Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)


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Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)

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MessageSujet: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Ven 17 Juil - 1:06

Certaines choses sont inévitables, appelez cela l’impératif narratif ou la loi de Murphy, cela ne change rien. Par exemple quand un garçon, adolescent assez maladroit et très peu dégrossit court en direction d’un lieu quelconque avec des choses dans les bras, il est obligatoire que ces dernières chutent. Le plus intéressant n’est donc pas la chute en elle-même, mais tout ce qui la précède et en général ce qui la suit.

C’est ainsi que Timothée, Tim pour les intimes et la grande majorité des autres, gamin ou Zicklein pour les clients de Madame Manon, se trouvait fort à propos au bord de la place de l’Oiseleur. Il avait eu la mission capitale d’aller chercher de quoi repriser un uniforme allemand malencontreusement déchiré par l’attache d’une jarretelle. N’écoutant que son courage et la promesse d’avoir une pièce, il avait couru en direction du magasin le plus en vue, l’Aiguille d’Or. S’il y avait de quoi repriser un uniforme c’était là et puis Madame Manon se fournissait toujours chez eux. Donc il n’avait qu’à se dépêcher et rapporter la pièce de tissus et le fil de la couleur appropriée.

Cependant, du fait d’une méconnaissance de la traduction exacte de la teinte de l’uniforme allemand, il avait emprunté le pantalon d’uniforme et avait laissé l’homme légèrement démuni dans le café. Oh, Madame Manon avait eu l’amabilité de lui en prêter un autre, mais de voir ce soldat, la mine renfrognée, avec in pantalon une taille trop courte avait coûté à Tim une taloche sur la tête. Enfin ce n’était pas le fait de l’avoir vu, c’était plutôt le fait d’avoir éclaté de rire et fait des commentaires assez désobligeants… C’est vrai quoi, on ne disait pas à un soldat du Reich qu’il était « fagoté comme si qu’il avait quitté sa poulette avec le mari aux fesses ». Ca ne se faisait tout simplement pas.

Mais alors qu’il avait parcouru l’ensemble du trajet aller de la manière la plus calme possible, il se rendit compte qu’il était en retard lors du retour. Et c’est à cet instant que le drame se produisit. Enfin drame relatif tout de même. Tim venait de sortir de la boutique, l’uniforme dans une main, le tissus et le fil dans l’autre et il avait vu que le temps passait, donc comme bien souvent, il s’était mis à courir. Mais la place de l’Oiseleur était traitresse, elle avait des pavés mal agencés. Oh, pas beaucoup mais tout de même et lorsque l’on court sur l’un de ces pavés, les mains occupées et la tête en l’air pour observer la statue, il arrive obligatoirement la suite logique de la chose…

Tim fit tout de même quelques pas en avant, il sembla courir au ralentit sans que la gravité ne souhaite l’emporter sur l’inertie, mais cette dernière avait le mauvais goût de disparaître aux pires moments et elle ne dérogea pas à la règle. Au bout de trois mètres environ, alors que Tim était presque au milieu de la place, la chute s’amorça vaillamment. Le réflexe dans ces cas-là est de protéger ce qui est le plus précieux et pour Tim, c’était le vêtement qu’il portait. Il le lança donc légèrement en avant, se disant que s’il tombait sur la chaussée au moins il n’y aurait qu’à l’épousseter puis le laver.

Lui eut le même destin, mais le contact entre un pantalon volant et la chaussée est toujours moins brutal que le contact entre un gamin et la chaussée. Et dans ces cas là, malheureusement pour le gamin, c’est la chaussée qui l’emporte. Tim se retrouva donc étalé de tout son long sur la route pavée, le menton étant entré en contact avec la rue, les genoux, les coudes et les mains ayant eu le même destin et les pieds à moitié emmêlés. Il sentit qu’il devait regretter durant un long moment d’avoir porté des culottes courtes, mais bon, avec sa manie de courir et de se salir, ça faisait moins de lessive (dixit Madame Manon).

Bien entendu, en bon gamin bien élevé, il aurait dû pleurer et attendre qu’on le relève. Mais Tim n’était pas un bon gamin bien élevé. On entendit donc distinctement bien que sur un ton un peu aigu.

- Putain de pavé ! Je vais l’faire bouffer aux dragons ! En plus j’pisse el’sang et où qu’est l’froc ?

Il se redressa et constata sans surprise l’état de ses genoux, de ses mains et d’une grande partie de sa garde robe. Il ramassa sa casquette, heureusement pas trop froissée et se mit en quête du pantalon volant. Lequel se trouva comme par hasard, ou par un caprice de l’impératif narratif, au dessus de la fontaine, trempé par les jets d’eau et surtout hors d’atteinte pour Tim. Du moins s’il ne décidait pas d’escalader la dite fontaine …

- Là j’crois qu’j’vais m’faire butter !

C’est sur ces paroles pleines de bon sens qu’il regarda autour de lui dans l’espoir de trouver une âme charitable capable de lui faire la courte échelle ! Et franchement qui de mieux qu’une jeune femme s’approchant l’air affolé. Etant un garçon relativement poli, il frotta ses vêtements du mieux qu’il pu et il constata que le pantalon du soldat n’était plus le seul à avoir besoin de reprises, ses propres vêtements et même lui allaient devoir être recousus. C’était pas son jour !
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Ven 17 Juil - 22:05

Trois bonnes heures avaient déjà dues s’écouler depuis qu’elle avait pris le téléphérique pour quitter Sarnand et se rendre à Montreuil, mais Madeleine se demandait toujours ce qu’elle faisait là. Enfin, non, pas tout à fait. Elle savait parfaitement ce qu’elle était venue faire en ville, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de se demander pourquoi elle. Certes, elle connaissait bien Montreuil puisqu’elle y avait grandi ; certes, elle avait un peu de temps devant elle ce jour-là puisque c’était, en théorie, son jour de congé ; certes, elle avait vaguement projeté d’aller rendre visite à sa famille… Mais est-ce que tout cela constituait des raisons valables pour que ses collègues l’envoient porter trois lettres à travers toute la ville et la charge d’acheter d’autres commissions ? Certainement pas… Le problème, c’était que la jeune femme était strictement incapable de résister aux supplications des autres domestiques… Et ils le savaient tous, les traîtres !

C’est pourquoi Madeleine avait un peu écourté la visite à ses parents pour avoir le temps de faire tout le reste, en particulier porter plusieurs lettres à d’autres familles du quartier sud. En réalité, si la jeune femme était d’abord passée chez ses parents, ce n’était pas pour être sûre d’avoir le temps de les voir avant de rentre au château. Enfin si, mais pas seulement. Elle espérait surtout que quelqu’un – son père, sa mère ou son frère, c’était sans importance – accepterait de l’accompagner dans son petit tour en ville. Si elle n’était pas seule, elle aurait certainement moins de chances de mourir d’une crise cardiaque à chaque fois qu’elle croisait quelqu’un. Malheureusement, le hasard – ou l’impératif narratif, au choix – ne semblait pas être de son côté ce jour-là, puisque son père, son frère et sa belle-sœur étaient allés rendre visite à des amis et que sa mère avait autre chose à faire que de déambuler dans les rues pour simplement l’accompagner.

La domestique de Sarnand était donc ressortie, seule, de la maison familiale et avait commencé sa tournée de factrice du dimanche – au sens propre. Elle espérait juste qu’elle ne rencontrerait personne et surtout, surtout pas de soldat allemand au détour d’une rue. Ce en quoi elle fut exaucée : le quartier du Marais n’était pas particulièrement agité, surtout le dimanche quand les quelques boutiques étaient fermées, les habitants préféraient rester chez eux ou se rendre visite et les occupants n’avaient pas de raison de patrouiller. Madeleine avait donc pu remettre tout le courrier que ses collègues lui avaient confié sans rencontrer d’inconnu, mais cela n’empêchait pas son cœur de s’emballer et ses mains de devenir moites chaque fois qu’elle devait franchir l’angle d’une rue, qu’elle entendait un bruit ou qu’elle voyait une ombre.

Et le plus difficile restait encore à venir. Après avoir rempli son rôle de facteur, il lui restait à jouer celui de commis. Quelques-unes de ses collègues, et en particulier son amie cuisinière, lui avaient demandé de leur acheter quelques babioles. Et pour cela, il n’y avait qu’une seule solution : le centre ville… où les probabilités de rencontrer passants et soldats allemands augmentaient considérablement. Une fois sortie de la dernière maison où elle devait déposer du courrier, Madeleine avait donc pris une profonde inspiration, avait serré se mains moites dans les plis de ses jupes et avait commencé à avancer dans la direction de la Place de l’Oiseleur.

La chance avait-elle tourné ? Avant d’atteindre la place, la jeune femme ne croisa qu’un seul homme – allemand ou français aucune idée, mais habillé en civil, en tout cas – qui ne prêta aucune attention à la domestique rougissante qu’elle était. Et la place elle-même n’était pas bondée comme elle l’avait craint. Dès qu’elle atteignit la fin de la rue qu’elle empruntait et qui débouchait sur la place, Madeleine s’arrêta, mais constata vite que seul un jeune garçon s’y trouvait. Il traversait d’ailleurs le lieu en courrant et elle n’était certainement d’aucun intérêt pour lui. Tant mieux. La jeune femme se mit à nouveau en marche, mais elle avait à peine fait quelques pas que le garçon semblait devenir subitement plus sensible à la gravité, tandis que ce qu’il tenait l’instant d’avant dans les bras paraissait s’en affranchir.

