Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]


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Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]

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Allemand
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MessageSujet: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Sam 11 Juil - 16:17

L'hôtel, c'était sympa trois jours. On vous lavait vos draps, on vous faisait à manger et, si on tapait assez fort sur le mur, on pouvait même faire taire l'obsédé de la chambre d'à côté qui ramenait des prostituées tous les soirs. Mais voilà, l'hôtel, ce n'était pas la maison. Heinz avait vécu en célibataire trop longtemps pour apprécier qu'on range sa salle de bain (s'il voulait laisser un caleçon par terre pendant trois jours, c'était SON problème) et, surtout, le coin pullulait d'Allemands... ce qui énervait beaucoup Heinz. Il aimait sincèrement ses compatriotes mais se sentait mal dès qu'il s'agissait de les croiser après un de ses rendez vous avec Paul.

Il avait donc pris une de ces décisions anodines mais qui, pour un indécis comme Heinz, tendait toujours à paraître capitale : il déménageait chez l'habitant. Il avait donc demandé à la Kommandantur de lui trouver quelque chose, parce qu'il faisait d'avantage confiance à la Wehrmacht pour se conduire en gentleman. Deux jours plus tard, l'Oberst Krüger avait envoyé un aide de camp pour l'aider à déménager.

A présent, ils y étaient, et Siedler devait reconnaitre que celui qui s'était chargé du repérage avait bien fait son travail.

La maison était grande et, il fallait l'avouer, vraiment jolie. Entourée d'un verger qui semblait parfaitement entretenue, elle était en pierres, d'apparence solide et propre. La Mercedes noire avait gravi avec aisance une petite allée pentue mais bien tenue, avant de s'arrêter devant la porte principale. En sortant, Heinz s'accorda le temps de faire un demi tour sur lui même ; la vue donnait sur le verger et, plus loin, les toits de Montreuil. S'il avait su un mois plus tôt qu'il pourrait habiter à dix minutes du centre ville avec une maison comme ça, il serait venu plus tôt.

Pendant ce temps, l'aide de camp était allé sonner une petite cloche qui pendait près de la porte. Il se tenait très droit, comme s'il s'attendait déjà à rencontrer peu de satisfaction de la part des habitants : il avait pu se renseigner sur la famille pour être sûr qu'il y aurait une chambre de libre, mais ils n'étaient pas là quand il était venu la première fois et le téléphone avait sonné dans le vide...
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Dim 12 Juil - 17:29

Il y avait de cela plusieurs jours, un homme, et même un soldat ou un aide de camp allemand, était venu frapper à la porte de la maison des Reynaud. Ce jour là, Léa était dans sa chambre et lisait un livre pour oublier cette guerre qui prenait tous les hommes valides. Elle s’était levée d’un seul bond, croyant l’arrivée d’une connaissance qui viendrait égayer cette matinée qui s’annonçait maussade.
Elle avait atteint la fenêtre et ses doigts effleuraient déjà le rideau. Son cœur sembla s’arrêter quand elle aperçue l’uniforme militaire de l’ennemi. Elle descendit en trombe les marches de l’escalier et interrompit le geste de Simone. Elle chuchota :

"Non, c’est un allemand, n’ouvre pas !"
"Mais petite…"
"Non j’ai dit, n’ouvre pas."

Les jours qui suivirent, il y eu bien un coup de téléphone, mais il resta en suspens. La famille ne répondait plus au téléphone.

Le vendredi suivant, le 14 Mars donc, tous vaquaient à leurs occupations habituelles. Le père de Léa était dans le verger, regardant avec amour et bichonnant ses arbres. Léa, sa sœur et sa mère faisait de la couture dans le salon. Pierre était à Montreuil. La jeune fille essayait inlassablement d’apprendre à repriser, quand on entendit des pneus crisser sur l’allée bordée de petits buissons. Tout le monde avait senti son corps se tendre au son de la sonnette de l’entrée. Qui était-ce ? Tout le monde connaissait la réponse sans vraiment vouloir se l’avouer. Simone sorti de sa cuisine en tablier et se dirigeait vers la porte. Elle l’ouvrit sur ce même soldat allemand de la dernière fois. Dans le salon, les demoiselles faisait semblant de raccommoder, les doigts soudain glissants.

