En uniforme (Vendredi 9 Mai)


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En uniforme (Vendredi 9 Mai)

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Allemand
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MessageSujet: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Mer 28 Oct - 0:51

Depuis que Paul et Heinz s'étaient réconciliés, ils s'étaient l'un et l'autre enterrés dans un tacite oubli de ce que faisait Heinz au quotidien. Quand ils étaient ensembles, ils n'en parlaient pas. Le mot "travail" était même banni. Grâce à cela, ils avaient passé trois semaines calmes et pas compliquées.

Mais il fallait croire que la vie de Heinz Siedler n'était pas faite pour être simple.

En tout cas, c'est ce qu'il se disait lorsqu'il grimpa quatre à quatre les escaliers de l'immeuble dans lequel logeait les Nantois, au beau milieu de l'après midi. Heureusement, tous les habitants étaient soit au travail, soit ils étaient trop prudents pour suivre du regard ce qui était -de toute évidence- un officier allemand. Casquette à l'appui, manteau de gradé et bottes luisantes ; oui, ça ne pouvait être qu'un type un peu important. Et les types importants, même lorsqu'ils ne l'étaient qu'un peu, étaient toujours source de problèmes. Quant à Paul Nantois, s'il était là et intéressé par la rue, il aurait manqué s'étrangler : Heinz, en uniforme, ce n'était vraiment pas une vue appréciable.

Ledit Heinz frappa assez violemment à la porte du professeur et ce, sans hésitation, dès qu'il se trouva devant elle. Ses épaules se soulevaient au rythme frénétique de sa respiration : un reste de la crise d'asthme intervenue une heure plus tôt.
Juste. après. que Kurtz ai insisté pour qu'il descende à la cave.

Il frappa de nouveau, passa le dos de sa main contre son front. Il le sentit moite et déglutit. Même en se concentrant sur le volume de ses poumons, leur présence lourde, comme les restes de courbatures, il ne parvenait pas à l'effacer.
Dès qu'il clignait des yeux. Il revoyait tout derrière ses paupières. Et pourtant, ils avaient à peine commencé...

Il leva le poing pour frapper de nouveau.
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Dernière édition par Heinz Siedler le Dim 1 Nov - 2:04, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Jeu 29 Oct - 1:34

"Je peux vous aider ?"

C’était bien la voix du professeur Apollinaire Nantois, claire comme de l’eau de roche, et froide comme les glaces du Pôle. Son timbre n’était même pas altéré par la porte, restée hermétiquement close. D’ailleurs, elle ne semblait pas provenir de l’appartement, plutôt de l’escalier qui se trouvait derrière Heinz. Peut-être parce que le Français donnait plusieurs cours, le vendredi après-midi, et qu’il ne quittait pas Sainte-Marie des Anges avant quinze heures. Camille se trouvait encore sur le seuil de sa propre porte, et l’aîné des Nantois jeta un rapide coup d’œil par-dessus son épaule, pour vérifier que la jeune femme ne l’avait pas entendu, et était bien rentrée chez elle.

Il lui avait suffi d’un simple regard pour reconnaître Heinz, même s’il le voyait très rarement en uniforme, et toujours de loin. Il avait hésité à l’appeler « Herr Siedler » ou même « Hauptsturmführer », mais avait eu peur d’attirer l’attention de Camille. Il ne voulait pas que sa sœur se mêle de cette histoire. Une fois sûr que sa cadette avait regagné ses pénates, il rejoignit l’Allemand et ouvrit sa porte, sans accorder un seul regard à son amant, et sans prêter attention à une éventuelle réponse. Il poussa le battant de bois et invita Heinz à entrer, d’un geste ample du bras.

Il était furieux que l’Allemand s’invite ainsi chez lui, un vendredi, en uniforme, mais également soucieux. Il ne savait pas ce que lui voulait Heinz, mais il était prêt à parier que la réponse n’allait pas lui plaire. Une fois qu’ils furent tous les deux entrés, il referma la porte et s’appuya contre elle, les yeux fermés, avec un profond soupir. Il se demandait combien de personnes avaient vu Heinz, et ce qu’elles en avaient déduit. Peut-être que la concierge, dans sa loge, était persuadée de perdre un locataire avant la fin de sa journée.

Le Français rouvrit les yeux et fixa Heinz sans rien dire.

L’Allemand n’avait pas vraiment pas l’air bien et, pendant une brève seconde, la compassion prit le pas sur tout le reste.

"Qu’est-ce qui ne va pas ?"
souffla-t-il.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Jeu 29 Oct - 13:01

Heinz manqua sursauter ; son geste se suspendit à quelques centimètres de la porte, puis son poing retomba. Ses yeux fouillaient le visage du Français. Est-ce qu'il était mécontent de le voir, surpris ? En fait, la question était très secondaire. Heinz s'inquiétait d'avantage de disparaitre aussi rapidement que possible dans l'appartement et de ses propres émotions. Il allait encore être malade, il en était sûr. Il espérait juste qu'il n'aurait pas d'autre crise d'asthme et surtout pas chez Paul.

Il inspira, sèchement ; expira, brusquement. Mais ne trouva rien à répondre : Il ne savait pas si Paul pouvait vraiment l'aider.

Il entra à la suite de Paul, toujours sans rien dire et, dès que la porte se fut refermée, se débarrassa de sa casquette. Au hasard. Qu'importe si elle se retrouvait par terre -ce qui arriva-, elle le dégoutait. Il voulait retirer cet uniforme de merde et le brûler.
Il s'assit sur la première chaise venue et chercha quoi répondre.

Qu'est-ce qui n'allait pas, exactement ? Heinz chercha ses mots, mais tout se bousculait. Il voulait tout dire en même temps : qu'il détestait ce connard de Kurtz qui l'avait humilié devant ses hommes, qu'il détestait ce job de merde, qu'il détestait même la maison où ils travaillaient. Qu'il avait peur que Berlin ne juge ses résultats insuffisants et le place sous le commandement de Kurtz. Et, enfin, qu'il avait peur que quelqu'un ne découvre qu'il couchait avec un Français et que ce soit son tour d'aller à la cave.

Il passa la main sur ses yeux, laissa ses doigts s'y attarder. Puis inspira de nouveau et parla enfin.

"Je veux démissionner."

Ou, plus précisément, il voulait retourner dans son ancien service, la section culturelle du SD Inland. Là où on ne torturait jamais rien de vivant et où il pourrait s'enterrer derrière des piles de papier sans plus quêter la moindre promotion.
Il déglutit, manqua se mettre à sangloter.

"Je hais ce job, je les hais tous ces sales salopards de merde j'en ai marre je le déteste-"
Kurtz, évidemment "-je veux arrêter."

Et il se mit à sangloter tout à fait, la tête dans les mains et le souffle court.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Sam 31 Oct - 1:23

Apollinaire, comme tout à chacun, laissait parfois ses émotions parler pour lui et le déplorait très vite, parfois même sur-le-champ. Il regretta d’avoir interrogé Heinz dès que la question franchit ses lèvres car il ne savait pas ce qu’il ferait d’une hypothétique réponse. Il ne voulait pas éprouver de la pitié, ni de la sympathie, ni aucun autre sentiment tendre pour l’Allemand. Il ne tenait pas à savoir comment il allait, parce qu’il ignorait complètement comment lui-même se sentait. Quand Heinz venait chez lui habillé en civil, il pouvait le traiter comme n’importe lequel de ses vieux amants, ou presque. C’était autre chose, d’avoir face à soi l’uniforme d’un officier de la Gestapo, avec tous les symboles auxquels il était lié. Apollinaire était censé le haïr. Il voulait le haïr. Mais il avait du mal à faire passer l’homme, qui s’était toujours montré tendre et respectueux à son égard, après l’uniforme qu’il avait sur le dos.

Il toucha la branche de ses lunettes lorsque Heinz jeta sa casquette. Il hésita un instant, puis s’accroupit pour la ramasser, même si elle le dégoûtait également. Il l’attrapa entre deux doigts et l’abandonna sur son plan de travail, le tout sans regarder son amant. C’était plus facile de le traiter comme un étranger lorsqu’il ne voyait pas sa détresse. Heinz semblait souffrir, et Apollinaire ne parvenait pas à se convaincre qu’il n’avait que ce qu’il méritait, quelque soit la cause de son trouble. Il releva les yeux lorsque l’Allemand prit la parole.

