Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]


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Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]

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MessageSujet: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Dim 16 Aoû - 2:49

Vingt cinq jours : cela faisait vingt cinq jours qu'ils étaient "ensembles". Enfin, un truc qui ressemblait à ensemble. Ils se voyaient deux fois par semaine, le mardi matin et le samedi après midi ; se parlaient peu, même si officiellement, Heinz s'excusait au travail en arguant qu'il prenait des cours de français. Il frappait à la porte, Paul ouvrait, il entrait, Paul fermait la porte, il retirait sa cravate et Paul l'embrassait. Toujours la cravate. Heinz venait en costume standard, jamais en uniforme. Quand une connaissance de la Wehrmacht lui avait demandé pourquoi, il répondait qu'il préférait se promener incognito au Marais.

Mensonge, c'était toujours du mensonge. Il mentait à Paul, qui le croyait secrétaire ou un truc du genre, et à ses hommes, et à ses amis, et évidemment à la famille Reynaud : comme il était à moitié sûr que la plus jeune irait fouiner dans sa chambre un jour ou l'autre, Heinz avait cru malin de mettre des photos de femmes nues dans un de ses tiroirs. D'habitude, il se sentait toujours gêné en arrivant devant la porte du professeur. Cette après midi là, pour une fois, le sentiment était occulté par une certaine joie de vivre. Il faisait beau, presque chaud, ils avaient mis la main sur un communiste qui avait sous son matelas des centaines de tract. L'homme avait parlé immédiatement, sans qu'on ai besoin de recourir à des méthodes fâcheuses. Comble de la cerise sur le gâteau, enfin ! Des Strüdel chez Madame Manon.

Donc, Heinz souriait en frappant à la porte, son manteau en cuir posé sur le coin du bras et le chapeau encore au bord du front. Il jèterait probablement tout par terre dès que la porte serait fermée ; il pensait déjà à ce qu'ils allaient faire au lit. Ça suffisait à lui remuer le ventre, à lui sécher la gorge et, en tout cas, l'excitait beaucoup plus que tous ses rendez vous avez des femmes. Il faudrait qu'ils s'arrangent pour se voir plus souvent. Deux fois par semaine, c'était trop peu. Et s'ils avaient pu passer une nuit ensemble de temps en temps... c'était tout de même leur huitième rendez vous. Ce ne serait sans doute pas déplacé de demander à Paul si, peut être, il voudrait bien qu'ils passent plus de temps ensemble. Peut être, même, qu'ils pourraient peut être, s'il voulait bien, qu'ils ne fassent pas que coucher ensemble. Aller au cinéma ou au restaurant en amoureux restait hors de question, mais ils trouveraient bien...

Quand la porte s'ouvrit, Heinz Siedler ne pouvait se douter que de telles considérations étaient bien loin de l'esprit de son amant.
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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Lun 17 Aoû - 2:39

Vingt-cinq jours. Presque un mois. Camille avait l’œil vif, l’esprit agile et l’ouïe fine, mais ne pouvait pas être à la fois au four et au moulin. Elle se trouvait à l’Institut de Sainte-Marie des Anges les jours où Heinz passait devant sa porte, et ne se doutait donc de rien. Mais Paul savait que les allées et venues de l’Allemand ne resteraient pas secrètes vingt-cinq jours de plus. Tôt ou tard, les voisins allaient jaser. Ou Camille se ferait porter pâle un mardi, ou un samedi, et découvrirait le pot-aux-roses. Il devrait alors lui avouer qu’il recevait un ennemi de la patrie chez lui, deux fois par semaine. Pendant vingt-quatre jours, il avait imaginé ce qu’il dirait pour sa défense, et celle de Heinz. Quelques cours de français ne pouvaient pas porter préjudice à leur pays, après tout, ni à l’honneur des Nantois, déjà mis à mal par le mariage de Clémentine. Et Heinz n’était qu’un secrétaire. Il n’avait pas choisi d’être Allemand, et ne causait pas de tort aux Montrois.

Enfin, c’était ce que pensait Paul pendant les vingt-quatre premiers jours de leur relation.