On entendit les chaussures claquer sur le pavé, et on s’imagina avec précision le salut militaire. Isabelle se retourna, raide, sur son fauteuil. Elle se leva et s’approcha lentement, après avoir délicatement posé son ouvrage.


Dernière édition par Léa Reynaud le Dim 12 Juil - 21:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Dim 12 Juil - 18:11

L'aide de camp attendit un instant, puis leva de nouveau le bras pour sonner. La présence de Siedler le rendait un peu nerveux, car il craignait que la famille soit encore absente et appréhendait le voyage du retour s'il fallait le ramener à l'hôtel, avec ses bagages et tout. Aussi, lorsqu'une femme d'un certain âge ouvrit la porte, il crut bon de la gratifier d'un salut aussi poli (c'est à dire un fort militaire "Heil Hitler" qui fit sursauter le gestapiste) que possible.

"Bonjour, Madame, la Wehrmacht souhaite réquisitionner une chambre dans votre maison," dit-il avec un français très accentué, mais sans fautes : il avait appris son texte par coeur pour être sûr de ne pas dire de bêtises. Il reprit. "Je suis désolé, si peut être je dérange, mais vous ne étiez pas là quand je suis venu, vendredi dernier, et le Hauptsturmführer doit venir chez vous ce soir."

Siedler était venu se poster près du sous officier. Il ressentait presque de la compassion pour le pauvre garçon, dont le français était apparement d'une qualité compréhensible mais assez aléatoire pour blesser son sens de la justesse linguistique. Il se retint de grimacer et se contenta de regarder la femme avec une certaine curiosité. Sa tenue laissait penser qu'elle ne pouvait être la maîtresse d'une aussi belle maison... une cuisinière, une domestique ?
Il se demanda si elle savait cuisiner les Strudel, avant de se dire qu'avec le rationnement, elle n'aurait sans doute pas de beurre à gâcher pour le faire. Bon. Il n'aurait qu'à lui en apporter, après tout, ce n'est pas comme si quelqu'un oserait refuser de lui en vendre.

Il se trouvait bien à droite du soldat, suffisamment pour voir approcher une autre femme sur le côté, là où l'aide de camp ne devait voir que l'embrasure de la porte. Heinz laissa tomber sur elle un regard qui se voulait poli mais qui paru plus timide qu'autre chose, comme toujours lorsqu'il ne voulait pas s'imposer.
La maison, sans habitants visibles, avait paru belle et accueillante. A présent qu'il fallait rencontrer les propriétaires, Heinz avait l'impression de venir en envahisseur...
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Dim 12 Juil - 19:51

Léa, du salon, ne voyait pas la scène. Néanmoins, elle appréhendait. Sa mère s’était approchée de la porte d’entrée pour accueillir les visiteurs comme il se doit.

"Bonjour, Madame, la Wehrmacht souhaite réquisitionner une chambre dans votre maison. Je suis désolé, si peut être je dérange, mais vous ne étiez pas là quand je suis venu, vendredi dernier, et le Hauptsturmführer doit venir chez vous ce soir."