Madeleine stoppa immédiatement son avancée et jeta un regard inquiet à l’enfant. Il avait fait une belle chute, mais semblait en assez bon état pour pester contre les pavés et le reste, et la jeune femme s’en sentit rassurée… jusqu’à ce qu’il se redresse et qu’elle puisse voir l’étendue des dégâts. Ses joues pâlirent subitement et elle oublia toute prudence pour se précipiter vers le garçon, sans même vérifier si quelqu’un d’autre approchait.

« Ca va ? demanda-t-elle à Timothée quand elle l’eut rejoint. Je peux t’aider ? »
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Ven 17 Juil - 22:06

Quand le destin est contre vous, vous vous retrouvez trop souvent victime d'une situation improbable et inextricable. Car oui Tim n'allait pas tout simplement répondre à Madeleine qu'il allait bien. Ce serait faux et très facile à vérifier. Mais en même temps, il ne pouvait pas lui dire qu'il avait besoin d'aide. Parce que ce qu'il avait prit pour une jeune femme éloignée était en fait une jeune femme assez proche, elle n'était pas grande du tout. Pour tout dire, Tim faillit lui répondre que non il n’avait pas besoin d’aide, qu’il allait se débrouiller tout seul mais qu’elle était très gentille merci. Ensuite il pensa éclater en sanglots pour qu’elle le console, après tout, quelques câlins de la part d’une jeune femme étaient toujours agréables. Mais ensuite il se dit qu’il avait déjà été long, qu’il n’avait pas le temps de s’amuser et de se faire cajoler, surtout au beau milieu de la place.

Il opta donc pour une explication de sa situation puis pour une acceptation de l’aide proposée. Cependant, il doutait qu’elle puisse lui faire la courte échelle ou que le contraire soit possible. Même s’il devait avouer que de faire la courte échelle à une demoiselle en jupe était toujours un plaisir …

- Non c’va pas ! T’vois j’me suis crouté sul’pavé et j’pisse le sang. En plus j’dois rapporter le pantalon du soldat pour pas m’faire buter. Mais j’peux pas l’chopper l’est trop haut. Donc ouais j’veux bien d’l’aide. Par contre j’me d’mande s’tu peux m’soul’ver pour m’faire la courte ! Ah ouais moi j’suis Tim !

Il s’essuya rapidement la main sur le devant de sa chemise et la tendit vers Madeleine. Il pouvait bien faire le grand seigneur et lui serrer la main, même si cette dernière était plutôt plus sale d’avoir essuyé la chemise que d’avoir tenté de se nettoyer, mais on ne peut pas toujours avoir ce qu’on veut dans la vie.

Il regarda sa tenue d’un air critique et constata que le sang commençait déjà à sécher. C’était mieux, au moins il n’allait pas se faire trop remarquer en rentrant une fois encore couvert de sang. Et il n’aurait pas besoin de sa chemise pour éponger cette fois. Par contre au niveau de sa culotte courte, les genoux étaient ouverts et, eux continuaient à saigner bien comme il fallait.

- Par contre j’risque d’te salir avec mes g’noux. J’te propos’rais bien de r’tirer mon fut’ pour faire des bandages, mais j’suis à poil d’sous et ‘scuse mais j’m’expose pas d’vant les filles que j’connais pas.

Il sembla réfléchir un instant et commença à détacher sa chemise. Ca serait toujours ça et comme de toute façon il allait se faire enguirlander en rentrant, autant que ce soit pour une bonne raison. Il déboutonnait les boutons un à un et constata que non seulement ses coudes étaient touchés, mais que le reste de son corps avait également souffert. Bon, là c’était moins marrant tout à coup, parce qu’il n’aurait jamais assez de tissus pour faire des bandages convenables.

- Bon ben j’crois qu’ça va pas l’faire. L’mieux ce s’rait que j’te fasse la courte finalement ! T’inquiète j’vais pas trop t’matter !

Il lui fit un sourire éclatant et attendit la réponse. Il se dit tout de même qu’il avait été un peu direct, mais bon, tant pis pour elle, il n’était pas né dans une rose et il n’allait pas apprendre à parler comme il fallait, simplement pour tenter de récupérer plus facilement un pantalon.
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Sam 18 Juil - 0:50

Non, bien sûr que non, ça n’allait pas. C’était évident puisque, comme venait de le lui faire remarquer le garçon, il « pissait le sang » et qu’elle ne pouvait pas ne pas le voir. En entendant le reproche voilé, Madeleine sentit subitement la température de ses joues augmenter de quelques degrés et fut immédiatement persuadée que le sang qui s’en était retiré en voyant l’état du gamin venait d’y revenir en force. Elle n’avait posé la question que pour s’assurer qu’il n’y avait rien de plus grave que quelques égratignures qui saignaient, mais ne songea même pas à se justifier. En fait, elle allait même se répandre en excuses, tout en essayant de ne pas trop bafouiller et de comprendre l’accent et les mots qui s’échappaient des lèvres de son interlocuteur, quand celui-ci se présenta. La jeune femme jeta un regard rapide à la main tendue et, à moitié assommée par le flux de paroles et la honte qui lui cuisait les joues, la saisit sans même réfléchir plus avant à la couleur de la peau, avant de se présenter à son tour.

« Je… Je m’appelle Madeleine », bafouilla-t-elle.

Pendant qu’elle parlait, ses neurones terminèrent d’analyser les paroles de Tim – oui, oui, ils prenaient leur temps, mais au moins n’étaient-ils pas complètement bloqués – et elle finit par comprendre où voulait en venir son interlocuteur, surtout quand elle leva les yeux et aperçut le pantalon accroché au-dessus de la fontaine. Il lui demandait de lui faire « la courte », certainement la courte échelle, pour qu’il puisse attraper le vêtement. Un nouveau coup d’œil au garçon lui permit d’évaluer sa taille par rapport à la sienne, et elle allait dire qu’elle voulait bien tenter de le porter quand il la devança.

Cette fois, Madeleine n’eut pas de mal à tout saisir – sans doute commençai-t-elle à s’habituer à l’accent de son interlocuteur – et le langage cru du garçon ne l’aida pas à retrouver une couleur de peau normale. Au contraire. La chaleur qu’elle sentait se dégager de ses joues augmenta encore et, si elle n’avait pas atteint la couleur d’une tomate bien mûre, elle ne devait plus en être très loin. Elle faillit ouvrir la bouche pour bredouiller quelque chose mais se contenta finalement de hocher la tête silencieusement pour acquiescer. Oui, il risquait de la salir puisque ses genoux saignaient encore ; non, ce n’était pas la peine qu’il enlève son pantalon…

… Et la suite ne l’aida pas du tout à reprendre contenance. Même le sourire éclatant du gamin n’empêcha pas ses joues de se colorer encore un peu, pas plus qu’il ne lui permit de retrouver sa langue. Les paroles directes de Tim laissèrent la jeune femme sans voix pendant plusieurs secondes, jusqu’à ce que ses neurones décident de se remettre en route.

« Je… euh… » commença-t-elle.

Madeleine prit une profonde inspiration avant de retenter une réponse.

« Je ne crois pas que tu puisses me faire la courte échelle », finit-elle par dire d’une seule traite.

Elle était si maladroite qu’elle risquait de s’assommer sur la fontaine ou de tomber dans l’eau en faisant choir le pantalon… Ou pire, même.

« Mais... On peut peut-être s’occuper de tes genoux avant, non ? »

Joignant les gestes à la parole, elle sortit son mouchoir de sa poche. Tim s’inquiétait peut-être du pantalon accroché là-haut, mais Mado, elle, était plus préoccupée par l’état du garçon que du vêtement. Un pantalon, ce n’était qu’un bout de tissu, et même le plus terrible des soldats allemands n’irait pas « buter » un enfant en sang pour un vêtement mouillé, n’est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Sam 18 Juil - 16:06

Tim sourit encore plus en constatant la couleur pivoine des joues de Madeleine. Il haussa les épaules en se demandant où elle était née pour être aussi coincée. Il faut dire que lui, avec ce qu’il voyait tous les jours était au fait des choses de la vie et n’allait pas attendre des années pour devenir un homme. Mais ce n’était visiblement pas le cas de la jeune fille et il se souvint de ce que madame Manon lui avait dit un jour où il avait parlé avec un soldat.

Il ne convenait pas, semble-t-il, à un garçon de bonne famille de parler de choses déplacées avec une jeune femme seule. Il avait acquiescé gentiment mais avait ensuite réfléchi. Premièrement il n’était pas un garçon de bonne famille, donc la règle ne s’appliquait pas pour lui. De plus, ces choses n’étaient pas déplacées puisque la plupart des adultes les connaissaient. Il fallait simplement éviter de les mentionner quand on était un enfant et il semblait toujours se demander pourquoi puisqu’il mettait très souvent les pieds dans le plat.

