[Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]


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[Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]

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MessageSujet: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Jeu 28 Jan - 23:43

[Suite de ce sujet.]

La chambre des invités était un appartement d'officier tout ce qu'il y avait de plus classique : un lit, une armoire en bois qui devait déjà être là du temps de Mémé Marie, une commode, un bureau avec sa chaise... comme dans tout le château, l'éclairage était électrique et le sol en pierre. De jour la vue tombait loin, mais à cette heure, les deux fenêtres étaient deux rectangles de bleu assombri par lesquels on apercevait surtout une épaisse chape de brouillard sur la ville en contrebas.

Un vase laissait entendre qu'on mettait des fleurs quand on attendait quelqu'un. Peut être pour chasser l'impression de vide, ou le sentiment que l'endroit était une vieille pièce où plus personne ne vivait à plein temps. Avec la fenêtre ouverte pour aéré et un bouquet, oui, ça devait être beaucoup plus accueillant.

Si la chambre était censée être en bon état, ce n'est pas ce que Madeleine Rollin découvrit en entrant.

Pour commencer, le lit n'était pas fait : les draps blancs se tordaient comme autant de corps torturés, un oreiller gisait au sol à côté d'une couverture aux pliés désorganisés... mais quelques indices, et en particulier une fine couche de poussière, révélait que personne n'y avait résidé officiellement puisque le ménage n'y était fait en détail que lorsqu'on savait que quelqu'un venait, ce qui n'avait pas été le cas ces dernières semaines.

En approchant, quelque chose attirait le regard, quelque chose qu'aucune domestique de Sarnand n'aurait laissé traîner.

Une petite culotte.
Rouge.
En dentelle.
Taille moyenne, sans doute (un connaisseur aurait dit "la taille du cul d'Anna Schmidt", mais Madeleine Rollin n'était sans doute pas connaisseuse).

La chambre était rangée, qu'ils disaient ?
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Mar 2 Fév - 3:40

A peine eut-elle franchi le seuil de la cuisine que Madeleine prit la direction de la lingerie, aussi vite que possible. La horde de visages de ses collègues flottaient toujours devant ses yeux, et les ordres du Chef Eisen continuaient à bourdonner à ses oreilles. Certes, elle ne comprenait pas l’allemand, mais la voix du cuisinier était suffisamment forte pour qu’elle l’entende en sortant des cuisines et véhiculait assez d’urgence pour qu’elle ne ressente pas l’envie de lambiner en cours de route. La jeune femme fit donc de son mieux pour se dépêcher, tout en évitant de se prendre les pieds dans un tapis ou de se cogner dans un mur – ce qui était un exploit, étant donné que la panique des allemands était un brin contagieuse –, et ne mit pas plus de quelques instants pour atteindre la pièce qu’elle connaissait bien.

Ce ne fut qu’une fois ressortie de la lingerie, les bras chargés d’un panier de draps propres, et les pieds occupés à gravir les escaliers qui la mèneraient jusqu’à l’aile Est, qu’elle réalisa que ses efforts étaient certainement inutiles. Obnubilée par les paroles de celui qui lui avait parlé, la domestique avait complètement oubliée que les draps de la grande chambre des invités étaient déjà propres, puisqu’elle les avait elle-même changés la dernière fois que quelqu’un y avait dormi. Et, étant donné que la situation était urgente, il n’était peut-être pas nécessaire de refaire le lit avec des draps plus frais, n’est-ce pas ? Enfin, elle était déjà à mi-chemin, et elle n’avait pas franchement envie de faire demi-tour maintenant. Ca ne lui ferait que perdre un peu plus de temps, temps qui, si l’on en croyait ses collègues, était déjà compté. Madeleine poursuivit donc sa progression jusqu’à la porte de la chambre dont elle actionna la poignée, poussa le battant et…

… Et elle s’arrêta net sur le seuil, pétrifiée.

Incrédule, horrifiée, la jeune femme contempla sans faire un geste le désastre qui s’offrait à son regard et faillit laisser tomber le panier qu’elle tenait. Heureusement, le long frisson qui descendit le long de sa colonne vertébrale quand elle compara le désordre du lit à l’urgence de la situation lui permit de se ressaisir, et elle resserra in extremis sa prise sur les anses en osier. Il fallait que tout soit parfait, que les draps soient propres et frais, et tout… Mais comment était-ce possible que la pièce soit sens dessus dessous, alors que personne n’avait dû y entrer depuis plusieurs semaines ?