Stupéfait, il resta immobile un instant puis leva une main jusqu’à la branche de ses lunettes. Il tripota un instant la tigelle métallique, puis fit glisser ses lunettes sur son nez, avant de les enlever. Il ne s’attendait pas vraiment à une telle déclaration, et ne dit rien lorsque Heinz poursuivit dans la même veine. Un peu désarçonné, il secoua la tête. Il était sûr que l’Allemand ne pensait pas un seul mot de sa tirade, et se demanda, avec un brin d’agacement, pourquoi Heinz était monté chez lui. S’il voulait parler de son ressenti et de son avenir professionnel à quelqu’un, il pouvait très bien aller voir...

...

Personne. Heinz n’avait pas de famille à Montreuil, et n’avait probablement pas d’ami proche. Le Français passa sa main libre dans ses cheveux, et réalisa brutalement que son interlocuteur pleurait. Complètement déstabilisé, il abandonna ses lunettes à côté de la casquette de Heinz, puis rejoignit l’Allemand. Il marqua une brève hésitation, puis caressa gentiment la nuque de son amant, avant de se pencher vers lui.

"Heinz, tu dis ça, mais c’est juste parce que tu es en colère, ou parce que tu as eu peur. Qu’est-ce qui est arrivé ? Pourquoi tu veux démissionner, en fait ?"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Sam 31 Oct - 15:52

Heinz secoua la tête, sans rien dire, pour ne pas se ridiculiser d'avantage. Il serait incapable de maîtriser sa voix et se sentait déjà trop honteux de s'être mis à pleurer. S'il fallait en plus qu'il réaffirme, encore une fois, qu'il n'avait pas de tripes...

Respirer. Lentement, calmement, et par le ventre. Il fallait qu'il se calme, qu'il respire.

Au moins Paul semblait-il compréhensif. Dans un coin de son esprit, Heinz pensa que pour quelqu'un qui l'avait jeté de chez lui parce qu'il portait un uniforme allemand, le Français s'était beaucoup amélioré. Peut être qu'il lui avait pardonné, finalement ?
Ou alors, il avait juste pitié. Heinz ne voulait pas savoir.

"La cave," finit-il par répondre, entre deux inspirations hachées.

Il n'ajouta rien mais laissa tomber ses mains. Sa gorge était serrée ; ses yeux restaient humides, mais le temps des larmes était terminé. Il fallait se reprendre, trouver un moyen de se sortir de cette situation. Heinz n'était pas sûr d'avoir l'esprit assez clair pour choisir la meilleure solution... mais il ne pouvait pas non plus tout dire à Paul. Sinon, c'est définitivement qu'il le jèterait de chez lui.

"D'habitude, on met les gens qu'on arrête à la cave, en attendant de vérifier leur identité et d'enquêter."


Heinz déglutit, se demanda dans quelle mesure Paul comprendrait qu'ils ne faisaient pas qu'y attendre.

"Mais j'y vais jamais. Je déteste ça. Si j'avais le choix on aurait pas de cave."

Il se sentit frissonner, malgré la présence de Paul. Il espérait que quelque nouvelle marque de tendresse suivrait sa déclaration, ou une réponse, pour signifier que Paul comprenait. Qu'il ne lui en voulait pas. Qu'il n'allait pas chercher plus loin que ces déclarations.

"Il y a un mois, Berlin a envoyé un autre officier. Il est... moins..." Comment dire ? "... ouvert." Déglutition. "Il adore..." Expiration. "J'ai peur. Qu'il me remplace. Il est très intelligent, aussi. J'ai peur qu'il comprenne... ce qu'on fait."
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Dim 1 Nov - 1:51

Dix longues années d’étude, émaillées de séjours en Alsace et en Allemagne, avaient donné à Apollinaire de solides bases grammaticales et un vocabulaire allemand plutôt fourni. Son accent n’était pas mauvais, et engager une discussion dans la langue de Goethe ne lui posait aucun problème. Mais il n’était pas Allemand à la base, et de nombreux mots, rares ou spécifiques à un domaine qu’il maîtrisait mal, échappaient à sa compréhension. Il cilla lorsque Heinz évoqua « Keller ». Sans aucun contexte, il était difficile de trouver la signification de ces deux syllabes, et Apollinaire se demanda, un bref, instant, s’il ne s’agissait pas d’un prénom. Un autre officier de la Gestapo, peut-être ?

Il obtint quelques indices par la suite. Keller n’était pas un homme, c’était un lieu. Un lieu où les gestapistes enfermaient les hommes qu’ils arrêtaient. Apollinaire fronça les sourcils. Il connaissait plutôt bien le vocabulaire de la prison et de l’administration, et Keller n’appartenait certainement pas à ces deux catégories. Heinz insistait pourtant. Quand « Keller » revint pour la troisième fois dans son discours, Apollinaire fit le lien avec la cave. Il frissonna, et ses doigts quittèrent la nuque de Heinz. Une cave. Il ne savait pas ce que la Gestapo faisait dans la cave, mais il avait une vague idée.

Il s’écarta de l’Allemand.

Heinz venait d’affirmer qu’il n’approuvait pas ce qui se passait dans cette cave, et qu’il préférait s’en passer. Mais l’imagination d’Apollinaire travaillait à plein régime, et il sentait ses cheveux se dresser sur sa nuque. Bref, Heinz n’obtint ni signe de compréhension, ni signe d’affection. Sa dernière remarque fit soupirer le Français.

Rien d’étonnant. Mais Apollinaire ne pouvait pas s’empêcher de voir un reproche derrière ces mots.

"Je crois que je préfère ne pas savoir certaines choses" dit-il d’une voix sans chaleur, le regard fuyant.

Il savait que c’était lâche. Mais il ne voulait pas en savoir plus. Il ne voulait pas imaginer ce que faisait Heinz. C’était beaucoup plus simple, de séparer le gestapiste et l’homme.

"Si tu as peur que Kurtz te remplace, pourquoi tu démissionnes ? Ce sera le même résultat. Je comprends que tu sois soucieux mais..."


Il secoua négativement la tête. Il savait que le mieux serait que Heinz et lui cessent de se voir.

"Si tu ne veux pas que Kurtz devine ce qu’on fait, peut-être que tu devrais venir moins souvent. A moins que tu ne tentes de me dire que tu ne veux plus me voir ?"


C’était peut-être pour ça qu’il était là, en fin de compte.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Lun 2 Nov - 23:30

Heinz sentit ses muscles se raidir mais ne répondit rien. Lui non plus préférait ne pas savoir. Ou plutôt, il savait et faisait semblant d'ignorer tout ce qui le dérangeait. Ce n'était pas trop difficile quand il n'avait pas à le voir et rien à entendre.
La cave était bien insonorisée.
Jusqu'à aujourd'hui, il n'avait juste pas compris à quel point.

Il n'en voulait pas à Paul. Mais lui en voulait quant même, même s'il savait que ce n'était pas rationnel. Il voulait qu'il lui dise qu'il n'était pas coupable et se disait, au fond, que si le Français l'aimait, il devrait oublier ça et s'inquiéter de son amant.

Heinz se sentait égoïste ; menteur ; d'un autre côté, il ne trouva pas la volonté nécessaire pour l'assumer.

"Je veux démissionner parce que je déteste..."

Mais Paul ne voulait pas en savoir plus. Alors comment lui dire qu'il ne savait pas comment il pourrait continuer à travailler en sachant que sous ses pieds...

Comme avant. L'ignorer te demandera juste plus d'efforts.

Il releva brusquement la tête. Ne plus se voir ?

Tu me détestes ?

Non. Il n'y avait qu'une chose de claire, dans tout ça. S'il était venu voir Paul, c'était bien parce que ça, c'était encore clair. Il avait envie d'être avec lui. D'oublier avec lui. D'oublier, tout, et même que Paul ne pouvait pas oublier ce que Heinz voulait oublier avec lui. Retour au point de départ.
Il se força à respirer calmement, plaça une main devant sa bouche. Inspira profondément par le nez, puis remonta la main vers les yeux pour les essuyer définitivement. Il fallait être logique. Il racontait n'importe quoi. Il était là depuis cinq minutes et Paul voyait déjà qu'il racontait n'importe quoi.

Parce qu'il voulait trop de choses à la fois et que tout n'allait pas ensemble. Comme un patchwork dont ses coutures se délitent.

Heinz se leva et avança d'un pas vers le Français, avant de s'arrêter.