Pendant sa réflexion, la jeune femme avait repris un peu contenance et avait décrété qu’il ne pouvait pas la porter. Il s’avança vers elle et la toisa de toute sa hauteur, enfin de celle qu’il aurait pu avoir s’il n’était pas un adolescent …

- Comment ça j’peux pas t’faire la courte ! T’pas bien épaisse et j’ai d’jà porté plus gros qu’toi ! Mais bon s’tu veux pas que j’risque d’te mater …

Il lui sourit quand même encore pour lui inspirer confiance et quand elle s’approcha avec son mouchoir, il se dit qu’il n’avait pas pu encore satisfaire sa curiosité naturelle. Il décida donc d’être un gentil garçon et de se laisser soigner bien comme il fallait. Il regarda autour de lui et s’assit finalement sur le rebord du bassin. Il grimaça un peu en sentant ses genoux se plier, mais bon, il n’avait pas tellement les moyens de faire le difficile.

Il écarta un peu les jambes et attendit, un sourire angélique sur le visage. Il détailla un peu plus la demoiselle qui lui venait en aide et décréta dans son for intérieur qu’elle était tout de même un peu trop âgée pour qu’il tente de lui faire la cour. Cela n’empêchait pas, premièrement d’être curieux et deuxièmement de faire perdurer l’état de rougeur des joues de la jeune femme.

- Mais bon s’tu veux m’soigner pas d’blème ! Mais j’te préviens, s’tu tentes de m’mater sous mon froc, ça va pas l’faire ! Bon s’non, t’fais quoi d’tes jours ? Tu bosses pour qui ? T’a des potes ? Sont moins coincés qu’toi ?

La première fournée de questions venait de partir et le gamin continuait à avoir son sourire sur le visage. Il n’y avait pas à dire, il inspirait la confiance, mais est-ce que cela suffirait pour que la jeune femme se confie à lui. Il adorait qu’on se confie à lui, il adorait réellement ça …
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Dim 19 Juil - 19:33

Le sourire de Tim était angélique, pas de doute là-dessus, et il inspirait confiance. Néanmoins, son langage cru faisait venir le rouge aux joues de Madeleine. Les deux phénomènes n’étaient pas incompatibles, si ? Et ce n’était pas pour ça que la jeune femme était coincée. D’ailleurs, elle ne l’était pas. Enfin, presque pas. C’était juste qu’elle avait le visage qui rougissait facilement… Et qu’il suffisait de la regarder dans les yeux pour le prouver… Alors, évidemment, les paroles du garçon ne l’aidait pas vraiment à reprendre contenance et, même si elle avait réussi à formuler un refus correct – c’est-à-dire sans bafouiller et en faisant une phrase complète – ce n’était pas sûre du tout qu’elle puisse réitérer l’exploit. pour commencer, elle faillit reculer d’un pas quand Tim s’approcha d’elle et se contenta, pour toute réponse, de secouer négativement la tête. Le mouvement avait au moins le mérite d’être clair : Non, il ne pouvait pas lui faire la courte échelle ; non, elle n’était pas convaincue qu’il eût déjà porté plus gros qu’elle ; et non, elle ne voulait pas qu’il risque de « la mater ».

Heureusement, il n’insista pas et accepta de se faire soigner. Bon. Premier problème non résolu mais mis de côté pour le moment, c’était déjà ça de gagné. On y reviendrait sûrement plus tard, mais chaque chose en son temps. Et, là, le temps était venu de s’occuper des blessures qui saignaient. Madeleine laissa donc Tim s’asseoir sur le rebord de la fontaine, avant de s’approcher et de tremper son mouchoir dans l’eau pour l’humidifier. Elle allait s’agenouiller à côté du gamin souriant et faire entrer en contact le morceau de tissu et le genou gauche – contact moins brutal que le précédent pour ledit genou, mais possiblement un peu piquant – quand ledit gamin reprit la parole.

Le début était parfait, mais la suite fit s’immobiliser la jeune femme un court instant. Si Tim voulait maintenir le visage de Mado couleur pivoine, il était bien parti. La domestique de Sarnand sentit à nouveau la température de ses joues gagner quelques degrés, mais réussit à bredouiller quelques mots, pour changer.

« Non, non, ne t’inquiète pas… »

Elle déglutit et jeta un regard incrédule au gamin qui souriait toujours. Comment pouvait-il réussir à poser autant de questions en si peu de temps ? Il respirait des fois ? Mais bon… Au moins, la discussion commençait-elle à aborder des sujets plus habituels et à potentiel rougissant moins élevé. Et puis, il était craquant son sourire. Madeleine ne savait pas résister bien longtemps aux suppliques de sa cousine ou de ses collègues, mais elle ne faisait pas long feu non plus devant un enfant au sourire angélique. Elle se décida donc à poser son mouchoir sur le genou de Tim et à répondre à ses questions.

« J’ai quelques amis, oui, commença-t-elle en éludant intentionnellement la question qui avait suivi. Ils travaillent à Sarnand, comme moi. Tu sais, la base de l’armée de l’air. »

Tout en parlant, elle avait nettoyé les premières coupures et replongeait de temps à autre son mouchoir dans l’eau pour le rincer. L’eau allait finir aussi écarlate que se joues, mais, au moins Tim serait plus présentable. Il n’y avait rien de bien grave, juste quelques entailles qui ne voulaient pas s’arrêter de saigner.

« Et toi ? Tu as quel âge ? Tu vas à l’école ? »

Peut-être qu’il connaissait Hermy ou Ivan. Quoique… Avec un langage pareil, c’était peu probable qu’il fréquente le pensionnat Saint François d’Assise. Les pères se seraient arrachés les cheveux depuis bien longtemps !
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Dim 19 Juil - 22:22

Et voila une bonne chose de faite. Il n'était pas peu fier de lui en la voyant rougir à nouveau et en l'écoutant s'excuser. C'était trop facile et ce petit jeu lui ferait le plus grand bien, bien plus que de se faire soigner finalement. Car un garçon, aventureux et un peu téméraire ne pouvait pas manquer de s'être déjà blessé plus ou moins grièvement et donc avait un seuil de résistance aux blessures des plus important. Mais s'il avait remarqué quelque chose c'est que lorsqu'il était blessé, les femmes plus ou moins jeunes semblaient se décider pour s'occuper de lui. Et donc il pouvait en profiter sans soucis.

Il se laissa donc soigner tout en notant ce que disait Madeleine. Elle travaillait à Sarnand ! A ces mots, il laissa fleurir un sourire encore plus éblouissant si possible. On aurait dit qu'il était passé en mode séduction, pas dans le sens séduction amoureuse, mais dans le sens de la séduction enfantine. Il voulait se faire bien voir et il allait y parvenir, foi de Tim !

Il ne grimaça pas le moins du monde alors qu'elle nettoyait ses genoux, il en avait vu d'autres, mais il voulut tout de même la remercier.

- T'super sympa j'trouve ! T'inquiète pour mes g'noux c'pas bien grave et t'vois ça saigne presqu' plus d'jà !

Il désigna les coupures et fit même un ou deux mouvements de manière à bien prouver ses dires. En effet, les blessures n'étaient plus sanguinolentes et semblaient avoir enfin décidé de coaguler. Bon, comme tous les gamins, il tenterait de les arracher et se ferait taper sur les doigts. Mais bon, c'était la vie non ?

Mais comme son enthousiasme pour Sarnand ne pouvait être contenu bien longtemps, il se lança dans sa meilleure occupation, le défilé de questions.

- Alors t'bosses là haut ! C'comment ? Sont sympas les soldats ? T'pourrais m'faire visiter ? Promis j'me f'rais tout p'tit ! J'peux même êt' ton p'tit frèr' ou alors aut' chose !

Il arborait maintenant en plus de son sourire innocent, une légère moue tout à fait appréciable et craquante, le genre de moue qui permettait à tous les interlocuteurs de Tim de tomber dans ses filets. Car il ne faut jamais sous estimer une moue enfantine, surtout quand elle est faite par un ado pas totalement dégrossi mais remarquablement doué en matière d'entortillage de gens autour de son petit doigt.

- Enfin, pas d'suite, faut que j'choppe c'froc avant. T'pas une idée pour m'éviter d'grimper d'ssus la fontaine ?

Car oui, si jamais personne ne lui faisait la courte-échelle, il était bien décidé à escalader le remarquable édifice. Tant pis pour lui s'il avait attiré un pantalon, ce n'était pas de la faute de Tim et il ne comptait pas le laisser s'en tirer à si bon compte.
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Mer 22 Juil - 1:53

Si la question sur son travail avait permis à la jeune femme de reprendre un semblant de contenance, les compliments de Tim réduisirent ses efforts à néant. Pour cette fois, le garçon n’avait peut-être pas recherché un tel effet – quoique… – mais cela n’empêcha pas les joues de Madeleine, qui avaient commencé à retrouver une couleur plus normale, de concurrencer à nouveau les plus belles tomates imaginables. Et, pour le coup, elle interrompit un court instant les soins qu’elle administrait au genoux de Tim et en oublia même que son interlocuteur n’avait pas répondu à sa question concernant son âge et son occupation. En fait, elle tâchait surtout de trouver quelque chose à répondre et de ne pas trop bafouiller, chose qu’elle ne réussit pas vraiment…

« Euh… N’importe qui aurait fait pareil… Et puis, ça saigne peut-être plus, mais n’y toucha pas trop le temps que ça cicatrise. »

Les derniers mots étaient plus assurés – sans pour autant ressembler à des ordres – et, parallèlement, la jeune femme avait repris sa tâche en trempant une nouvelle fois son mouchoir dans l’eau du bassin et en passant au deuxième genou. Pour une fois, Mado savait qu’elle était dans son bon droit et qu’elle pouvait affirmer ce qu’elle disait. Même si le garçon ne l’écouterait certainement pas et qu’elle n’avait aucun moyen de vérifier ce qui se passerait par la suite, mais bon… on ne peut pas tout avoir.

