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En uniforme (Vendredi 9 Mai)

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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Mer 9 Déc - 0:00

On répétait souvent que toute vérité n’était pas bonne à dire, mais Apollinaire refusait de donner de faux espoirs à Heinz. Il ne pouvait pas se cacher derrière de faux-semblants ou feindre des sentiments qu’il n’avait pas alors que l’Allemand, de son côté, s’était montré complètement franc, au risque d’être repoussé. Le Français fit « non » de la tête lorsque son amant parla de ridicule. Non, il ne le trouvait pas « ridicule ». Il associait bon nombre d’adjectifs déplaisants au gestapiste, mais celui-ci ne faisait pas partie du lot. Si Heinz pensait qu’il se moquait de la situation, ou de ses aveux, il avait tort. Paul prenait cette histoire très au sérieux, et ses efforts pour préserver son confort physique et moral sans léser l’Allemand commençait à lui coûter cher. Il savait qu’il serait obligé de prendre parti tôt ou tard – et sans doute plus tôt que tard. C’était finalement dommage que Heinz ne soit pas venu lui annoncer que tout était terminé entre eux.

Un peu mal à l’aise, Apollinaire soupira. Il fréquentait Heinz depuis près de deux mois, et ne pouvait pas dire que l’Allemand le laissait indifférent. Il lui inspirait, au contraire, une certaine tendresse. De ce fait, le Français avait envie de lui faire confiance, et de lui dire ce qu’il avait sur le cœur, sans crainte de représailles. Sauf qu’il ne pouvait pas. Il n’oubliait pas que derrière l’homme se trouvait le Chef de la Gestapo – et il savait, ou plus exactement devinait, de quoi il était capable. Heinz était sans doute sincère quand il lui disait qu’il ne voulait aucun mal, et qu’il ne lui ferait aucun mal à l’avenir... Mais avec un peu de rancœur, les plus belles promesses pouvaient passer à la trappe en un rien de temps.

Il ne s’attendait pas à ce que l’Allemand lui propose quelque chose pour devenir un « vrai couple ». C’était un peu risqué, mais l’idée était bonne – en tout cas, elle prouvait que Heinz tenait à leur relation, et tenait effectivement à lui. Dans ces conditions, Paul se sentit presque coupable de refuser, mais la réaction de Camille lui faisait suffisamment peur pour qu’il explique clairement sa position à l’Allemand.

"Je pense aussi que ça marcherait mieux entre toi et moi dans ces conditions. Sauf que si on nous voit ensemble, une amitié comme la tienne me ferait beaucoup de tort auprès des personnes que je fréquente"


Il posa une main sur l’épaule de Heinz.

"Avant de crier au scandale parce que j’ai honte de toi, essaie de te mettre à ma place"

Puis il conclut :

"Pour que tout soit clair des deux côtés, dis-moi donc ce qui arrive aux gens que vous arrêtez"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Mer 9 Déc - 19:29

"Je n'allais pas crier au scandale !" répondit aussitôt Heinz. Bon, d'accord, sa première réaction avait été de se rembrunir, ce qui avait sans doute motivé le petit ajout tactique de Paul. Mais au delà de cette réaction-réflex, il admettait tout à fait que les amis de Paul, sans être anti allemands de base, ne seraient pas très heureux de le savoir en couple avec l'homme qui leur foutait la frousse. Heinz avait un peu plus de chances de ce côté là : Paul était fréquentable, instruit et dans la même branche académique que lui. Il pouvait parfaitement dire que leur amitié était basée sur un échange de vues littéraires.

Il fallait donc régler le problème des amitiés de Paul. Plusieurs solutions étaient possibles : on pouvait tout simplement leur cacher que Heinz travaillait à la Gestapo, mais sa mésaventure passée avec Paul prouvait que ce genre de subterfuges ne duraient qu'un temps. On pouvait aussi se contenter de ne pas leur demander leur avis -ce qui était exclu aussi, sinon Paul ne se serait pas posé la question.
Pas tant de solutions que ça, au final.