Il voulait qu'il le prenne dans ses bras. Il savait que Paul n'en aurait sans doute pas envie. Il voulait que Paul le prenne pour une victime, le traite en conséquence.
Il savait que c'était faux et avait peur que Paul ne fasse pas semblant de l'ignorer.
Retour au point de départ.


"Je peux t'emprunter du whisky ?"
demanda-t-il finalement, lentement, comme s'il s'appliquait pour le prononcer aussi correctement que possible.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Mar 3 Nov - 1:45

Un pli de contrariété creusa le front de Paul lorsque l’Allemand interrompit ses explications, aussi vite qu’il les avait commencées. Ce pli sembla se propager, comme si la tension exercée par la peau suffisait à mettre en mouvement tous les tendons et muscles cachés en dessous. Des ridules, qui ne devaient rien à la vieillesse, s’empilèrent au coin de ses lèvres lorsqu’elles se pincèrent, tandis qu’une veine, invisible jusque là, se mettait à palpiter sur son cou, à fleur de peau. Il savait pourquoi Heinz n’avait pas été jusqu’au bout de son idée, et il savait aussi qu’il était en grande partie responsable de son mutisme. Parce qu’il ne voulait pas savoir. Il se jura d’oublier cette histoire dès que l’Allemand et lui décideraient de ne plus se revoir. Définitivement. Il enterrerait ses souvenirs et s’efforcerait de ne pas reconnaître son amant si, un jour, il le croisait dans la rue.

Il s’interdit tout mouvement de recul lorsque son interlocuteur se leva. Il redoutait pourtant qu’Heinz tente de le prendre dans ses bras, ou quelque chose de cet acabit. Il était de plus en plus sûr que l’Allemand était venu pour lui annoncer que c’était terminé, et il ne voulait pas de baiser d’adieu, rien du genre. Il n’aimait pas Heinz. Il ne voulait rien garder de lui. Sans mot dire, il fixa son vis-à-vis droit dans les yeux, et le défia, de son regard glacé. Si l’Allemand tenait un peu à lui, et voulait continuer à le voir, son silence était une drôle de preuve d’affection. S’il voulait en finir, il était lâche de ne rien dire.

Quand Heinz se décida à parler, Paul lui prêta une oreille attentive. Mais l’Allemand semblait décider qu’il avait fait assez d’efforts pour la journée, et que la conversation s’arrêtait là. Passé l’instant de surprise, le Français toisa son interlocuteur avec un soupçon de colère, et de mépris. Il avait le pressentiment qu’il n’allait pas avoir de réponse, à aucune de ses questions. Il allait soit rester dans l’ignorance, soit devoir attendre, pour voir. Passablement irrité, et fatigué par cette corrida incessante, il tourna les talons et alla chercher la bouteille que lui avait demandé Heinz. Il récupéra aussi un verre et posa le tout devant l’Allemand.

"Tu n’as pas besoin d’emprunter, tu n’as qu’à prendre" commenta-t-il, acide.

Avant d’ajouter, sans faire l’effort de parler allemand :

"Mais si tu veux la finir, fais-moi plaisir, fais-le hors de chez moi. Je peux t’assurer que tu n’as pas besoin de moi pour ça"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Mer 4 Nov - 1:39

La réponse de Paul le surprit. Désagréablement, évidemment. Heinz ne comprenait pas quoi cette simple demande mettait l'autre dans un tel état. Ce n'était pas comme s'il manquait d'alcool !

Puis, le temps qu'il décrypte la phrase en français, il crut que Paul lui en voulait encore pour la fois où il était venu bourré. Ca n'avait vraiment rien à voir ! Qu'est-ce qui lui prenait, à la fin ? Il lui demandait des explications, mais ne voulait qu'une histoire avec des trous, le tout en lui interdisant de se délier un peu la langue ? Heinz se laissa retomber sur sa chaise. Est-ce qu'il était incapable de comprendre que ça ne sortait pas aussi facilement qu'une récitation apprise par coeur ?

Heinz serra les dents. Inspira par le nez, profondément, jusqu'à ce que sa cage thoracique soit pleine à craquer et qu'il relâche brusquement tout ce qu'elle contenait. Le tout sans quitter Paul des yeux.
Il voulait croire qu'ils étaient secs.

Au bout d'un moment, sa main droite faucha le verre et le porta aussitôt à ses lèvres.

Cul sec.

Le liquide ambré, avalé trop vite, lui brûla presque la gorge. En tout cas Heinz le sentit atterrir dans son estomac et retint une toux qui lui fit monter le rouge aux joues et, de nouveau, les larmes aux yeux.

Le verre retrouva sa place dans un clac qui fit vibrer la table.

Alors Heinz se leva, le visage légèrement baissé et les yeux levés vers Paul. Le tout donnait un regard d'en dessous les sourcils ; il se pinça les lèvres pour ne pas tousser. Whisky de merde. Ca lui faisait penser aux lèvres de Paul, c'était bien le seul bon souvenir que ça pouvait causer. Ce n'était même pas bon, l'Allemand n'en buvait que quand il voulait oublier. Ca arrivait juste trop souvent, maintenant. A cause de Kurtz, de Paul, des communistes, de tout. Parfois il en avait marre, il aurait dû être une femme, pour fermer sa gueule, écarter les cuisses et qu'on le laisse être conne dans la cuisine. Tout ça n'avait juste pas de sens.
Si l'un d'eux avait été une femme.

"Je t'aime, espèce de salopard."

Parce que c'était un truc qu'elles faisaient bien, les femmes.
Elles, au moins, elles savaient le dire tout de suite.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Jeu 5 Nov - 0:03

Bon.

Récapitulatif. Heinz était venu frapper à sa porte, un vendredi après-midi, en uniforme, avec une mine qui n’annonçait rien de bon. Sans réfléchir, il l’avait laissé entrer. L’Allemand lui avait alors annoncé qu’il voulait démissionner, à cause de la cave – la fameuse Keller – et de Kurtz, qui risquait de le remplacer. Quand son amant lui avait demandé si leur route commune s’arrêtait là, il avait réclamé de l’alcool, une minute avant de lui annoncer qu’il l’aimait, en le traitant de salopard par-dessus le marché.

Pour le coup, c’était Paul qui avait besoin de s’asseoir.

Complètement déstabilisé, le Français attrapa le dossier de la chaise la plus proche, après quelques tâtonnements, et se laissa tomber sans élégance sur le siège. Il tenta de rassembler ses idées, mais sans succès. Il était complètement knock-out. Foudroyé. Il en avait déjà entendu, et déjà lu par dizaines, des déclarations d’amour, mais pas une seule qui ressemblait, de près ou de loin, à celle-ci. Faute d’être romantique, elle était très certainement sincère. C’était un véritable cri du cœur, et Paul ne voyait aucune raison de mettre cette affirmation en doute.

Beaucoup de jeunes filles de Ste-Marie auraient sans doute trouvé les deux bouts de la déclaration contradictoires, ou tout du moins paradoxal. Paul, lui, voyait très bien où Heinz voulait en venir. L’Allemand était amoureux, certes, mais cet amour ne le rendait pas heureux. Il s’en serait sans doute très bien passé.

C’était réciproque, d’ailleurs. Savoir que Heinz l’aimait n’apportait aucun réconfort et aucun plaisir à Paul. Il ne voulait pas de ces sentiments et ne se sentait pas fier d’avoir gagné le cœur de l’Allemand. Il n’avait rien fait pour. Même s’il acceptait mieux la présence de Heinz, ces derniers temps, il se montrait rarement tendre hors du lit – d’une part parce que ce n’était pas dans sa nature, d’autre part parce qu’il ne parvenait pas à oublier complètement la véritable nature de son compagnon.

Non. Non, décidément, il ne l’aimait pas, et ne parviendrait sans doute jamais à l’aimer. Il se souviendrait toujours du moment où l’Allemand lui avait annoncé son véritable job, et même s’il...

Paul se rappela brutalement du but de sa venue.

"Mais si tu démissionnes..." commença-t-il.

Il n’acheva pas, parce qu’il ne savait pas ce qu’il voulait dire, au juste. Mais si tu démissionnes, tu vas partir de toute manière ? Mais si tu démissionnes, je te détesterai un peu moins ? Mais si...

et si, et si...