Effarée, Madeleine fit quelques pas prudents dans la chambre et repéra aussitôt quelque chose d’encore plus incongru que le désordre de la pièce. Une culotte. Rouge. Les joues de la domestique prirent immédiatement une teinte assortie et elle lâcha plus qu’elle ne posa son panier, avant d’attraper le sous-vêtement qui n’avait rien à faire là et de l’enfouir sous la pile de draps. Ceci fait, elle se redressa et balaya la pièce d’un regard mi-horrifié mi-paniqué.

« Oh misère ! » murmura-t-elle, en se mettant à la tâche.

Elle n’avait pas le choix, il fallait changer les draps. Et vite. Et ensuite, elle devrait faire le ménage, puisque toute cette poussière ne correspondait certainement pas à la perfection qu’on attendait d’elle. Et il y avait ce vase vide aussi… Mais elle n’avait pas pris de fleurs pour le remplir, et il était de toute manière trop tard pour aller en chercher maintenant. Oh, misère ! Elle n’aurait jamais le temps de tout faire… surtout si l’urgence de la situation était vraiment urgente.
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Lun 22 Fév - 13:54

Heureusement, l'urgence n'avait pas l'air trop urgente pour le moment, puisqu'aucun Allemand Terrifiant ne vint s'encadrer dans l'embrasure de la porte de la chambre pour terroriser la pauvre Madeleine. En fait le couloir était même très silencieux, peut être que tous les intéressés avaient déjà trouvé un poste d'observation ou s'étaient portés sur l'Aire pour savoir ce qu'il se passait. L'avantage était que Madeleine saurait certainement à l'avance si un groupe approchait (et pourrait peut être se cacher dans le placard ?), car il serait difficile de manquer le boucan de voix qui l'accompagnerait forcément.

La chambre ne semblait pas réserver d'autres mauvaises surprises : pas d'autres pièces de sous vêtements, aucun dragon pygmée caché sous les draps, et même pas une chaussette sous le lit. Une fois qu'elle aurait fait les poussières et le lit, et dissimulé (ou remplit) le vase, peut être ouvert une fenêtre, tout serait certainement très regardable.

Sous les mains expertes de Madeleine, la chambre reprenait un air plus convenable. Disparues, les couvertures chiffonnées ; dans le panier, les draps plissés comme des bouquets de fleurs en papier ! La poussière continuait à ricaner, mais elle faisait déjà moins la fière : la fine couche de poudre grise devait savoir qu'elle vivait ses derniers instants. A moins que... que quelqu'un ne vienne interrompre la domestique.

Oui, non ?

Des pas résonnèrent dans le couloir...

Mais pour le moment, non : les pas passèrent devant la porte et continuèrent sans s'intéresser à Madeleine ou à la chambre. Le danger était écarté, pour cette fois...


[Heinzi-chaussette débarquer au prochain message !]
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Jeu 25 Fév - 21:35

La situation était urgente, c’était un fait, et Madeleine l’avait bien compris, même si elle ne savait pas vraiment pourquoi. D’un autre côté, pour ne pas le comprendre, il aurait fallu qu’elle soit vraiment stupide, étant donné que ses collègues avaient apparemment fait leur possible pour qu’elle s’en rende compte. Seulement, ils avaient oublié un détail – ou alors, ils avaient fait exprès. Dire à la jeune femme que tout devait être parfait, que c’était très, très urgent était le meilleur moyen de lui mettre la pression et de la faire paniquer. Bien sûr qu’elle savait très bien préparer une chambre, bien sûr qu’elle se débrouillait toujours pour que tout soit parfait, mais l’expression qu’avaient eu ses collègues –français ou allemands, d’ailleurs – était le meilleur moyen pour le lui faire oublier.

Et la pagaille qui régnait dans la chambre aussi, d’ailleurs. Effarée, après avoir ramassé le sous-vêtement qui traînait, Madeleine resta quelques longues secondes immobile, plantée au milieu du désastre, tandis que son cœur s’affolait. C’était un cauchemar. On l’avait empêché de finir son repas pour l’envoyer nettoyer une chambre de toute urgence, chambre qu’elle avait laissée quelques semaines plus tôt en parfait état de propreté et qui se trouvait maintenant, alors que personne n’aurait dû y entrer, dans un bazar indescriptible. Jamais elle n’aurait le temps de tout faire. Passer un coup de chiffon pour enlever la poussière, c’était rapide, de même qu’un coup de balai, mais là… il fallait changer les draps, remettre de l’ordre dans les oreillers, remettre les couvertures correctement…

Au prix d’un énorme effort sur elle-même, la jeune femme inspira profondément et décida de cesser de penser à tout ce qu’elle devait faire. Tout le monde savait que, lorsqu’on se trouvait face à un immense tas de linge sale, il ne servait à rien de passer des heures à se dire que c’était impossible ; il fallait commencer par ce qui se trouvait à ses pieds, sans quoi on n’en finissait jamais. La domestique déposa donc son panier à ses pieds, avant de se diriger vers la fenêtre, tout en essuyant machinalement la paume moite de ses mains dans ses jupes. Première étape : ouvrir la fenêtre. Aérer la chambre, faire entrer un peu d’air frais. Et, accessoirement, essayer de se ressaisir un peu.