Mais de toute façon, Heinz n'avait rien à répondre : la dernière question exigeait une réponse avant qu'on traite de tout autre sujet. Il ne pouvait pas l'éjecter d'un geste de la main comme on le ferait d'une mouche. Et, puisque Paul voulait que tout soit clair, il fallait dire toute la vérité, même si honnêtement, Heinz n'était pas sûr de l'avoir dans son entier. Il se demanda s'il ne devrait pas refuser de parler -son regard parti brièvement vers la porte- avant de décider qu'il serait bon de se débarrasser de tout ça une bonne fois pour toute -et son regard revint directement dans celui de Paul.

"Ca dépend. D'abord on les interroge oralement et on contrôle les papiers. Si tout est en règle et que on a eu aucune information, qui dit que la personne cache des choses, ou a fait des choses de mal, on laisse partir. Mais souvent on arrête des gens parce qu'on a reçu ou obtenu des informations qui disent qu'ils ont fait des choses contre la loi. Dans ce cas, on fouille chez eux, sauf si on a assez de preuves pour savoir s'ils sont coupables. S'ils sont coupables on leur pose des questions sur leurs complices. S'ils ne veulent pas me le dire, ou le dire à celui qui s'occupe d'interroger, on les descend à la cave et l'Hauptsturmführer Kurz ou Pfeffel continuent l'interrogatoire." A partir de là, il se mit à parler plus vite. "Avant je n'y allais jamais. Je savais ce qu'ils faisaient. Je savais que c'était pas juste des questions. Mais je ne voulais pas savoir comment ils faisaient et je ne voulais pas voir. Je sais que c'est mal et qu'on ne devrait pas faire des choses comme ça, que c'est horrible, et je voudrai qu'on ne fasse pas ça. Mais je ne sais pas, comment on peut faire, je crois qu'il n'y a pas d'autres moyens. Après soit on envoie les gens à Dijon, si c'est important, si ils ne parlent pas, soit on les envoie dans une prison française, ou dans une prison en Allemagne. Je ne sais pas comment ça se passe en Allemagne, je n'ai pas les autorisations pour savoir une fois qu'ils sont partis." Puis, sur la défensive, plus lentement, mal à l'aise et presque sur un ton d'excuse : "Ils meurent presque jamais chez nous. On a eu une crise cardiaque depuis, que je suis arrivé, et c'est tout. On a pas non plus beaucoup de gens, parce que je veux pas qu'on arrête n'importe qui. On est pas assez nombreux de toute façon, alors on arrête que avec beaucoup de preuves, ou des flagrant-délits. On arrête que des coupables."

Oui, oui, évidemment. Que des coupables... c'était bien à ça que servait le SD, non ? A arrêter les coupables.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Ven 11 Déc - 1:53

Apollinaire pensait que l’Allemand refuserait de répondre à sa question, et fut donc passablement surpris quand il commença ses explications. Il se sentait un peu mal à l’aise et comprit, avec une certaine honte, qu’il n’avait pas seulement supposé que le gestapiste se tairait : il l’avait espéré. Il pensait, et voulait, obtenir un silence ou une vague excuse en guise de réponse – parce qu’en réalité, il n’avait pas du tout envie de savoir ce qui se passait dans les bâtiments de la Gestapo. Il avait fait mine d’ignorer les activités de Heinz pendant des jours, des semaines, et savait que ce petit jeu s’arrêterait avec les aveux de son amant. C’était une chose, de chasser de son esprit une pensée indésirable mais brumeuse – c’en était une autre, de faire face à une idée enrobée de mots clairs et choisis, et d’affronter une pensée qui n’avait plus rien d’irréel, ou de lointain. Heinz était le chef de la Gestapo. Il arrêtait des Montrois, ordonnait des perquisitions, menait des interrogatoires, et autorisait ses subordonnés à torturer des hommes, si c’était nécessaire.

"Bien entendu. Des coupables" répondit le professeur, d’une voix si basse, si rauque, si amère, qu’il ne la reconnut même pas.