Il réprima un soupir et se leva. Il songea à prendre un peu de whisky aussi mais abandonna l'idée dès que ses doigts effleurèrent la bouteille. Au lieu de se servir de verre, il fit face à Heinz et le provoqua du regard.

"A quel point tu tiens à moi ?"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Jeu 5 Nov - 19:45

Observer l'autre provoquait une sorte de satisfaction vengeresse. Heinz avait rarement l'impression de l'emporter émotionnellement, bien souvent par peur de dire une bêtise et de déplaire au français. S'il avait sut que Paul ne partageait pas son avis ! Mais il ne le savait pas, et se contentait d'être balancé de ci de là par les accès d'humeur de l'un, les bourdes de l'autre et ses éternelles incertitudes. La réaction était, dans tous les cas, totalement au delà de toutes les espérance. Paul n'aurait probablement pas réagit différemment s'il lui avait annoncé la mort par lapidation.
Etait-ce un bon point ?

Impossible de savoir si le français était heureux de la réponse, ou pas.

Le Whisky chauffait son estomac. Comment de temps avant que ça monte à la tête ? Est-ce que le verre, à jeun, suffirait à lui faire perdre la tête ? Est-ce que ce serait mal, d'ailleurs ? Est-ce qu'il ne serait pas capable, vu la pente qu'ils avaient empruntés, de carrément jeter Paul sur le lit et de décider ce qu'ils y feraient ?

Heinz secoua la tête. Vu la réaction de Paul, mieux valait ne rien espérer. D'ailleurs, ce serait tellement plus simple s'il arrêtait d'espérer tout court et pour la vie en général, et du même coup de ne plus avoir peur de son ombre.
Il laissa la question de Paul s'évanouir dans le silence. Parce qu'il n'avait pas les moyens de la finir. Et puis parce que Heinz n'assurait pas dès qu'il s'agissait de finir une phrase en général.

Planté au milieu de la chambre, il avait vu Paul s'asseoir sans bouger. Il le regard se lever sans faire d'autre mouvement, le suivant du regard et d'un visage qui suivait le mouvement de ses yeux. Jusqu'à ce que l'autre ai la même idée et qu'ils se croisent.

Silence ; le temps que Heinz pense je ne sais pas, décide que Paul n'aimait pas ce genre de réponses et en cherche une autre, même si elle répondait à une question moins précise.

"Je veux rester avec toi."

Catégorique. Non négociable. Parce que c'était Paul qu'il était venu trouver ; en Allemagne, il n'aurait cherché personne.

Qu'est-ce que je veux, exactement ?

Il ne voulait plus retourner à la cave. Il ne voulait plus voir Kurtz. Il voulait se dire que son travail était propre et parfaitement justifié par la situation. Il voulait que Kurtz disparaisse. Il voulait que Paul n'ai plus rien à lui reprocher ; être professeur avec lui, s'aurait été tellement plus simple. Il voulait passer plus de temps avec Paul.

Il faudrait que quelqu'un tue Kurtz.

Heinz secoua de nouveau la tête. C'était stupide. Et puis ça lui glaçait le ventre. A part ça, comme d'habitude il ne savait pas et tout s'opposait dans le domaine de la logique.

"Qu'est-ce que tu veux que je fais, pour qu'on le sache ?" finit-il par demander, presque d'un ton de défi.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Sam 7 Nov - 1:23

Décidemment, la vie était cent fois plus simple avant. Autrefois, son principal souci était le bien-être et la sécurité de Camille, ainsi son propre confort. Depuis qu’il connaissait Heinz, les occasions de s’inquiéter, de se fâcher, et de culpabiliser s’étaient multipliées. Il s’en voulait d’avoir séduit l’Allemand, de mentir à Camille et, surtout, de ne pas haïr son amant. Mais il en voulait également à Heinz – parce qu’il était ce qu’il était, parce qu’il refusait de lâcher prise à sa place, et parce qu’il avait une fâcheuse tendance à répondre à côté de ses questions. Par exemple, le Français ne savait toujours pas si l’Allemand voulait continuer à le voir. Ses sentiments, même s’ils étaient sincères, ne changeaient rien au problème. Quand Paul avait cessé de voir son premier amant, Alexandre, ce n’était pas faute d’amour – c’était par crainte, par pure lâcheté.

Le Français réprima un grognement de mauvaise humeur quand Heinz déclara qu’il voulait rester avec lui. Pas parce que la réponse lui déplaisait, mais parce qu’elle ne correspondait pas à la question qu’il venait tout juste de poser. C’était néanmoins bon signe. S’ils continuaient à ce rythme, avec un peu de chance, toutes les questions obtiendraient une réponse avant le lendemain matin. Cette idée traversa l’esprit de Paul en compagnie d’un clair sentiment de satisfaction. Le Français ignorait s’il était heureux, ou mécontent, que son amant ne souhaite pas le quitter, mais était curieux de savoir ce que Heinz était disposé à faire par amour pour lui. Très curieux, même, pour ne pas dire clairement intéressé. Au-delà du plaisir que pouvait lui procurer une réponse flatteuse, pouvoir compter sur le soutien d’un dirigeant allemand en ces temps troublés avait quelque chose de sécurisant.

Il s’en voulut immédiatement d’avoir eu cette idée, mais ne retira pas sa question. Il ne dit rien, et attendit simplement que Heinz daigne lui donner une réponse.

Il ne fut pas déçu.

Un peu surpris, et amusé, il croisa les bras sur son torse, et regarda Heinz avec l’ombre d’un sourire. Dans d’autres circonstances, peut-être qu’il se serait approché de l’Allemand, pour poser une main sur sa hanche et lui souffler des idées qui l’auraient fait rougir. Mais la situation actuelle ne se prêtait pas à ce genre de pensées, et le Français se contenta d’incliner légèrement la tête à droite, puis à gauche, comme un homme qui hésite entre deux idées.

"Je t’avoue que je ne suis pas très inspiré pour l’instant, mais je vais y réfléchir, compte sur moi" déclara-t-il, presque avec espièglerie.

Puis il se rappela que Heinz n’avait pas achevé la phrase qu’il avait commencée, et insista :

"Est-ce que tu vas démissionner ? Vraiment ?"

Il n’avait plus du tout envie de plaisanter, et toute trace d’amusement déserta son visage.

"Et si tu démissionnes, qu’est-ce que tu feras après ? Tu retourneras en Allemagne ?"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Dim 8 Nov - 16:03

La réponse de Paul était traduisible par "en fait j'en sais rien, mais bon.". Elle ne paraissait toutefois pas dépourvue d'une certaine satisfaction. Heinz sentit les commissures de ses lèvres se soulever légèrement. Ils se tenaient encore sans doute sur le fil du rasoir, mais sans en avoir l'air. Ou alors, le risque était passé et Paul prêt à discuter sérieusement avec lui.

D'un coup, Heinz se sentit encore plus déplacé dans son uniforme. C'était comme si le tissu lui soufflait de revenir sur sa décision, lui rappelait la force constante qu'il tirait du drap gris, du losange sur la manche gauche, des rectangles ornés de blanc qui siégeaient sur son col.

Tu n'as pas vraiment envie de te débarrasser de moi, n'est-ce pas ?

Froid ; un grand froid passait du ventre et montait par la nuque jusqu'aux tempes. Les questions de Paul lui parurent soudain très difficiles. Est-ce que ce qu'il avait vu valait le coup de tout plaquer ? Sur un coup de tête, comme ça ? Son visage se vida de toute émotion ; ses yeux se remplirent de doute.

La réponse la plus évidente était "je ne sais pas". Mais ce n'était pas ce que Paul voulait entendre. Alors il dit : "C'est compliqué," avant de tirer une seconde chaise pour s'asseoir. Si on lui disait qu'il lui suffisait d'arracher son uniforme et de le jeter pour tout quitter, est-ce qu'il le ferait ?
Tu n'en as pas envie, n'est-ce pas ?

"Il y a des choses, que je ne supporte pas. Je n'aime vraiment pas les façons de faire de Kurtz,"
dit-il en parlant lentement, pour être le plus clair possible. "Je ne sais pas ce que je pourrais faire pour les empêcher, ou pour les éviter, ou pour les fréquenter sans les détester. Mais si je démissionne ils vont me faire retourner en Allemagne et je ne sais pas quel travail je pourrai avoir après. Je risque, aussi, d'être suspect si je pars. Et aussi, je ne pourrai rien faire pour Montreuil."