L’avalanche de questions qui s’échappa ensuite des lèvres de son interlocuteur assomma un peu la domestique qui releva les yeux vers le visage et le sourire angélique du gamin. Elle avait déjà expérimenté le phénomène, mais celui-ci n’en restait pas moins incroyable aux yeux de la jeune femme. Comment pouvait-on débiter autant d’interrogations en si peu de temps ? Ce n’était pas physiquement impossible ? Elle, elle avait déjà du mal à mener à terme une phrase correcte et courte, alors les enchaîner à cette vitesse n’était tout simplement pas pensable ! Et y répondre n’était pas de tout repos non plus… Non seulement, il fallait retenir et comprendre tous les mots employés – tâche que l’accent de Tim rendait un peu délicate – et, en plus, il était nécessaire d’assembler ces mots pour saisir le sens des questions. Tout cela prit quelques secondes, mais Madeleine finit par y réussir… et même à formuler une réponse. Réponse un peu embarrassée, certes – elle n’était décidément pas faite pour résister aux sourires pleins d’espoir des gamins, pas plus qu’à leurs regards suppliants – mais réponse tout de même.

« Et bien… Je ne sais pas… Je ne peux pas emmener quelqu’un à la base, finit-elle par déclarer. Les soldats sont... euh… normaux – c’est-à-dire effrayants – mais je ne peux pas te laisser visiter comme ça.. »

Oui, ça manquait de conviction, et alors ? Si Tim avait eu l’air d’un horrible vieux bonhomme, elle n’aurait pas eu de mal à résister. Quoique… Elle n’aurait pas pu ouvrir la bouche et prononcer un mot pour résister, en fait.

Enfin, heureusement, la visite n’était de toute façon pas demandée dans l’instant, puique le garçon semblait se préoccuper principalement du pantalon qui se trouvait accroché en haut de la fontaine. Mado termina de nettoyer le genou de Tim et leva les yeux vers la cible à attraper pendant qu’elle se redressait.

« Je ne sais pas trop… Peut-être avec un outil, quelque chose avec un long manche, comme un balai. »

C’était l’image qui venait de lui venir en tête. Si elle s’était trouvée dans une telle situation à Sarnand, elle aurait immédiatement pensé à utiliser son balai pour décrocher le vêtement.

« Sinon… il reste la courte échelle », finit-elle par convenir à contrecoeur.

Au moins, les genoux de Tim étaient maintenant propres. Elle pouvait donc le porter si besoin était.
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Ven 24 Juil - 19:08

Il se laissa soigner sans trop parler, attendant les réponses de la part de Madeleine et ne voulant pas la faire rougir de nouveau trop rapidement. Cependant, il ne pouvait pas rester sans rien faire pendant une longue période, aussi il commenta les hésitations de petits encouragements ou découragements au choix. Il n'allait pas encore pouvoir satisfaire sa curiosité et visiter Sarnand, mais il trouverait bien un moyen de le faire un jour ou l'autre.

C'était quelque chose de simple pour Tim, il voulait quelque chose, ce n'était pas interdit à proprement parlé donc il pouvait obtenir gain de cause. Cependant la notion de l'interdit semblait particulièrement vague aux yeux du garçon. Il était interdit de regarder les soldats qui montaient dans les chambres, mais c'était par simple volonté de préserver leur tranquillité, donc comme Tim restait sage, il avait le droit d'aller observer. Il était également interdit de se promener trop tard le soir, mais c'était pour permettre aux gens de bien dormir et comme Tim avait parfois des insomnies, il sortait même longtemps après la nuit tombée. Par contre, il était interdit de parler anglais et comme il ne savait pas le faire, il respectait farouchement cet interdit.

Il finit par avoir sa réponse concernant le pantalon et il sourit de toutes ses dents. C'était comme un signe de vie chez lui, un sourire désarmant, charmeur et en même temps légèrement faux parfois. Mais imaginez un seul instant qu'un simple sourire vous permette d'obtenir tout ce que vous désirez, ne seriez vous pas prêt immédiatement à sourire à tout le monde ?

- Pour la courte, c'toi ou c'moi qu'est d'sous ? Moi j'peux s'tu veux, mais j'suis pas sur qu'ce soit d'ton gout !

Il sourit à nouveau et se redressa dès que son second genou fut soigné. Il testa un instant sa souplesse en sautillant sur place puis fut pleinement satisfait. Il s'approcha de la fontaine, regarda le pantalon à présent trempé, estima la hauteur et décida que le jeu en valait la chandelle. Il parviendrait à ramasser ce vêtement coûte que coûte !

- Bon alors t'viens ! T'sais comment faire ? J'suis pas trop lourd j'pense, j'pas pris trop d'dessert !

Il refit un de ses sourires éblouissant et s'approcha de Madeleine. C'était à elle de le soulever à présent. Il n'avait donc plus rien à faire ni à dire. Quoi que, elle avait posé une question sur son âge et il n'y avait pas répondu. C'était surtout à cause de la seconde partie de la phrase. L'école était, selon Tim, un lieu inutile où les plus coincés des jeunes trouvaient manifestement un plaisir fou à apprendre des choses particulièrement stupides. Quel besoin de connaître la date de la mort d'untel ! Il était mort, il allait pas revenir quand même ! Mais puisqu'il fallait répondre parfois il s'y attela tout en posant les mains sur les épaules de Madeleine et en attendant qu'elle se mette en position pour qu'il grimpe.

- Ouais pour ta qu'stion d'ta l'heure ! J'vais pas à l'école, j'ai pas assez d'fric, et puis c'trop coincé l'école ! En plus j'vois pas l'but pour moi à 14 ans !

Et voila, la réponse avait fini par venir. L'escalade allait pouvoir débuter !
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Lun 27 Juil - 21:25

Miracle ! Malgré les hésitations et la faiblesse de son refus, Tim n’insista pas pour essayer de la convaincre de lui faire visiter Sarnand. Madeleine ne pouvait pas y faire entrer n’importe qui, juste pour visiter – c’était une base militaire, quand même – mais elle était tout de même désolée de ne pas accéder à la requête du gamin qui était terriblement mignon quand il souriait – et malgré son accent épouvantable – et elle savait parfaitement que s’il avait commencé à argumenter, il y aurait eu de grands risques qu’elle finisse par céder. D’ailleurs la majorité des gens qu’elle connaissait, à commencer par sa cousine Hermeline ou ses collègues de travail, le savait parfaitement et n’hésitait pas à s’en servir. Aussi, même si elle n’en montra rien, la jeune femme se sentit-elle reconnaissante envers son interlocuteur de ne pas essayer de la mettre dans une situation trop embarrassante, et elle continua à nettoyer le genou égratigné sans mot dire.

Une fois la tâche « soins » achevée, il restait la tâche « récupération de pantalon ». Elle paraissait bien moins évidente aux yeux de Madeleine, mais Tim semblait y attacher de l’importance, et la jeune femme ne pouvait nier qu’il fallait faire quelque chose : un pantalon d’uniforme allemand accroché sur la fontaine de la place, ce n’était pas terrible du tout.

« Je préfère que ce soit moi qui te porte, oui » acquiesça-t-elle quand le garçon lui posa la question.

C’était la meilleure solution, surtout que les genoux de Tim étaient à présent propres et ne risquaient pas de tacher ses vêtements. Elle sourit en voyant tandis que le gamin sautillait sur place et s’approcha en hochant la tête quand il lui demanda si elle savait faire la courte échelle. Oui, elle savait. Ca faisait bien longtemps qu’elle ne l’avait pas fait, mais c’était certainement comme le vélo, n’est-ce pas ? Ca ne s’oubliait pas. Ce n’était pas dans la cour de l’école ou avec ses camarades de classe qu’elle avait appris, mais avec sa petite sœur, Jeannine. Quand on est les deux benjamines d’une famille de cinq enfants et que les grands font exprès de tout mettre hors de portée des petits, il faut bien se débrouiller, non ?

Imitant donc les gestes qu’elle avait fait avec sa petite sœur plus de dix ans auparavant, Madeleine se plaça dos à la fontaine, le plus près possible du rebord et approximativement face au pantalon à attraper, et présenta ses deux mains jointes à Tim pour qu’il y pose son pied. Se faisant, elle écouta ce que disait l’adolescent et écarquilla les yeux de surprise Quatorze ans et il n’allait pas à l’école ? Mais enfin ! Que faisait ses parents ? Elle-même avait été élevée avec l’idée qu’il fallait aller à l’école, que tous les enfants – filles ou garçons – devaient y aller, indépendamment de la loi qui les y obligeaient. Sa mère était une Pelous, et chez les Pelous tout le monde allait à l’école.

« Mais… C’est important l’école… » commença Mado avant de s’interrompre.

Le garçon venait de poser son pied dans ses mains et la jeune femme fit appel à toute sa concentration pour le soulever, et repoussa donc son argumentation à plus tard. Elle savait qu’elle était maladroite et elle ne pouvait pas se permettre de faire une bêtise pour le moment. Il était hors de question qu’elle envoie Tim la tête la première dans l’eau ou contre le pavé. Doucement, tout doucement, pour ne pas perturber son équilibre et en conséquence celui du grimpeur, elle leva la tête afin de voir où en était la mission de sauvetage du pantalon.