Il passa une main sur son visage et réalisa qu’elle tremblait. Presque choqué par ce constat, il croisa les bras sur son torse et passa derrière Heinz, pour que celui-ci ne puisse pas voir à quel point il était bouleversé. Il avait des soupçons depuis longtemps, bien entendu – mais avant que l’Allemand fasse cette petite mise au point, c’était uniquement des soupçons, rien de plus.

C’était terminé, à présent. Il ne pouvait plus se faire d’illusions.

Il avait envie d’être seul, mais il ne pouvait pas chasser Heinz. Celui-ci lui demanderait sans doute si c’était définitif, et le Français ignorait complètement la réponse. Il haïssait l’Allemand, mais il avait pris l’habitude de le voir, il avait appris à apprécier sa présence, et sans dire qu’il était devenu dépendant de cette relation, il rechignait à abandonner un soutien si précieux. Peut-être qu’un jour, proche, ou lointain, il serait heureux d’être dans les petits papiers d’un officier de la Gestapo – que ce soit pour sauver sa tête, celle d’une élève, ou celle de Camille.

Mais s’il chassait Heinz, il retrouverait sa vie d’antan. Il ne rougirait pas de sa conduite, il ne redouterait pas les questions et les visites de Camille, il cesserait de se tordre le cœur et l’estomac en songeant à tous les ennuis que pouvaient lui causer une telle relation. Finalement, qu’est-ce qui pesait le plus lourd dans la balance ? Son confort, un éventuel soutien pour ceux qui comptaient à ses yeux, sa moralité, sa tranquillité ?

Il ne disait toujours rien. Presque machinalement, il marcha jusqu’à son plan de travail, pour récupérer ses lunettes et la casquette de Heinz. Il rendit cette dernière à son propriétaire.

"J’ai bien peur que tout soit dit" déclara-t-il d’une voix très lasse. "Ta Providence existe bel et bien, et nous sommes maudits. Quoi que je puisse faire, quoi que je puisse décider, ce sera un mauvais choix"

Il secoua la tête.

"Je me dis que, pour ton propre bien, tu ferais mieux de ne plus venir ici. Mais je n’ai aucune envie de te chasser, ou de t’empêcher de revenir"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Ven 11 Déc - 2:29

On avait pas toujours le choix ; parfois, ça se faisait juste "comme ça". Heinz était prêt à le lui dire. Que c'était arrivé "comme ça", qu'il n'avait pas décidé, un jour, de diriger ce genre de services. Qu'il n'avait pas décidé que ça devait exister. C'était là, c'est tout. Il faisait avec parce qu'on lui avait dit de faire avec, parce que dans la vie, on ne faisait pas toujours ce qu'on voulait. Que ça ne lui plaisait pas, qu'il aurait préféré que rien de tout cela n'existe.

Entre ses doigts, la casquette que Paul lui avait remis paraissait froide et lourde.

Paul devait déjà le savoir, même s'il ne le comprenait peut être pas encore. Il aurait fallut qu'il soit à sa place, qu'il se rende au bureau tous les matins et qu'il rentre le soir avec la satisfaction d'avoir regardé ailleurs quand il le devait. Il suffisait d'un peu d'alcool ou du bon degré de fatigue pour que ça n'ai plus tant d'importance.

"Peut être."

Il ne sentit pas la visière luisante glisser d'entre ses doigts gourds ; il ne pensait qu'au pas qu'il venait de faire dans la direction de l'autre.

"Peut être. Je ne veux pas... sans toi. Même si, ce n'est pas joyeux tous les jours."

Comme si s'approcher physiquement pouvait réduire le vide béant causé par la réalité.

Maudits. Peut être bien. Peut être que Dieu se vengeait de ce qu'il faisait pour le Reich ; et Paul ? Qu'avait-il fait pour être attaché à lui ? Est-ce que pour le punir de ses amours passés, quelqu'un, là haut, avait décidé que son dernier amant serait le pire ?