Ce dernier but ne fut que partiellement atteint, mais Madeleine ne se démonta pas pour autant et reporta donc son attention sur le lit. C’était le plus important. Comme le disait Grand-mère Louise, quand le lit était fait, on voyait moins la poussière sur les meubles. La jeune femme entreprit donc d’enlever les draps froissés et de les remplacer par des tissus propres et frais, qu’elle lissa avec application sur le matelas, avant de passer aux oreillers et aux couvertures. Au fur et à mesure qu’elle effectuait les gestes qu’elle accomplissait tous les jours depuis plus de dix ans, la domestique retrouvait peu à peu son calme. Oh, elle n’oubliait pas qu’elle devait se dépêcher, mais elle savait parfaitement ce qu’elle faisait, et elle était même de plus en plus efficace – et donc rapide – à mesure que les minutes passaient.

Les battements de son cœur avaient quasiment retrouvé un rythme normal et ses mains avaient presque cessés de trembler quand elle s’attaqua au dessus-de-lit. Malheureusement, comme pour lui rappeler que ce n’était pas la chambre de n’importe quel officier dont elle s’occupait, des pas résonnèrent soudain dans le couloir, rompant le silence qui régnait encore quelques instants plutôt. Aussitôt, Madeleine se pétrifia, les mains figées sur l’étoffe et les yeux fixés sur la porte. Elle sentit son cœur rebondir contre ses côtes, comme s’il voulait s’échapper de la cage thoracique qui le maintenant prisonnier, et le sang battre contre ses tempes, tandis qu’elle réalisait soudain qu’elle n’avait peut-être pas été assez rapide. Ils lui avaient dit, pourtant, que c’était urgent. Elle n’aurait pas dû traîner au début. C’était fini. Quelqu’un allait entrer, ce Heydrich qui faisait si peur aux allemands – qui paraissaient déjà terrifiants à ses yeux, pour dire ! – allait arriver et ce serait fini et…

… et les pas ne s’arrêtèrent pas et continuèrent leur chemin.

Un soupir de soulagement gonfla la poitrine de Madeleine, avant de s’échapper entre ses lèvres, et ses doigts se crispèrent un peu sur le dessus-de-lit, pendant que sa fréquence cardiaque se calmait peu à peu. Elle eut besoin d’une seconde supplémentaire pour disposer le tissu correctement sur le lit, avant de le lisser pour faire disparaître les quelques plis qui persistaient. Une profonde inspiration plus tard, elle recula de quelques pas pour juger son travail, avant de se tourner vers le reste de la pièce. La poussière ne s’était pas volatilisée pendant qu’elle faisait le lit et elle n’avait donc pas le choix : il fallait la chasser. La jeune femme, oublieuse du vase vide, se dirigea donc à nouveau vers son panier, pour se saisir d’un chiffon cette fois, et s’attaqua aux différents meubles, en commençant par la table de chevet.

C’était presque fini. Le bureau, la commode, un coup de balai si possible et tout serait parfait. L’invité surprise n’était certainement pas pressé de découvrir sa chambre au point de se dépêcher et de débarquer avant qu’elle ait terminé, n’est-ce pas ? … Pourvu qu’il ne débarque pas avant qu’elle ait terminé !
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Ven 26 Fév - 11:52

Madeleine Rollin n'était pas la seule à avoir peur : elle, au moins, n'était pas la subordonnée du type qui venait de débarquer.

Heinz ne connaissait pas Heydrich personnellement, bien qu'il ai travaillé dans son service depuis des années. Il lui était arrivé deux ou trois fois de faire un rapport devant lui (ce qui le laissait en sueur car le patron était particulièrement exigeant) et assez souvent d'assister à des réunions ou à des conférences en observateur silencieux. Cela ne changeait rien au fait qu'il le préférait très loin, si possible à Berlin, où Heinz ne serait pas le seul clampin de son service pour lui servir de camarade de jeu potentiel.
sans parler de sa carrière.

Gott in Himmel, si ça se passait mal ! Heinz était à moitié sûr qu'Heydrich ne savait même pas comment il s'appelait et il ne voulait pas que ça change. Que ferait-il s'il décidait que son timide employé était un bon à rien ? Il fallait que tout soit parfait, histoire qu'Heydrich soit d'une merveilleuse humeur toute la soirée, si possible très fatigué et très pressé de s'en aller, voilà, ça c'était une super idée, parce qu'il était totalement impossible que les choses se passent assez bien pour qu'on lui donne une promotion.