Léa frissonna. Pas de doute, ce fort accent où les « r » étaient raclés appartenait bien à un allemand. Elle s’affaissa et son visage perdit de ses couleurs. Elle entendit sa mère prononcer :

« Je ne suis pas sure que nos chambres vous conviennent Monsieur. »

Léa ne pouvait plus se contenir, elle voulait voir qui est-ce qui venait envahir son petit cocon familial. Jeanne la regarda se lever avec un air ahuri. Elle avait le culot d’aller voir à la porte, à son âge !
Ignorant superbement la mise en garde muette de sa sœur ainée, Léa se dirigea vers la porte.
Bien droite derrière sa mère, elle regardait cet homme de haut, les sourcils un peu froncés. Sa mère reprit :

« Nous avons déjà trois enfants et une domestique à héberger, nous ne pouvons héberger deux autres personnes. »

Léa, toujours de son air renfrogné, regardait de haut en bas ces hommes ennemis qui se permettaient de venir réquisitionner une maison chez l'habitant. Pourtant, les hôtels ne manquaient pas et ils n'étaient pas bondés...
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Dim 12 Juil - 20:25

"Nous n'avons besoin que d'une chambre," répondit aussitôt Heinz, comme pour sauver un aide de camp qui ne s'était pas attendu à devoir se justifier. Il trouvait ce refus presque gonflé : ses parents à lui avaient eu l'air bien moins aisés, leur maison avait été beaucoup plus petite, et cela ne les avait pas empêché d'avoir deux enfants et de les loger. Celle ci était assurément assez grande pour qu'on puisse lui faire de la place ! Quel manque d'hospitalité pour les vainqueurs !

Il ouvrait de nouveau la bouche lorsqu'il aperçut la fine silhouette d'une jeune fille. Une des enfants, sans aucun doute, qui était déjà d'un certain âge. Cela balaya quelques soucis moraux qu'Heinz eu pu se poser. Si encore il s'était agi de gamins en bas âge, il aurait accepté de les laisser à leur quiétude. Mais la vision de cette adolescente déjà presque femme lui fit refermer la bouche, figeant ses lèvres en une ligne un peu plus dure.

"Si c'est le ravitaillement qui vous inquiète, madame, je pourrai fournir mes propres vivres ou ne pas manger chez vous. Mais une chambre ne vous coûte rien," il y avait, dans sa voix, comme l'affirmation que le contraire serait faux. Mais il restait légèrement en retrait derrière l'aide de camp devenu muet, et son corps ne transpirait ni la rigueur militaire, ni la confiance pleine et solide des officiers. Même cintré dans son uniforme feldgrau du SD au col bordé de noir et d'argent, la vision de cette femme digne et de sa fille apparemment indignée attaquait son naturel fragile. Tout chez la gamine criait : envahisseur, tu n'es pas bienvenu chez moi, et brisait la quiétude du cadre. Du calme, on passait à la tension.

Il pensa à leur proposer des compensations, hésita un instant dans un léger mouvement d'avant en arrière, inconscient, du bout des pieds. Siedler finit par se dire que non, ce ne serait pas possible tout de suite. S'il tentait déjà de les amadouer, il montrerait qu'il était prêt à tourner les talons et perdrait la face. Il fallait attaquer sous un autre angle.

"Je m'excuse si cette réquisition vous pose problème, mais il est très important que nous, les Allemands, et vous, les Français, apprenions à nous connaître. Si nous voulons nos pays seraient amis, il ne faut pas rester cachés dans les hôtels. Ce n'est pas la France et ce n'est pas l'amitié entre les Français et les Allemands."

Il se doutait que cela les touchait peu, mais c'était un argument irréfutable, à moins que l'une des trois femmes n'ose lui crier quelque chose de répréhensible. Heinz voulu sourire, mais ses joues restèrent crispées...
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Dim 12 Juil - 20:57

Les mains de Léa se crispèrent derrière son dos. Sa mère se tendit un peu plus. C’était la réponse qu’elle redoutait. Une seule chambre. De toute façon, ils auraient pu accueillir deux personnes, au moins. Elle baissa les yeux, comme pour réfléchir, mais les remonta bien vite, de peur de perdre la face. Elle lança un regard résigné à sa fille, puis s’effaça.
Léa se retrouva seule, l’espace d’un instant, devant la porte ouverte sur un officier allemand. Elle aurait voulu hurler, mais ses entrailles tordues l’en empêchèrent. D’un geste, elle recula et retourna dans le salon, tournant le dos à ces intrus.
Simone retourna dans sa cuisine d’où une légère odeur de brûlé s’échappait. Isabelle ouvrit plus grande la porte en abandonnant un « entrez » et retourna dans le salon pour s’adresser à Léa.