Il s'entendit parler, sans y penser, contre les lèvres de Paul et les yeux baissés, mi-voilés par des paupières tombantes.

Que devait-il faire ? Paul n'était plus prêt à prendre les décisions pour lui. L'accord pris une demi heure plus tôt s'était évaporé avec les révélations. Peut être que cela signifiait qu'il fallait qu'il se repose sur ses propres forces -s'il en avait. Le fort survit, le faible ne peut que mourir. N'était-ce pas l'essence même du nazisme ?

Il s'entendit parler, sans avoir pensé ce qu'il disait ; mais au moment où il le disait, il s'aperçut que ce devrait être sa vérité.

"Dieu en décidera."


Et s'il décide que je suis coupable,

Sa main droite remonta le long des plis blancs, jusqu'à la couture de l'épaule, jusqu'à la joue qu'elle vint enlacer de tous ses doigts.

Alors je saurai qu'Ils ne l'étaient pas

Pas besoin de forcer, pas besoin : il était le plus petit des deux, il n'avait que son propre visage à relever.

Et je purgerai ma peine.

Ses lèvres scellèrent le jugement.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Lun 14 Déc - 0:43

Quand Heinz fit un pas dans la direction de Paul, la première réaction de son interlocuteur, si rapide qu’on pouvait la qualifier d’instinctive, fut un mouvement de recul. Comme le Français refusait de céder un seul pouce de terrain à l’Allemand, il s’obligea à rester à la même place, mais ses poings se serrèrent, le sang quitta son visage pour aller alimenter ses muscles, et ses yeux affrontèrent ceux de son vis-à-vis, comme pour le défier de faire un mouvement supplémentaire. Heinz avait peut-être raison de parler de signes – Paul voulait se convaincre qu’il avait le contrôle de la situation, et qu’il n’avait pas peur de son invité indésirable, mais son instinct répondait que l’homme était une menace, d’autant plus dangereuse qu’il ne pouvait pas la combattre. Il avait peut-être tort d’ignorer ces signes, et ces avertissements, mais il était trop fier pour revenir sur sa décision. Il ne fuirait pas.

Heinz le connaissait probablement mieux que n’importe quel Montrois, Camille et quelques amis proches exceptés, mais le voyait finalement très peu. Il s’était certainement habitué à certaines de ses manies, au son de sa voix, et à ses gestes, mais ne savait pas réellement à qui il avait affaire, en fin de compte. Il imaginait sans doute qu’il était amoureux parce qu’il trouvait la présence de son amant plaisante, ou parce qu’il était heureux de pouvoir montrer ses véritables sentiments lorsqu’il passait le seuil de son appartement. Mais Paul, qui avait déjà connu l’amour à plusieurs reprises, se demanda comment Heinz pouvait se satisfaire de leur relation bancale, au point de vouloir la continuer encore « longtemps », au point de vouloir être à ses côtés à tout prix, quitte à être malheureux. Il secoua la tête d’un air las.

"Dieu..." souffla-t-il quand Heinz revint sur son idée première.

Il ne ressentit rien lorsque l’Allemand l’embrassa. Ni colère, ni désir, ni plaisir, ni dégoût. Il sentait juste une pression sur ses lèvres, qui n’était ni désagréable, ni agréable, et qu’il ne tenait pas spécialement à prolonger. Il se contenta donc de tourner la tête, pour échapper à ce baiser, tandis que ses bras enlaçaient l’Allemand. Il le serra contre lui et posa son menton sur l’épaule du gestapiste, en songeant qu’il devait prendre une décision, à son tour, et s’y tenir jusqu’au bout. Jusqu’à ce que ses sentiments à l’égard de Heinz changent, dans un sens ou dans l’autre. Sans doute jusqu’à ce qu’il ne puisse plus le supporter, tout simplement.

