[inachevé] Dans la gueule du loup (2.04.1941)


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[inachevé] Dans la gueule du loup (2.04.1941)

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MessageSujet: [inachevé] Dans la gueule du loup (2.04.1941)   Jeu 10 Sep - 20:21

Il faisait franchement moche. Il ne pleuvait pas encore, mais les nuages s’amoncelaient au-dessus des toits, de plus en plus sombres, de plus en plus menaçants. Ils avaient commencé à se réunir aux petites heures, et refusé de se séparer dans le courant de la matinée. D’ordinaire, les deux Nantois prenaient le chemin de Viers à la fin des cours, le premier mercredi de chaque mois, pour se changer un peu les idées. Ils évoquaient les promenades de leur enfances, leurs études, leurs premières années à Montreuil, les élèves de leurs classes respectives. Ils ne parlaient jamais de France, de leurs longues années de séparation, de leurs amours déçus, des Allemands. C’était une agréable sortie, qui leur faisait oublier leurs soucis, deux ou trois heures. Mais l’aîné n’avait aucune envie de se balader sous une pluie glacée, et la cadette avait proposé de remplacer leur balade par un thé, chez elle. Son ton avait semblé un peu froid à Paul, mais il ne s’était pas alarmé. Il comprenait qu’elle soit déçue que leur promenade soit annulée, et estimait que son humeur allait vite s’améliorer.

Bref, à dix-sept heures tapantes, il était devant chez elle, comme convenu.

Sa vie avait repris son cours normal. Il avait l’impression de s’être éloigné de sa sœur ces derniers temps – ce n’était sans doute qu’une impression, car la première intéressée n’avait pas bronché, mais il ne se sentait pas moins coupable pour autant – et était heureux de la retrouver. Il était soulagé de n’avoir plus rien à cacher. Un peu malgré lui, il avait attendu Heinz, la veille, mais l’Allemand ne s’était pas montré. Il supposait qu’il ne viendrait pas non plus le samedi, bien que ce ne soit pas exclu. Tant mieux, d’ailleurs. Il essayait de se convaincre qu’il n’avait plus envie de le voir. Ce n’était pas encore tout à fait gagné, mais ce serait sans doute chose faite dans quelques jours, grâce au soutien de Camille.

Il frappa à la porte.

Il ne pouvait pas parler de ses états d’âme à sa sœur. Il ne pouvait pas lui dire que le chef de la Gestapo s’était invité chez lui deux fois par semaine, pendant un mois, ni qu’il pensait de nouveau à ses amours perdus. Il ne pouvait pas lui parler d’Alexandre, ni d’Elain, ni de n’importe lequel de ses autres amants. Ce n’était pas plus mal, au bout du compte : ce n’était pas en ruminant le passé qu’on pouvait aller de l’avant.

Il avait donc le cœur léger, et un petit sourire aux lèvres, lorsque sa sœur cadette ouvrit la porte.
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MessageSujet: Re: [inachevé] Dans la gueule du loup (2.04.1941)   Mer 16 Sep - 22:00

D’une certaine façon, la chance avait sourit à Camille Nantois. Ce qu’elle désirait mettre à l’ordre du jour de sa rencontre hebdomadaire avec son frère souffrait parfaitement une réunion en intérieur. Et l’amoncellement de lourds cumulus gris n’avait rien pour lui déplaire.
Cela faisait plusieurs mois qu’elle avait pris conscience du fossé qui s’était creusé entre elle et son frère. Et ça lui pesait. Que pensait-il de cette guerre ? Où en était sa vie sentimentale ? Elle n’avait pas osé lui poser la question, mais combien de temps cela faisait-il qu’elle n’avait pas vu une femme tourner suffisamment près autour de Paul pour qu’elle suspecte une relation ? Elle savait que la situation n’était pas forcément plus reluisante de son côté, mais elle aurait tant voulu épancher ce qui semblait parfois peser à son frère plus qu’à elle-même…
Mais ce soir, l’heure était grave. Son ignorance atteignait-elle ce niveau ? Se pourrait-il que… Non, ce n’était pas possible… Il n’aurait pas pu ne rien lui dire… Elle se connaissait suffisamment pour savoir que son imagination pouvait se montrer prolifique… Mais, tout de même… Oui, l’heure était grave ; elle ne suspectait plus, elle redoutait.
Depuis deux jours, elle imaginait le déroulement de leur rencontre et répétait le texte qu’elle s’était attribué. Aujourd’hui, elle s’était montrée distraite à en rougir de honte ; elle qui ne se trompait jamais avait été corrigée plusieurs fois par ses élèves. Et lorsque la cloche avait sonné, ses pensées étaient restées centrées sur cet événement : l’interrogatoire de Paul.
Elle s’arrachait les cheveux rien qu’à penser à ce qu’elle avait raté.

