t’aider », soupira Mado, en rendant les armes.

Elle recula d’un pas pour échapper à l’étreinte de la jeune fille et se pencha afin de récupérer son panier de linge.

« Mais avant, il faut que je dépose ça à la lingerie et que je me réapprovisionne en linge propre… Tu m’accompagnes ? »

Ca retarderait un peu l’inévitable. Et puis, ainsi, elles auraient une excuse pour se trouver dans la chambre d’un soldat, si elles étaient surprises, surtout si la chambre du soldat en question n’avait pas encore été nettoyée.
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Dim 5 Juil - 15:12

Aussitôt que Madeleine eut rompu le siège _ cédant au caprice hystérique de sa cousine _ l'insupportable gamine se mit à sautiller bêtement, serrant convulsivement les mains de la lingère dans ses petites mimines et la secouant en tout sens.

"Ooooh merci, merci merciiiiiiiiiiiiiiii" Couina-t-elle, remarquablement reconnaissante à son ainée de bien vouloir l'aider.

Empoignant l'une des anses du panier, Hermeline s'arcbouta afin d'équilibrer le poids de la charge entre elle et sa cousine. Trottinant avec enthousiasme, elle vérifia à nouveau qu'il ne trainait aucune oreille indiscrète avant de se pencher par-dessus le linge sale et d'expliquer la teneur de sa mission à sa complice.

"Je sais pas si tu sais, mais Geneviève a un amoureux..."
Chuchota-t-elle, ravie de partager ce grand secret. "Et son amoureux, c'est le sergent Schultz !" Dit-elle en hochant la tête d'un air entendu.
"D'ailleurs à cause de ça, si elle l'épouse, ça voudra dire que je devrais me marier avec un français, sinon ça fera un point de plus pour papa et maman sera malheureuse..." Marmonna la petite pensionnaire en esquissant une grimace convaincue. "Mais là n'est pas la question ! Comme Gigi est coincée à l'internat par son rhume, elle ne pourra pas venir, donc son sergent va l'attendre pour rien au lieu de rendez-vous, donc il va courir le risque de se faire attraper par le major, donc cela risque de mettre la puce à l'oreille de papa, donc ça risque de condamner Schultzi au cachot et Geneviève au couvent !" Engrena la blondinette en ouvrant de grands yeux paniqués. "Donc il faut que je lui donne une lettre d'Amûûûûr de Gigi où elle lui explique qu'elle est retenue à Sainte Marie par la mère supérieur !"
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Mar 7 Juil - 16:46

Un léger – très, très léger – sourire étira les lèvres de Madeleine quand sa cousine la remercia avec forces effusions et sautillement. Certainement que, si elles se faisaient prendre, la joie de Hermy ne serait pas une circonstance atténuante, mais les fait étaient tout de même là : la jeune femme se sentait un peu mois mal à l’aise à l’idée de ce qu’elle allait faire en voyant le plaisir que son acceptation causait à sa cousine. Autant elle ne savait pas résister bien longtemps à de grands yeux mouillés et suppliants, autant elle ne savait pas lutter efficacement contre la joie de ce qui comptaient pour elle. Et puis, de toute manière, songeait la domestique, les jeux étaient faits. Elle avait promis son aide, elle n’avait plus qu’à mettre sa promesse à exécution.

Mais avant, direction la lingerie. Madeleine ne protesta pas quand sa cousine attrapa une des anses du panier et en partagea le poids avec elle. Elle emboîta le pas de la jeune fille en accordant son allure sur la sienne, mais en se dirigeant vers la lingerie. Depuis le temps qu’elle travaillait à Sarnand, elle connaissait suffisamment bien le chemin qui y menait pour pouvoir le suivre les yeux fermés et/ou en écoutant les explications d’une pensionnaire. Quitte à faire une grosse, grosse bêtise en acceptant d’aider Hermeline à déposer son courrier, au moins elle saurait pourquoi.

« Oh ! » fut la réponse très intelligente qui sortit de la bouche de Mado.