"Dieu décidera, tu dis ? Peut-être. Moi, en tant qu’homme, je décide que tu n’as rien fait pour gagner ma confiance, tout comme je n’ai rien fait pour gagner la tienne. Mais je décide aussi de t’accepter chez moi, et d’être loyal, jusqu’à ce que tu me trahisses, ou jusqu’à ce que toute ma patience soit épuisée"

Pour le reste, la balle était dans le camp de Heinz. Paul prenait ses responsabilités, le gestapiste devait prendre les siennes.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Mar 15 Déc - 19:23

Fallait-il ajouter quelque chose, ou le silence était-il une réponse assez éloquente ?

Ils n'y avait rien à dire qu'ils n'aient déjà essayé. Heinz avait déjà proposé de faire tout ce que Paul jugerait suffisant pour lui prouver qu'il tenait à lui. C'était sans doute stupide, peut être suicidaire. Mais pas forcément plus que de rester avec Paul et d'espérer que la suite irait mieux. Il ne l'aimait pas maintenant, certes. Il l'aimerait peut être demain, ou plus probablement dans un mois, un an. Est-ce que ça ne suffisait pas à justifier les risques ? Heinz ne se rappelait pas le jour où il avait été amoureux pour la dernière fois, alors même que ces maigres sentiments pesaient lourd dans la balance. Tant qu'il aimait, il pouvait se dire qu'il n'était pas mauvais -pas complètement, au moins.

Les choses changeraient. Il fallait qu'ils changent. Les êtres ne restaient pas immobiles, jamais.

Paul changerait d'avis.

Heinz ferma les yeux. Il voulait que l'étreinte dure le plus longtemps possible, que le temps s'arrête, que la veste qui trainait dans la cuisine n'y soit plus quand y retournerait ; que la casquette disparaisse, qu'il soit de nouveau en costume cravates.
Qu'ils prennent un train pour nulle part.

Au bout d'un moment, Paul desserra l'étreinte. Heinz le prit comme le signe du départ et, sans rien dire, recula, se baissa, ramassa sa casquette sans la regarder. En y repensant, il allait devoir retourner rue Carnot. Il n'avait pas signé les papiers pour la logistique et s'il ne le faisait pas, tout aurait du retard.

Il passa la main dans ses cheveux.

"Si je prends des billets de train vers Paris, tu viendras avec moi ?"

Aller-retour, évidemment.

Parce que les trains pour nulle part, au fond... on sait tous que ça n'existe pas.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Jeu 17 Déc - 2:15

Ce n’était pas la première fois, et sans doute pas la dernière, que l’Allemand décidait de répondre à une question posée dix minutes plus tôt, mais c’était toujours aussi perturbant. Paul, encore étourdi par la fin de leur conversation, ne comprit pas immédiatement où son amant voulait en venir. Il secoua la tête d’un air perdu, toucha la branche de ses lunettes, et tenta de rassembler ses idées. Paris ? Qu’est-ce que la capitale venait faire dans cette histoire ? Ce n’était pas la porte d’à côté, et c’était bien la première fois que le gestapiste parlait de quitter Montreuil, sans compter un éventuel retour en Allemagne. Il comprit subitement que c’était effectivement lié au reste de leur discussion, et plus particulièrement aux solutions – à la solution – susceptibles de faire évoluer les choses entre eux.

Heinz lui proposait de « sortir ».

"Sérieusement ?"
demanda le professeur, pour se donner le temps de réfléchir.

Il n’appréciait pas l’idée parce qu’il ne voulait pas avoir de dettes envers Heinz, mais c’était finalement sa seule objection. Il ne redoutait pas la réaction de Camille, qui avait l’habitude de s’absenter pendant des périodes de durée variable, et il devait avouer qu’il avait très envie de retourner à Paris. Il n’avait pas quitté Montreuil depuis des années, sauf pour de rares visites chez sa mère, et ne se rappelait même plus de son dernier séjour dans la capitale. De plus, il était presque sûr de ne croiser aucune tête connue là-bas. Enfin, tant qu’il ne se présentait pas en uniforme, la compagnie de Heinz n’avait rien de déplaisant. Il pesa le pour, pesa le contre, et se rappela qu’il avait décidé d’accorder sa chance à l’Allemand.