Même quand les choses allaient bien, l’aîné des Nantois souriait peu. Mais quand les choses allaient mal, personne ne pouvait se méprendre sur ses sentiments. Heinz était enchanté par sa journée ? Tant mieux pour lui. Paul, lui, était de très méchante humeur. Dire qu’il était d’humeur massacrante serait d’ailleurs plus proche de la vérité. Il avait passé une heure à tourner en rond chez lui, comme une bête en cage, avant de se servir un bon verre de whisky. Un vrai verre, pas un simple fond, comme il le faisait depuis le début de la guerre. Il avait pris son temps pour le boire, gorgée par gorgée, en se demandant ce qu’il était censé faire. Casser la gueule de Heinz était une option séduisante, mais qui lui apporterait énormément d’ennuis pour une ou deux minutes de défouloir, qu’il regretterait sans doute très vite. Non. Mieux valait garder son sang-froid. Il s’efforça de chasser l’image qui flottait devant ses yeux depuis près d’une heure, et leva à nouveau le verre jusqu’à ses lèvres. Il ne restait plus qu’une ou deux gorgées quand on toqua à la porte.

Aucune surprise. C’était forcément Heinz. Paul ouvrit la porte, juste assez pour pouvoir regarder son visiteur, et le fixa sans mot dire. Peut-être qu’il valait mieux en rester là. Peut-être qu’il valait mieux qu’il le laisse sur le seuil. Ainsi, il ne serait pas obligé d’avouer à Camille qu’un gradé de la gestapo venait régulièrement le voir.

Mais la relation qu’il entretenait avec Heinz ne lui déplaisait pas. Loin de là. Et il n’oubliait pas qu’ils partageaient le même secret – ce qui les liait, d’une certaine façon. Il souffla par le nez, et tira la porte vers lui, pour faire entrer l’Allemand. Il ferma la porte derrière eux, mais au lieu d’attraper le col de son amant, pour l’attirer à lui et l’embrasser, Paul retourna s’asseoir pour terminer son verre de whisky.

"Je t’ai croisé, ce matin" déclara-t-il, avec froideur. "Mais je pense que tu ne m’as pas vu"

Une gorgée.

"Tu avais un bel uniforme" ironisa-t-il d’une voix rauque, qui ne laissait aucun doute sur ses sentiments.

Il était en colère. Il but une autre gorgée, puis abandonna le verre vide sur la table de travail.
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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Lun 17 Aoû - 3:07

Il avait frappé à la porte, Paul avait ouvert, il était entré, Paul avait fermé la porte. Mais pas la cravate, et il ne l'avait pas embrassé. N'avait pas fait le moindre geste dans cette direction.

Heinz fronça légèrement les sourcils et se demanda aussitôt si Paul avait des problèmes. Non que le professeur soit d'un naturel joyeux, mais puisqu'ils étaient là pour le sexe, il lui avait toujours semblé que l'autre ne rechignait pas à la tâche. Le regard de l'Allemand tomba sur le verre et il se demanda s'il s'agissait d'une des bouteilles qu'il avait apporté.

"Je t’ai croisé, ce matin."

Les yeux quittèrent le verre ambré pour se ficher sur le visage de Paul. Ce matin ? Où ? Il était à la mairie, ce matin ! Il était allé voir Duplessan, en fin de matinée, peu après la capture du communiste. La visite devenait une habitude et il ne prenait plus garde à qui se trouvait là, d'autant que le hall était plus souvent rempli de pauvres venus réclamer des tickets que d'une faune intéressante.

"Mais je pense que tu ne m’as pas vu."


Froid. Bien sûr, que le ton serait froid ! Comme le bout de ses doigts, où le sang semblait s'être fait plus liquide et plus léger, ou ses joues devenues pâles. Ce matin là, évidemment, il portait son uniforme pour voir Duplessan. Comme il faisait froid dehors et jamais bien chaud dans le bureau du maire, n'avait pas retiré son manteau et l'avait seulement laissé ouvert. Cela cachait en partie les losanges noirs sur son col, mais pas la réalité du vêtement.