Et tu ne pourras plus te servir de moi pour faire semblant d'être un homme.

"Maintenant, je n'ai pas envie de rester. Mais je fais quoi si je pars ? Je ne sais pas."


Et il regardait Paul, comme s'il s'attendait à ce que lui, il sache. Ou, au moins, qu'il faisait de sa décision la leur.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Mar 10 Nov - 0:13

C’était compliqué. Bien entendu. Si c’était simple, Heinz ne s’emmêlerait pas dans ses discours, ne digresserait pas sans cesse et ne chercherait pas, après chaque question ou presque, des forumules censés cacher son ignorance. Bizarrement, la situation semblait bien moins complexe quand il avait passé le seuil de l’appartement, encore pâle et tremblant, en parlant de Kurtz et de la cave de la Gestapo. Paul ne fut pas franchement surpris par ce retournement de situation mais l’indécision de Heinz le pinça désagréablement au cœur. Presque malgré lui, il avait espéré que l’Allemand soit sincère. S’il avait été franc, distinguer l’homme en uniforme et l’homme en civil serait devenu inutile, et leur relation aurait eu l’air un peu plus saine. Mais Heinz n’avait pas réellement l’intention de démissionner. Bien entendu.

Ses arguments étaient justes. Mais aucun ne trouva grâce aux yeux de Paul – et lorsque Montreuil entra en ligne de compte, le Français serra les dents. Faire quelque chose pour Montreuil ? Heinz faisait, comptait faire quelque chose pour Montreuil ?! A part servir le Reich, traquer Juifs, opposants, communistes et châtier tout acte de rebellion contre l’occupant ? Il faisait autre chose que d’arrêter les Montrois, avant de les faire « attendre » dans la fameuse cave ?

Paul savait que c’était Heinz qui avait proposé aux Flieger de prendre des œufs plutôt que des vies humaines – et même si certains aviateurs avaient hurlé que c’était pire encore, le professeur, comme beaucoup d’autres hommes, avait été soulagé. Mais même ça, ça ne changeait rien. Il détestait le Chef de la Gestapo – et il haïssait Heinz qui, non content, d’assumer cette charge, en tirait une certaine fierté, pour ne pas dire une fierté certaine.

Pourtant, le Français ne tenta pas de le faire changer d’avis. Devoir prendre une décision de ce genre, en commun avec Heinz, le répugnait. Mais il savait déjà ce qui était préférable pour Montreuil – et pour lui. Si les choses venaient à mal tourner, mieux valait que ce soit Siedler à la tête de la Gestapo, plutôt que Kurtz.

Alors, Paul ravala sa rancœur. Heinz jouait aux hypocrites, mais on pouvait très bien être deux pour ce jeu-là.

"Alors reste. Puisque ça semble être mieux pour toi et pour ton entourage" commenta le professeur, sans chaleur, mais sans colère.

Et comme le sujet était clos pour lui, il attendit un instant avant de demander :

"Tu avais autre chose à me dire ou à me demander ?"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Sam 14 Nov - 2:30

C'était tout ? Pas de tentative un peu motivée pour le faire changer d'avis une nouvelle fois ? C'était trop facile. Mais bon sang, que c'était bon ! Si ça pouvait toujours se passer comme ça, comme sur des roulettes ! Mais pourquoi, facile, d'ailleurs ? Heinz n'était pas venu pour ça. Il était venu pour que Paul l'aide à démissionner. S'il ne démissionnait pas...

Mais Paul coupa court à ces pensées un brin chaotiques. Oui, question, donc réponse, pour réponse, réfléchir correctement. Mais non, il n'avait rien d'autre à dire quand il était venu. Il voulait juste le voir. Parce qu'il voulait qu'il le prenne dans ses bras, et s'y sentir en sécurité.
Même si c'était stupide. Ce n'était pas comme si ce genre de gestes pouvait vous protéger de quoi que ce soit.

Il avait quant même envie. De se laisser tomber dans ses bras et de rester là très, très longtemps. Jusqu'à ce que tout soit terminé.

"Non. Je voulais juste, te voir."

Il s'approcha de Paul jusqu'à ce qu'il puisse sentir sa respiration contre sa peau. Au bout de quelques secondes à rester immobile à le regarder -les yeux, les lèvres, les yeux-, le col de son uniforme sembla avoir considérablement durcit, comme s'il voulait l'empêcher de déglutir normalement. Machinalement, il porta la main droite à sa cravate et tira légèrement pour donner du mou.

Paul était trop grand pour lui ; Heinz commença par lever la tête, et dû se grandir pour embrasser le français, passer un bras autours de son cou et l'autre dans son dos en passant par la taille. Pourtant, le temps que Paul lui réponde, le malaise de la cravate ne s'était pas dissipé.

Heinz recula d'un pas.

"Désolé. Est-ce que..."


L'uniforme. Il se sentait mal à l'aise, parce que tout ce que représentait ce foutu uniforme allait définitivement contre ce qu'il était en train de faire.

"Je peux l'enlever et le mettre dans la cuisine ? Je veux pas le voir. Mon..."
Il fit juste un geste vague au niveau du col. Paul comprendrait ce qu'il voulait dire.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Dim 15 Nov - 0:21

Une bouffée de nostalgie gonfla le cœur de Paul quand Heinz déclara qu’il était venu simplement parce qu’il souhaitait le voir. C’était Elain qui usait et abusait de ce prétexte pour lui rendre visite – cette excuse un peu facile était toujours accompagnée d’un grand sourire et d’une voix enjôleuse, tandis que le cadet du couple poussait son aîné du coin de l’épaule, pour entrer dans ce qui était devenu leur nid. C’était l’une des raisons pour lesquelles le professeur avait préféré se séparer du fougueux jeune homme : Elain obéissait uniquement à ses envies, sans se soucier des ennuis qu’il pouvait causer aux autres, en particulier aux hommes qu’il fréquentait. Heinz ne tomberait certainement pas dans un tel excès, mais Paul ne pouvait pas s’empêcher de penser à son dernier amant – et à la tendresse qu’il lui inspirait, malgré ses défauts et ses lubies.

Aussi, le Français ne broncha pas quand Heinz se rapprocha de lui, et ne bougea pas lorsqu’il se tendit pour frôler ses lèvres, l’embrasser, l’enlacer. Etre serré d’aussi près par un uniforme de la Gestapo ne lui plaisait pas beaucoup, mais il se força à penser à autre chose quand le baiser de son compagnon devint plus insistant. Il passait un bras autour de sa taille, pour répondre à ses avances, quand l’Allemand changea d’avis et s’écarta. Un peu frustré, le professeur le lâcha aussitôt et le fixa droit dans les yeux, en attendant qu’il s’explique.

Son visage se ferma quand Heinz lui fit comprendre que c’était son uniforme qui le gênait.

"Je vois" répondit-il, tandis que son regard glissait jusqu’à la cuisine.

Il se demanda ce que son amant comptait enlever, au juste. La veste, tout l’uniforme, voire le reste ? Qu’avait-il en tête, au juste ? Le Français songea avec agacement qu’il serait sans doute tenté d’aider Heinz à se déshabiller, quelque soit les intentions de l’Allemand, parce que c’était ce qu’il faisait toujours quand ils se voyaient.

Accepter ? Refuser ? S’il autorisait Heinz à enlever une partie de son uniforme, il lui donnait la permission, tacite, de rester plus longtemps chez lui. Après un moment d’hésitation, il s’écarta de l’Allemand.

"D’accord. Dis-moi, tu veux boire quelque chose de moins fort qu’un whisky ?"

Reste. Discutons. Ça nous changera tous les deux.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Mar 17 Nov - 2:35

La question de ce que Heinz allait enlever ne s'était pas posée ; pas encore, en tout cas. Il était juste gêné que ses deux vies se heurtent alors qu'il avait fait tant d'efforts pour les séparer... et gêné, car il sentait qu'il imposait à Paul ce que lui même essayait d'oublier.

Il s'écarta encore un peu plus quand Paul lui donna son accord. Le Français semblait avoir hésité, ce qui surprit Heinz, une seconde. Le temps qu'il comprenne que sa demande n'avait pas l'air si innocente. Mais il ne chercha pas à clarifier les choses, pas tout de suite.

Non, il ne voulait plus de whisky, ni d'alcool. Il le dit rapidement, en faisant des efforts pour être sûr de ne pas faire de fautes. Le whisky cul sec et le ventre vide suffisait déjà à lui chauffer un peu les joues. Il demanda s'il pouvait ramener de l'eau, ce qui serait mieux s'ils voulaient avoir l'esprit clair.