Geneviève avait un amoureux ? Et un sergent allemand, en plus ? Voilà pourquoi le major risquait de ne pas être content de trouver sa fille avec le courrier compromettant, n’est-ce pas ? Enfin, maintenant, il y avait peu de chances qu’on leur tombe dessus et/ou qu’on leur demande des explications, se dit Madeleine pour se rassurer. Après tout, une domestique chargée de faire les chambres avait tout à fait le droit d’entrer dans celle du sergent Schultz, n’est-ce pas ? Et, à moins, que ce ne soit le major lui-même qui les surprenne – rien que d’y penser, la jeune femme en frémissait – personne ne s’interrogerait sur la présence d’Hermy à ses côtés.

« Ca tombe bien, tu sais, murmura Madeleine pour rassurer sa cousine – et surtout pour se rassurer elle-même – je n’ai pas encore fait la chambre du sergent. Elle est au deuxième étage et je n’ai fini que le premier. »

Pendant que la blondinette parlait et que sa cousine l’écoutait, elles avaient atteint l’extrémité du couloir et descendaient l’escalier qui menait des chambres du premier étage dans le hall à proximité de l’arrivée du téléphérique. La domestique négligea les marches qui conduisaient aux étables à dragons et poussa la porte qui permettait d’atteindre les cuisines. Néanmoins, avant d’arriver dans le repère des cuisinières, elle bifurqua et, après avoir poussé une petite porte sur la droite, entama la descente d’un nouvel escalier.

« Et puis, tu sais, reprit la jeune femme, en repensant à ce que venait de dire Hermeline, tu as le temps d’y songer, au mariage. D’ici là, tes parents seront peut-être réconciliés et il ne sera plus question de compter les points. »

Au pied des marches, Madeleine poussa une nouvelle porte, avant de désigner un tas de linge.

« On y est. On vide le panier là, ajouta-t-elle en joignant le geste à la parole, et on le remplit avec ça. »

Le temps de prendre une pile de linge propre, de la poser avec précaution dans le panier pour ne pas froisser les draps soigneusement pliés, et voilà. Elles étaient parées pour partir à l’assaut de la chambre du sergent Schultz et y déposer tous les papiers compromettants possibles.
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Lun 13 Juil - 20:29

Trottinant avec entrain, Hermeline s'attacha à soulager au maximum la charge qui pesait sur sa cousine. La hanse du panier empoignée à deux mains, le regard volontaire et le pied ferme, la jeune fille s'employa à faire bonne figure : Elle ne ressentait pas la moitié de la bonne humeur qu'elle faisait exploser au visage de Madeleine, bien consciente que si cette dernière avait ne serait-ce que l'intuition de ses angoisses, elle stopperait nette toute tentative pour lui venir en aide.
Même si le major était le plus gentil des papa, le plus beau des papa et le plus fort des papa... Et bien c'était tout de même un père. Qu'il la surprenne avec une lettre d'amûûûûr parfumée à la rose dans la chambre d'un sergent et son compte était bon. Le sien comme celui du pauvre Shultzi et de Geneviève. Nul doutes que le soldat finirait au trou en attendant le jour de ses noces avec sœur ainée, tandis que Gigi et elle recevraient quelques bons coups de martinet sur leur petit fessier rose et dodu pendant que l'on ferait coudre une robe de mariée pour l'une et une robe de demoiselle d'honneur pour l'autre.
Papa était en effet très tolérant, sauf quand il se souvenait que ses filles, par un caprice génétique impromptus, étaient par le sang des Pelous et donc, sujettes au même risque que leurs tantes, cousines et autres femelles à divers degrés de la parentelle : Fêter Pâques avant les Rameaux, soit être obligée de trouver un époux dans l'urgence et de se présenter devant le pasteur avec un ventre tendu comme une montgolfière... Tante Albertine avait d'ailleurs placé la barre très haut l'été dernier, en perdant les eaux pendant que monsieur le curé expédiait la célébration aussi rapidement que possible, histoire que le cousin François ne naisse pas dans le pêché.