Heinz ne savait pas quoi dire. Lentement, d'une main aux veines vides, il retira son chapeau et, de l'autre, repoussa une mèche presque brune. Il sentait que son coeur battait vite, mais l'excitation avait cédé le pas à l'angoisse : Paul allait-il le jeter dehors, refuser de le revoir, l'insulter ou même le battre ? Heinz n'avait jamais su se battre. Il était trop doux pour ça. En tout cas, c'était rappé pour tout ce qu'il avait voulu savoir. Est-ce qu'on sort ensemble ? Ce n'était même pas la peine.

"Je..." suis désolé ?

Ses mains étaient retombées face à son ventre. L'une tenait entre deux doigts le bords du chapeau, l'autre pinçait le feutre avec nervosité. Les yeux, eux aussi, se concentraient sur le couvre chef.

... tu me détestes ?

Il n'osait pas le demander. Toujours la même lâcheté ! Il avait trop peur de la réponse, et ne savait même pas pourquoi. Il voulait que ce soit parce qu'il aimait coucher avec lui et que se trouver un autre amant serait trop risqué.

"Il y a beaucoup d'Allemands qui portent des uniformes à Montreuil", finit-il par dire d'une voix vide. Comme si Paul avait dû se douter qu'il en aurait un.
Il espérait que l'autre n'avait vu que le feldgrau, ou ne savait pas ce que signifiaient les losanges noirs brodés d'argent.
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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Mar 18 Aoû - 1:03

C’était un drôle de sentiment, la colère. C’était une émotion qui vous attrapait au cœur et aux tripes, et qui ne vous lâchait plus, jusqu’à ce que votre raison prenne le pas sur elle, ou jusqu’à ce qu’elle prenne le pas sur votre raison. Paul savait que la colère était très mauvaise conseillère, et faisait donc des efforts pour ne pas se laisser dépasser – ce qui était très joli en théorie, mais difficile à mettre en pratique. Il avait l’impression d’avoir été dupé, trahi par l’Allemand, mais savait qu’il n’avait rien fait pour arranger les choses. Il était si satisfait par la situation qu’il ne s’était pas du tout méfié. Il avait pris tout ce que lui disait Heinz pour argent comptant, sans se poser la moindre question. En fin de compte, il l’avait bien méritée, cette claque ! S’il ne s’était pas montré si indulgent, il ne lui aurait pas fallu vingt-quatre jours pour découvrir que son amant était membre de la Gestapo. Il ne parvenait pas à déterminer si c’était Heinz, ou son propre aveuglement, qui le mettait le plus en rogne. Il songea à se servir un autre verre, mais abandonna l’idée presque immédiatement. Ce n’était pas en laissant l’alcool lui monter à la tête à la place de la colère que la situation allait s’arranger.

Heinz avait au moins la décence de paraître gêné. Ce n’était pas suffisant pour éteindre la colère de Paul, mais ça ne l’attisait pas. Toujours furieux, le Français fixait l’Allemand sans mot dire, les dents serrées. Il n’obtint pas d’excuses, ni d’explications, mais le vit pâlir avec une certaine satisfaction. Il se demanda si Heinz avait peur de lui, et se surprit à l’espérer. Normalement, c’était lui qui devait avoir peur. On chuchotait beaucoup de choses au sujet de la Gestapo – certaines rumeurs étaient infondées, sans le moindre doute, mais toutes s’accordaient pour dire qu’il fallait craindre l’intervention de ses membres. Aucun tribunal ne pouvait contester leurs décisions. Même s’il n’était qu’un sous-fifre, Heinz restait redoutable. En un clin d’œil, le temps d’apercevoir un feldgrau sous un grand manteau, l’Allemand, par ailleurs doux et courtois, était devenu un ennemi, haïssable, et potentiellement dangereux.

S’il le détestait ? Bien sûr, qu’il le détestait.