« Ma chérie, peux-tu montrer les chambres à ce Monsieur pour qu’il se sente à l’aise ? »

Sa mère osait les laisser pénétrer dans leur maison, c’était un comble. Une vague de haine submergea Léa qui devint soudain rouge. Ses doigts tremblèrent et elle entendait le battement de son sang dans ses tempes. Sa mère se pencha sur elle.

« Je t’en prie, pas d’histoire. »

Son regard voulait dire « nous n’avons pas le choix, même si cela nous répugne autant que toi ». La jeune fille se calma quelque peu, rassurée par le contact froid de la main de sa mère. Elle se leva tranquillement, et attendit que ce commandant décharge ses valises.

Pendant ce temps, Bernard revenait du verger. Il devait être tout au fond pour ne pas avoir entendu la grosse voiture arriver et les voix. Il était arrivé à la porte avec une lenteur inhabituelle, surement à cause des pérégrinations d’un des allemands entre le vestibule et la voiture. Il passa le perron, et regarda sa fille.

« Ce commandant va passer quelque temps en notre compagnie. Je dois lui montrer les chambres. »
« Fais, ma fille, fais. » Lui dit-il en lui embrassant le front avec des yeux fatigués.
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Lun 13 Juil - 16:09

L'aide de camp manqua souffler de soulagement. Finalement, tout allait bien finir, Siedler serait satisfait et lui n'aurait pas de problèmes ! C'était vraiment mieux pour tout le monde, parce que ce n'était pas comme si les Français avaient vraiment eu le choix.

Heinz ne souriait plus. Il avait trouvé l'effort honorable, mais la conduite de la gamine commençait à lui taper sur les nerfs. Il sentait qu'elle ferait tout pour le repousser loin de chez elle et le regrettait. Une telle épine suffirait probablement à la dégouter du lieu un jour ou l'autre. Quand il détacha enfin ses pieds du sol pour entrer, il eu l'impression que les semelles collaient au parvis et s'efforça de redresser les épaules, en conquérant. Il avait choisi de venir ici, il faisait partie des vainqueurs, et puis zut, c'était pas comme s'ils avaient pu lui faire quoi que ce soit !
Mais comme de bien entendue, c'est à la gamine qu'on demanda de le guider. Pour cacher la frustration et la colère qu'il sentait encore à son égard, il se tourna à l'aide de camp et lui demanda, sèchement, d'aller chercher les valises. Le pauvre homme s'exécuta aussitôt alors que Heinz rougissait légèrement : encore un qui devait se demandait ce qu'il lui prenait, d'un coup ! et qui n'avait rien fait pour mériter ça.

Une, deux, quatre secondes, et Siedler décida qu'aller l'aider était une bonne idée. Un peu d'air et la vue du verger le calmerait sans doute et lui rappellerait ce qu'il faisait encore là. Le soldat sembla presque surpris, mais ne commenta pas et le laissa récupérer une de ses valises. La plus légère, évidemment, parce que Heinz était moins costaud que lui et qu'un officier n'avait pas à trimbaler les paquets les plus pesants.

Quand ils revinrent avec le tout, la gamine disait quelque chose à un homme d'âge mûr, probablement son père. Comme elle ne paraissait pas trop pressée de le présenter, Heinz posa sa valise près de la porte et s'approcha de l'homme.
Pas de salut militaire ou hitlérien. Inutile d'essayer de lui déplaire plus qu'elle ne le détestait déjà.

"Monsieur, je suis l'Hauptsturmführer Heinz Siedler. J'espère que ma présence ne vous indisposera pas trop."