Bref, le succès de l'opération ne tenait qu'à l'aide que pouvait apporter Mado, aide qui ne serait effective que si elle était assez rassurée par l'air d'absolue certitude qui s'épanouissait sur le visage de la petite pensionnaire.
Babillant avec enthousiasme, Hermeline tenta d'expliquer à sa cousine que le fait qu'elle n'ait pas encore fait la chambre du sergent Schultz était un signe du ciel que leur mission se tenait sous les meilleurs auspices. Elle se renfrogna tout de même un peu à l'évocation du conflit entre ses parents.

"Pffff, tu ne crois pas si bien dire quand tu parles de points" Soupira la jeune fille d'un air funèbre. "Maman a reconverti l'ardoise de la cuisine pour tenir le compte." Dit-elle en haussant les épaules. Puis, se penchant vers l'oreille de sa cousine sous prétexte de l'aider à placer le linge dans le panier, lui murmura avec un sourire presque carnassier : "Il parait que des français ont repris les armes en Afrique, qu'ils ont mis une rouste aux forces de l'Axe... Du coup maman se sent d'humeur magnanime et invite papa au diner ce soir." Et dans l'esprit d'Hermeline comme dans sa façon de le dire, derrière "magnanime" se cachait quelque chose de férocement interdit aux mineures mais d'absolument merveilleux si cela arrivait à détendre les relations entre les deux imbéciles qui lui servaient de parents.

"Et maintenant, allons jouer les facteurs !" Dit-elle en donnant une tape sur la pile de linge, sans plus paraitre se soucier des nouvelles qu'elle venait de donner. "Plus vite on a fini, plus vite je peux aller donner son invitation au major !" Gloussa la petite blonde en clignant de l'œil. Ce n'était certes pas très distingué, mais ce n'était pas juste que le petit poux, aka son frère Ivan, ait le droit de le faire et pas elle alors qu'elle était son ainée, non mais !
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Ven 17 Juil - 22:13

Hermeline était vraiment bien inspirée de ne pas montrer ses craintes à sa cousine et de garder un visage ruisselant de certitude et de confiance dans la réussite de leur mission. En effet, si Madeleine avait deviné la moitié du quart des pensées de la pensionnaire, elle s’en serait pétrifiée de terreur. Parce que le Major Von Lichtenstein avait beau être un père aimant et un oncle très bien, s’il était capable de jeter le sergent Schultz dans un sombre cachot, de punir ses deux filles à coups de martinet, avant de conduire l’aînée à l’autel, quel sort réserverait-il à la cousine complice ? Sachant qu’un seul regard noir du major la clouait déjà sur place, comme une souris devant un serpent en chasse, la seule idée du châtiment dont elle pourrait écoper aurait suffi à lui faire perdre tous ses moyens.

Heureusement, la blondinette ne laissa rien paraître de toutes ces sombres idées, et Madeleine ne demandait qu’à se laisser convaincre par le babillage de sa cousine. Et puis, de toute manière, c’était vrai que le fait qu’elle ne soit pas encore occupée de la chambre du sergent était un bon signe, non ? Bien sûr, en cherchant bien, elles auraient pu trouver une excuse qui aurait expliqué leur présence dans une pièce où elles n’avaient rien à faire, mais la domestique n’était pas douée pour mentir. Sans doute parce que le mensonge requérait des neurones actifs capables de réfléchir vite et que les siens avaient tendance à se figer quand elle rencontrait quelqu’un ou qu’elle était dans une situation embarrassante.

La jeune femme détacha brièvement sa main gauche de l’anse qu’elle tenait pour la poser sur l’épaule d’Hermeline et la serrer brièvement en signe de soutien, quand la pensionnaire évoqua à quel usage que sa mère employait désormais l’ardoise de la cuisine. Elle ne savait pas trop comment aider sa cousine dans cette situation et fronça légèrement les sourcils en songeant que tout ce qu’elle pouvait faire pour elle, c’était compatir. Néanmoins, le visage de Mado se détendit très vite et un franc sourire étira ses lèvres lorsqu’elle entendit les paroles suivantes de la jeune fille.