Il cilla quand Heinz fit un commentaire sur les uniformes allemands. D’abord perplexe, il laissa un sourire ironique étirer ses lèvres. Ben voyons. Au moins, il ne niait pas. Et sa remarque était juste, au demeurant. D’ailleurs, il n’avait probablement pas menti quand il avait assuré que son job tournait autour de la paperasse. Il avait juste omis certains détails.

"Je sais. Mais je ne m’attendais pas à te voir, toi, sous cet uniforme-" commenta-t-il sèchement.

Il leva une main jusqu’à la branche de ses lunettes, pour les remettre correctement sur son nez.

"Tu signes des papiers, hein ? Mais encore ? C’est quoi, ta place, exactement, chez les gestapistes ?" ironisa-t-il.
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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Jeu 20 Aoû - 0:39

Oui, et alors ? Pourquoi ce toi ? Parce que parce qu'ils couchaient ensembles, ça faisait de Heinz un espèce d'être immaculé ? Il n'y était pour rien, d'abord ! Tout le monde n'avait pas la chance d'être fonctionnaire. On lui avait proposé un job, il l'avait pris, et ce n'était pas de sa faute si ce job ne correspondait pas à ce que Monsieur aurait voulu qu'il soit. Il n'avait pas envie de répondre, pas envie de s'expliquer, pas envie d'en parler. Quand il venait chez Paul, il n'était qu'un homme qui se faisait baiser par un autre, point. Il voulait croire qu'il y avait deux vies, celle au travail et celle dans le petit appartement du Marais... parce qu'il espérait que l'une et l'autre ne se rattraperaient jamais.
C'était rappé. Et bien comme il faut.

"J'étais au chômage," finit-il par dire, la tête basse. "Ils avaient du travail à donner."

Bien sûr, il n'y avait pas que ça. Le travail était bien payé, intéressant -du moins, il l'avait été à l'époque- et s'accompagnait de quelques avantages agréables. Mais il ne pouvait pas dire à Paul qu'il ne détestait pas son travail : ce n'était pas ce que l'autre voulait entendre. Et dire ce que les autres voulaient entendre, Heinz avait l'habitude de le faire.

Le problème, c'est qu'il ne savait pas quoi dire quant à sa position. Il n'avait pas énormément d'hommes sous ses ordres et Paul savait déjà qu'il n'était pas très costaud, si bien qu'il ne pouvait pas passer pour le larbin de base. De toute façon, à moins d'être le secrétaire au fond du placard, il pouvait difficilement être innocent. Et puis Paul pouvait décider de ne pas le croire et de faire son enquête : il trouverait vite quelqu'un pour lui dire ce qu'il faisait, même s'il ne connaissait pas son nom de famille.

Peut être que la vérité serait préférable.
Peut être qu'il pouvait juste lui donner la bouteille de whisky qu'il avait apporté et espérer que Paul se soulerait assez pour oublier tout ça.
Mauvaise idée. Il s'assit sur le lit, toujours impeccablement fait. Un petit rire nerveux passa entre ses lèvres : c'était sans doute la dernière fois qu'Heinz il posait ses fesses. Ses doigts tripotaient toujours le bord de son chapeau.
La vérité. Ce n'était pas comme s'il avait un autre choix.

"Je te le dirai si tu m'embrasses," finit-il par dire en relevant la tête, plantant un regard aux bords humides vers le Français, "et que tu me fais l'amour."
Une dernière fois. Parce qu'il n'osait pas espérer plus et que, si Paul le traitait assez mal, peut être Heinz ne regretterait-il rien de leur relation.
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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Ven 21 Aoû - 0:56

Rien d’étonnant à ce qu’un homme sans le sou, et au chômage, accepte n’importe quel job. Sauf que travailler pour la Gestapo, ce n’était pas n’importe quel job. Même si Paul n’était pas un mauvais bougre, et pouvait pardonner beaucoup d’erreurs, il existait des choses qu’il ne pouvait ni accepter ni oublier. Il n’approuvait pas et n’approuverait jamais l’idéologie nazie, ni le comportement des Allemands qui occupaient Montreuil, et une bonne partie de la France. Il pouvait facilement fermer les yeux sur la nationalité de Heinz, qui n’avait pas choisi de naître de l’autre côté du Rhin, mais pas sur ses activités, qu’il menait de son plein gré, en étant parfaitement conscient de ce qu’il faisait. Il n’était même plus du côté des occupants, pour le Français. Il était passé du côté des oppresseurs, et son excuse n’attendrit absolument pas son compagnon. Il ne disait pas qu’il appréciait son travail, mais c’était probable – on n’entrait pas dans la Gestapo par pur hasard, surtout quand on savait ce qu’il s’y passait.