Il était donc passé aux cuisines pour vérifier, le front luisant, que les domestiques étaient au courant. On lui avait répondu que oui oui, évidemment, qu'on y travaillait, même si on était sur les réserves de la fin de semaine, qu'il manquait du monde et qu'il n'y avait eu que Mado de disponible pour faire la chambre, alors il fallait espérer qu'elle n'avait pas fait de malaise en chemin.

Gott in Himmel. Et si Madeleine ne finissait pas avant qu'Heydrich décide de se changer, ou d'aller faire ce qu'on pouvait faire dans une chambre, ou juste qu'un de ses hommes d'équipage aille poser des vêtements (ou autre chose) et caftait ? Et si Mado s'était évanouie au milieu de la chambre ou pire, devant la porte, et qu'Heydrich la trouvait là ? C'est sûr, Heinz ferait une crise d'asthme avant même d'être devant le patron s'il n'allait pas vérifier avant (ce qui serait encore pire que si Madeleine s'évanouissait sur place).

Ce n'est pas qu'il n'avait pas confiance, vraiment... c'est juste que c'était Madeleine et qu'elle avait sa petite réputation.

Ce qui expliqua, sans doute, qu'en regardant vers la porte comme une souris effrayée pour voir à qui appartenait les pas dans le couloir, Madeleine Rollin se soit retrouvée nez à nez avec un Hauptsturmführer essoufflé et pas très fier...
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Sam 27 Fév - 23:39

La réputation de Mado était vraiment très exagérée. Parce que, non, elle n’avait pas fait de malaise en route, pas plus qu’elle ne s’était évanouie sur place. D’ailleurs, elle ne l’avait jamais fait, quelles que soient les circonstances. Tout au plus avait-elle déjà cassé un nombre incalculable de pièces de vaisselle, renversé au moins autant de plats et fait tomber tant de fois son panier de linge que ce n’était même plus la peine de les compter, mais cela n’arrivait que lorsqu’elle avait le malheur de croiser le chemin de quelqu’un. Quand il s’agissait de s’occuper d’une chambre, d’en changer les draps ou d’y faire le ménage, Madeleine était parfaitement capable de se débrouiller… du moment qu’elle n’était pas trop stressée par ailleurs, que ses mains ne tremblaient pas comme des feuilles d’arbre agitées par le vent et que sa fréquence cardiaque restait dans les limites de la normale.

Ce qui était, pour l’instant, le cas. Faire le lit et remettre de l’ordre dans la chambre avaient permis à la jeune femme de retrouver un semblant de calme, même si les bruits de pas dans le couloir l’avaient bien mis à mal quelques instants. Mais, depuis ce léger incident, rien n’était revenu la terroriser distraire, et elle avait pu sans peine continuer sa tâche. La table de chevet était débarrassée de la poussière grise qui l’envahissait encore quelques instants plus tôt, de même que le bureau, la commode et le dessus de la cheminée. Elle avait même déplacé machinalement le vase vide, afin d’ôter toute trace qui aurait pu profiter de l’objet pour se cacher, mais n’avait pas pour autant fait attention à ce qu’elle avait bougé. Elle était, il fallait bien l’avouer, trop occupée à écouter les bruits qui pouvaient lui parvenir du couloir et lui annoncer qu’elle était fichue pour noter qu’elle devait se débrouiller pour le remplir ou l’enlever.

Après avoir secoué son chiffon par la fenêtre et refermé ladite fenêtre, Madeleine déposa le morceau de tissu dans son panier et prit la direction de la porte. Pas pour quitter définitivement la chambre, non, non – elle n’avait pas fini – mais pour aller chercher le balai qui lui manquait. Parce que le chiffon, c’était bien beau, mais pour se débarrasser de la fine couche de poussière qui recouvrait le parquet, ce n’était pas terrible. Mais, de toute manière, les événements paraissaient décidés à empêcher la domestique de quitter la pièce, que ce soit pour de bon ou pour le temps de se munir d’un outil. En effet, alors qu’elle s’apprêtait à franchir le seuil de la chambre, des pas retentirent à nouveau dans le couloir. Aussitôt la jeune femme se pétrifia. Les quelques neurones qui possédaient la faculté de travailler même en cas de problème tentèrent bien de la faire reculer et s’éloigner de la porte, mais ils ne pouvaient pas entrer en connexion avec leurs collègues responsables des mouvements. Ceux-là ne fonctionnaient pas en temps de crise.