« Ca, c’est une bonne nouvelle ! »

Une doublement bonne nouvelle, même. Aussi bien en ce qui concernait la guerre globale, avec une victoire française même si elle avait eu lieu en Afrique, qu’en ce qui touchait la guerre plus privée qui opposait les parents d’Hermeline. Autant l’armistice en France n’était pas franchement agréable à cause de l’Occupation, autant ce serait formidable si Oncle Ulric et Tante Francine arrivaient à une trêve.

« Allons-y », acquiesça Madeleine sans se formaliser plus que ça du clin d’œil de sa cousine – certains soldats avaient parfois des comportements pires que ça.

Elle reprit le panier et le reposa sur sa hanche avant de prendre le chemin inverse de celui qu’elle venait de parcourir. Une porte, un escalier, une autre porte, un couloir, encore une porte, et elles étaient de retour dans le hall qui donnait sur l’arrivée du téléphérique. Madeleine entraîna sa cousine vers les escaliers qui conduisaient aux chambres des soldats, et donna quelques explications à voix basse tandis qu’elles grimpaient vers le deuxième étage.

« La chambre du sergent Schultz est tout au bout, il me semble… On va commencer par le fond du couloir, comme ça, ça paraîtra plus logique… »

… Au cas où elles se feraient prendre, évidemment. C’était peu probable, mais on ne savait jamais. Et comme elle ne serait certainement pas capable de se défendre si ça arrivait, mieux valait qu’elle n’ait pas une situation trop étrange à expliquer et qu’elle n’ait qu’à justifier la raison de la présence de Hermeline à ses côtés.

Quelques instants plus tard, elles arrivaient au deuxième étage et atteignaient la porte de la chambre du sergent Schultz. Madeleine lâcha à nouveau l’anse du panier de sa main droite et attrapa la clé qui se trouvait dans sa poche. Elle ouvrit la porte et rangea les clés avant d’actionner la poignée de la porte.

« Voilà », murmura-t-elle à sa cousine en reprenant l’anse du panier.
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Dim 18 Oct - 23:51

Si parfois Hermeline se posait des questions sur la pertinence d'une jeunesse passée coincée dans le très select, mais terriblement austère, pensionnat Sainte-Marie, voir en quoi consistait le travail de Madeleine lui donnait aussitôt la motivation d'aller au moins jusqu'à l'université.
Certes il n'y avait pas de sots métiers, mais changer les draps et faire la chambre de types pas fichus de trouver le panier de linge sale avec leurs chaussettes, cela tenait plus de la punition divine que du sacerdoce... Et vu la minutie que Madeleine déployait pour prendre soin du linge de maison de ces feignéasses qui dormaient là, elle devait probablement être une sainte.

Cachant difficilement son impatience, Hermeline poussa presque un hurlement de triomphe quand enfin elles arrivèrent devant la chambre du sergent Shultz. Ne laissant même pas le temps à sa cousine de reprendre son fardeau, la jeune pensionnaire attrapa les deux hanses du panier et l'engouffra dans la chambre. Laissant tomber au sol son chargement, elle pivota et se saisit de la pauvre chambrière, la tractant au travers de la porte qu'elle referma d'un bon coup de pied.

"Ouf !!!! J'ai bien crus qu'on y arriverait jaaaaamais ! C'est la dernière fois que je fais ça. Gigi livrera sa prose clandestine toute seule dorénavant !" Grommela la petite jeune fille en sautillant à travers la pièce.
"En tout cas, je pourrais dire à maman que c'est un homme qui prends soin de ses affaires, sa chambre et une des mieux rangées qu'on ait vu pour le moment..." Marmotta-t-elle, en commençant à fouiner partout. "Mince, tu imagines si Geneviève l'épouse alors qu'on est encore en guerre ?! Ça serait terrible, papa marquerait d'office un point de plus ! Je ferais peut-être mieux de dire à Gigi que c'est un type affreux qui tient ses quartiers pire que la soue des cochons de l'oncle Georges ?" Demanda la blondinette, l'air dubitative, en se tapotant le bout du nez de l'index en signe d'une intense activité cérébrale.
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Jeu 22 Oct - 22:30

