C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]


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C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]

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Allemand
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MessageSujet: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Sam 19 Sep - 21:38

C'était comme si un gel subit s'était abattu sur Montreuil : les gens marchaient vite et nerveusement, à la façon de ceux qui fuient le vent d'hiver ; les fenêtres restaient closes dans un vain espoir de ne pas entendre, le moment venu, les bottes qui martèlerait le pavé. Car ce n'était pas la météo qui était en cause : Le 17, dans la nuit, un officier était retrouvé blessé et inconscient à St-Paul ; le 18, l'Hauptsturmführer Erwin Kurtz et trois hommes de la Gestapo quadrillaient les rues alentours pour mener l'enquête ; le 20, après une enquête étonnement courte, il remettait ses conclusions à Siedler et discutait avec lui de ce qu'il fallait en faire.

Le 21 au matin, Siedler allait voir l'Oberstleutnant Wienke pour lui rendre le rapport d'enquête. Il montait à 8h33 dans le téléphérique, seul, car on avait décidé que le chauffeur resterait près de la voiture -au cas où- et que Kurtz avait tenu à garder le reste des hommes pour continuer ses recherches. Dans la cabine, un autre homme, officier de la Luftwaffe, qu'il salua brièvement de la tête.

Siedler était évidemment troublé. C'était le premier incident grave à Montreuil, du genre de ceux qui réclamaient des otages. A Sarnand, évidemment, tout le monde était un peu énervé ; il espérait qu'il n'aurait pas à croiser des Français. Il avait déjà fait overdose de regards en coin en partant de chez les Reynaud.

A 8h37, alors que le téléphérique était arrivé à la moitié de sa progression, il s'arrêta net, dans un immobilisme qui se balançait au dessus du vide avec un calme inquiétant.

Siedler regardait le sol quand les machines stoppèrent. Pensif, il ne s'aperçut pas tout de suite que le paysage ne défilait plus autours de la cabine. Ce n'est que quelques secondes plus tard qu'il leva les yeux et, quelque peu mal à l'aise face à ce coup soudain, se retourna vivement vers la vitre tout en s'accrochant à la rambarde de fer censée éviter qu'on se casse la figure à l'arrivée, puis tourna vers l'officier un regard du style : est-ce que ça arrive souvent et c'est normal, ou est-ce qu'on doit paniquer ?
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Dim 20 Sep - 0:45

La ville était en émoi. Non pas cette panique effervescente qui hurle par-delà les toits, les corniches et les cheminées, mais une inquiétude lourde, sourde et diffuse… Une chape terrifiante cloisonnant inévitablement Montreuil dans un univers de suspicion. Les regards des habitants fuyaient, glissant sur les uniformes ennemis, de peur qu’une trop grande insistance sur l’individu qui le revêtait ne soit mal interprétée. Les officiers allemands devaient inspirer crainte et colère à la fois. Crainte, car de cette agression naîtront les représailles ; et elles ne pourraient s’abattre que sur la population civile. Colère, pour ces mêmes raisons. Dualité du corps aérien : victime et bourreau – associés nécessairement à leurs camarades de la Gestapo.

La Mort rôdait dans son manteau d’effroi.
Montreuil n’était plus qu’un cimetière vivant.

Hoffenberg s’échappait sur l’Olympe sarnois, s’envolait dans sa cage de verre, s’arrachait à l’ambiance oppressante qui s’insinuait dans les rues comme une épidémie. Rampante sensation… Elle chuchotait entre les murs, horde de conspirateurs invisibles ; fantômes. Mieux valait le tumulte continu des canons, le grondement menaçant d’une bataille, le grésillement solitaire d’un poste de radio, à tout ce silence pesant.

La cabine s’élevait doucement, les yeux de l’officier s’évanouissaient dans le vague. Ils n’avaient prêtés qu’une vague attention à l’homme avec lui, ne détaillant que son visage après la réponse à son salut. Une chose était cependant établie, certaine : il n’était certainement pas pilote. Et pourtant, il résidait dans cet équipage un certain contraste entre l’allure et l’uniforme, une sorte d’anomalie. D’incompatibilité. Ses réflexions perdues en étaient là de leur cheminement lorsque le téléphérique stoppa net, amorçant un balancement nauséeux. Deux prunelles angoissées le dévisagèrent.

Les siennes apprécièrent la situation avec un déni apparent, passée la première seconde d’hésitation perplexe due à l’inconnu. Bien qu’en plein ciel l’arrêt ne fut possible, il n’y avait presque aucune différence avec un vol à dos de dragon. Outre le fait que la cabine ne parlait pas. Qu’elle était fermée. Et que si le câble la retenant venait à lâcher, l’attraction terrestre reprendrait indubitablement ses droits sans espoir de retour, et qu’ils achèveraient leur rapide existence entre deux parois comprimées. Ceci mis à part, nulle raison de s’inquiéter ; non vraiment.
Etait-ce normal ? Karl n’en avait pas la moindre idée, son expérience demeurait maigre sur le sujet. Mais un « non » brûlait ses lèvres en réponse à l’interrogation muette.

« Ne vous alarmez pas, Herr Hauptsturmführer, Gott ist mit uns. »

Après tout, il ne pouvait rien y faire.
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Mar 22 Sep - 23:54

Voilà qui était hautement rassurant.

Qu'est-ce qu'il fallait comprendre ? Pas d'inquiétude, de toute façon si on s'écrase, Dieu nous garde une place au paradis ? Ce n'était pas le moment de s'amuser avec des phrases mystérieuses ! Heinz se remit dos à la vitre, laissa tomber sa sacoche à ses pieds. Après tout, ils en avaient peut être pour un moment, alors il pourrait très bien la ramasser. Mais la vue de la cabine qu'il sentait tanguer doucement lui donnait des bouffées de claustrophobie.
Il se mit à tapoter la barre de fer du bout des doigts.

Tap. Tap. Tap.
Le bruit l'énerva ; Heinz arrêta et fourra les mains dans les poches de son manteau. La cabine était moins fraiche que l'air libre qui les encerclait si bien mais il n'y faisait pas chaud.