Heinz avait presque tout révélé, de son plein gré ou non. Il avait montré son feldgrau et expliqué comment il était entré chez ces gens-là. Restait à savoir ce qu’il faisait précisément à Montreuil. Sa réponse sidéra Paul, qui ne s’attendait pas à une demande aussi culottée. Stupéfait, il retira ses lunettes et observa Heinz quelques secondes, comme pour vérifier que c’était toujours le même. Allons donc. Cette proposition était tellement incongrue qu’elle en devenait presque grotesque. Est-ce que c’était une plaisanterie ? L’Allemand semblait sérieux pourtant. Pensait-il que Paul tenait à tout prix à connaître sa position dans la Gestapo ? Au point de se soumettre à ses caprices ? Ridicule, vraiment. Paul n’avait aucune envie de lui faire plaisir, et jeta même un coup d’œil distrait à la porte.

Mais l’idée de mettre Heinz dehors ne fit que lui effleurer l’esprit. Si la proposition de l’Allemand n’était pas une plaisanterie, c’était une provocation. Et puis, ce qu’il demandait n’était ni difficile ni désagréable. Au contraire. C’était finalement peu cher payé pour obtenir l’information souhaitée. Paul ne voulait pas connaître les activités de Heinz à tout prix, mais il n’avait pas spécialement envie de faire des recherches pour savoir la vérité. Après une dernière seconde de réflexion, le Français laissa ses lunettes sur la table, à côté de son verre vide, et se leva. Il rejoignit Heinz et se pencha vers lui, en prenant appui sur ses épaules, pour ne pas basculer en avant.

"Marché conclu" lâcha-t-il, vaguement amusé mais toujours un peu froid.

Sans attendre la réponse de Heinz, il se pencha davantage vers lui et l’embrassa, comme convenu. Ses mains serraient les épaules de l’Allemand, plus forts qu’ils ne l’auraient dû. Dire que Paul ne songeait pas à le faire souffrir un peu, par pure vengeance, serait mentir. Sans interrompre le baiser, il plia les genoux et tenta de défaire la cravate de Heinz. Il y parvint après quelques tâtonnements. Il abandonna ensuite les lèvres de l’Allemand, pour les poser sur son cou, tandis que ses doigts poursuivaient leur travail, en défaisant un à un les boutons. A mi-chemin, l’une des mains interrompit sa tâche, pour passer sous la chemise à moitié ouverte, et caresser la peau de Heinz. Elle remonta pour dénuder l’épaule de l’Allemand, sur laquelle Paul posa les lèvres, alors qu’il achevait de déboutonner la chemise.

Il repoussa alors son compagnon, pour l’allonger sur le lit, et s’assit à califourchon sur lui. Totalement absorbé par ce qu'ii faisait, il ne songeait déjà presque plus à sa récente colère, et ses gestes n’étaient au bout du compte pas plus brutaux qu’à l’ordinaire.
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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Ven 21 Aoû - 2:53

Quand Paul répondit et se pencha vers lui, Heinz se rendit compte qu'il était surpris. S'était-il à ce point attendu à ce que l'autre refuse ? La question était sans objet : il avait accepté. L'Allemand ne savait pas s'il fallait qu'il se sente rassuré (était-ce un pardon ?) ou s'il fallait s'attendre à ce que Paul se serve de sa proposition pour se venger. Tendu mais aussi docile qu'à son habitude, Heinz se laissa faire, sans oser faire le moindre geste pour imiter Paul. Il se laissa déshabiller, puis pousser sur le lit et, comme il semblait alors que Paul ne se conduisait pas d'une manière étrange ou violente, se força à se détendre à son tour...