Punition divine ? Hermeline allait un peu loin, là. Si la domestique avait eu vent des pensées de sa cousine, elle n’aurait certainement pas manqué de protester un peu. Son métier lui convenait parfaitement, et elle n’avait jamais eu la moindre envie de poursuivre ses études jusqu’à l’université. Ce n’était pas qu’elle était mauvaise en classe ou que ses parents n’avaient pas de quoi lui payer les études – elle était sûre que, si cela avait été son choix, Ernestine et Jacques auraient fait tous les efforts du monde pour qu’elle puisse poursuivre l’école – mais la petite pensionnaire ne s’imaginait certainement pas quel supplice ça avait été de devoir se rendre en classe tous les jours. Sans dire qu’elle raffolait de son métier ou qu’elle avait rêvé de l’exercer, Madeleine devait se rendre à l’évidence : ce n’était peut-être pas encore formidable, mais elle était persuadée qu’il n’y avait pas beaucoup d’autres professions qui lui auraient permis de se faire aussi discrète que celle-ci. Certes, il lui arrivait de croiser quelques soldats de temps à autre, mais ça n’avait rien à voir avec le nombre de personnes qu’elle aurait dû voir quotidiennement si elle avait travaillé dans la fonction publique, comme ses sœurs.

Et puis, ramasser des chaussettes sales pour les laver et les ranger propres, remettre de l’ordre dans les chambres, ce n’était pas si terrible que ça, après tout. La jeune femme aimait bien remettre les choses en ordre, et il fallait reconnaître que les soldats n’étaient pas tous les pires brouillons du monde. Elle ne passait en général pas beaucoup de temps dans chaque chambre, sauf cas particulier – tel un certain capitaine roux qui semblait prendre un malin plaisir à lui donner le plus de travail possible – et accomplir sa tâche accompagnée de quelqu’un qu’elle connaissait et avec qui elle était à l’aise faisait passer le temps encore plus vite. Ca ne paraissait toutefois pas être le cas de tout le monde, si on prenait en compte la vitesse à laquelle Hermeline se saisit du panier et de sa cousine pour les faire passer fissa de l’autre côté de la porte.

Madeleine se contenta de sourire silencieusement au grommellement de la blondinette, et laissa la jeune fille sautiller et visiter la chambre à son gré, pendant qu’elle vérifiait que le lit ne présentait aucun pli et se chargeait du linge sale. Elle hocha la tête pour approuver le fait que cette chambre était une des mieux rangées, mais n’ajouta rien. Elle en était à ranger les affaires propres quand Hermeline commença à se poser des questions existentielles. Les conseils familiaux n’entraient pas vraiment dans ses compétences habituelles, ni même l’expertise en manipulation et mensonges plus ou moins pieux, mais la domestique ne pouvait pas vraiment laisser sa cousine raconter des salades, n'est-ce pas ?

« Tu crois vraiment que ça aurait une influence sur Geneviève ? demanda-t-elle donc, dans le but de dissuader la jeune fille de mentir. De toute manière, tu sais, ça m’étonnerait qu’ils se marient dans la minute. Tu n’auras pas à compter les points tout de suite. »

Oui, il arrivait parfois à Made d’aligner deux trois pensées de façon cohérente. Elle pouvait même, parfois, les exprimer sans bafouiller, bredouiller ou rougir. Il suffisait qu’il n’y ait pas d’inconnu – ou quelqu’un qui avait plus ou moins le même statut pour la jeune femme, c’est-à-dire personne que des membres de sa famille – dans les parages.

« Tu as déposé ta lettre ? »

Elle, elle en avait terminé avec le linge et rien ne s’opposait donc à ce qu’elles quittent la chambre. En plus, une fois qu’elles auraient refermé la porte derrière elle, il n’y aurait plus aucun risque qu’elles soient surprises par quelqu’un, ce qui était très, très bonne nouvelle qui permettrait à Madeleine de retrouver un rythme cardiaque à peu près normal. Mais malheureusement, il y avait toujours des inconvénients mêlés aux avantages, et la jeune femme était sûre que, dès qu’elles auraient repassé le seuil, sa cousine la quitterait pour retourner à son pensionnat ou pour visiter son père.