"Je ne vous ai jamais vu à Montreuil, Herr Leutnant," dit-il rapidement. Avant que le silence ne s'installe et ne devienne pesant.

"Êtes vous arrivé récemment ? Ou peut être ne fréquentez vous pas beaucoup notre club des officiers local. Comme je ne vais pas souvent à Sarnand, c'est là que je rencontre les Flieger habituellement."


Siedler parlait, évidemment, du café Chez Madame Manon. Un de ces lieux où on voyait tant d'officiers qu'on en venait à le surnommer ainsi, tout comme les Français appelaient le cinéma réservé le cinéschleu ou le cinéboche.

"Vous devriez aller y faire un tour, si vous ne l'avez pas déjà fait. Le champagne y est excellent."

Parler de tout et de rien ; cela rendrait peut être l'attente plus courte.
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Mer 23 Sep - 18:48

« Chez Madame Manon ». Ce nom lui revint en mémoire à l’évocation du club, résurgence d’une discussion qu’il avait eu plus tôt dans la semaine avec d’autres Flieger. Habitude prise, il quittait rarement la base et si ses pas l’avaient conduits devant l’établissement au cours de l’une de ces rares promenades dans Montreuil, il ne fallait y voir que l’action bienveillante de la Providence qui l’incitait à se sociabiliser un peu. Sans fuir délibérément la compagnie, il n’allait pas à sa poursuite ; aussi l’enseigne s’était évaporée dans ses souvenirs sans refaire surface.

« Je n’y suis encore jamais entré, non, Herr Hauptsturmführer. Et, effectivement, je ne suis à Sarnand que depuis le début de la semaine dernière. »

Le cuir couvrant ses mains crissa alors qu’il fermait puis ouvrait le poing autour du pommeau de sa canne, invitant le fluide carmin de ses veines à une plus importante circulation dans les phalanges gantées qui s’engourdissaient d’inaction. Le dicton français relatif au mois d’avril n’était pas forfanterie, celui-ci s’amorçait froidement, et suspendu au milieu de rien en proie aux assauts de l’air, la température n’allait pas augmenter dans la cabine sans rayon salvateur disposé à diffuser la chaleur de l'astre diurne. L’officier reprit sur le ton de la conversation qui s’installait doucement :

« Où se trouve-t-il ? Si son emplacement m’a été indiqué, je crains l’avoir déjà oublié. »
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Sam 26 Sep - 17:26

La conversation allait, pour ainsi dire, dans le mur. Parce que rien de ce qui se disait n'était vraiment intéressant : Heinz comme son interlocuteur devait ressentir à quel point les mots ne servaient qu'à masquer le silence. En d'autres occasions il aurait trouvé que c'était un bon début pour une discussion amicale, mais Heinz n'y trouvait qu'un flot de paroles forcées qui ne servaient qu'à meubler.

Ceci pensé, ils n'avaient rien d'autre à faire que de se répondre.

"Près de mon quartier général et de celui de l'Oberst Krüger. Je pense que n'importe lequel de vos camarades pourra vous y emmener."

Sa tête pivota pour que son regard puisse accrocher le point d'arrivée du téléphérique. Quelqu'un devait s'être aperçu qu'il ne bougeait pas et se charger de redémarrer la machine ; les efforts de ce quelqu'un devaient assurément être visibles depuis la cabine, ou tout du moins l'espérait-il. Ne pas savoir si on se souciait de la panne était presque plus inquiétant que la panne en elle même.
Et si Edelweiss l'avait vu monter ?
Et s'ils avaient décider de l'assassiner par téléphérique interposé ?
Il fallait vraiment qu'il mette la main sur ses connards de gaullistes. Car ils étaient forcément gaullistes, ce qui les rendait tout juste un peu moins pires que les communistes. Idéologiquement ils étaient plus supportables mais leur refus de coopérer les rendait plus agaçants.

"Que pensez vous des Français de Sarnand ?" demanda-t-il en laissant tomber la station d'arrivée, qui ne lui révélait rien.

Siedler espérait que Karl parlerait avec sincérité. Un oeil nouveau sur la situation ne pouvait que lui être utile. La théorie de Kurtz était qu'à force de faire vivre les Allemands et les Français au même endroit, la mollesse des seconds avait contaminé la force d'esprit des premiers. Si la théorie était vrai, Karl devait être assez frais pour voir les comportements déviants que les autres ne distinguaient plus...
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Dim 4 Oct - 18:41

Et pourtant, il avait été presque fier de son initiative. Il lui avait fallu développer un certain effort pour propulser son interrogation par delà les rives purpurines ; mais cela tenait plus de sa nature profonde que de l’inconfort face au silence et un réel souci de le meubler. Habituellement, il le révérait, et le cultivait. Cette occasion offerte de nouer un premier contact avec un inconnu, il la saisissait avec circonspection. Expérience nouvelle, à tous points de vue. De mémoire, jamais téléphérique n’avait stoppé sa lente course suspendue sous ses bottes. D’ailleurs, de mémoire, il n’avait jamais pris de téléphérique avant son arrivée à Montreuil. Le pilote de Brynhild nota toutefois l’indication apportée par l’officier, s’y rendre seul n’était pas une disposition à écarter…

La question fusa, balle soudaine traversant un no man’s land d'expectative.

Les aviateurs ?

Rien à foutre. Faut dire ce qui est. Ils ne lui étaient pas plus antipathiques que les autres français, et pour cause, il ne les considérait pas plus que les citoyens lambda qui se terraient en contrebas. Défaite, la plus puissante armée du monde s’était rendue dans la honte. Une débâcle humiliante. Dès lors, sans les mépriser, il les côtoyait en vaincus ; et si la tenue est primordiale pour tout soldat du Reich, ses exigences personnelles en matière d’uniforme ne s’appliquaient à ceux qui n’étaient pas sous son commandement. Mais le passager attendait une réponse. On ne fait attendre un supérieur.