La seule chose que pouvait donc faire Mado, immobile à l’entrée de la pièce, était donc de prier pour que les pas, comme précédemment, continuent leur chemin sans se préoccuper d’elle ou de la chambre du nouvel arrivant. Elle priait aussi pour que celui qui marchait n’ait pas l’ouïe trop fine, sans quoi il avait toutes les chances d’être attiré par le bruit assourdissant que provoquait son cœur dans sa poitrine. Les mains crispées dans ses jupes, le visage blême, elle avait l’impression que c’étaient les seules choses qu’elle entendait. Son cœur qui s’affolait et les pas qui se rapprochaient…

… et qui ne passaient pas leur chemin.

Lorsqu’ils s’arrêtèrent devant la porte, Madeleine baissa instinctivement les yeux, tandis que le sang lui montait aux joues. Elle resta une longue seconde à fixer le parquet entre ses pieds et ceux de l’arrivant, avant de lever lentement le nez vers le visage de son vis-à-vis. Ce faisant, ses neurones – ou du moins ceux qui étaient en état de marche – eurent le temps d’analyser l’uniforme que détaillaient les yeux, et les signaux d’alarme qu’ils envoyèrent finirent par atteindre les neurones moteurs au moment où la jeune femme découvrait le visage de celui qui lui faisait face. Elle recula donc d’un pas, pendant que ses lèvres tentaient de laisser échapper un son.

« Mon… monsieur Siedler ! »

Et pour le coup, elle ne savait pas si elle était un peu soulagée – ce n’était pas ce Heydrich terrifiant – ou encore plus terrifiée – parce que l’officier Siedler était quand même le chef de la Gestapo qu’elle avait bousculée dans un couloir, et tout, et tout.
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Lun 8 Mar - 22:07

Bon, déjà elle n'était pas mourante... mais encore fallait-il qu'elle le reste. Vivante. Vu son expression, ce n'était pas dit (et Heinz ne savait pas qu'elle ne s'était encore jamais évanouie, elle n'en avait pas l'air bien loin). L'Allemand exhala tout de même un souffle soulagé, rassuré de voir que quelqu'un s'en occupait et qu'apparement ça avançait sérieusement.

Peut être qu'Heydrich ne serait pas mis de mauvaise humeur par un mauvais lit.
Peut être qu'il ne serait pas mis de mauvaise humour tout court.
Oh bonheur. Peut être même qu'il oublierait Heinz dès que son dragon décollerait de Sarnand. Ce serait le paradis !

"Mademoiselle Madeleine ! Ne vous inquiétez pas je viens voir si tout va bien si vous avez besoin d'aide je peux vous aider !"


En somme, il ne s'interrompit que lorsqu'il commença à manquer de souffle (ce qui heureusement venait assez vite quand il était paniqué), et se posa à ce moment là la question : ai-je été compréhensible ? La réponse probablement négative le fit rougir de gêne, puis légèrement paniquer quand il se rendit compte, en prime, qu'il la mettait peut être en retard. Il fallait absolument se calmer, respirer, respirer calmement et se calmer en respirant ; et si possible, que Madeleine ne panique pas, sinon Heinz était sûr qu'il allait achever de paniquer aussi.

Se calmer. Respirer.

"Je peux vous aider ?"

Ca le calmerait sûrement de faire ça, non ? Et au pire, si Heydrich le virait, il pourrait trouver du travail dans le domaine du ménage...
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Mer 17 Mar - 1:32

L’air certainement complètement hébété, Madeleine resta bien quelques secondes à fixer le visage de l’allemand sans esquisser un seul geste. Ses mains moites crispées sur le tissu de sa jupe et son cœur tambourinant contre ses côtes semblaient occuper toutes ses fonctions de perception et elle eut le plus grand mal à se concentrer sur les paroles de son vis-à-vis. Son esprit était bien trop affolé pour réussir à déchiffrer les mots prononcés par l’officier Siedler et, en gros, à part son prénom, « bien » et « aider », la jeune femme n’y comprit rien. Et comme ces quelques syllabes ne permettaient pas vraiment de reconstituer le sens global de la phrase, surtout quand on avait les neurones à moitié hors-service, il était évident que la domestique ne savait ni quoi faire, ni quoi dire, si tant est qu’elle en eût été capable.

Cette constatation n’aida pas franchement Madeleine à se ressaisir, puisque, du coup, la seule pensée qui réussit à se former dans son esprit fut que l’officier Siedler, le chef de la Gestapo, lui avait parlé et qu’elle était incapable de suivre la conversation. Ce n’était définitivement pas rassurant du tout, et Mado baissa de nouveau instinctivement la tête en se mordillant la lèvre inférieure, comme si elle ne voulait pas risquer de voir l’irritation passer sur le visage de l’allemand.