"Si tu veux bien que je vienne, je viendrai, oui"
répondit finalement le Français, en faisant glisser les lunettes sur son nez, avant de les enlever.

Il hésita puis ajouta :

"Pourquoi tu dois aller là-bas ?"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Sam 19 Déc - 14:02

Oui de la tête, l'air très convaincu. Bien sûr qu'il était sérieux ! Vu la teneur de leur conversation, est-ce que c'était le moment de plaisanter comme un con ?

Le bon point était que Paul avait l'air d'y penser. Quand il tripotait ses lunettes, cela signifiait toujours qu'il réfléchissait puisque l'action précédait trop souvent une réplique-qui-tue-l'enthousiasme. Cette fois comme toutes les autres, cela ne manqua pas : "Pourquoi tu dois aller là-bas ?" Voilà. Tripotage de lunettes, suivit quasi immédiatement par une réaction de doute. Un jour, rien qu'en regardant Paul, il réussirait à prévoir à ses répliques à l'avance.

"Parce que j'ai envie,"
répondit-il simplement.

Non mais c'est vrai, quoi, qu'est-ce qu'il irait faire à Paris sinon ? Ce n'était pas comme si quelqu'un avait besoin de lui là bas. Et puis Paris, c'était un peu le club med nazi de l'époque : des filles, un tas de trucs pas chers, des beaux paysages, des collabo qui cirent les bottes avec la langue et des boîtes où on pouvait tout faire -trouver une fille, deux filles, trois filles, de toutes les couleurs, et même des hommes. Il se souvenait encore du long frisson de dégoût et d'incompréhension d'Helmar quand il lui avait raconté ça.

"Mais si je prends une permission pour aller là bas, personne ne pensera, que c'est bizarre. Les officiers adorent aller à Paris. Je ne suis jamais allé là bas, moi."

Il aurait bien aimé mais, tout seul, c'était déprimant. Et puis Heinz n'avait jamais été un grand voyageur. Paris, c'était un rêve qu'on voyait en photo, où on allait en amoureux ou en groupe d'intellos pour s'extasier sur les voûtes gothiques de Notre Dame en chuchotant "Haaaaaaaaaaaaaaaaan c'est comme dans les livres de Victor Hugooooooooooo !", les yeux pleins d'étoiles et la bouche en coeur. M'enfin, c'est pas à la Gestapo de Montreuil qu'on trouvait des amateurs de la Joconde et de la Galerie des glaces.

"Tu me feras visiter ?"
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Lun 21 Déc - 21:04

Apollinaire ne fit aucun commentaire quand Heinz répondit qu’il n’avait aucune raison de se rendre à Paris, sans compter son humeur du moment. C’était une raison comme une autre, et le Français la jugeait plutôt bonne. Il hocha simplement la tête, en tentant de rassembler ses vieux souvenirs de la capitale. Il n’avait pas voyagé depuis longtemps, et la perspective de quitter Montreuil, en particulier pour se rendre en Ile-de-France, n’était finalement pas pour lui déplaire. C’était même une idée assez agréable et, pendant un bref moment, il ne songea plus à la rancœur que lui inspiraient Heinz et sa charge. Il serait heureux de « sortir », en fin de compte. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres lorsque l’Allemand lui demanda s’il serait capable de lui montrer un peu la ville.

"A tes risques et périls, je ne suis pas allé à Paris depuis des années. Mais je pense être capable de te montrer les coins qui valent la peine d’être vus"


Peut-être. Avec un peu de chance. Mais c’était finalement sans importance. Ils changeraient d’air, tous les deux, tout simplement, ce qui ne pouvait pas leur faire de mal. Pour un peu, Paul se serait senti de bonne humeur. Sauf que Heinz avait toujours sa casquette à la main, et que sa veste d’officier l’attendait sagement dans la pièce d’à côté – et que, malgré tous ses efforts, le Français ne pouvait pas l’oublier. Comme il ne voulait pas chasser Heinz, il se pencha vers lui, pour l’embrasser.