Un sourire. Crispé.
Il devait être parano, parce qu'aujourd'hui, il avait la légère impression que tout le monde allait le détester ou lui en vouloir. Même si Bernard Reynaud n'avait encore rien fait pour le lui montrer...
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Ven 17 Juil - 19:08

Le silence du déchargement était balancé par le tic-tac récurrent de l’horloge du salon. Isabelle était partie quelque part dans la maison, dans sa chambre peut-être, revêtir une robe appropriée à l’invité de taille qui foulait - et souillait - le sol de sa demeure.

Léa regarda avec un petit sourire amusé Heinz Siedler rester pantois pendant quelques secondes, ne sachant que faire de lui-même. Ensuite, elle rit légèrement quand elle le vit arriver avec sa petite valise, laissant à son aide de camp les plus lourdes et les plus encombrantes. Son père était toujours à son côté, regardant la scène de son air las.

"Monsieur, je suis l'Hauptsturmführer Heinz Siedler. J'espère que ma présence ne vous indisposera pas trop."

« Bernard Reynaud. Voici ma fille Léa, j’imagine que les présentations n’ont pas été faites. Nous supporterons votre présence, ne vous en faites pas pour ça. J’ai cru comprendre que nous n’avions guère le choix, de toute façon. »

Sur-ce, le père de Léa, soudain fatigué, les épaules voutées, se dirigea vers le salon, où raccommodait toujours sa fille aînée, Jeanne. Remarquant sa posture, droite, sévère, raide, sur son fauteuil, il lui laissa un baiser sur le front en lui caressant les cheveux. La situation était des plus déplaisantes.

Quand les « invités » eurent finis de débarrasser la voiture, ce qui ne prit qu’une dizaine de minutes, Léa regarda Heinz.

« Je vais vous présenter ce que nous avons en stock. Vous pourrez faire votre petit marché. »

Sans attendre de réponse, Léa passa la porte du salon avec un air hautain qui soulignait son côté « mauvais genre » et monta les marches vers le premier étage. La maison des Reynaud était plutôt coquette et accueillante, en temps normal. Il faisait bon de se retrouver dans le verger les longs soirs d’été à écouter les grenouilles chanter dans la mare du voisin, ou à lire un livre captivant assis sur le banc en pierre du fond. Souvent, les parents de Léa, Jeanne et Paul recevaient des amis, des voisins, de la famille ; mais depuis le début de la guerre, cette ambiance bonne enfant avait disparue.

Quant à l’intérieur de la maison, elle était décorée d’un style moderne, l’art déco en vogue depuis les années 1930. Toute la maison avait des tapisseries fleuries et des meubles en bois anciens. La chambre de Léa était dans des tons bleus. La tapisserie était composée de fleurs couleur lavande, tandis que le dessus de lit était bleu ciel. Le sol était recouvert de parquet foncé. Sur une commode, traînait un bouquet d’arômes qui diffusait une fragrance discrète dans la chambre. Il y avait une fenêtre, parée de rideaux de la même couleur que le dessus de lit, et qui donnait sur le verger. Léa aimait cette vue qui la reposait et l’avait calmé bien des fois.
La chambre de Jeanne était légèrement plus spacieuse et dans des tons plus sauvages, plus chauds. Les couleurs de la chambre de Léa correspondaient mieux au caractère de Jeanne, et vice versa. Mais c’était ainsi depuis toujours, on ne chipotait pas sur des bêtises pareilles. La tapisserie de Jeanne était donc avec des fleurs aux couleurs jaune, marron et un peu de vert. Le bois du sol était plus clair, plus brut. Le dessus de lit était couleur terre, de même que les rideaux. La fenêtre cette fois, donnait sur la cour de devant et avait une vue beaucoup moins jolie que celle de Léa. Toutefois, la chambre de Jeanne était tout aussi confortable et accueillante. La chambre de Paul était l’ancienne chambre où dormaient les trois enfants étant petits. Il avait exigé de garder celle-là car il s’y « sentait à son aise ». Il disait qu’il percevait l’odeur et la présence de ses sœurs et que cela le rassurait. Elle était un peu plus veille et terne que les deux autres, mais elle restait dans le même style décoratif. Au fond du couloir, il y avait la chambre d’amis. Chambre d’amis qui n’en était pas vraiment une puisqu’elle était froide et pas mal défraîchit depuis le temps qu’elle n’avait pas servie. La famille doutait fort que le commandant Siedler ne daigne s’y installer. Léa l’espérait. Quitte à héberger un allemand, autant que cela se fasse dans les meilleures conditions possible. Elle éprouvait une peur secrète que cet homme choisisse sa chambre, et un égoïsme sournois c’était glissé dans son esprit. Si il devait choisir une chambre des enfants, elle préférait que se soit celle de son frère ou de sa sœur.