« Ils sont battus, et se comportent en tant que tel, Herr Hauptsturmführer. Leur laisser-aller est compréhensible, même si je le déplore… Cependant, ce n’est pas en une semaine qu’on apprend à connaître les hommes, et ce que je vois n’est qu’apparence. Et pour ça, il y a pire, même chez nous. Je pense que globalement vous n’êtes pas si mal tombés, l’escadrille locale pourrait vous avoir mené la vie dure depuis plus longtemps que cela. Et si j’en crois l’effervescence provoquée par les récents évènements, ce n’est pas le cas, Herr Hauptsturmführer. »

Haussement d’épaules retenu.
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Ven 9 Oct - 21:47

"Pas tous, malheureusement," répondit Siedler quand le pilote annonça qu'ils se conduisant comme des gens qui ont perdu une guerre. Ceux d'Edelweiss, en tout cas, n'avait pas l'air de le croire. "Vous ne le savez peut être pas, parce que ce n'est pas arrivé depuis votre arrivée, mais des tracts anti allemands circulent à Sarnand. Jusque là, le pire que nous ayons eu entre les mains encourageait la rébellion ouverte et l'assassinat des boches."

Heinz gardait les yeux dirigés vers Karl et s'efforçait de ne pas faire attention au fond bleu sur lequel il se découpait ou, pire, à l'épaisse ligne noire qui le coupait en diagonale. Il commençait à détester le vague balancement de l'habitacle et tout ce bleu.

"Les boches, c'est un terme français pour dire qu'ils ne nous aiment pas parce que nous sommes allemands. Ce n'est pas un terme très sympathique, mais passons. Faites attention, en tout cas, on ne sait jamais. Et si vous remarquez quoi que ce soit, dites le nous."


Il commençait à se passer gratter machinalement la nuque quand, avec un grincement un peu bruyant et un premier à coup qui lui fit vivement rattraper sa barre de fer, le téléphérique commença, lentement (ce qui secouait pour pas grand chose) à remonter. Cela suffisait à détourner totalement Siedler de son compagnon : il s'était décallé pour faire face non plus au vide de la cabine, mais à la vitre qui donnait sur l'immense rocher de Sarnand. Un début de soulagement lui donnait envie de rire, si bien que, lorsqu'il tourna la tête vers le pilote, un sourire en coin plissa ses lèvres vers la gauche.

"On dirait qu'ils ont arrangé notre problème."

Oui.
Sauf que c'est précisément à ce moment là que le téléphérique s'arrêta de nouveau et brusquement ; le front du gestapiste, posté un peu trop près de la vitre, eu tôt fait de la caresser dans un "boump" charmant et quelque peu ridicule...
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Mar 13 Oct - 16:57

Leur petit monde confiné bascula, tremblement de terre secouant les parois de métal dans un ronronnement plaintif. Le parallélépipède tricolore s’ébranla dans le ciel souverain, offrant à la voûte divine son dos blanc, la peinture bleue et carmin de ses flancs écaillée d’avoir trop bravé Eole. Coque ballottée par des vagues invisibles à l’écume cotonneuse, frêle esquif défiant courageusement le Globe rosé afin de convoyer les infirmes – physiques ou disgracieux – des rivages mortels aux cimes héroïques. Sorte de passeur méchanoïde… Qui stoppa net sa progression fraichement reprise.

Auraient-ils omis de s’acquitter de l’obole ? Les punissait-on de leur effronterie, celle les conduisant à gravir ces roches escarpées menant aux aires d’envol des créatures ailées ? Ou Jonas s’était-il glissé dans l’équipage ?

Les paupières du pilote se plissèrent, fentes suspicieuses, contemplant le malheureux officier ainsi malmené. Dans son esprit, un lien s’établissait avec les précédentes paroles de l’homme et leur situation. Deux boches offerts sur un plateau, prisonniers de cette bulle à demie transparente suspendue aux nuages. Lui-même ne revêtait grande importance, et bien meilleure occasion saurait se présenter de porter atteinte à l’Etat Major de Montreuil. S’ils n’avaient su attendre, qui que soient ces « tous » allaient saboter – ironie – un atout majeur. Le joueur inexpérimenté sacrifie impulsivement ses pièces maîtresses pour des pions… Et finit mat. D’autres viendraient combler les pertes, sans que soit pour autant dérangée la formidable machine de guerre qui emportait la Grande Allemagne.

« Le mécanisme semble plus grippé que prévu... C’est la première fois que ça arrive, je présume ? »
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Ven 16 Oct - 1:43

Y'avait des baffes qui se perdait : voilà ce que pensa Heinz Siedler se frottant la tête. Fallait baffer celui qui entretenait cette saloperie de téléphérique. Fallait baffer celui qui avait eu la charmante idée de ne pas faire une simple route pour monter. Et fallait baffer ce dhfdhdfdf de pilote qui n'était même pas fichu de compatir alors qu'il aurait probablement une bosse monumentale !

S'il avait su que pendant ce temps là, l'autre philosophait, Heinz se serait volontiers détaché de sa barre pour aller lui offrir une glorieuse paire de giffles. C'était injuste. Pourquoi toujours lui ?

"J'en sais rien !" répondit-il avec plus d'une once d'agressivité. En plus, il avait posé la question à Karl y'a pas cinq minutes. Non, il ne savait pas. Il aimait bien, mais il ne savait ! Et il ne pouvait pas tout savoir, dans la vie ! Et ça commençait à vraiment, vraiment l'énerver ! Craignait une nouvelle ruade, Heinz s'assit dans le coin de la cabine qu'il occupait, une main toujours plaquée contre son front en un effort dérisoire pour stopper la douleur.

"En tout cas, ils ont intérêt à se dépêcher pour arranger ça."

Re-massage de tempe et regard-qui-tue en direction de Karl, comme si tout avait été de sa faute. Après tout, peut être que le pilote portait la poisse ? Mieux valait ne pas y penser : avec un peu de malchance, ce serait au point que le câble qui les soutenait soit pris d'une envie soudaine d'aller voir ailleurs. Heinz respira très profondément pour éviter la crise de nerfs. Mauvaise idée. Ne pas penser au câble. Mauvaise idée.

"Et ils ont pas intérêt à nous refaire ce coup là. Cette bande de glandeurs ! J'ai une affaire urgente à régler !"