Paul accepta ; Heinz passa dans la cuisine.

Ses doigts commencèrent par le bouton le plus haut. Arrivés au troisième, Heinz se demanda ce que, au juste, il avait prévu d'enlever. En soit, tout son habillement puait l'officier : les bottes, le pantalon bouffant aux cuisses, la veste. Et la casquette qu'il avait laissé dans la pièce principale. Il aurait dû la ramener aussi, tant qu'à faire, mais c'était trop tard. Heinz retira complètement la veste et la plia correctement avant de la poser sur le dossier d'une chaise. Et le reste ?
Est-ce qu'il voulait qu'ils couchent ensembles ? C'était plutôt ça, la question. Le reste, c'était du feldgrau, avec un meilleur tissu que pour le soldat de base, mais qui ne criait pas "police politique". Les bottes étaient de bonnes qualité, mais n'étaient pas estampillées SS. La chemise n'était qu'une chemise.

Est-ce qu'il voulait qu'ils couchent ensembles ? Heinz alla remplir la carafe qui trônait sur la table. Il ouvrit deux trois placards avant de trouver de verres propres. Là, le pot d'eau dans une main, les verres dans l'autre, il se dit que de toute façon, se déshabiller seul dans une cuisine, c'était comme se bourrer la gueule en solitaire : un truc de looser.

C'est donc avec seulement la veste en moins, en pantalon, chemise, bottes et cravates que Heinz revint. Il tenta de sourire et y parvint à moitié.

"Tu sais, avant d'aller en France, je travaillais pas là dedans. J'étais aux... les questions de la culture, je crois, pour le SD. C'est le contre espionnage, en fait, c'est pas la gestapo. Avant ça, j'avais des petits travail, en temps que journaliste et parfois pour écrire des discours pas très importants. Ça ne gagnait pas beaucoup d'argent, alors c'est pour ça que quand j'ai eu une possibilité pour être engagé par le SD, j'ai accepté."

En parlant, il avait servit l'eau. Il avala deux grandes gorgées avant de continuer.

"En fait, je suppose que c'est de ma faute. Faire des études de littérature c'est pas très malin pour trouver un travail quand c'est la crise."


Ou alors, il fallait devenir professeur. Sauf qu'évidemment, quand c'est la crise, tout le monde trouve que c'est une idée très intéressante...

"Pourquoi est-ce que tu as voulu devenir professeur ?"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Sam 21 Nov - 1:09

Heinz avait clairement dit qu’il ne voulait plus de whisky, mais lorsque les doigts de Paul se serrèrent autour du goulot, ce n’était pas pour ramener la bouteille dans le placard des liqueurs. Contrairement à l’Allemand, le Français appréciait beaucoup cet alcool fort, et jugeait qu’il avait bien mérité un petit remontant après cette discussion pour le moins chaotique. Comme à son habitude, il se servit juste un fond, avant de porter le verre à ses lèvres. Il ferma brièvement les yeux quand la chaleur de l’alcool commença à ramper sous sa peau, et tenta de chasser les mots de son amant, qui continuait à tourbillonner sous son crâne. Tout était beaucoup plus simple au début de leur relation, quand Heinz était, soi-disant, un simple secrétaire. Il n’était pas question de sentiments, alors, ni de problèmes éthiques. Passablement déprimé, le professeur termina son verre, puis fit disparaître la bouteille dans un de ses placards, une seconde avant que son invité indésirable ne quitte la cuisine, sans veste, et avec une carafe d’eau.

Le Français tira une chaise jusqu’à lui, avant de s’asseoir, et se garda bien de répondre au sourire de l’Allemand. Il n’était pas spécialement de bonne humeur et s’estimait déjà assez hypocrite, sans avoir besoin d’en rajouter. Il tenta de toucher la branche de ses lunettes, et se rappela subitement qu’il les avait abandonnés près de la casquette du gestapiste. Comme il n’avait pas envie de se lever, ni de poser les yeux sur une pièce de l’uniforme du Sipo-SD, il laissa sa main retomber, et écouta les explications de son amant avec un agacement grandissant. Pourquoi cherchait-il à se justifier ? Paul songea à lui dire, d’une voix cassante, qu’il n’était pas intéressé, mais comprit immédiatement que c’était la dernière chose à faire. Il avait voulu un dialogue, il l’avait. S’il ne voulait pas que cette petite discussion s’achève aussi vite qu’elle avait commencé, il devait prendre sur lui. Il but un peu d’eau, en regrettant d’avoir rangé le whisky.

"Parce que j’aimais m’occuper de mes sœurs, et parce que j’adorais partager mon savoir avec elles" répondit le professeur. "Quand j’étais petit, je voulais faire professeur de sciences, mais ma paresse naturelle et les livres l’ont emportés, et de loin"

Il jeta un coup d’œil à sa bibliothèque, bien fournie, en se demandant s’il n’avait pas eu tort de laisser certains ouvrages sur les rayons. Plusieurs livres interdits s’y trouvaient, au milieu d’autres, plus innocents. Quelques uns avaient une valeur commerciale non négligeable, et un petit nombre avait une très forte valeur sentimentale.

"Peut-être que les études de lettres ne sont pas les plus prestigieuses, ni celles qui ouvrent le plus de portes, mais c’est ce que je voulais faire. Ailleurs, je pense que je me serais ennuyé"

Un sourire narquois étira ses lèvres.

"J’ai choisi Ste-Marie parce que c’est une bonne école, mais aussi parce que c’est la meilleure planque possible dans le coin. Pour les Montrois, je suis un homme à la moralité irréprochable, puisque je travaille là-bas"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Dim 22 Nov - 1:12

Le sourire de Heinz se fit aussi narquois que celui de Paul ; cependant, c'est avec quelques secondes d'avance qu'il étira ses lèvres. Il imaginait le Français, pourtant pas très démonstratif, cajolant une bande de petites pestes à couettes. La première était certainement Camille, ce qui en faisait une peste... brune ? Il devait l'avoir croisée au moins une fois, et il lui semblait bien qu'elle était brune.

"Je ne savais pas que tu avais plusieurs sœurs."

L'Allemand porta son verre à ses lèvres et repris une gorgée. Le geste l'apaisait.

Devait-il répondre en parlant de sa propre famille ? Dire qu'il avait aussi une soeur ? Mais Paul risquait, ne serait-ce que par politesse, de lui demander ce qu'elle faisait dans la vie, ce qui se résumait à être la femme d'un mec haut placé au parti nazi et de trouver des jobs foireux pour son frère. Non, décidément, Heinz préférait qu'on en reste aux soeurs de Paul. Sujet plus sain, plus simple, et sans Gestapo, histoire de changer. De parler d'autre chose. De voir autre chose.

Donc, les soeurs de Paul. Et Paul.

"Je sais que Camille habite en dessous, et tu m'avais dis qu'elle est professeur. Elle enseigne aussi à Sainte-Marie ?"


Il s'efforçait de parler d'un ton léger, pour ressembler à Heinz et pas à Siedler. Pour faire passer l'impression d'un interrogatoire, Heinz prit une nouvelle gorgée. Ça n'avait rien à voir. Il posait des questions à Paul parce qu'il l'appréciait, mais Paul pouvait refuser de répondre. Il ne lui ferait aucun mal s'il refusait. Il accepterait tout à fait qu'il refuse. D'ailleurs il ne lui ferait jamais de mal. Il ne pourrait pas. Ni à lui, ni à personne.
Il se rendit compte que sa respiration avait accéléré et remplit de nouveau son verre.

"Tu as de la chance. Quand tu en parles, on dirait que tu savais déjà ce que tu ferais. "

Sa voix était plus étranglée qu'il ne l'aurait voulu.

"... tu crois que ça se passerait mal, s'ils découvraient ce que... tu es ?"

Il avait dû se reprendre avant de dire "nous sommes". Parce que ça, il supposait que ce n'était pas à Sainte-Marie que ça se déciderait...
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Dim 22 Nov - 3:11

"J’en avais trois"

« Avais », c’était le bon mot. Il avait perdu l’une de ses trois protégées au début du siècle, entre les crocs d’un chien de berger, et une deuxième quelques années après la guerre, au profit d’un époux allemand. Il pleurait encore la première et ne voulait plus de nouvelles de la seconde. Toutes deux étaient mortes pour lui. Seule restait Camille, son alter-ego, sa complice, sa petite sœur dans tous les sens possibles du terme. Grâce à elle, la fratrie des Nantois n’était pas complètement morte, au grand dam de leur mère qui rêvait de voir Camille changer de nom, avec un anneau au doigt et un mari au bras.