« Tu t’en sors ? »
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Mar 28 Juil - 19:26

Tim commença à s’élever porté par Madeleine et accroché à la fontaine. Il ne jugea même pas nécessaire de répondre sur la question de l’école, il avait 14 ans et elle n’était plus obligatoire pour lui. Il avait d’ailleurs appris bien plus dans la rue que sur les bancs des écoles. Il se contenta de continuer à grimper et à poser un pied sur la statue qui ornait la fontaine.

Il commettait peut-être là un acte immoral et irréparable, mais le pantalon en plein milieu n’était certainement pas mieux placé. Il se tourna vers le bas alors que Madeleine lui demandait comment il s’en sortait et il bondit sur la statue en hurlant.

- Merde ! P’tain, t’es pas bien d’me matter ! R’garde pas sous mon froc !

Il s’était accroché comme il le pouvait, les deux bras pendus au bras de la statue et un pied posé dans le cou de cette dernière. L’autre pied était à moitié pendant sous son corps et il faisait un certain effort pour le lancer à l’assaut du cou lui aussi. Il finit par réussir à se pendre autour de la tête du pauvre statufié qui n’avait certainement pas prévu cet usage. Il laissa alors tomber ses bras et se redressa d’un mouvement fluide. Il finit assit sur les épaules de la statue et il croisa les jambes bien déterminé à en montrer le moins possible et à rester caché autant que possible. Il refusait visiblement d’être ainsi regardé et il avait même légèrement rougi. Il faut dire que Tim semblait vis-à-vis de pas mal de gens assez pudique. Enfin, certainement bien moins que la plupart des garçons de cet âge puisqu’il se fichait totalement d’être presque nu devant un public. Mais personne ne pouvait se targuer de l’avoir vu entièrement nu. Et là, que cette jeune femme puisse le regarder était catastrophique.

Il la toisa avant de commenter.

- J’descends pas s’tu r’commences ! J’te préviens qu’j’peux r’ster là un bon paquet d’temps !

Il commença tout de même à se contorsionner pour tenter d’attraper le pantalon maintenant totalement à sa portée si toutefois il acceptait de se relever. Chose assez improbable et il injuria le pauvre pantalon qui n’avait rien fait. Il se fichait d’avoir l’air idiot ou de devoir faire profil bas. Tout ce qui lui importait c’était de récupéré le vêtement et de conserver sa vertu.

Il se penchait de plus en plus, saisissant finalement un bout de tissus et poussant un cri de victoire en sentant le vêtement se rapprocher de lui. Il se tenait à présent toujours assis, mais de côté, un bras accroché à la statue, l’autre tendu pour saisir un pantalon d’uniforme allemand et les yeux passant alternativement du visage de Madeleine au pantalon.

- Enfin s’lop’rie, j’t’ai et t’vas p’us b’ger s’non j’me fache et j’te crame ! Et Mad’, sans r’garder, si j’le fais tomber t’peux l’chopper avant qu’y s’prenne d’la poussière d’la place ?

Il resta dans sa position, deux doigts serrés sur le vêtement, le bras droit visiblement tendu à l’extrême mais un petit sourire qui pouvait passer chez lui pour une excuse et les yeux rivés sur la jeune femme certainement cramoisie après son langage un peu cru. Il devrait trouver un moyen de la décoincer un peu, c’était pas logique à c’t’âge là !
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Mer 29 Juil - 19:18

Madeleine n’avait pas pensé à mal du tout en levant les yeux. Elle avait juste eu l’intention de voir où en était le garçon et s’il était bien placé pour attraper le pantalon, et l’idée d’essayer de le « mater » ne lui avait même pas traversé l’esprit. De toute manière, elle aurait du mal, quand même : il ne portait pas de jupe, lui. Néanmoins, même si la jeune femme n’avait pas de mauvaises intentions, Tim fut bien inspiré de s’accrocher à la statue. En effet, le cri qu’il poussa fit tellement sursauter Mado que, s’il n’avait pas eu d’autre appui que ses mains, il était fort probable que le grimpeur aurait fini dans l’eau. Surtout que, une fois qu’elle eut compris le sens des paroles du gamin, lesdites mains se refermèrent autour des joues de leur propriétaire, joues dont la température venait d’atteindre des sommets en à peine quelques fractions de secondes. Simultanément, Madeleine baissa les yeux et les fixa sur le sol devant elle, tout en essayant de clamer son innocence. Ou plutôt, en essayant de prononcer quelques mots pour se disculper.

« Mais… Non !... Je ne voulais pas… »

Mais la tirade suivante du garçon la coupa et elle se contenta de hocher la tête.

« Non, non, je ne recommencerai pas… »

Tim était maintenant bien caché derrière la tête de la statue, mais elle ne le savait pas puisqu’elle gardait les yeux obstinément fixés sur les pavés de la place. C’était une chose de ne pas oser parler à quelqu’un qu’on rencontrait, de se mettre à rougir pour rien et ne s’en sentir gêner, c’en était une autre d’être accusé d’avoir d’ horriiiiiibles mauvaises intentions. Et, pour le coup, les joues de Madeleine en étaient véritablement rouges de honte, d’une couleur bien plus soutenue que lors de la conversation qui avait précédé les soins aux genoux et l’escalade de la statue – si, si, c’était possible.

Le cri de victoire que poussa le garçon quand il réussit à attraper le pantalon faillit attirer le regard de la jeune femme vers le haut, mais elle se retint et continua à détailler les pavés. Par contre, ses oreille, elles, étaient toutes tournées vers la statue, grandes ouvertes, et prêtes à capter le moindre son qui pouvait indiquer ce qu’i se passait là-haut. Elles avaient déjà entendu les injures destinées au pantalon inaccessible, mais n’avaient pas pu faire rougir les joues de leur propriétaire plus qu’elles ne l’étaient déjà, et attendaient maintenant la suite du cri. Etait-ce un cri de peur ? de victoire ? d’autre chose ? Signifiait-il que le pantalon était à portée de main, ou au contraire hors de portée ? A moins qu’il ne soit le prélude à une chute… Mais dans ce cas, un « plouf » aurait dû retentir, non ? Indécise et un peu inquiète, Madeleine allait se décider à poser une question pour se renseigner et/ou à lever les yeux pour s’assurer que tout allait bien, quand Tim répondit à ses interrogations informulées. Il avait attrapé le vêtement récalcitrant. Parfait !

« Je peux toujours essayer de le rattraper… Si tu le lances près de moi », répondit la jeune femme.

Mais, s’il ne voulait pas qu’elle regarde vers le haut pour guetter le vêtement, il allait falloir qu’il fasse attention et le jette vraiment très près d’elle. Ce n’était pas que Mado était maladroite, mais un peu quand même. Ce n’était pas de sa faute si ses doigts ne voulaient pas faire exactement ce qu’elle voulait qu’ils fassent, n’est-ce pas ? Parfois, ils relâchaient ce qu’ils tenaient et, à d’autres moments, ils ne voulaient pas rattraper ce qu’on lui lançait. Et puis, après tout, ce n’était pas trop grave si le pantalon tombait par terre ; il était déjà trempé alors un peu de poussière en plus ou en moins… Enfin, il y avait quand même plus de chance que ses mains atteignent leur but si Madeleine regardait autour d’elle, aussi releva-t-elle les yeux des pavés, mais sans pour autant regarder vers la fontaine.

« Je suis prête, annonça-t-elle, juste avant qu’une question très pertinente lui vienne à l’esprit. Mais toi ? Comment tu vas faire pour descendre, si je ne peux pas t’aider ? »

Fallait pas compter sur elle pour le rattraper comme un vulgaire pantalon. Tout d’abord, les risques de chute étaient quand même sacrément plus grands puisque Tim était plus lourd qu’un bout de tissu. Et ensuite, les conséquences d’une chute étaient bien plus graves.
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Jeu 30 Juil - 13:31

Tim était de plus en plus penché et ne devait de rester en l’air que grâce à ses jambes qui enserraient le cou de la statue. Il ne broncha même pas quand Madeleine s’excusa ou bien quand elle proposa de tenter d’attraper le pantalon. Il continua à se pencher, tentant ainsi de raffermir sa prise sur le tissu détrempé du vêtement.

C’était certain qu’il devait donner un spectacle assez étrange pour les passants mais aucun ne semblait décidé à aider ces collabos qui acceptaient de jouer le rôle de coursier pour des allemands. Tim, lui, se fichait pas mal des ragots s’il pouvait satisfaire sa curiosité. Il préférait nettement se rapprocher des allemands qui lui trouvaient un air sympathique que des français qui le traitaient de bon à rien, de paysan et de gosse mal élevé.

Le pantalon était à sa disposition et il referma la main dessus. Il n’était pas idiot au point de crier victoire et de relâcher la prise de son autre main sur la statue. Il commença à remonter à l’abri et à regarder Madeleine qui lui demandait comment il allait redescendre si elle ne pouvait pas regarder en l’air. C’était une bonne question effectivement à laquelle Tim n’avait pas encore de réponse.

- Pour el’froc, j’te l’balance d’ssus t’inquiète ! T’peux r’garder, j’suis presq’ planqué !

Il était légèrement essoufflé, se raccrochait à la statue, son trophée dans la main et il n’attendit pas de réponse pour le laisser tomber en direction de la tête de Madeleine. Au pire, si elle le ratait, lui ne la raterait pas. Elle serait mouillée mais tant pis hein ! A la guerre comme à la guerre.