Elle n’eut toutefois pas le temps de recommencer l’observation détaillée du parquet qui se trouvait entre leurs pieds, puisque ce fut le moment que choisit l’officier Siedler pour poser une question, bien plus compréhensible, même pour les neurones paniqués de la jeune femme, mais très peu logique, surtout pour lesdits neurones. Ses doigts desserrèrent un peu leur prise sur ses jupes, sous le coup de la surprise, et Madeleine releva le nez pour regarder l’homme avec des yeux aussi ronds que des soucoupes et s’assurer que ce n’était pas une blague et/ou qu’elle avait bien entendu. Il avait demandé s’il pouvait l’aider ? Mais, mais, les officiers allemands n’aidaient pas les domestiques à faire leur travail, n’est-ce pas ? Bien sûr, celui-ci avait déjà porté son plateau jusqu’en cuisine – et rien que d’y penser, les joues de la jeune femme reprenaient une couleur rouge qui leur était bien plus habituelle que leur pâleur précédente – mais ce n’était pas normal pour autant.

« Je, je… » bafouilla Mado, en réalisant qu’elle fixait toujours son vis-à-vis avec des yeux ronds, ce qui ne diminua pas du tout la température de ses joues.

Elle cligna une fois des paupières et ses poings se crispèrent à nouveau, mais elle réussit – ô miracle ! – à ne pas baisser encore une fois les yeux. Ses lèvres s’ouvrirent à deux reprises sans qu’aucun son n’en sorte, mais la troisième fut la bonne.

« Je… J’ai presque fini, finit-elle par articuler, en reculant à nouveau d’un pas, comme pour inviter l’officier à se rendre compte par lui-même de l’état de la pièce. Je… Il ne me reste que le balai… »

Et les officiers allemands ne passaient pas le balai, n’est-ce pas ? D’ailleurs, ils ne faisaient pas le ménage du tout, normalement. A la limite, ils critiquaient celui des domestiques, mais ça s’arrêtait là. Et Madeleine espérait même que ça n’irait pas jusque-là. Elle n’osait même pas imaginer ce qu’elle ferait si son vis-à-vis lui disait qu’elle n’avait pas fait son travail correctement. Certes, la jeune femme se débrouillait d’habitude pas mal quand elle s’occupait d’une chambre, mais les circonstances présentes n’avaient rien d’habituel, et la panique causée par la situation s’ajoutait à celle causée par la présence de l’homme. Une petite partie de son esprit, un peu moins stressée que les autres, aurait pu avancer l’idée qu’il valait peut-être mieux que la critique vienne de l’officier Siedler plutôt que de ce Haydrich qui terrifiait même les allemands – si critique il devait y avoir – mais Madeleine n’était pas en état de considérer la question. Il lui restait tout juste suffisamment de sang-froid pour ne pas oublier de respirer et pour que la crispation de ses poings lui évite de céder complètement à la panique.
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Sam 20 Mar - 18:40

D'accord, bon d'accord, alors il restait juste à... à faire quelque chose, sans doute, ou ne rien faire mais trouver quelque chose à faire de ses mains. Tout pour ne pas ressembler à une poule hystérique quand il faudrait saluer le patron, en espérant qu'il passerait sans le voir et oublierait aussitôt sa présence. C'était toujours comme ça que ça se passait à Berlin, mais il était plus difficile de se noyer dans la masse à Sarnand. Ce n'est pas comme s'il y avait eu d'autres officiers du SD dans le coin.

"D'accord. Je vous laisse faire," répondit-il Heinz en commençant à se tordre les doigts.

Faire les cent pas. C'était une bonne idée, faire les cents pas ? Il en fit trois, avant de s'arrêter, parce qu'il risquait de la gêner. Croiser les mains dans son dos. Mieux, comme ça il arrêtait de les bouger dans tous les sens. Ca ne lui disait pas quoi faire de ses pieds, mais quant même, il était en progrès.

"C'est mon patron," finit-il par dire en se remettant à marcher. Un tour, demi tour avant de s'en rendre compte et de s'arrêter, de mettre ses mains dans ses poches et d'essayer (sans trop de succès) de ne pas avoir l'air trop traumatisé.

"Je suis sûr que ça va mal se passer."

Un demi pas.

"Il va forcément trouver quelque chose à dire que je fais mal. Ou découvrir que j'existe. Rien que ça c'est mauvais !"