Elle c’était arrêtée en haut de l’escalier, attendant qu’il la suive. Quand il arriva, elle était appuyée nonchalamment contre le mur. Elle faisait preuve de culot pour essayer de l’effrayer quelque peu. Il n’y avait qu’un seul homme pour aimer ce côté-là d’elle-même. Elle se demandait d’ailleurs quand est-ce qu’elle le reverrait celui-là…

Sa jupe soulignait divinement sa fine taille, et sa mine renfrognée de gamine lui donnait certainement un petit air séduisant. Les femmes avec un caractère séduisent toujours les hommes. Elle ouvrit la porte de sa chambre.

« Bienvenue chez moi, Herr Siedler. »
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Jeu 23 Juil - 22:48

Charmant accueil du père, en voilà un qui savait vous faire comprendre que vous étiez le bienvenu. Heinz ne tenta pas de le démentir. S'aurait été peine perdue ! S'il voulait prouver sa bonne volonté, il faudrait le faire en se conduisant en bon locataire. Il avait déménagé pour être tranquille, pas pour se prendre la tête, ce qu'il était en train de faire au demeurant. Il se hâta de suivre son guide, le visage plutôt vidé, d'expression comme de sourire, même si ses lèvres se fendirent d'un rictus presque amusé lorsqu'il découvrit la moue enfantine de la fille Reynauld.

Les courbes de Léa avaient sans doute de quoi plaire, mais Heinz ne les remarqua pas. Il aurait pu le faire si elle avait été plus grande, avait eu les épaules larges et une poitrine complètement plate, bref : si elle avait été un homme. Mais elle était bien femme, dans ses cheveux, dans sa silhouette, jusque dans le léger parfum qui émanait d'elle. Le seul trouble qu'elle provoqua chez l'officier tenait à son mauvais caractère ; toutefois cela ne prenait plus autant. L'homme se contenta de serrer un peu plus fort ses doigts autours de la poignée de la valise. De toute façon, il avait déjà vaincu, non ?

L'impression dura peu, pour être rattrapée par la gêne et le doute. Pourquoi sa chambre ? Il lui semblait bien que la maison était grande, elle devait sans doute avoir une chambre d'amis. Son regard passa de la fille à la porte, de la porte à la fille.

"Vous n'auriez pas une chambre inoccupée ? Je m'en voudrai de vous chasser."

Il s'en voudrait d'autant plus qu'il ne voulait donner à la jeune femme aucune raison de lui faire des reproches. Peut être même finirait-elle par lui pardonner si elle se conduisait bien, et sinon... et bien à moins d'être de mauvaise foi, elle devrait se taire.
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Dim 23 Aoû - 18:57

"Vous n'auriez pas une chambre inoccupée ? Je m'en voudrai de vous chasser."

Cette remarque la déstabilisa. Elle, si fière, baissa légèrement la tête pour examiner cet homme de bas en haut. Ainsi, il ne voulait pas déranger. Mais que faisait-il ici alors, si ce n’est pour emmerder le monde ? Néanmoins, elle éprouva un élan de sympathie. Il ne voulait pas déranger la maisonnée, elle se décida donc à lui demander les raisons de sa venue chez l’habitant, le village regorgeait d’hôtels. Elle l’accompagna au fond du couloir et lui posa la question.