Dernière édition par Madeleine Rollin le Sam 24 Oct - 20:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Ven 23 Oct - 10:25

"Pfff... Tu as certainement raison. Rien ne peut influencer Geneviève, elle est plus tétue qu'une vieille mule !" Soupira Hermeline avec un visage de fin du monde.
"Mais je suis sûr que tout ça vient de l'uniforme : Si Gigi avait croisé Shultzi habillé en paysan de la basse vallée du Rhône, elle ne l'aurait pas même regardé. Seulement il avait cet uniforme bien ajusté sur le dos alors forcément..." Dit-elle en secouant d'un air outragée la manche d'une veste posée là. "Je crois que die anderen compte autant sur le charme de ses soldats que sur leurs compétences de guerriers pour gagner la guerre. Schwachkopf zwerg schwarz !" Ronchonna la jeune pensionnaire, en prenant soin cependant de baisser la voix sur ses invectives en allemands.
Non content d'avoir provoqué la guerre qui avait fâchée ses parents, le nain aux talonnettes gammées rendait maintenant son armée sexy, exprès pour séduire Geneviève ! Bon, éventuellement ça pouvait servir à ce que le major fasse du charme à maman, mais pour le reste c'était parfaitement déloyal !

Abandonnant ces trites considérations vestimentaires, Hermeline tournoya un petit moment dans la pièce, attendant une révélation. Puis, poussant un petit couinement de satisfaction, sortit une enveloppe de sa chaussette et alla la caler sur la table de nuit. S'agitant encore un moment pour vérifier que le précieux courrier était directement visible en entrant dans la pièce, la petite pensionnaire finit par hocher la tête, l'air très contente d'elle.
"Voilà, c'est livré !" Chantonna-t-elle en rejoignant sa cousine qu'elle enlaça pour un câlin. "Merci Mado, sans toi j'était condamnée au couvent. Pour Gigi ça aurait été bien fait, mais pour moi cela aurait été bien trop injuste ! Tu a bientôt terminé ta tournée ? Tu crois que le chef Barrère aurait un petit quelque chose de bon à grignoter à offrir à deux personnes aussi gentilles que nous ?"
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Sam 7 Nov - 16:31

Un sourire compatissant étira les lèvres de Madeleine quand sa cousine qualifia Geneviève de « plus têtue qu’une vieille mule » avec désespoir, et elle tapota doucement l’épaule de la blondinette pour lui assurer son soutien. Jamais au grand jamais, elle n’aurait osé définir quelqu’un de la sorte, même s’il s’agissait d’un membre de sa famille, mais l’entendre de la part d’Hermeline ne la dérangeait pas plus que ça. La jeune pensionnaire avait l’habitude d’exprimer ce qu’elle pensait de manière directe et, de toute manière, sa façon de parler n’atteindrait jamais celle de certains soldats. De même, Mado ne s’étonna pas d’entendre quelques mots allemands glisser dans les récriminations de la jeune fille. La domestique ne parlait pas cette langue, mais une fréquentation assidue de ses cousin et cousines Von Lichteinstein et celle – beaucoup moins recherchée – des soldats allemands, qu’elle était tout de même obligée de croiser de temps à autre, lui en avait appris quelques mots. Elle n’eut donc pas beaucoup de mal à comprendre le sens des paroles d’Hermy.

Paroles qui ne firent naître qu’un simple haussement d’épaule dubitatif en réponse. Pour tout ce qui concernait les uniformes, Madeleine n’était peut-être pas très objective, mais elle ne partageait pas le point de vue de sa cousine. Tout d’abord, lorsqu’elle croisait quelqu’un qui portait l’uniforme allemand, ça lui faisait en général plus peur qu’autre chose – oui, elle avait peur de tous ceux qu’elle rencontrait, mais quand ils portaient un uniforme, surtout allemand, c’était pire ! – et, ensuite, le fait d’en laver des dizaines par jour, d’uniformes, les démystifiait grandement.