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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Ven 23 Oct - 11:33

Karl répondit en silence.
L’orage colérique était une bourrasque soudaine qui durait rarement… Du moins l’espérait-il.
Radieuse journée.
Le pilote souffla. Instinctivement, dans un tel moment d’attente fastidieuse, il pensa à sa médecine personnelle. Une sorte de phytothérapie militaire, même si elle n’était spécifique à la caste guerrière. C’était l’un des remèdes les plus utilisés pour lutter contre l’ennui, les douleurs lancinantes et parfois aiguës de sales blessures qui ne semblaient jamais vouloir se faire oublier, le froid… Et parfois même tout cela en même temps. Pour les états d’âme, on avait trouvé mieux depuis longtemps. Sa main amorçait donc une approche sur le hangar clos de son paquet de cigarettes au moment où la forme prostrée s’imposait à ses yeux moroses. Un instant, il avait fait fi de sa présence. L’officier se ravisa.

Un autre soupire, plus long, vint accueillir cette révélation nouvelle et pourtant évidente. Mieux valait ne pas fumer dans la cabine. Son bras retomba mollement le long de son flanc, membre inutile. Comme s’il avait perdu sa vocation principale, comme si le seul fait de n’être le détenteur du remède le rendait complètement superflu, voire surabondant. Bras-médecin sans son brassard de croisé.

L’acier cobalt se perdit de nouveau dans la masse cotonneuse qui confinait le Monde, toit doucereux et étouffant. Qu’aurait-il donné pour y être ?
Ou plutôt : que n’aurait-il pas donné ?
Leur situation lui renvoyait au visage toute l’étendue de son infirmité passagère. Il était désormais tributaire de toute l’incompétence humaine, sa vie était un éclat insignifiant dans la paume du démon de chair. Un aigle à qui l’on avait rogné les ailes. Un goéland pataud sur le pont d’un navire. Le chevaucheur de dragon sentait la crasse de la Terre des Hommes salir son uniforme bleuté. Ce n’était cette poussière dont il suffit de s’épousseter pour en être libéré, non... C’était poisseux, sombre, de tout ce sang répandu pour en abreuver la Nature.

Ce fut lui qui rompit le silence prudent qui se lovait de nouveau dans l’espace restreint du téléphérique.

« Vous avez déjà volé ? »
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Mer 28 Oct - 23:10

Tic, tac, tic, aurait fait une horloge, sans être le moins du monde dérangée. Siedler, lui, quêta en silence une réponse qui ne vint pas. Au premier tic, il fut vexé d'être ignoré. Arrivé à quelques autres, il se contenta d'ignorer le pilote. Au bout d'un certain nombre de tac, il récupéra sa serviette, y plongea la main et en ressortit un dossier qui n'avait pas grand chose à voir avec sa visite chez Wienke mais devait lui permettre de passer le temps.

Enfin, quand le pilote rompit le silence, la réponse tarda à venir. Fallait-il faire mine de ne pas l'avoir entendu pour lui rendre la pareille ?

Le dilemme dura peu : Heinz n'était pas un maître snob et rien dans la situation ne l'encourageait à jouer les durs.
Et puis son dossier était chiant.

"Non."

Il n'ajouta pas que ce serait mauvais pour son asthme et son ton se voulait cassant. Il n'avait pas envie qu'on lui en demande la raison et encore moins que s'installe entre eux l'espèce de mépris qu'avaient parfois les volants pour les piétons.

Alors il dit ensuite, avant que le pilote n'ai pu l'interroger plus avant :

"Quel genre de dragons pilotez vous ?"

Les aviateurs étaient toujours heureux de parler de leur travail, même quand ils n'étaient qu'homme d'équipage (ils étaient toutefois moins loquaces lorsqu'ils étaient au sol). Avec un peu de chance, cela lancerait celui ci dans un long et -peut être- intéressant monologue. Qui disait monologue disait pas de questions. Et pas de silence. Et peut être que le pilote se montrerait un peu plus... amical. Prompte à ne pas répondre par monosyllabes.
Bref. Mieux pour meubler, en fait.
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Sam 31 Oct - 1:39

Deux raisons pouvaient aisément expliquer l’humeur guère propice à l’échange de l’officier assis contre les parois de la cabine. La première était sans nul doute ce contre temps impromptu qui venait comme un cheveu sur la soupe ruiner l’arrangement méticuleux de son emploi du temps. La seconde était le soubresaut impétueux de leur destrier capricieux, arrêté dans sa course, qui lui avait valu de rencontrer la vitre, et des désagréments que cela pouvait engendrer. Et… Peut-être également le fait que son congénère n’ait guère manifesté d’intérêt pour son état.

Et ce dernier point portait lui-même sa propre part de justification. Elle se résumait en deux mots : la timidité.

Comment réagir dans pareille situation ? Ce n’était point ces cas où l’on porte – vaillamment – secours à son supérieur outragé par la mitraille ennemie, mais bien le dérapage humiliant sur quelque plaque verglacée ou autre fait embarrassant du même acabit. Karl n’avait aucune qualification médicale. Il croyait aux vertus médicinales du tabac, aux qualités anesthésiantes de l’alcool, et garrottait le membre blessé. Ses connaissances s’arrêtaient là. Loin d’être un Bayard ignorant la peur, il était un simple et parfait béotien en cette matière. S’enquérir de l’apparence du mauvais coup reçu n’aurait donc été qu’hypocrisie. Il fallait cependant reconnaître la bienséance au pilote de n’avoir posé l’ultime question en cet instant :

« Ca va ? »

Car non, il suffisait d’un coup d’œil à l’homme avachi et à sa main portée à son crâne pour s’assurer du mal être évident.

Tiraillé entre le panel des attitudes à avoir, il lui avait fallu prendre une rapide décision.
Il avait donc feint n’avoir rien vu. Chez les plus crispés des hauts gradés, cette solution était généralement bien accueillie. Force était de constater que son co-voyageur n’était ni l’un, ni l’autre.

Tant pis.

Le pilote allemand tangua nerveusement tandis que la scène repassait en boucle dans son esprit, chute burlesque dans une bichromie avant-guerre. Il visualisait après-coup les multiples actions qu’il aurait pu entreprendre si dame sus-nommée ne l’avait enveloppé de son manteau de glace ; mais le mal – absence de bien – était fait.