... c'est à cet instant précis qu'un gros rideau rouge en velours très épais tomba entre les personnages et les narratrices, si bien que ces dernières ne purent prendre connaissance de ce qu'il se passait entre Heinz et Paul. En attendant, elles firent quelques parties de Puissance 4 ; Flo menait 9 parties contre 6 pour Kal' quand le rideau commença à se dissoudre...


Couché sur le flanc, Heinz faisait semblant de dormir. Il espérait qu'ainsi, il aurait le temps de travailler la formulation, histoire de faire avaler la couleuvre plus en douceur. Ou peut être qu'il osait croire que Paul allait oublier leur marché et que tout recommencerait comme avant : ils flemmarderaient au lit pendant une bonne demi heure, puis l'un des deux (probablement Paul) pousserait l'autre hors des draps pour manger un petit quelque chose ou entamer la bouteille de whisky que Paul finirait seul. Heinz n'était pas fan de cet alcool, qu'il trouvait trop fort, mais il était prêt à avaler dix verres cul sec si cela pouvait régler leurs problèmes de couple.
Sauf qu'ils n'étaient pas vraiment un couple. S'ils l'avaient été, il était probable qu'ils ne le soient plus dans quelques minutes.

Cependant, plus il pensait à la forme de sa déclaration et plus le fond lui paraissait horriblement difficile à avaler. Paul n'aimait pas les Allemands. Paul aimait encore moins les gestapistes. En plus, il était professeur de littérature et avait assez lu pour reconnaitre un discours mielleux quand il en entendait un.

Non, décidément, Heinz n'avait pas le courage de se réveiller. Il préférait attendre que Paul fasse mine de le secouer, au moins pourrait-il avoir un aperçu de son humeur.
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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Sam 22 Aoû - 1:53

Certains jours, les événements semblaient prendre un malin plaisir à vous filer entre les doigts. Cette journée-là n’était pas la pire jamais vécue par Paul, mais elle ne se classerait certainement pas parmi les plus plaisantes. Il avait découvert que son amant était membre de la Gestapo, et réalisé que l’Allemand avait endormi sa méfiance sans rencontrer la moindre résistance. Il avait même répondu à ses provocations, au lieu de le mettre à la porte. Le Français avait l’habitude de mener la danse, et n’était pas ravi que le contrôle de la situation lui échappe. Avec le recul, il avait honte d’avoir cédé au chantage de son compagnon, et d’avoir fait passer son désir avant ses principes. Il était conscient que ses différents rendez-vous avec l’Allemand avaient éveillé des appétits qu’il pensait avoir oubliés, et qu’il rechignait à tout arrêter. Il ne risquait pas de trouver un autre amant de sitôt. Ses doigts effleurèrent l’épaule de Heinz. Il avait bien senti que l’Allemand était nerveux lorsqu’il avait commencé à l’embrasser, et à le caresser – et même s’il s’était détendu par la suite, cette étreinte n’avait pas eu la même saveur que d’habitude.

Au fond, il n’avait pas envie de savoir ce que faisait exactement Heinz. Il sentait que le gestapiste avait fait des efforts pour garder cette information sous silence, jusqu’au bout. Elle devait être particulièrement déplaisante. Mais s’il laissait l’Allemand partir sans avoir obtenu ses réponses, il savait qu’il s’en voudrait. Et pas qu’un peu. Bon sang, il ne pouvait pas rester dans l’ignorance, faire semblant de ne se douter de rien, juste pour pouvoir continuer à coucher avec lui ! Il se détesterait, s’il faisait une chose pareille. Et si Camille découvrait un jour le pot-aux-roses, il lui donnerait une raison supplémentaire, bien plus grave que toutes les autres, de le mépriser et de le haïr. Il devait interroger l’Allemand. Il n’avait pas le choix : ne rien lui demander serait pire que de savoir. Pour chasser sa lassitude, et ses hésitations, le Français s’obligea à repenser au feldgrau, et aux réponses successives de Heinz. C’était un gestapiste. Un ennemi. Bien que ce soit son amant, il ne méritait pas d’indulgence.