Parce que tant qu'il ne savait pas qu'il existait, il ne pouvait pas avoir de mauvaise opinion de lui, lui mettre des blames ou pire, le monter en grade et l'envoyer en Pologne. Ou juste l'envoyer en Pologne, en fait...
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Sam 27 Mar - 23:14

Et non, en fait, il ne critiquait pas son travail, finit par réaliser Madeleine, quelques secondes après la réponse de l’allemand. Il avait simplement dit qu’il la laissait faire, sans rien ajouter et sans même jeter un coup d’œil à la chambre, mais il ne faisait pas pour autant mine de s’en aller. Hésitante, la jeune femme resta encore immobile quelques instants, tandis qu’elle se demandait ce qu’elle devait faire, avant de finir par opter pour la suite de son ménage. L’officier Siedler avait dit qu’il la laissait faire, ça devait donc être la meilleure des choses à faire, n’est-ce pas ? Même si elle n’avait pas l’habitude d’avoir de la compagnie – surtout la compagnie d’un allemand, d’un officier allemand – pendant qu’elle faisait son travail.

Les joues toujours cramoisies et les doigts toujours crispés sur sa jupe, Mado franchit donc le seuil de la pièce et se dirigea vers le placard à balai qui n’était, heureusement, qu’à quelques pas, sans remarquer que l’homme se tordait les mains comme elle le faisait si souvent. Ses yeux étaient bien trop occupés à détailler le sol devant ses pieds. C’était très pratique, d’ailleurs, de regarder par terre, ça diminuait à la fois le risque de croiser le regard de l’officier Siedler et celui de se prendre les pieds dans un tapis ou dans tout autre obstacle qui aurait pu se trouver sur le chemin. Néanmoins, la domestique ne put pas manquer les déplacements de l’homme, et la seule explication qui lui vint fut qu’il s’impatientait. Il lui semblait pourtant qu’elle ne pouvait pas aller beaucoup plus vite, mais ce n’était peut-être pas l’avis de tout le monde… Après tout, ses collègues n’avaient-ils pas insisté sur le fait que la situation était urgente, qu’elle devait se dépêcher ?

Se mordillant la lèvre inférieure à cette idée et s’attendant presque à une remarque acerbe, Madeleine réussit tout de même à détacher ses mains de ses jupes pour ouvrir le placard. Ses doigts tremblaient légèrement mais ça ne l’empêcha pas de se saisir du balai, de la pelle et du seau qui allait avec, avant de refermer la porte et de pivoter sur elle-même pour retourner à la chambre et à l’allemand qui n’était pas parti. Il ne marchait plus, toutefois, et la jeune femme déglutit nerveusement, ne sachant pas si c’était bon signe ou non. La paume de ses mains devenait moite, pour changer, et elle faillit même tout lâcher quand il reprit la parole. Ce n’était pourtant pas vraiment une remarque acerbe qu’il prononça, et la domestique s’immobilisa pour le dévisager en silence et tâcher de comprendre de quoi – qui ? – il parlait.

Son patron ? Mais de qui parlait-il ? C’était lui, pourtant, l’officier Siedler, le chef de la Gestapo à Montreuil, non ? Même si Mado ne quittait pas beaucoup le château, ça, elle le savait. Et, par conséquent, elle ne voyait pas du tout ce qu’il voulait dire, et elle repoussa le plus résolument possible la simple constatation qu’il s’était remis à marcher pour essayer de comprendre. Il était le chef de la Gestapo, il n’avait donc pas de patron ici, n’est-ce pas ? A moins que… à moins que son patron ne soit pas ici en temps normal mais y soit là, maintenant, tout de suite ? A moins que ce qui avait semblé terrorisé les cuisiniers allemands et ce qui faisait tourner en rond l’homme devant elle soit une même et unique chose – ou, en l’occurrence, personne ?

Un O silencieux se dessina sur les lèvres de la jeune femme à cette pensée et ses doigts se serrèrent convulsivement autour du manche à balai et de l’anse du seau. Ce Heydrich si terrifiant qui venait d’arriver… c’était le patron de l’officier Siedler ? Autrement dit le patron du chef de la Gestapo ? Aka le Chef – avec un grand C – de la Gestapo ? C’était possible, ça ? Dans ce cas, ce n’était pas étonnant qu’il fasse si peur que ça… Ce n’était pas étonnant que la situation soit si urgente… Et, rien qu’à l’idée qu’il pourrait arriver avant qu’elle ait terminé le ménage de sa chambre, Madeleine sentit sa bouche s’assécher. Néanmoins, elle ne devait pas être la seule à s’inquiéter, vues les paroles suivantes de son interlocuteur. Elles donnaient un nouvel éclairage à la scène et à ses déplacements incessants.