"Si ce n’est pas vous offenser, Monsieur, j’aimerais savoir alors les raisons qui vous on poussé à venir loger chez l’habitant, si vous ne voulez pas déranger. Je pense que vous savez plus que bien que vous n’êtes pas les bienvenues chez les Français."

Elle avait dit cela sans acidité. Elle se voulait calme pour assurer une réponse convenable. Si elle jouait l’enfant butée, elle ne tirerait rien de ce Général.

Elle ouvrit la porte de la chambre vide et froide. Le chauffage n’y avait pas fonctionné depuis longtemps à cause des restrictions. Même si la famille n’était pas une des plus pauvres du village, les parents de Léa avaient décidés d’être solidaires. Une décision que Léa ne comprenait pas. Elle ne comprenait pas pourquoi il fallait se priver pour les autres. Son égoïsme prenait le dessus sur la générosité. Maintes fois sa mère se demandait de qui elle pouvait tenir cet égocentrisme et cet égoïsme mal placé. Mais le bonheur que lui procurait de regarder ses enfants lui faisait oublier leurs petits défauts.

Son attention se reporta sur l’officier SS. Peut-être étaient-ils obligés de coucher chez l’habitant. Question de tranquillité, ils pouvaient mieux penser aux manières de les faire mourir si ils connaissaient les mœurs de leurs victimes.
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Mar 25 Aoû - 1:52

Heinz s'avouait surpris ; en bien ou en mal, il était encore incapable de le dire. Plutôt en bien, car comme l'avait si bien dit la jeune fille, il n'ignorait pas que de nombreux Français n'apprécieraient pas sa présence. Mais puisqu'elle y allait enfin avec franchise et plus en bougonnant comme une gamine, peut être qu'ils pourraient en discuter.
Oui, c'était une bonne surprise, et il lui répondit tout à fait sérieusement.

"Je pense que si nous devons ne plus avoir de guerre entre nos pays, il faut que nos peuples apprennent à se connaitre. Si nous, les Allemands, restons cachés dans les hôtels, on ne connaitra pas les Français et dans vingt ans ce sera de nouveau la guerre. Il faut qu'on apprenne à se comprendre."


Bien que le discours soit sincère, Heinz ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de culpabilité. Il savait parfaitement bien que son but premier était de passer du temps sans avoir ses compatriotes dans les pattes, qu'il réquisitionnerait sans doute une moto ou une voiture pour se déplacer sans eux et voir Paul sans avoir à faire deux kilomètres à pieds après s'être changé dans un bar. Il fallait ajouter à cela que, enfant élevé à la campagne, il trouvait plus de charme au verger encore stérile qu'à la rue grise et mouillée où se trouvait son hôtel.

"Je sais que vous n'êtes pas heureuse, que je vienne chez vous. Alors nous allons faire tout ce qu'on peut pour que ce ne soit pas désagréable pour vous. Si vous avez besoin de quelque chose, de la nourriture ou des tickets, je peux en avoir pour vous. Comme ça, on pourra dire, que je paye ma chambre."


Alors qu'Heinz expliquait cela, les mots alourdis par son fort accent allemand, elle ouvrit la porte et lui montra la chambre. Il était clair que celle qu'elle lui avait montré auparavant était plus agréable. Plus très aux goûts du jour et apparemment pas chauffée, personne n'avait dû y loger depuis un moment. Le dernier point n'était toutefois pas difficile à régler puisque le printemps commençait à se faire sentir : il n'aurait qu'à mettre des pulls.

"Celle ci est très bien !" dit-il aussitôt, même si son enthousiasme sonnait un peu faux.
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Mer 26 Aoû - 13:21

"Celle ci est très bien !" Avait-il dit.