"Camille est institutrice, en réalité, mais elle travaille effectivement à Ste-Marie des Anges. Comme elle avait plus de patience que moi, elle a décidé de s’occuper des plus petits. Je crois que les aînées de sa classe ont quelque chose comme neuf ans, ou dix ans. Toutes ses élèves l’adorent"

Il soupira. Il se demandait parfois dans quelle mesure les attentions maternelles de Camille, et la popularité qui en découlait, ne trahissaient pas un mal d’enfant. Il ne comprenait pas pourquoi sa sœur, pourtant jolie et intelligente, n’avait pas trouvé chaussure à son pied. Il avait un peu peur qu’elle se soit amusée à l’imiter jusqu’au bout – au fond, il n’était pas impossible qu’elle soit restée célibataire uniquement parce que son grand frère modèle l’était. Paul ne fit naturellement pas part de ses craintes à Heinz, et prit à son tour un peu d’eau, en regrettant que ce ne soit pas quelque chose de plus fort.

Il ne remarquait pas que la conversation prenait des allures d’interrogatoire. Il ne comprit donc pas pourquoi Heinz avait soudain l’air nerveux, et fixa sur lui un regard quelque peu suspicieux. Qu’est-ce qui avait bien pu lui passer par la tête ?

Si la question suivante visait à détourner l’attention du professeur, c’était réussi. Désagréablement surpris, le principal intéressé se sentit pâlir, et fit un effort pour conserver son sang-froid. Il ne voulait pas penser à ce qui se passerait s’il était découvert, parce que c’était inutile : personne n’avait deviné qu’il n’aimait pas les femmes, en près de vingt ans, et ce n’était pas dans les prochains jours que cette situation allait changer, même avec les visites hebdomadaires d’un membre de la gente masculine.

"Je serais viré à coup sûr. Mais comme les sœurs me connaissent depuis longtemps, je pense qu’elles seraient assez bonnes pour ne pas l’ébruiter. Ce qui me ferait une belle jambe, je pense, parce que ce n’est pas par moi qu’elles l’apprendraient, ni en faisant leur propre enquête. Ce serait soit la rumeur, soit Camille qui les avertirait. Que ce soit l’un ou l’autre..."


Comme sa voix menaçait de se briser, il n’acheva pas. Que ce soit l’un ou l’autre, ce serait l’horreur. Perdre la face publiquement, ce serait l’enfer, perdre Camille, ce serait pire encore. Il ne voulait pas que sa sœur le rejette ou le méprise.

"Mais personne ne le découvrira"
déclara-t-il, presque avec hargne.

Il adressa un regard mauvais à Heinz, comme pour le défier de dire le contraire.

"Je n’avais pas eu d’amant depuis dix ans quand je suis tombé sur toi. Je pensais que ça ne me manquait pas, je me suis trompé. Je n’aurais pas du boire autant, ni m’imaginer n’importe quoi. Je serai plus prudent à l’avenir, histoire de ne plus refaire les mêmes erreurs"


C’était peut-être cruel, mais c’était honnête. Heinz et lui, c’était une erreur.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Dim 22 Nov - 21:57

Le ton répondait seul, ou presque : Paul ne voulait pas qu'on parle de ça. Bon. Puisque c'était comme ça, Heinz n'insisterait pas, ne chercherait pas à demander qui étaient les deux autres et ce qui pouvait bien leur être arrivé. Pendant un instant, il se demanda si l'une d'elle avait trouvé la mort pendant la Blitzkrieg de l'été précédent, avant de juger que la question serait particulièrement malvenue. Heureusement, il semblait bien que la troisième soeur ne soit pas un problème. Mais quand la fin fut couronnée par plus de soupirs que de sourires, Heinz décida que ce sujet là était peut être tout aussi piégé que le reste.

Etait-ce l'occasion d'avoir une discussion personnelle ? D'encourager Paul à lui confier ses sentiments sur sa vie, à faire de lui un proche ?

De toute façon, ce n'était déjà plus d'actualité. A trop réfléchir on perdait le droit de répondre, parce que la conversation dépassait le point concerné ; quand ce point n'était pas secondaire, on ne pouvait pas le contourner pour revenir au précédent.

Silence, donc ; Paul parlait.

Mais il y eu malentendu, à la fin. Heinz ne trouva pas la réponse de Paul cruelle, parce qu'il ne comprit pas qu'elle pouvait lui être destinée. Il pensait uniquement aux circonstances de leur rencontre, dans un cabaret, l'un et l'autre assez abrutis par l'alcool pour faire toutes les idioties du monde. Ils avaient de la chance de ne pas s'être trahis ce soir là. Paul aurait pu être un homme violent, et Heinz aurait eu le plus grand mal à dissimuler ses aventures de la nuit ; Heinz aurait pu aimer les femmes, et se venger de celui qui l'aurait fait douter. Non, il n'y avait aucun doute, la méthode était une erreur. Mais rien n'indiquait que le résultat était à regretter.

"Nous avons eu de la chance," répondit simplement Heinz. Il se sentait un peu calmé parce que, même si Paul n'avait pas l'air très heureux de ses dernières demandes, il ne refusait pas de répondre.
Les suspects refusent toujours de répondre.

Heinz lissa machinalement le tissu de son pantalon, de la main gauche. La droite traînait sur la table, près du verre de nouveau vide.

"Il était plus probable que ça finisse mal, non ? Pourtant on s'est débrouillé après ça. Tu ne crois pas que ça pourrait être un signe ?"

Il ne parla pas de Providence ou de ces choses auxquelles on croyait encore assez communément en Allemagne mais, au fond, il le pensait. S'ils étaient arrivés jusqu'ici, ils pouvaient continuer.

Il respirait mieux.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Lun 23 Nov - 1:21

De la chance ? Un peu dubitatif, Paul porta une nouvelle fois le verre d’eau à ses lèvres, et le termina. Peut-être qu’ils avaient eu de la chance, effectivement, mais le professeur jugeait que la Fortune se serait montrée plus clémente en empêchant cette rencontre. S’il ne s’était pas disputé avec Camille, ce soir-là, Heinz et lui seraient à présent de parfaits inconnus, à quelques rumeurs et quelques papiers officiels près, et aucun secret ne pèserait sur leurs consciences respectives. A moins que l’Allemand se soit confié à quelqu’un, ou se soit montré imprudent, Paul était le seul qui connaissait ses préférences homosexuelles – et personne à Montreuil, à part Heinz, ne savait que l’un des professeurs de Sainte-Marie avait aimé des hommes. D’une certaine façon, ils se tenaient mutuellement à la gorge.

Il ne se rappelait même plus pourquoi il s’était fâché avec sa sœur. C’était un grain de sable dans sa vie, mais ce petit grain de sable avait suffi à dérégler une machine qui fonctionnait à merveille depuis dix ans. Il ne serait pas tombé sur Heinz sans lui. Il ne se serait pas rappelé à quel point c’était agréable, d’avoir un homme dans ses bras, et il ne se serait pas retrouvé obligé de faire entre un choix entre ses désirs et ses principes. Il repensa au jour où il avait découvert le véritable poste de son amant, puis au soir où Heinz était venu frapper à sa porte, complètement ivre, pour obtenir le droit de revenir chez lui deux fois par semaine. Il rectifia alors mentalement le commentaire de son interlocuteur.

Il n’était pas plus probable que cette histoire se termine mal. Il était plus probable que cette histoire finisse encore plus mal que la manière dont elle s’était achevée.

Il se sentit franchement agacé par la remarque de Heinz. Oui, ils s’étaient plutôt bien débrouillés, mais non, ce n’était pas un signe. Seuls les crédules et les ignorants voyaient des signes. Non, ils n’étaient pas guidés par une entité supérieure, quelque soit le nom qu’on pouvait lui donner – le destin, la Providence, ou Dieu.