Il eut ensuite une idée pour redescendre et s’accrocha de son mieux au cou de la statue avant de commencer à se laisser glisser de manière à être pendu par les pieds. Ainsi, il pourrait atteindre les épaules de Madeleine avec ses mains. Elle n’aurait qu’à le lever les yeux et les bras pour le rattraper. Il était possible que dans la manœuvre elle le laisse tomber et elle tombe également dans l’eau de la fontaine mais tant pis, ce n’était qu’un peu d’eau !

Il attendit qu’elle dépose le pantalon à l’abri de la poussière et lui cria.

- Mad’ t’peux r’garder m’tenant ! Tu m’choppes les bras et ensuite j’te saute d’ssus et ça doit l’faire ! Qu’est-ce t’en penses ?

Il lui décocha un sourire étincelant pour lui donner confiance en elle et il tendit les bras. Il semblait totalement confiant dans les capacités de sa partenaire d’escalade et il ne pensait même plus à son indiscrétion non souhaitée. Il savait déjà que la discussion allait ensuite tourner vers l’école. Mais cela ne le dérangeait pas plus que ça. Après tout … Tim n’était pas contre l’école, il n’avait tout simplement aucun intérêt à y aller. Sauf, bien entendu, si cela pouvait lui permettre de découvrir des lieux inconnus et des gens en plus …
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Lun 3 Aoû - 9:22

Les yeux fixés droit devant elle, c’est-à-dire vers l’autre bout de la place, Madeleine attendait une réponse du grimpeur, ou tout au moins une arrivée de pantalon. Elle n’avait rien vu des acrobaties de Tim puisqu’elle s’était bien gardée de lever les yeux vers le haut de la statue depuis qu’il l’avait « réprimandée », mais ce n’était pas plus mal. En effet, il était fort probable que, si elle avait été spectatrice des exploits d’équilibriste du garçon, ses joues auraient alors testé d’autres couleur que le rouge tomate, à commencer par le blanc type caché d’aspirine ou le vert maladif. Néanmoins comme ce n’était pas le cas, le visage de Mado put garder une teinte plus ou moins normale, à savoir légèrement rosée – la honte ne s’était pas totalement dissipée.

La jeune femme hocha la tête quand Tim lui assura qu’il allait lui jeter le pantalon dessus et qu’elle ne pourrait donc pas le manquer. Et, dès que le garçon eut terminé de parler, elle releva les yeux et fit un demi-tour sur elle-même pour se retrouver face à la fontaine et tâcher d’apercevoir le vêtement avant qu’il n’arrive à sa hauteur. Malheureusement, l’adolescent n’attendit pas qu’elle soit en position et qu’elle lui annonce à nouveau qu’elle était prête, et son regard rencontra au sens propre le tissu imbibé d’eau. Surprise, Madeleine fit un pas en arrière et son mouvement provoqua la chute du pantalon, mais – ô miracle ! – la jeune femme eut la présence d’esprit de tendre les bras devant elle et l’uniforme allemand évita ainsi de subir un bain de poussière après un bain tout court. Elle resserra sa prise sur le tissu mouillé et secoua légèrement la tête. Elle était trempée, mais Tim n’avait pas de souci à se faire pour sa vertu : elle n’avait eu le temps de ne rien voir, pas même le pantalon qui lui tombait sur le nez.

« Je suis toute mouillée », murmura-t-elle pour elle-même.

Ce n’était qu’une simple constatation, et l’esprit de Madeleine revint très vite sur le moment présent et sur ce qui restait à faire. Le pantalon était arrivé à bon port et sans dommage supplémentaire, mais tout n’était pas encore gagné pour le garçon. Aussi se hâta-t-elle de plier le vêtement avec des gestes nés de l’habitude et de le poser sur le rebord en pierre de la fontaine, avant de lever la tête vers Tim qui l’appelait à nouveau.

Ses yeux s’écarquillèrent de surprise en voyant la position du garçon, pendu par les pieds et qui tendait les bras vers elle. Comment ça, elle lui « choppait » les bras et il lui sautait dessus, et ça le ferait ?! Mais non ! Ce qu’elle en pensait ? Elle en pensait que c’était un coup à ce qu’il se fracasse la tête contre le bord de la fontaine, tiens ! Elle n’était même pas capable de garder un panier de linge ou un plat de vaisselle dans ses mains si quelqu’un lui adressait la parole, alors qu’en serait-il d’un adolescent de quatorze ans, hein ? Le linge ne risquait rien d’une chute, à part d’être déplié et un peu sali ; la vaisselle se retrouvait en miettes, mais ce n’était pas très grave ; mais un garçon ? La saleté n’était pas un drame, mais s’il se cassait, c’était autrement plus embêtant.

Madeleine commença donc par secouer la tête pour montrer que non, non, ce n’était pas une bonne idée, mais Tim n’en avait apparemment rien à faire. Il lui décocha un nouveau sourire en lui tendant les bras, et la jeune femme, sans réfléchir, leva aussi les siens. Elle n’eut pas le temps de réaliser ce qu’elle faisait que le garçon avait déjà attrapé ses mains et mettait son plan à exécution. Tout se déroula très vite, et Mado ne comprit pas la séquence des événements. Elle ne se rendit même pas compte qu’elle se pencha en arrière et recula de deux pas pour contrebalancer le poids du gamin, et ce n’est qu’une fois que Tim se retrouva les deux pieds sur le sol qu’elle réalisa qu’elle n’était pas tombée. Et l’adolescent non plus. Fantastique !

« Ca va pas la tête de me faire faire un truc pareil ? » protesta-t-elle faiblement à l’adresse du garçon.

Lui faire confiance comme partenaire d’escalade… Non mais franchement ! Ce ne s’appelait plus être casse-cou, ça, c’était plutôt être complètement inconscient ! Enfin, c’était fini. Madeleine secoua légèrement la tête, comme pour se remettre les idées en place, avant d’attraper le pantalon et de le tendre à Tim.

« Tiens. Il est mouillé, mais bon. »

Maintenant que tout le monde avait les deux pieds sur la terre ferme, les neurones de la jeune femme semblaient vouloir se remettre à fonctionner. En particulier, ils se souvinrent de la dernière réponse de Tim avant qu’il ne grimpe sur la fontaine, réponse qui n’avait pas vraiment satisfait Madeleine. Elle-même n’avait jamais beaucoup aimé l’école – elle ne se sentait pas à l’aise au milieu de tous les autres enfants et face aux professeurs – mais elle avait été élevée dans l’idée que c’était important. On n’allait pas à l’école juste pour y aller. Ca permettait de s’instruire, d’apprendre énormément de choses et d’avoir un bon métier ensuite, comme sa mère qui avait travaillé à la mairie, ses sœurs ou sa ribambelles de tantes et de cousines. Elle aurait pu, elle aussi, travailler ailleurs qu’à Sarnand… si elle n’avait pas été aussi timide. Aussi, comme Tim le supposait, la question suivante porta-t-elle sur l’école.

« Tu as quatorze ans ? Et tu dis que tu ne vois pas l’intérêt d’aller à l’école ? Mais tu y es allé avant, au moins ? »
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Mar 4 Aoû - 14:40

Tim éclata de rire en voyant la jeune femme mouillée. Ce n’était pas très charitable, mais qui pouvait bien lui en vouloir.

- P’tain j’suis désolé, j’t’ai pas loupée !

Son rire n’était tout de même pas trop moqueur parce qu’il avait besoin d’elle pour descendre. Ce qu’il réussit à faire sans trop de casse. Il sentait bien qu’elle parviendrait à le soutenir, après tout il n’était pas lourd et pouvait fort bien s’appuyer sur la jeune femme sans qu’elle tombe. C’était ce qui s’était produit et même si elle avait reculé, ils étaient tous deux sains et saufs, enfin presque si on considérait que Tim avait encore un peu de sang sur lui et que Madeleine était mouillée par le pantalon.

Mais au moins, c’était terminé et Tim pouvait récupérer le pantalon. Il l’essora du mieux qu’il pouvait mais ce ne serait pas sec avant un bon moment et il aurait du mal à trouver une bonne excuse. Mais un sourire pourrait peut-être suffire, et puis c’était de la faute de ce soldat

La question suivante faillit faire fuir Timothée. Que répondre à ça, il se dandina d’une jambe sur l’autre dans une attitude manifestement gênée et même un peu honteuse, chose rare chez lui.

- Ben ouais j’suis allé à l’école, j’suis pas n’inculte ! Mais pas trop d’puis un an. Enfin, heu, ben j’suis un peu allé mais bon.

Ses explications étaient visiblement fumeuses et le rouge lui montait aux joues. Cette fois c’était à son tour d’être gêné par la question de Madeleine et il décida de tout lui dire, après tout, elle était gentille et cette histoire d’école semblait lui tenir à cœur.

- Ben ‘fait, j’suis pas d’Montreuil moi, j’suis v’nu par’que j’suis pas trop con et que j’pouvais aider m’dame, heu Madame Manon. Et puis comme j’ai pas d’fric ben voila. Mais t’sais, j’sais où qu’elle est l’école ici. C’derrière les murs qu’on peut monter d’ssus pour mat’… heu non rien, m’écoute pas j’dis qu’des con’ries.