« Si tu veux, tu n’as qu’à faire venir Geneviève ici pendant un week-end et je lui ferais laver tous les uniformes de tous les soldats, proposa Madeleine avec un léger sourire. Je suis sûre qu’elle leur trouvera moins d’attrait après. »

La jeune femme hocha la tête, satisfaite, quand Hermy déclara que sa livraison de courrier était terminée. Parfait, une bonne chose de faite – et accessoirement une bonne raison pour retrouver un semblant d’air détendu. Elles allaient pouvoir quitter la chambre et personne ne se douterait de ce qu’elles avaient fait. Certes, si elles rencontraient quelqu’un en franchissant le seuil de la chambre, Mado était sûre que son forfait se lirait sur son visage, mais qu’un soldat se trouve dans ce couloir juste à ce moment était quand même peu probable, n’est-ce pas ? C’était tout au moins ce que la domestique ne cessait de se répéter et elle tâcha donc d’ouvrir la porte avec assurance, assurance qu’elle était loin de ressentir. Heureusement, les probabilités avaient semble-t-il décidé de se faire respecter, et les deux cousines purent donc quitter la chambre du Sergent Schultz sans encombre. Alors qu’elle faisait tourner la clé dans la serrure, Madeleine s’attendait à ce qu’Hermeline prenne congé pour se mettre en quête de son père, mais les paroles qu’elle entendit étaient bien plus agréables.

« Et bien, répondit la jeune femme en pivotant sur elle-même pour faire face à la blondinette, avant d’indiquer les deux dernières portes du couloir, il ne me reste que ces deux chambres à faire. Je ne sais pas si le chef nous donnera quelque chose, mais, si tu veux bien attendre, on pourra aller lui demander…Enfin, je pourrais t’accompagner pendant que tu lui demanderas, » rectifia-t-elle en rougissant légèrement.

Ca faisait peut-être longtemps qu’elle travaillait à Sarnand et qu’elle connaissait le chef cuisinier, mais ce n’était pas vraiment pour ça qu’elle oserait lui parler. Si elle était à peu près à l’aise avec la majorité de ses collègues, Maurice Barrère était quand même le Grand Manitou des cuisines… Ce n’était pas rien ! Et puis, avec le rationnement, ce n’était pas sûr qu’il voit d’un bon œil deux jeunes femmes réclamer un petit supplément.
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MessageSujet: Re: Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]   Dim 22 Nov - 15:15

Tournoyant sur elle même en éclatant de rire, Hermeline écrasa une larme alors qu'elle imaginait la si précieuse Geneviève, les deux mains dans le bac à lessive et du savon jusque sur son petit nez aristocratique.

"Gigi en train de frotter et faire mousser le petit linge de la soldatesque ??? Elle en tomberait en pâmoison pour le coup ! La pauvre chérie a bien trop pris du coté Libberecht de la famille pour pouvoir seulement envisager de perdre ses délicates mains blanches dans un travail aussi grossier !" S'exclama la blondinette, en mimant à la perfection l'accent quelque peu pédant qui avait été celui de son grand-père Pierre-François.

Se faufilant à la suite de sa cousine, elle la regarda fermer la porte de la chambre du sergent Shultz en sautillant d'un pied sur l'autre, impatiente. Les paroles de Madeleine firent éclore un sourire en tranche de courge sur le visage de la jeune pensionnaire, qui acquiesça de toute la force de ses boucles blondes.

"Je t'aide à finir les chambres puis promis, je revêt mon armure étincelante et je cours défier le dragon des cuisines pour le convaincre de nous céder une part de son butin !! Allons gente damoiselle, je serais votre champion face au danger, haros sur la poussière et sus aux cuisines !" Déclama-t-elle avec une emphase qui aurait pleinement satisfait son professeur de littérature, une main sur le cœur et l'autre désignant d'un doigt impérieux la direction approximative de l'antre du chef cuistot.

Passant un bras sous celui de Mado, elle l'entraina rapidement, faisant fi de toute discrétion maintenant que le danger était passé...


[Finis pour moi, merci encore Mado ^^]
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Second degrés [Dimanche 02 Mars 1941]

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