Léa avait sourit quand il avait dit que les allemands et les français devaient mieux se connaître pour éviter une énième guerre. Avait-il raison ? Elle s'en fichait pas mal. Ce qu'elle voyait, c'était l'Occupation, le gouvernement lâche et faible qui se soumet à l'ennemi. Que voir de plus sinon cela ? Croire en l'avenir ? Il paraît bien pauvre... Après cette guerre, tout le monde savait qu'il n'en serait plus jamais pareil. Si un jour elle finissait du moins. C'était une page qui se tournait.

"Monsieur, encore une fois, sauf le respect que je vous dois, apparemment, peut-être que les allemands ont envie de connaître notre patrie qu'est la France, mais je doute que, mis à part les collaborateurs, les miens n'acceptent un jour de vous faire visiter Paris comme si de rien n'était. Il me semble qu'il y a trop de sang derrière votre Führer. Vous ne faîtes tous qu'un avec lui." Elle reprit après une petite pause. "Ceci étant dit, cette chambre peut paraître assez austère. Mais on s'arrangera pour y mettre le chauffage, ne vous en faîtes pas. En revanche, je crois que mes parents n'accepterons pas vos bonnes aides. Nous ne sommes pas collaborateurs. Nous ne voulons aucun privilèges, nous ne sommes pas fiers de vous avoir ici."

Elle descendit voir ses parents et revint après quelques minutes.

"La cheminée est inactive depuis quelques temps déjà, il est temps de la faire fonctionner un peu."

Elle entra dans la chambre avec une pelle et une balayette rudimentaire et entreprit de nettoyer la suie présente dans l'âtre. Bientôt un nuage de fumée grisâtre l'entourait et elle éternua franchement. Elle se releva le visage couvert de poussière.

"Bon, je vais me refaire une beauté. Veuillez m'excuser. Installez-vous maintenant."
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MessageSujet: Re: Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]   Ven 28 Aoû - 1:27

Heinz écouta sans rien dire, les mains dans le dos. Il voulait lui dire qu'elle avait tout à fait tord, que les Français se fichaient bien de l'Occupation. La seule chose qui les intéressait, c'était manger et retrouver leurs époux. Ce ne serait possible qu'avec la fin de la guerre : les Allemands au front, il fallait bien de quoi nourrir l'Allemagne. On avait besoin des Français dans les usines et du blé des leurs terres. Mais dès que la guerre finirait -et elle finirait bientôt-, tout changerait. La France serait nettoyée de ses communistes, l'économie se relèverait et elle serait bien heureuse que le Reich l'ai aidée à se purifier.

Mais écouterait-elle ? Probablement pas. Tant pis. Il lui montrerait qu'il n'était pas un barbare. Au fond, Heinz en doutait un peu. Il n'avait jamais été un grand séducteur et le charisme et lui, ça faisait deux. Il se prenait juste à espérer que s'il restait poli, gentil et discret, elle finirait par comprendre qu'il ne voulait pas de mal à ceux qui n'avaient rien à se reprocher.
Et puis zut. Il n'aurait qu'à planquer des boîtes de conserve dans leur placard pendant qu'ils dormaient, si jamais il venait à se sentir trop coupable. Qui se souvenait du nombre exact de boîtes de petits poids en conserve qui encombrait un placard ?

Comme elle partait, l'aide de camp les rejoignit. Resté à distance un peu respectueuse, il vint déposer la valise là où Heinz le lui indiqua, près du lit. Le temps que Heinz donne trois coups de pieds dedans pour le glisser à moitié sous le lit en question, la gamine revenait avec de quoi allumer le poel. Même si l'envie ne lui en manquait pas, Heinz renonça à l'aider (car elle aurait refusé, et il serait encore passé pour un con). Il renonça aussi à rire face à son visage grisé de suie, même s'il dû le faire plus ou moins derrière sa main et en feignant de tousser.

Il s'étranglait encore quand elle quitta la chambre.
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Débarquement en charmante compagnie [Vendredi 14 Mars]

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