"Un signe ? Un signe de quoi ? Tu penses que c’est la preuve que ça devait arriver, ou que nous pouvons continuer ? C’est ridicule. Ça n’existe pas, ce genre de signe. Quand tu fais un bon choix, c’est uniquement grâce à ton bon sens, et quand tu fais une connerie, tu es le seul responsable. Dans un cas ou dans l’autre, tu assumes. C’est trop facile de mettre ça sur le dos de la Providence, ou de je-ne-sais-quoi d’autre" grogna Paul, sans cacher son mécontentement.

Non, aucun signe ne le poussait vers Heinz. S’il existait effectivement une Providence, il espérait qu’elle aurait la décence de lui fournir une compensation digne de ce nom pour la mort de France, ses années sur le front et toute une vie passée à cacher ce qu’il était vraiment.

"De toute manière, on n’a aucun avenir, toi et moi. Ça durera le temps que ça durera, et c’est tout"

Il n’avait pas l’impression d’avoir une véritable relation avec l’Allemand. Il ne l’aimait pas, et doutait que le gestapiste soit réellement attaché à lui. Ils se voyaient pour coucher ensemble, point barre – à ce rythme, l’un des deux allait bien finir par se lasser.
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Allemand
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Ven 27 Nov - 20:42

Malheureusement pour Paul, Heinz croyait -comme beaucoup d'Allemands- à tout ce que son laïc de petit ami aurait pu appeler un ramassis de conneries obscurantistes. C'est à dire que Heinz, évidemment, croyait en Dieu. Il croyait aussi à la Providence et, tout naturellement, que leur Führer était un don de cette Providence. Il n'était pas le seul et c'était pour lui une justification suffisante. L'arrivée du Führer, ses promesses et ses réalisations, alors que les probabilités avaient été contre l'Allemagne, prouvait que quelque chose d'autre devait s'être penché sur le sort.
Effectivement, que ce quelque chose se penche à la fois sur le Führer et sur un couple d'homosexuels n'avait pas l'air très logique. D'un autre côté, il se pouvait bien que les lois contre l'homosexualité vienne de quelques imbéciles du Parti. On ne pouvait pas attendre d'une bande de ploutocrates corrompus qu'ils soient en phase avec ce genre de choses.

"Tu n'en sais rien,"
répondit-il à Paul, la voix plutôt ferme. Voire même avec quelques relents de gaminerie, parce que Paul n'avait rien pour prouver ses dires. Peut être même que, comme un tas de Français, il niait la Providence uniquement parce qu'elle s'était retournée contre eux. "On peut utiliser notre tête le plus qu'on veut, des fois ça marche alors que ça ne devrait pas. Et parfois ça ne marche pas, alors que ça devrait marcher. Donc il ne peut pas y avoir que ce qu'on fait, parce que ce qu'on fait ne suffit pas à expliquer."

Peut être pas la Providence, d'accord. Peut être pas Dieu -même si Heinz avait du mal avec cette idée. Mais alors quoi ? Le monde ne pouvait pas être tout vide. Il fallait qu'il y ai un but, quelque chose qui justifie les actes des hommes.

"Tu te contredis. Si tu dis que l'avenir, ça n'existe pas, tu ne peux pas dire que nous n'en avons pas. Selon ta logique, nous aurons l'avenir, que nous allons faire. Il suffit de vouloir."

Il occulta volontairement le fait que, justement, il était possible que Paul ne veuille pas et que ce soit ça, le problème. Mais Paul avait accepté qu'il revienne après avoir découvert qui il était. Et il ne l'avait pas jeté dehors quand il lui avait dit qu'il l'aimait. Implicitement, il avait accepté qu'il reste à la Gestapo pour rester avec lui plutôt que d'abandonner et de repartir en Allemagne. Plus que tout, Paul était un intellectuel, un homme réfléchit... logiquement, il ne pouvait pas revenir en quelques minutes sur sa décision. Il ne pouvait pas décider, soudainement, que son accord pour continuer ne valait rien !

"C'est pas obligé, que ça ne dure pas longtemps."

Heinz se sentit rougir et se servit un nouveau verre d'eau. En l'avalant, il pensa deux choses : la première, c'est qu'il n'avait pas été assez cruche pour remplacer longtemps par toujours ; et la seconde, qu'à force de boire de l'eau, il finirait par avoir plus envie de pisser que de baiser.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Ven 4 Déc - 21:59

Heinz tentait sans doute de défendre sa position, mais son petit discours sur ce qui ne marchait pas alors que tout était prévu, ou fonctionnait au contraire contre tout attente, ressemblait davantage à un mauvais proverbe qu’à une argumentation digne de ce nom. Il exposait assez maladroitement la différence entre théorie et pratique, plutôt que les preuves d’une intervention divine. Pas franchement convaincu, le Français songea à répondre, mais changea d’idée sur-le-champ. Il ne voulait pas se fâcher avec Heinz, surtout pour si peu, et ne tenait pas du tout à l’entendre chanter les louanges des élus de la Providence, à commencer par son fameux Führer.

Il ne fut pas déçu par la suite. Un sourire narquois tordit ses lèvres quand Heinz parla de volonté, et il se leva lorsque son amant ajouta que rien ne les empêchait de se fréquenter encore longtemps. Des jours. Des semaines. Peut-être même des années. Qu’est-ce que c’était, « longtemps », pour lui ? Une saison, un semestre, une vie ? Ce genre de notion était toujours très flou, et extrêmement relatif. Une bonne soirée ne durait jamais assez longtemps, alors qu’une demi-journée de travail pouvait se muer en cauchemar en un rien de temps. Heinz avait pu en faire l’expérience.

"J’ai déjà eu des histoires qui ont duré « longtemps », et aucune ne ressemblait à celle-ci, de près ou de loin" commenta-t-il, presque amusé.

Il se rapprocha de Heinz.

"Je ne peux pas prédire ce qui arrivera. Je me trompe peut-être. Mais je me connais assez pour savoir avec qui j’ai envie d’être « longtemps », et je ne me vois pas avec toi dans un avenir lointain"

Il le laissa choisir la signification d’un « avenir lointain ».
Dans dix ans.
Dans un an.
Dans un mois.

"Je ne déteste pas, pourtant. Mais ça ne suffit pas..."
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Dim 6 Déc - 1:48

Bon d'accord, c'était clair : Paul n'avait ni l'envie, ni la volonté d'y mettre du sien. Ce n'était pas une question de croire, de pas croire, de signes ou de pas signes. C'était beaucoup plus simple. Paul disait qu'il l'autorisait à revenir, mais il ne devait pas en avoir envie. D'ailleurs, tout tenait dans le mot "autoriser". Il le supportait, et voilà. Pourquoi ? Parce qu'il se sentait forcé de le faire ? Parce que pour l'instant, ça lui faisait un truc à mettre dans son lit, mais dès que le manque de quelques années d'abstinences serait passé, il lui dirait goodbye, see ya in America, surtout si tu n'y vas pas ?

En fait, il aurait dû se taire. Qu'il l'aime ne changeait rien et finalement, le Français s'en foutait. D'ailleurs il n'aurait même pas dû venir. Ils venaient de prendre une décision importante à deux, mais il était clair que ça n'avait pas le même poids pour tout le monde.

"Tu me trouves ridicule, non ?"
dit-il, comme s'il ne tenait aucun compte de ce que l'autre venait de dire. Il avait parfaitement compris, c'était très clair, c'était vexant, blessant et tous les trucs en -ant qu'il n'avait jamais pensés pour une femme. Mais surtout : humiliant.

Il se faisait peut être des idées. Il devait se faire des idées. Il repassa les paroles de Paul, les superposa à leur ton, à l'expression de son visage. Heinz finit par se dire que, de toute façon, quoi que Paul ai voulu dire, il serait perdant s'il faisait un esclandre. Que ça veuille dire "ça durera le temps de la guerre et on y repensera avec plaisir" ou "je te supporte jusqu'à ce que tu me foutes la paix", en fin de compte, ça lui échappait encore.

"Ca marcherait peut être mieux, si on pouvait faire comme un vrai couple."

Il voulait boire, n'importe quoi. Juste pour le geste, s'occuper une main et la bouche le temps que ça passe. Mais la carafe et le verre étaient vide, et Heinz n'avait pas envie d'aller les remplir.

"Tu sais. Sortir."

Il ne savait pas encore comment et, franchement, l'idée le terrorisait un peu. Mais s'ils se faisaient passer pour seulement des amis et trouvaient un bon alibi, et s'ils ne croisaient personne...
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En uniforme (Vendredi 9 Mai)

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