S’il n’était pas venu en uniforme, il lui aurait sans doute proposé de rester avec lui pour la soirée, voire pour la nuit. Mais il craignait que la concierge, ou un de ses voisins, ne soit tombé sur lui à l’aller, et s’inquiète de ne pas le voir repartir.

"Je pense que tu devrais partir, maintenant"
dit-il simplement.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Mar 22 Déc - 2:32

Alors c'était un oui, un vrai oui même si Paul n'avait pas dit "oui". Il acceptait non seulement de venir avec lui, mais aussi de le promener (et potentiellement de le paumer, mais ça...) dans Paris. Et puis de toute façon Heinz pourrait acheter un guide quelque part ou harceler Kurtz pour qu'il lui dise tout sur Paris... à moins que Kurtz n'y soit jamais allé... dans ce cas, il le harcèlerait quant même, juste pour qu'il soit bien dégoûter de rester à Montreuil à regarder passer des paysans.

Parce qu'ils allaient à-Pa-ris.

D'ailleurs ils demanderaient une chambre pour deux, avec deux lits, en se faisant passer pour des radins ou un truc du genre. Ils passeraient toute la nuit ensembles et iraient manger du homard sur les Champs Elysées avec ce qu'ils économiseraient à l'hôtel.

Il lui fallait un Leica. Un super Leica pour se prendre en photo devant la Tour Eiffel.

A ce train là, il allait finir gravement fauché, mais il s'en fichait plus ou moins.

Il va sans dire que quand Paul couronna la séance d'euphorie amoureuse d'une tentative de baiser, la réponse fut deux bras autours de son cou et un baiser comme Hollywood était encore trop pudique pour en montrer. Quand Heinz se laissa retomber après presque deux bonnes minutes sur la pointe des pieds (c'est que Paul n'était pas petit quand il voulait), il était de nouveau légèrement essoufflé.

"Je reviens dimanche, ça se verra moins que si je viens demain !"

Il déposa un dernier baiser sur les lèvres de Paul avant de sortir, sans se rendre compte que son français était avait été d'une correctitude surprenante... et que sa veste était restée dans la cuisine.
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MessageSujet: Re: En uniforme (Vendredi 9 Mai)   Jeu 24 Déc - 2:42

Heinz prenait rarement des initiatives, au contraire. Il était plutôt du genre à demander la permission avant de faire quelque chose, de peur de commettre un impair. Paul fut donc passablement surpris quand Heinz répondit avec fougue à son ébauche de baiser, en nouant les bras autour de son cou. Sa première réaction fut d’ailleurs un mouvement de recul, dicté autant par la surprise que par un réflexe destiné à protéger son espace personnel. Mais passées les premières secondes de stupeur, le Français accepta le don, et enlaça son amant. Il releva la tête, puis lâcha l’Allemand lorsque le baiser toucha à sa fin, tandis que celui-ci allait rassembler les pièces éparses de son uniforme. Encore un peu abruti par la conversation qu’ils venaient d’avoir, et le baiser qui l’avait terminée, il hocha juste la tête quand Heinz déclara qu’il reviendrait dimanche.

"Si tu veux" marmonna-t-il.

Comme l’Allemand ne faisait pas mine de se tourner vers la cuisine, ce fut le Français qui alla chercher la veste. Il pressa l’allure quand Heinz posa la main sur la poignée, et il était à deux doigts de courir quand il rattrapa l’Allemand dans le couloir, avec la pièce en question dans la main.

"Je crois que tu oublies quelque chose" grogna-t-il en allemand.

Il se hâta de lui rendre sa veste, avant de se frotter les mains, comme pour se débarrasser de toute trace de l’uniforme allemand, sur sa peau, et dans ses souvenirs. Il songea à ajouter quelque chose, mais se ravisa, et se contenta de lui adresser un signe de tête poli, avant de regagner ses pénates. Et une fois seule dans son appartement, dos à la porte, il se demanda une fois encore ce qu’il avait fait à la Providence pour hériter d’un tel amant.
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En uniforme (Vendredi 9 Mai)

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