La rougeur était de plus en plus nette sur les joues de Tim alors que tout bon interlocuteur comprendrait que le jeune garçon avait entreprit d’escalader les murs de l’école pour se livrer à une occupation assez répréhensible finalement mais qui devait être habituelle derrière les murs de Saint François et Sainte Marie, à savoir l’observation des autres pensionnaires du sexe opposé.

Timothée secoua encore le pantalon pour tenter de le sécher un peu plus, mais c’était plus pour l’occuper alors qu’il tentait visiblement de reprendre contenance. Il arrivait souvent qu’il se livre plus qu’il ne semblait en avoir l’intention et qu’il soit du coup repris. Mais après tout, n’était-il pas un jeune garçon encore un peu gamin et surtout très maladroit en matière de discours ?
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Jeu 6 Aoû - 23:21

Abasourdie par l’idée que se faisait le garçon du moyen de descendre de son perchoir, Madeleine ne répondit pas à son rire. En fait, elle le remarqua à peine, tandis que ses neurones carburaient pour chercher une autre solution, moins dangereuse. Malheureusement la vitesse de réflexion ne s’accordait pas avec la vitesse de connexions des neurones. Autrement dit, le cerveau de Mado pataugeait dans la semoule. Et tout fut réglé avant même que la réflexion n’aboutisse. Tim se retrouva debout devant elle, et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si on exceptait le fait qu’elle était trempée, que le garçon était toujours amoché et que le pantalon était mouillé, mais ce n’était rien de grave.

Puisque tout ce qui était extrêmement urgent et potentiellement dangereux était terminé, Madeleine put se concentrer sur autre chose, et en particulier sur la question de l’école. Tim ne se trompait pas, c’était un sujet qui lui tenait à cœur et elle espérait bien obtenir une réponse à ses interrogations. Il faut ajouter qu’il ne lui était pas venu à l’idée que ses questions pouvaient gêner son interlocuteur. Jusqu’à présent, le garçon n’avait pas paru gêné par beaucoup de choses, et la jeune femme le regarda se dandiner devant elle sans vraiment comprendre quelle était la raison de cette attitude soudaine. La réponse à sa question ne tarda toutefois pas et elle se détendit un peu quand Tim reconnut qu’il était allé à l’école… juste avant que ses sourcils se froncent quand il avoua que ce n’était plus vraiment le cas depuis un an.

« Mais… » commença Mado, comme si elle voulait argumenter ou demander des précisions.

Elle s’interrompit néanmoins en constatant que les joues de son vis-à-vis prenaient une couleur plus soutenue. Allons bon, il rougissait maintenant ? Pourtant ses questions n’avaient pas pour but de l’embarrasser. La jeune femme se sentit légèrement honteuse de l’effet que causait sa curiosité chez le gamin. Elle était bien placée pour savoir qu’il n’était pas agréable de se retrouver dans une telle situation inconfortable, le rouge aux joues, et elle allait dire à Tim que ce n’était pas la peine qu’il développe plus quand il reprit la parole.

Cette fois, le joues de Madeleine aussi commencèrent à se colorer – sans toutefois atteindre la rougeur de celles du garçon, ou la teinte des tomates mures qu’elles avaient prises un peu plus tôt – à cause de l’idée contenue dans la phrase que Tim laissa en suspens et qu’il n’était pas difficile de deviner, mais aussi parce qu’elle s’en voulait d’avoir pousser le gamin à se dévoiler autant alors que ça le gênait.

« Je suis désolée, souffla-t-elle, je ne voulais pas t’embarrasser… c’est juste que je me posais la question, c’est tout…parce que, dans ma famille, c’est très important l’école. »

Ca lui apprendrait à se montrer curieuse, tiens ! Ce n’était pas pour rien qu’on disait que la curiosité était un vilain défaut, vue la façon dont une seule question pouvait mettre mal à l’aise son interlocuteur. Et, pour le coup, Mado décida de faire taire toutes les autres interrogations que la brève explication de Tim avait fait naître dans son esprit, telles que le lieu d’où il venait, la raison pour laquelle il était venu à Montreuil et l’avis de sa famille, etc., etc.…

« Tu vas pouvoir ramener ce pantalon, dit-elle donc, surtout pour détourner la conversation. Tu vas où ? Tu veux que je t’accompagne ? »

Au moment même où elle posait la question, ses neurones lui rappelèrent que Tim avait mentionné qu’il travaillait chez Madame Manon. Autrement dit, il travaillait dans le café où se rendaient uniquement des soldats allemands depuis l’armistice et le début de l’Occupation. Et, vu que le pantalon si précieux était celui d’un uniforme allemand – elle en voyait assez à Sarnand pour l’avoir reconnu –, il apparut soudain clairement à Mado que la probabilité était vraiment très, très forte que Tim se rende justement chez Madame Manon. Auquel cas, elle se mit à prier silencieusement qu’il refuse sa proposition de l’accompagner. Rien que l’idée de mettre les pieds, que dis-je, de s’approcher à moins de cent mètres du café, lui faisait se tordre les mains d’angoisse.


Dernière édition par Madeleine Rollin le Mar 18 Aoû - 1:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Jeu 13 Aoû - 16:31

Etre au beau milieu de la place de l’Oiseleur en train de rougir n’était certainement pas ce qui allait le plus arranger les affaires de Tim. Enfin, d’un autre côté, ses affaires n’avaient pas besoin d’être arrangées, elles s’arrangeaient bien toutes seules. Et les seules choses qu’il avait eu à arranger étaient des conflits mineurs avec des jeunes de son âge pour des questions futiles de propriété individuelle. Mais là, il n’était pas avec un autre adolescent et il ne savait pas comment se sortir de ce mauvais pas.

Enfin, mauvais pas si Madeleine avait compris ce que sous-entendait le fait d’escalader les murs du collège pour le jeune garçon. En plus, un mur c’était fait pour être escaladé non ? Mais bon, il semblait finalement que son honneur ou ce qu’il en restait était sauf et qu’il allait pouvoir trouver un semblant de repos.

Un semblant seulement parce qu’il avait encore des tonnes de choses à faire et qu’il ne se reposait jamais bien longtemps. A son âge, ce serait dommage de se reposer avait-il entendu dire, donc il ne se reposait pas !

Il allait répondre à Madeleine que ce n’était pas grave, qu’il s’en fichait de devoir parler de lui, mais elle termina la conversation avant qu’il ait eu le temps de dire un mot. L’accompagner ?

- Heu ben, ch’sais pas trop moi. J’suis chez m’dame Manon et pi j’pas b’soin d’chap’ron t’sais ! Mais s’tu veux v’nir j’dis pas non.

Oui, il était de plus en plus fatigué et excité et sa locution en pâtissait considérablement. En tout cas il ne pouvait pas la laisser repartir comme ça, ce n’était pas poli. Et puis même si elle était un peu trop vieille pour qu’il puisse la considérer comme une fille (là c’était plutôt la grande sœur comme les jeunes femmes de chez madame Manon), il n’était pas interdit de profiter de son côté gamin !

Il s’approcha donc de Madeleine et lui attrapa les épaules.

- Merci encore, et puis … On s’fait la bise, pas d’chichi entr’nous !

Et hop, ni une, ni deux, le jeune garçon plaqua deux bisous sonores sur les joues de son interlocutrice. Il la relâcha alors et attendit tout sourire que le rougissement revienne sur ses joues. C’était amusant de la voir prendre ainsi des couleurs et comme il était un peu gamin, il ne s’en lassait pas …

Il n’y avait plus qu’à attendre de voir si elle voulait venir avec lui, sinon il pouvait rentrer chez sa patronne. Tant pis pour la visite de Sarnand, il trouverait un autre moyen !
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Mar 18 Aoû - 2:09

Le regard fixé sur Tim et les mains crispées mais cachées dans ses jupes, Madeleine attendait avec anxiété la réponse du garçon. Pourvu qu’il refuse, pourvu qu’il dise qu’il n’avait pas besoin qu’elle l’accompagne, pourvu qu’il veuille faire preuve d’indépendance… Il ne s’écoula que quelques fractions de secondes entre la proposition de la jeune femme et la réponse de Tim, mais cela suffit à Mado pour craindre le pire. A tous les coups, avec la chance qu’elle avait, il allait accepter avec enthousiasme et elle n’aurait d’autre choix que de le suivre jusqu’au café, où se trouveraient certainement de nombreux soldats allemands. Peut-être même qu’il lui proposerait de rentrer et qu’elle n’aurait d’autre choix que de se retrouver, rougissante, dans la même pièce que les soldats. Et dire qu’elle avait réussi à ne pas en rencontrer un seul de la journée, alors qu’elle avait déambulé dans Montreuil en jouant au facteur ! C’était vraiment injuste de devoir subir ça, et…

Et il n’avait pas l’air si enthousiaste que ça à l’idée de se faire raccompagner.

N’osant pas en croire ses oreilles, Madeleine resta quelques secondes sans réaction, les yeux fixés sur le visage du garçon. Certes, il venait de dire qu’il ne disait pas non, mais il avait aussi déclara qu’il ne savait pas trop. Autrement dit, c’était comme elle voulait, elle. La proposition qu’elle avait faite sans réfléchir ne l’obligeait en rien, finalement. La semi incrédulité et le soulagement se disputèrent un moment chez la jeune femme, tant et si bien que, sur le coup, elle ne sut pas quoi dire ou comment réagir. Elle n’eut même pas la présence d’esprit de bouger pour éviter l’approche de Tim et la bise qui suivit. Tout au plus émit-elle un faible « Oh ! » de protestation autant que de surprise, tandis que ses joues prenaient une belle couleur rouge.