En trois syllabes :

« Un courrier. »

L’orateur s’éclaircit la voix encore emprunte de tout son embarras pétrifiant.

« Une Mauerfuchs, Brynhild. »

Flottement hésitant, il poursuivit.

« Nous ne volons ensemble que depuis quelques années, depuis le début de cette guerre en réalité. J’ai reçu son commandement le deux septembre trente-neuf... »

Dans un second raclement de gorge, il tarit le filet de paroles. Ordinairement, il se confiait peu ; face à face dans cet espace confiné, avec un supérieur bossu sur les bras, il ne savait plus quoi faire. Vivement que ce téléphérique se remette en marche. On étouffait ici.
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Dim 1 Nov - 20:34

Les mots "mauerfuchs" étaient pour Heinz plus vides de sens que pour Karl. Courrier lui disait que le dragon était petit, et la race ne l'informa pas plus : il n'y connaissait pas grand chose, ne s'étant jamais intéressé aux armées de l'air. Est-ce qu'elle était bleue, verte ? Est-ce que chaque race avait son caractère, comme pour les chats, ou est-ce que ça n'avait rien à voir ?

Ces questions ne le passionnaient pas. Mais elles passaient le temps, et plus sereinement que de s'enquérir de la météo et de l'heure qu'il était.

"A quoi ressemble-t-elle ?"


Il referma le dossier sur ses genoux, le dos contre la tôle de la cabine.

"Je n'y connais rien en dragons. Je sais qu'elle doit avoir deux ailes, quatre pattes, une queue et une tête, mais malgré le nom de sa race, je ne vois pas du tout à quoi elle ressemble."

Siedler ne se sentait pas honteux de l'admettre. Après tout, il aurait été incapable de mettre un nom sur un Panzer IV s'il l'avait eu sous le nez. Il était plus doué pour les armes à feu, mais uniquement parce qu'il s'était rapidement renseigné avant d'être muté au SD en territoires occupés.

Le visage relevé, il fixait son regard brun sur le pilote. A quoi pensait-il ? Est-ce qu'il avait peur ?

Est-ce qu'il pensait à sa femme ?

"Vous êtes marié ?"

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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Ven 6 Nov - 1:05

Diapositive onirique se superposant en calque coloré sur le ciel, il revit sa silhouette musclée, plus grande que la majorité des créatures de sa catégorie. Soleil cuivré en mouvance continue, éclat mordoré planant au dessus des plaines, suspendu à ses ailes dans une glisse intemporelle à travers les couloirs du Vent. Reine des Cieux, maîtresse du Palais d’Eole, elle était à l’immensité impalpable l’entité supérieure dominant toute vie. Il noya un instant son regard dans le coton du ciel, repensant à leurs échappées communes.

Et se laissant glisser contre la paroi de la cage suspendue, l’officier dissimula une grimace derrière un sourire crispé lorsqu’il étendit sur le sol sa jambe meurtrie. Equilibre des protagonistes revenus au même niveau.

« Marié ? »


Il eut un petit sourire ironique.

« Non, ni le temps ni l’occasion… »

Pause fugace dans l’Horloge du Temps.

« Les dragons sont l’objet d’un soin constant et minutieux, souvent peu compatible avec une vie conjugale. Sans compter… Que j’imagine qu’une femme n’a guère l’envie de côtoyer tous les jours une telle créature. C’est comme vivre avec quelqu’un ayant sa propre pensée, sa propre conscience et appréhension du monde. Aussi différentes ces caractéristiques soient-elles en fonction des races. »

Karl ne regardait rien, il laissait s’évaporer toute contenance, toute rigueur militaire dans cet échange peu commun. Rarement s’était-il assis sur le sol face à un officier supérieur pour discuter morphologie draconique avec lui.

« En ce moment, ses écailles reprennent peu à peu leur pigmentation. On assiste alors à un dégradé chromatique croissant, chevauchant toutes les variations du café-au-lait au brun, puis au brun-roux au cœur de l’été. Mais ses ailes et son ventre sont encore très blancs à cette époque… Ce n’est pas un grand dragon, mais elle est robuste, plus que les autres courriers. Et, plus grande aussi. »


Le pilote soupira. Depuis combien de jours n’avait-il pu escalader son harnais de vol, et s’installer à ses commandes ? Depuis quand n’avait-il senti la froide caresse de l’air, la vitesse enivrante ? Les battements d’ailes puissants, provocant sans doute quelque tempête aux antipodes ?

Bien trop longtemps.

« Votre front va mieux ? »


Dernière édition par Karl Hoffenberg le Sam 7 Nov - 21:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Sam 7 Nov - 21:31

A mesure que le pilote décrivait à quel point un dragon prenait de place, Heinz en vint à ce demander ce qui pouvait bien donner envie d'entrer dans la Luftwaffe. Il savait que les dragons étaient en quelque sorte intelligents, mais devoir renoncer à une femme ou à des enfants pour passer son temps avec ce genre de lézards. Ce devait être franchement ennuyeux du point de vue intellectuel... et puis, on ne prenait pas un dragon dans ses bras, on ne pouvait se coucher amoureusement contre son flanc. Ou lui faire l'amour. Ou espérer avoir des enfants.
En y réfléchissant, c'était un peu le même fossé qu'il y avait entre Paul et ce que Heinz avait rêvé d'avoir. A ceci près qu'ils faisaient l'amour et que l'absence des nuits communes s'imposait plus par le caractère de l'un et les obligations de l'autre que pour des raisons physiques.

Mais quand le pilote en parlait, dans le ton, dans son langage corporel, il semblait penser à un compagnon humain, ou presque humain. Heinz voulu demander quel était le niveau mental de la dragonne. Etait-elle aussi intelligente qu'un enfant ? Ou peut être qu'un adulte attardé ?
Il peinait à imaginer la bête comme capable de culture ou d'une pensée développée.

Ce ne sont que des animaux.


"Vous ne regrettez jamais ?"

Pas de question sur l'intelligence. Elle l'intriguait, mais quelque chose soufflait à l'officier qu'elle pourrait être mal prise. Il faudrait qu'il se renseigne ; il pourrait toujours demander au gros qui venait des PTT. Il en avait peut être fréquenté, après tout, la Poste avait aussi des dragons.