Sa main quitta l’épaule de Heinz, et lui-même s’écarta légèrement de l’Allemand. Il prit appui sur ses coudes, pour s’asseoir, avant de se pencher vers son compagnon.

"Je sais que tu ne dors pas" souffla-t-il à son oreille.

Il se tut une seconde, avant d’ajouter, d’une voix calme mais ferme :

"J’ai fait ce que tu me demandais. A ton tour"

Sa détermination était revenue. Il comptait bien avoir une réponse.
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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Dim 23 Aoû - 17:38

Autant pour son jeu d'acteur. Les paupières se soulevèrent et le corps roula sur le dos, puis sur le côté pour se retrouver face à Paul. Sans se relever, Heinz tendit un coude vers l'oreiller et posa une joue contre son poing replié. Il ouvrit la bouche, puis son regard s'évada, il la referma et se laissa retomber sur le matelas.
Bon.

Il revint à Paul et souffla un grand coup, baissa les yeux et se jeta à l'eau.

"Je suis l'officier en charge. C'est moi qui dirige."

C'était dit. Siedler souffla de nouveau et glissa de nouveau sur le dos, fixant le plafond d'un air de dire les jeux sont faits. Il préférait imaginer l'expression choquée de Paul ; la voir la rendrait trop réelle. Il s'efforça, en même temps, de compléter le puzzle avec tout ce que l'autre pouvait ressentir : trahison, colère... peur ? Très probablement, à moins que le français ne soit totalement inconscient, il ne pouvait y couper.

Je lui fais peur.

Ce n'était évidemment pas ce qu'il voulait. Paul était celui qui menait la danse, qui faisait le premier pas, qui dirigeait tout quand ils couchaient ensembles. Heinz ne voulait absolument pas que cela change, il voulait reste celui qui se laissa faire, qui se laissait dominer, qui se contentait de demander "veux-tu ?" et de prendre la réponse comme une vérité incontestable. Ça ne marcherait plus si Paul craignait de lui déplaire à chaque fois qu'il fallait qu'il fasse quelque chose.

"Mais ce n'est pas important, pour toi. Même si tu veux plus, que je revienne, je ne ferai rien, je promets. Ma vie privée fait rien avec mon travail, c'est deux choses différentes."


Son français aussi devenait une chose différente : il se rendait compte que sa grammaire était aussi aléatoire que le rythme de son coeur, mais sur le coup, Heinz peinait à assembler correctement ses idées en allemand. Alors en français !
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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Mar 25 Aoû - 0:09

C’était une chose, d’attendre l’orage, et c’en était une autre, de voir la foudre tomber à ses pieds. Apollinaire s’était préparé au pire, mais la réponse de son compagnon dépassait de loin tout ce qu’il avait imaginé. Heinz était l’officier en charge à Montreuil. Ce n’était pas un sous-fifre, ni un jeune loup ambitieux, envoyé de l’autre côté du Rhin pour se faire les dents. C’était le dirigeant de la Gestapo de Montreuil. Épouvanté, le Français s’écarta davantage de son amant, le souffle court. Il sentit un frisson secouer son échine, et se surprit à croiser les bras sur son torse, pour frotter ses épaules, comme si ce geste avait une chance, même infime, de chasser la froideur qui l’envahissait peu à peu. Comment avait-il pu se tromper à ce point ? Comment avait-il pu penser que Heinz était un secrétaire inoffensif ? Il avait eu tort de se fier à son air doux, et à ses vagues affirmations. Mensonge. Il récoltait ce qu’il avait semé, en fin de compte. Pourquoi ne s’était-il pas soucié plus tôt des activités de Heinz ?