« Y a pas de quoi », réussit-elle finalement à bredouiller en réponse aux remerciements du garçon.

Elle se mordilla un instant la lèvre inférieure, mais trouva ensuite relativement vite le moyen d’ouvrir de nouveau la bouche et renoncer à accompagner Tim chez Madame Manon. Puisqu’il n’en avait pas terriblement envie, ce n’était pas très difficile de déclarer qu’elle n’irait pas ; pour une fois les volontés de son interlocuteur et ses propres craintes allaient dans le même sens, il fallait en profiter !

« Finalement, je ne vais peut-être pas venir avec toi… J’ai quelques courses à terminer avant de rentrer à Sarnand… »

Elle recula d’un pas et récupéra la sacoche dans laquelle s’étaient trouvées lettres à déposer et commissions à ramener au château et qu’elle avait déposée pour aider Tim à soigner ses genoux et à récupérer le pantalon.

« Et bien… Au revoir, alors. J’espère que tu ne te feras pas gronder pour avoir mouillé le pantalon. »
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Dim 23 Aoû - 15:21

Tim eut envie de sauter de joie quand elle dit qu’elle ne viendrait pas, elle ne le dérangerait pas, mais tout de même, il n’avait pas le temps d’attendre qu’elle le suive et il devrait certainement courir pour éviter de se faire trop enguirlander.

Il fit un sourire éclatant à la jeune femme et il attendit calmement qu’elle ait terminé. Il écouta avec soin tout ce qu’elle disait et il regarda la sacoche qu’elle avait reprise. Et oui, il lui avait fait perdre son temps avec sa maladresse et il se retrouvait totalement responsable de son retard. Que faire ? Il était lui aussi hors délai et en même temps il semblait vouloir l’aider. Il passa sans trop savoir quoi faire d’une jambe sur l’autre et il attendit quelques secondes avant de finalement reprendre la parole.

- Ouais, ben ok, c’comme tu veux pour c’que t’as à faire. Mais heu ben t’sure qu’tu veux pas qu’j’t’aide pour c’que t’as à faire ?

Il n’aurait jamais dû proposer, il aurait dû partir et la laisser se débrouiller, mais il semblait qu’il avait l’envie de l’aider et de rester un peu avec elle. Il regarda tour à tour le pantalon et Madeleine et prit sa décision.

- Pour l’froc, j’retourne le porter et s’tu veux j’reviens en vitesse ! Et puis t’inquiète, j’me prendrais p’têt une taloche su’ l’coin d’la tête, mais c’s’ra pas bien grave ! Alors ? Tu veux que j’reviens ?

Le sourire était de retour, le pantalon posé sur son épaule il attendait la dernière réponse. Soit la proposition serait acceptée et dans ce cas il serait heureux d’en apprendre plus sur son interlocutrice. Dans l’autre cas, il s’amuserait bien avec les soldats allemands, peut-être même qu’ils lui proposeraient encore d’utiliser leurs armes, c’était magnifique !
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Jeu 3 Sep - 21:29

[HJ- Pardon, pardon pour le retard…]


Le sourire éclatant qu’elle reçut en échange de son renoncement à accompagner Tim conforta Mado dans sa décision. Puisque cela semblait lui faire si plaisir qu’elle ne l’accompagne pas, elle n’allait pas se forcer, n’est-ce pas ? Ce serait vraiment dommage de faire disparaître un aussi joli sourire en plus, non ? Le soulagement que la jeune femme ressentit à l’idée de ne pas être obligée de se rendre dans un lieu plein de soldats allemands s’ajouta à la vision du sourire de Tim, et elle réussit à étirer ses lèvres en un léger sourire à son tour, sans même remarquer que le garçon se balançait d’une jambe sur l’autre, tant elle était occupée à essuyer discrètement la paume humide de ses mains sur ses jupes et à ramasser sa sacoche.

Par contre, elle leva les yeux vers son interlocuteur, surprise, quand il lui proposa de l’aider dans ce qu’elle avait à faire. Pourquoi donc lui proposait-il cela ? N’avait-il pas dit qu’il devait se dépêcher de rapporter le pantalon chez Madame Manon et qu’il risquait même de se faire disputer parce qu’il avait tardé et que le vêtement était mouillé ? Elle s’apprêtait à le lui faire remarquer lorsqu’il devança sa question et y répondit indirectement en rectifiant sa proposition et en disant qu’il reviendrait après avoir déposé le pantalon. Cette fois, le sourire de Mado se fit plus franc. Ce gamin était décidément craquant ! Il lui proposait de revenir l’aider ensuite, alors que rien ne l’y obligeait ! Et la jeune femme fut presque tentée d’accepter : d’une, elle appréciait bien le garçon ; de deux, elle serait certainement rassurée en se promenant en ville si elle était avec quelqu’un qu’elle connaissait. Mais elle ne pouvait quand même pas lui demander de revenir, alors qu’il avait déjà mal aux genoux et tout.

« C’est très gentil, répondit-elle donc finalement. Mais ce n’est pas la peine, si tu préfères rester au café. Je peux me débrouiller toute seule, je n’ai plus grand-chose à faire. »

Et puis, en y réfléchissant bien, il n’était pas sûr qu’elle se sente moins gênée en croisant quelqu’un avec Tim que toute seule. D’après ce qu’elle avait vu, il avait un langage cru et coloré et il disait plutôt ce qu’il pensait et il réussissait facilement à la faire rougir – ce qui n’était pas très difficile, il fallait le reconnaître. Il y avait fort à parier que si elle se promenait en compagnie du garçon, Madeleine ressemblerait vite à une jolie écrevisse sortie de la marmite.

Elle réajusta sa sacoche sur son épaule et sourit à nouveau à Tim.

« Ca m’a fait plaisir de te rencontrer, en tout cas. Si tu passes à Sarnand un jour, viens me dire bonjour. »

Elle aurait bien proposé de faire de même si elle passait devant le café de Madame Manon, mais elle préférait s’abstenir. Elle avait déjà du mal à fréquenter les quelques soldats français ou allemands qu’elle croisait de temps en temps dans les couloirs du château, alors tout un tas d’inconnus dans un café… Mieux valait ne pas l’imaginer.

Aussi, sur ces derniers mots, Mado laissa-t-elle Tim retourner à ses occupations et à sa livraison de pantalon, pendant qu’elle continuait son travail de coursier. Heureusement, la Place de l’Oiseleur n’était pas beaucoup plus peuplée que lorsqu’elle était arrivée, et elle n’hésita presque pas quand il fallut qu’elle se remette en marche.
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MessageSujet: Re: Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)   Dim 6 Sep - 12:15

Sa proposition fut étudiée avec soin avant d’être déclinée. Tim ne s’en offusqua pas, cela n’aurait servi à rien. Il sentait bien qu’elle n’allait pas accepter, elle était bien trop timide et trop effacée pour profiter ainsi de l’offre du garçon. Dommage cependant, ce n’était pas tous les jours qu’on avait l’occasion de parler avec un travailleur de Sarnand ! Elle lui fit un sourire avant de lui assurer qu’elle avait été heureuse de le rencontrer. Ca c’était nouveau, d’habitude il se faisait chasser à coup de pied au cul pour avoir osé parler d’une manière inconvenante.

Mais si elle était heureuse alors Tim était heureux aussi. Il lui rendit son sourire avec les intérêts et quand elle commença à partir, le jeune garçon lui cria.

- Et t’inquiète pas ! J’vais viendre à Sarnand et j’te d’rais bonjour ! P’têt même que j’te f’ras encore r’gir !

Il sourit en lui faisant des grands signes, inconscient des regards portés sur lui. Puis il se détourna et regarda l’heure. Il avait passé un long moment, était en retard, avait une allure déplorable et le pantalon était trempé. Donc … il devait faire bonne impression.

- Putain d’chienne ed’vie ! Pourquoi qu’ça r’tombe t’jours sur les meilleurs !

Un homme le regarda en fronçant les sourcils. Tim lui tira la langue avant de partir en riant sous les cris outrés du respectable père de famille trouvant qu’il était un petit malpoli et que s’il était son père il lui frotterait les oreilles. Le garçon se mit à sautiller en rentrant et en chantant à tue tête.

- J’me suis vautré par terre c’est d’la faute à Hitler, j’vais boire ed’l’hydromel à la santé d’Rommel !

Ce n’était certainement pas bien malin, certainement suicidaire et totalement puéril, mais il aimait bien jouer. Et puis quitte à se prendre une bonne taloche, autant que ce soit pour une bonne raison. En tout cas, sur son chemin certains le regardaient encore avec un air réprobateur et d’autres semblaient décidés à l’encourager. Mais aucun ne tenta de l’arrêter avant qu’il entre dans le café de Madame Manon, le pantalon à la main et les larmes aux yeux.

Car oui, quelques mètres avant le café il avait pris soin de se faire pleurer, suicidaire mais pas trop…

- J’suis d’solé, j’me suis vautré su’l’pavé.

Un rire collectif des soldats allemands l’accueillit, mis à part celui dont le pantalon était irrécupérable. Tim eut droit à un peu de bière pour le remettre de ses émotions. Comme il l’avait prédit, il buvait de l’hydromel et intérieurement il levait son verre au renard du désert.

[The end]
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Les aventures du pantalon volant (10/03/1941)

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