L'interrogation finale amena instinctivement un mouvement du bras, qu'il interrompit rapidement. Cet homme était soldat. Que penserait-il de lui s'il montrait que la peau restait douloureuse ? Heinz était un peu heureux que l'autre s'en soucie, mais ça non plus, il ne pouvait pas le montrer.

"Oui, ça va. Merci."

Et il sourit, pour prouver que oui, tout allait bien.
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Lun 8 Fév - 13:54

La question le déstabilisait. Il ne se l’était jamais véritablement posée ; il n’y pensait pas. Ou essayait de ne pas y penser. La vue d’un couple en escapade nocturne s’évanouissant dans la nuit, noyé par l’écho régulier des talons aiguilles sur le bitume, réveillait parfois l’idée qu’en dehors de sa dragonne nulle femelle ne partageait sa vie. Mais jamais son double emmuré ne l’avait pris à partie dans ses yeux irréels pour lui marteler la question fatidique jusqu’à obtenir une réponse, comme l’on cherche à soutirer des aveux à un criminel.

Qu’aurait-il eu à y gagner ? Et qu’aurait eu à y gagner cette hypothétique épouse dissimulée quelque part dans l’ombre, en marge de sa vie ? Il n’avait rien à lui offrir ; rien qu’une vie de service, morcelée entre les différentes affectations. Une astreinte de chaque jour, épuisante, lassante, sans aucun doute.

Il se tortilla sur son séant – témoignage de son inconfort général – cherchant une position plus adéquate en espérant vainement que cela lui permette d’appréhender la question sous un autre angle. Mais la cabine offrait peu de choix en la matière. L’officier se résigna dans un grognement.

« Jamais serait un bien grand mot. Parfois, oui, je le regrette un peu… Disons que… Que j’ai plus important à faire pour l’instant. »

Réaliser soudainement qu’il n’avait jamais autant ressenti cette solitude diffuse que depuis son arrivée dans cette ville dissuada l’infirme d’aller plus loin. C’était l’une des raisons pour lesquelles il descendait rarement des hauteurs préservées de Sarnand. Ca et sa blessure encore douloureuse. Machinalement, automate de sa propre habitude, il porta une main à sa cuisse et la massa légèrement.

« J’imagine que vous ne venez pas visiter le château… »

L’arrivée de la police secrète n’était jamais bon signe, personne n’aimait ça.
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Mar 9 Fév - 20:07

Observant en silence le pilote, Heinz se demanda ce que l'autre ressentait. Il n'avait jamais été très doué pour deviner les sentiments cachés, s'il bien qu'il devait se contenter d'informations générales : les mouvements gênés, peut être dûs à la trop longue position assise, mais le timing laissait entendre que la question était coupable. Ou encore le grognement.
Il n'avait pas envie de répondre.

Etait-ce parce que le sujet était sensible ? Parce qu'il faisait partie de ces hommes qui jugeait qu'il était trop fleur bleue de poser ce genre de questions et de se soucier de l'amour ? N'ayant jamais été amoureux (et n'en ayant jamais été particulièrement heureux, surtout à mesure qu'il vieillissait), Heinz s'étonnait toujours qu'on évite ce genre de liens quand on pouvait en avoir.
Mais peut être que le pilote était dans le même cas que lui. Après tout, ce n'était pas une mauvaise solution, non ?

Il n'eut pas le temps de s'étendre mentalement sur le sujet. Il fallait toujours qu'on en revienne à ça, hein ?

"Nous avons terminé d'enquêter à propos de l'agression du Leutnant Meyer. Je viens transmettre les résultats de l'enquête à l'Oberstleutnant Wienke et demander son avis quant aux sanctions à appliquer. Je pense qu'étant donnée l'identité de la victime, la Luftwaffe doit être concertée sur cette affaire."


Et surtout, Wienke était plus gradé que lui. Même si à priori Heinz n'avait aucun ordre à recevoir de sa part, il préférait désamorcer les conflits avant qu'ils n'arrivent... histoire de garder une bonne ambiance quand les officiers faisaient la fête ensemble. Tant que cela n'interférait pas avec la bonne marche de ses services, il se satisfaisait du consensus.

"Si je puis me permettre, quelles suppositions aviez vous quant à ma visite ?"
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Jeu 11 Fév - 2:20

La réponse piqua sa curiosité à tel point qu’il ignora le retour de son interlocuteur. Le pilote se redressa.

« Vous dites que vous avez achevé l’enquête ? »

La solitude n’aidait certes pas à se tenir au courant des évènements, mais il lui avait échappé que l’instruction ait pu si vite se dérouler. L’ombre glacée de la mante policière qui s’était étendue sur Montreuil avait fait bien plus que le martelage de la propagande. La proie sent la Mort qui la traque, devinant son regard morbide braqué sur son échine hérissée, pareil à deux perles de givre coulant le long de sa peau frissonnante. Nul besoin d’avertissement macabre, nul besoin de menaces sanglantes. Nul besoin de cracher sa haine bileuse, ni de promettre tous les malheurs du Monde. Il suffit du silence implacable, de cette attente patiente, celle qui vous terrifie, qui transit vos membres jusqu’à la moelle de leurs os. Elle n’avait pas eu à rôder bien longtemps pour que les traqués puisent au fond de leur cœur ces ultimes onces de chaleur qui leur permirent de sortir de leur trou…

Et l’Aigle avait fondu sur eux.

De crainte de mourir de froid, ils allaient subir bien pire que la Mort et son sourire illuminé d’obscurité.

« Est-ce à dire que vous savez effectivement qui est l’auteur de cette agression ? »
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Ven 12 Fév - 21:16

Quoi, est-ce que c'était si surprenant ?

"Oui. Les preuves étaient assez faciles à trouver."

Histoire qu'on aille pas dire qu'ils avaient bâclé leur travail. Kurz ne bâclait jamais rien. On ne pouvait pas non plus les accuser d'avoir torturé qui que ce soit pour accélérer les choses.
Ils l'avaient fait dans les règles de l'art.