Au moment où Paul pénétrait dans la rue où ils résidaient tous deux, cela faisait deux heures qu’elle tournait en rond, changeant sans arrêt la disposition des tasses et des cuillères, ajoutant ou retirant telle ou telle sorte de biscuit…
Finalement, la bouilloire siffla lorsqu’il frappa à la porte. Une fraction de seconde, Camille resta paralysée. Toutes les belles stratégies qu’elle avait échafaudées la veille s’évanouirent d’un seul coup. Comment allait-elle l’accueillir ? Elle se força à reprendre sa respiration, ajusta ses vêtements, et cacha une mèche rebelle derrière son oreille. Elle avança résolument vers la porte d’entrée, essayant de paraître la plus naturelle possible.
Le petit sourire qu’arborait Paul faillit faire fondre les bonnes résolutions qu’elle venait de prendre. Pour qui se prenait-il ? Le rouge commençait à lui monter aux joues, mais elle fit un effort pour se maîtrise. Du coup, la voix qui sortit de sa gorge lui parut cruellement froide.

« Ah ! Enfin ! Bonjour Paul .» Elle se racla doucement la gorge en espérant lui donner un ton plus accueillant.

« Vas-y, entre ! »

Elle ouvrit largement la porte, et disparut en direction du salon. Elle attrapa au passage la bouilloire, et demanda à son frère, d’une voix presque mielleuse, en désignant les 3 paquets de thé délicatement posés sur la table : « Lequel veux-tu ? »
Et tandis que Paul la suivait aveuglément dans le salon, elle referma la porte derrière eux, et s’installa à la place la plus proche de la sortie.
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MessageSujet: Re: [inachevé] Dans la gueule du loup (2.04.1941)   Dim 20 Sep - 17:30

Camille n’était pas dans son état normal. Sans dire qu’elle était un modèle de patience et de douceur, à l’humeur toujours égale, elle n’avait pas l’habitude de se fâcher sans raison, et il était rare qu’elle utilise une voix aussi cassante pour s’adresser aux autres, en particulier à son frère. Désarçonné, Paul songea à jeter un œil à sa montre à goussets, et enfonça la main droite dans la poche de son gilet. Ses doigts effleurèrent le boîtier métallique de la montre, mais il décida, finalement, de ne pas la tirer de son écrin. Il était à l’heure, il en était sûr et certain. Il ne comptait pas s’excuser pour une faute qu’il n’avait pas commise, mais jugeait inutile de braquer Camille. Après une brève seconde d’hésitation, il souffla simplement :

"Je suis désolé de t’avoir fait attendre"

Il attendit qu’elle l’invite à entrer, puis la suivit jusqu’au salon. Il se serait volontiers installé près de la porte, mais elle attrapa bien avant lui la chaise la plus proche de la sortie. Vaguement inquiet, il fit le tour de la table et s’installa face à sa sœur. Il avait un très mauvais pressentiment, et ne savait pas trop à quoi il devait s’attendre. A la base, il ne savait même pas pourquoi Camille était fâchée contre lui. Parce que le doute n’était plus permis : sa cadette avait quelque chose à lui reprocher. Il ne pouvait pas s’imaginer plus longtemps qu’elle était simplement irritée par le changement de leur petit programme. Ce n’était pas la première fois, et certainement pas la dernière, que le mauvais temps les retenait chez eux.

"Celui-ci" dit-il simplement, en montrant le thé situé à l’extrême droite.

Il garda le silence quelques secondes.

"Tes élèves t’ont mené la vie dure aujourd’hui ?"

C’était peut-être elles qui l’avaient contrariée. Peut-être qu’il n’était pas responsable de ce mouvement d’humeur, même s’il en doutait un peu.
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