Passé le choc des révélations, Paul sentit une colère froide l’envahir. L’Allemand s’était bien moqué de lui. Le Français plia l’une de ses jambes, et appuya son menton sur le genou. Non seulement il l’avait mené en bateau, mais il n’avait même pas pris la peine de le regarder dans les yeux pendant leur petite discussion. Vu son rang, peut-être qu’il estimait que tout lui était dû, et qu’il ne devait rien à personne. Le Français se sentit soudain très las, et passa une main sur son visage, pour chasser la sueur froide et la fatigue. Il avait l’horrible impression d’avoir mis le doigt dans un engrenage, duquel il ne parviendrait pas à s’extirper sans dégâts. Il se sentait trahi, en colère, et inquiet pour son avenir – Heinz avait bon sur toute la ligne.

Mais s’il pensait rassurer Paul en lui promettant de ne rien faire, c’était raté. C’était sans doute vrai. Son compagnon connaissait un secret qui pouvait l’envoyer directement en prison – il n’avait donc pas intérêt à déclencher des hostilités. Mais ce n’était que de la théorie. Le Français ignorait jusqu’où allait le pouvoir de Heinz, en pratique. Et il ne lui faisait tout simplement pas confiance. Il frissonna à nouveau, mais pas de peur. C’était un frisson de pure colère. Il avait ouvert la porte à un homme qui pouvait facilement devenir son pire ennemi, et qui était déjà le pire ennemi de nombreux Montrois. Soudain, il ne supporta plus sa vue, et ne supporta même plus l’idée de l’avoir touché. Pourtant, ce fut d’une voix presque calme, juste plus rauque qu’à l’ordinaire, qu’il s’adressa à lui.

"S’il te plaît, laisse-moi maintenant"

Il tenta de se calmer en prenant une grande inspiration. Peine perdue.

"Va-t-en" lâcha-t-il d’une voix plus dure.

Puis, plus fort :

"Va-t-en !"

C’était une colère qui ne durerait pas – mais pour l’instant, Paul était furieux, et pas du tout disposé à négocier pour quoi que ce soit.
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Allemand

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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   Mer 26 Aoû - 19:23

Rien à dire, rien à faire ; il l'avait bien mérité, il voulait se le répéter et surtout y croire. Ça lui éviterait d'en vouloir à Paul, parce qu'il voulait lui dire que ça ne changerait rien. Est-ce qu'ils couchaient ensembles à cause de leur travail ? Mais c'était stupide. Évidemment que ça changeait des choses, même si Heinz avait presque espéré qu'il lui dise que ce n'était pas grave

Non. Il fallait assumer. Paul avait toutes les raisons du monde pour lui en vouloir. Heinz n'avait rien à lui dire. Ne venait-il pas d'affirmer qu'il le laisserait tranquille ? Il suffisait que le Français le lui demande. Il fallait qu'il le lui demande ou qu'il lui dise qu'il lui pardonnait. Il ne supporterait pas de rester incertain, couché à poil sur son matelas alors que l'appartement sentait encore le sexe.

Et puis, Paul sembla se décider. A moins qu'il n'ai décidé depuis un moment et que l'incertitude n'ai été que dans la tête de Heinz.

Il savait peut être avant même qu'on ne...

Il ouvrit la bouche, voulu dire quelque chose. Qu'il s'excusait. Qu'il était désolé. Qu'il était bien plus réglo avec les habitants de Montreuil que beaucoup d'autres responsables locaux.

"Va-t-en."

Heinz ferma la bouche, comme si Paul l'avait frappé.


Puis, plus fort :

"Va-t-en !"


Il se leva et s'efforça de s'habiller calmement. D'un point de vue extérieur, toutefois, ça ressemblait plutôt aux bafouilles maladroites d'un homme trop nerveux. Le tout parut prendre une éternité : les boutons ne voulaient pas entrer dans leurs trous, les lacets glissaient entre les doigts de l'Allemand.

Devait-il au revoir ? Finalement, il sortit sans rien dire.

Il aurait dû refuser de lui dire : ça faisait beaucoup plus mal que ce à quoi il s'était attendu.
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MessageSujet: Re: Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]   

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Le huitième rendez vous [Samedi 29 Mars 1941]

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