"Et re-oui. L'enquête ne serait pas terminée si nous ne savions pas et si nous ne les avions pas déjà capturés. Je crois que c'est la définition même d'une enquête."

Il croisa les mains sur ses genoux, agacé que l'autre réponde à ses questions par d'autres questions -et des questions dont les réponses étaient évidentes. Il impliquerait presque qu'ils faisaient mal leur travail -présenter des conclusions avant d'avoir terminé, terminer sans avoir de coupable et après quelques jours à peine ?
Non. Heinz non plus ne bâclait pas ce genre de choses. L'affaire était importante pour tout le monde, car si le contenu du dossier avait été un tant soit peu différent... les Montrois auraient soufferts. L'Allemand reconnaissait que les réponses de Kurz l'avaient rassurées. Cela signifiait que la population n'avait rien contre les occupants en général (ou tout du moins, pas au point de les attaquer) et qu'à priori, il ne fallait pas y voir un dangereux mouvement de ras le bol général.

Oui. Rassurant. Heinz préférait un Montreuil calme, aimable et même ennuyeux.

"Vous n'avez pas répondu à ma question. Pourquoi pensiez vous que je me rendais à Sarnand ?"
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Jeu 18 Fév - 12:41

La ligne mince de sa bouche s’étira lentement sur le tracé inégal de la Nature. Deux fossettes se creusèrent à la commissure des lèvres du pilote, comme deux crevasses étranges : un sourire naissait, éclairant son visage d’une lueur ironique. Ses yeux vrillés dans ceux de l’Hauptsturmführer brillaient d’une légère insolence, animée d’intentions encore mal définies. Visiblement, son compagnon d’infortune avait de l’esprit… Mais être pris pour un idiot ne lui plaisait guère.
Hoffenberg ne répliqua pas, inutile de discuter. Le sujet était clos ; s’il souhaitait obtenir plus de précisions, il lui suffirait de frapper au bureau de son supérieur un peu plus tard dans la journée. Compte tenu de l’affaire, ce dernier ne pourrait refuser de laisser filtrer quelques informations. L’infirme demeurait sceptique sur l’incident depuis sa survenance et ne s’y était que peu intéressé. Si un coupable était avéré, il pouvait être judicieux d’en connaître la raison. Intérieurement, Karl classa la discussion et reporta son attention sur l’interrogation à laquelle le gestapiste semblait tant tenir.

« Je ne pensais rien. Quelques suppositions vagues et infondées, tout au plus. »

Le lieutenant éluda la réponse d’un vaste mouvement de la main signifiant tout et rien avant de se laisser aller contre la paroi de métal, ainsi qu’il l’était deux minutes plus tôt. Le cuir de ses gant crissa lorsqu’il croisa les bras sur sa poitrine. Son regard errait de nouveau dans l’immensité diffuse qui formait tout leur univers en cet instant. Il aurait voulu fermer les yeux, sentir l’air sur son visage, les muscles puissants de la bête fabuleuse sous ses jambes. Mais l’air ne circulait pas dans cette prison suspendue au milieu de rien et le léger balancement de l’immobilisme commençait à le mettre mal à l’aise : être si haut et ne point bouger n’avait rien de naturel. Le temps lui-même semblait s’être arrêté avec la machinerie du téléphérique, comme s’il témoignait d’une attache terrestre dissimulée dans quelque mécanisme matériel. Ils étaient prisonniers, hors de tout. Pris entre ciel et terre, entre Vie et Mort aussi, sans doute…

« Himmel ! Pourquoi ne se dépêchent-ils pas ? »


L’impatience gagnait le Flieger.
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Mer 24 Fév - 3:25

Heinz pinça les lèvres et s'abstint de répondre par un grognement agacé. Ce serait tellement plus simple si les gens disaient la vérité au lieu de faire des chichi en permanence ! Il n'avait pas l'intention de le manger, tout de même, il savait très bien la réputation qu'avait ses services et ce qu'en pensaient les gens. D'ailleurs, à les voir si promptes à se renfermer sur les petits secrets comme des huîtres sur des perles malsaines, on en devenait parano d'incertitude.

Du coup, il se mit à sourire quand le pilote abandonna sa calme placidité pour enfin daigner s'agacer. Bon, et bien maintenant, Heinz n'était plus le seul à faire preuve d'un peu de franchise !

"Parce qu'ils doivent espérer que s'ils prennent assez longtemps, la cabine se détachera et que ça fera un officier en moins pour la Gestapo," répondit-il en haussant les épaules et en feignant la meilleure neutralité possible. Mais le masque ne tint pas et, rapidement, un sourire perça pour saluer sa propre farce.
Qui n'était sans doute pas drôle. Quoique. Si ça se trouve, il y en avait vraiment quelques uns (et c'était même très probable) qui se penchaient qui par dessus les remparts, qui à leurs fenêtres en se demandant à voix basse, entre camarades de confiance, si la mort du pilote était un prix suffisamment bas pour que le jeu en vaille la chandelle.

"D'après vous, quelle proportion de la base pense que ce serait une bonne chose ? Maintenant que j'y pense, certains Français seraient peut être contents de savoir qu'on va mourir à deux. Un boche qui les fliquait et un pilote qui descendait leurs dragons, ce serait un beau palmarès."


Mine de rien et même s'il disait ça sur le ton de la plaisanterie, il demanderait à des responsables allemands de vérifier que la panne tenait uniquement de l'accident...
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Mer 24 Fév - 20:07

Certains ?

L’utilisation de l’adjectif suscita un rictus ironique autant qu’une réaction immédiate du lieutenant de la Luftwaffe. La plaisanterie de l’officier supérieur soulignait allègrement le peu d’estime dans laquelle ils étaient tous tenus, eux envahisseurs, par la population civile. Les militaires avaient peut-être plus de tact, mais guère plus de sympathie à leur égard ; cela demeurait un fait. Et face à une occasion pareille, avec pour seule peine d’enregistrer les paris et les mises, Karl était sûr qu’ils voteraient tous pour leur mise à mort sur l’autel de la Vengeance.

« Je ne vais pas être très encourageant, Herr Hauptsturmführer, mais la moitié de la base pourrait n’avoir aucun scrupules à ce que cette cabine chute avec nous dedans, et continuer à dormir sur ses deux oreilles comme si nous n’avions jamais existé. »

Le mouvement désinvolte de son gant accompagnant ses paroles engloba le téléphérique, Siedler, lui, et tout les symboles dont ils étaient les ambassadeurs. Surtout toute cette imagerie populaire qui, sans doute, s’accrochait comme une moule à son rocher dans des endroits aussi reculés.

« Il y a longtemps que vous êtes à Montreuil ? »
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Mer 24 Fév - 23:52

"Je ne pense pas que vous ayez raison. Prenons le problème dans l'autre sens : combien seraient heureux que la cabine tombe, sachant que le chemin qui passe par la montagne est barré la nuit ? Je ne sais pas combien de temps il faudrait pour réparer le téléphérique, mais ça les priverait de cabaret le soir pour quelques temps. Il faut donc recalculer l'équation avec ceux qui ne nous détestent pas assez pour que notre mort compense la perte de leurs sauteries du soir."

Et puis quant même, il y avait quelques vrais collabo dans le lot : des vichystes qui pensaient que le modèle Allemand valait mieux que la décadente République, des anti sémites notoires dont la graphie délicate avait peut être dénoncé un camarade d'équipage sur son bureau (sans grands effets, d'ailleurs, car Heinz n'avait pas reçu d'ordres de Berlin à propos des juifs du coin et avait autre chose à faire que de les arrêter, à savoir courser Edelweiss), sans parler des anti communistes, des catho fanatisés, des profiteurs ou juste de ceux qui bandaient à la seule idée de poster ce genre de lettres.
Oui ; heureusement qu'Heinz n'avait pas assez d'hommes, et que Berlin ne se souciait pas encore de tous les mal aimés de la société française. D'un autre côté, ça aurait peut être réglé le problème de sur population dans les chambrées de Sarnand.

"Je suis arrivé fin février... bientôt deux mois, donc. Mais les choses étaient plutôt calmes jusqu'à récemment ; les tracts, l'agression de Meyer... mais ne vous inquiétez pas,"
ajouta-t-il automatiquement, "Edelweiss se vante beaucoup de ce qu'ils feront aux Allemands quand ils leur "mettront la main dessus", comme ils disent, mais la gestapo les aura arrêté avant. Nous connaissons notre travail."

La preuve, personne n'avait encore jamais réussi à tuer Hitler... pourtant, ce n'était pas faute d'avoir essayé.
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Mer 3 Mar - 19:17

Peut-être avait-il raison en effet. Le Flieger s’était assez peu interrogé sur les différentes mouvances politiques françaises et avouait bien volontiers son ignorance à ce sujet. Lui-même voyait d’un très mauvais œil la croix gammée strier les ailes de sa dragonne de ses branches noires inélégantes. Il devait en être de même pour certains autochtones mécontents de leur gouvernement. Sur le littoral il avait assez peu côtoyé les civils : ni le temps ni l’envie. Ce n’était donc pas son expérience à ce sujet qui pouvait le servir pour résoudre l’équation posée par l’officier SS. Le lieutenant l’avait d’abord pris pour un de ces bureaucrates bien manucurés qui passaient plus de temps dans les soirées mondaines et portaient l’uniforme pour la galerie, le noir et argent pas plus symboliques de leurs convictions qu’un brassard en papier, mais l’intelligence de l’homme n’était pas à remettre en cause. Il s’avérait bien plus lucide que beaucoup, plus attentif. Son travail, sans aucun doute…

Ses pensées furent chassées rapidement de son esprit comme le vent ballait les nuages par un premier soubresaut de la machinerie infernale. La cabine tricolore - Porte-Drapeau métallique - aux coups de pinceaux écaillés par endroits se balança vertigineusement au bout de son câble : cordon ombilical qui reliait les deux passagers à la Vie, à la Terre et au Ciel. Point de tangente entre ces trois royaumes, le filin reprit lentement sa course méthodique. Ils partaient à nouveau à l’assaut de la falaise, le mécanisme semblait dégrippé.

Tandis que le téléphérique reprenait son essor, véritable tortue des airs, un franc sourire naquit sur le visage d’Hoffenberg, adressé à son compagnon de périple. Le duo encordé serait bientôt libre.
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MessageSujet: Re: C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]   Sam 6 Mar - 0:23

Ils s'étaient décidés finalement ? Par coup de dé, en lisant les cartes ? Et pour quoi, d'ailleurs, ils avaient tiré à la courte paille pour savoir qui allait scier le câble puisque ça ne tombait définitivement pas ?

Eh non. Il faut croire que les nuits au cabaret avaient fait pencher la balance, pas de courte paille ; à moins que le moteur n'ai redémarré avant qu'on ai trouvé de scie à métaux, zut, comme c'était dommage ! Ils ne seraient donc jamais débarrassés de leur gestapiste préféré ?

Siedler répondit au sourire du pilote avec un brin d'ironie. Parce qu'en soit, c'était vrai, certains devaient avoir espéré qu'ils restent coincés... et peut être pas que des Français. Parce que malheureusement, tous les Allemands n'étaient pas assez futés pour comprendre tout ce que le SD faisait pour eux. Bref, il n'avait pas l'intention de passer pour un imbécile -il était déjà en retard avec toutes ces bêtises, inutile d'en rajouter. Dès que la cabine se fut un peu stabilisée, il se releva donc, une main accrochée à la barre d'acier, l'autre à sa serviette. Puis il s'appuya contre le bord, dos à la cloison est aux vitres et, de sa main libre, effaça les plis de son manteau. Ce n'était pas comme s'il avait autre chose à faire en attendant qu'ils n'arrivent en haut.

Et justement, en haut, ils y arrivaient.

"J'espère que vous ne m'en voudrez pas de vous abandonner, mais l'Oberstleutnant Wienke m'attendait il y a..."


Regard à sa montre.

"... quarante minutes."

La cabine s'immobilisa mais, cette fois, c'était au bon endroit.

"Je vous souhaite une bonne continuation," ajouta Siedler avant de sortir et de se diriger vers les bureaux.

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C'était bien le moment [Lundi 21 Avril]

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