Mado ne s’attendait pas du tout à entendre de tels mots de la bouche d’un officier allemand, mais elle parvint tout de même à retrouver ses esprits plus vite que la fois précédente. Il fallait préciser que la surprise ne pouvait pas faire long feu face à la compassion. S’il existait bien quelqu’un de comprendre ce que pouvait ressentir son interlocuteur, c’était elle. N’était-elle pas terrorisée, elle aussi, à la simple idée de croiser quelqu’un ? Si elle avait pu se débrouiller pour que le monde entier ignore son existence, elle l’aurait fait sans hésiter ! Même si elle n’avait jamais imaginé que quelqu’un d’autre puisse exprimer de tels sentiments, surtout un officier allemand – ils avaient tous l’air à l’aise dans toutes les situations – il n’en restait pas moins qu’elle pouvait le comprendre. Aussi la domestique prit-elle une profonde inspiration avant d’ouvrir la bouche.

« Pe… Peut-être que ça ne se passera pas mal, tenta-t-elle, plus faiblement qu’elle ne l’aurait voulu. Vous… Vous le faites bien, votre travail, non ? »

Sa voix s’était réduite à un murmure sur la fin, alors qu’elle se rendait compte de deux choses. D’une, elle était en train de parler du travail de la Gestapo – et ce n’était pas forcément un travail très sympathique et agréable à mentionner, d’après ce qu’elle avait entendu dire. Et de deux, elle avait répondu à l’officier Siedler alors qu’il ne le souhaitait peut-être pas. Peut-être qu’il ne faisait que penser à haute voix et qu’il ne voulait pas de son avis. Cette prise de conscience fut évidemment bien suffisante pour que les pommettes de la jeune femme reprennent une jolie couleur pivoine et qu’elle baisse la tête. Les grandes stressées n’étaient pas forcément les mieux placées pour rassurer les autres.
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Mer 7 Avr - 18:23

Faire correctement son travail ?

Mais ce n'était pas la question ! Heydrich était beaucoup plus dangereux que cela. Il suffisait de lui déplaire pour se retrouver en poste dans un coin paumé de la République Tchèque ou pire encore : dans l'un de ces camps sordides de rééducation des opposants politiques. Heinz avait entendu assez de choses à ce sujet pour savoir qu'il préférait rester au SD, avec ses élites exigeantes et intellectuelles, avec ses traques stressantes et les trucs horribles qui se passaient à la cave ; mais un camp, non, ça, jamais : il n'y survivrait pas, il se mettrait une balle dans la tête ou prendrait des somnifères avant que tout ne soit fini. Il avait même presque peur qu'Heydrich l'apprécie et décide de lui donner des responsabilités -et donc de la culpabilité- supplémentaires.

Non. Il voulait qu'Heydrich ignore qu'il existe, qu'on lui foute la paix et que la vie ne soit qu'un long et chiant train-train en pantoufles. Il était asthmatique, merde, c'était bien le signe qu'il n'était pas fait pour le stress, non ?

Et puis... encore fallait-il que le travail soit fait correctement. A cette pensée, Heinz se sentit pâlir : ils n'avaient pas encore attrapé Edelweiss, pas plus que les membres d'Action Libre, et leur rôle s'était limité à la capture de quelques communistes en duo avec la police française, des interrogatoires de jeunes Zazous qui se prenaient pour de grands résistants et la récupération de quelques juifs allemands à la solde de Moscou qui n'avaient pas encore eu le temps d'expédier leurs fesses de bolchéviques dans des lieux moins exposés. Si ça se trouve, ses résultats étaient tellement mauvais qu'Heydrich avait décidé de venir en personne lui réprimander.

Pire : Kurz avait découvert qu'il était avec Paul et avait prévenu Heydrich, qui avait décidé de se déplacer avant de le suicider.
Se sentant soudainement très patraque, Heinz se laissa tomber sur le lit.

"Quand le chef Barrère vient vous voir, vous n'avez pas peur, même quand vous avez bien fait votre travail ?"
Il hocha lentement la tête. "Mon chef est pire que le chef Barrère."

Il allait mourir, y'avait pas d'autre solution ; là, maintenant, et si son cadavre pouvait en plus devenir instantanément invisible, Heinz lui en serait immensément reconnaissant.
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Ven 16 Avr - 14:57

Le silence qui suivit sa petite tentative pour rassurer l’officier ne dura peut-être pas très longtemps, mais quelques fractions de seconde suffirent à Madeleine pour imaginer le pire. Elle avait répondu au chef de la Gestapo alors qu’il ne faisait certainement que se parler à lui-même, elle avait interrompu ses pensées pour se mêler de quelque chose qui ne la regardait pas et pour dire quelque chose qui n’avait sûrement aucun intérêt, et elle n’avait même pas repris son ménage. Plantée au niveau de la porte, la main droite crispée sur le manche de son balai et le poing gauche serré autour de l’anse du seau, la domestique regardait le sol devant ses pieds sans le voir, s’attendant à récolter une remarque sèche et venimeuse sur son manque d’efficacité et sa façon de se mêler des affaires des autres au lieu de faire son travail. Une petite voix lui soufflait qu’elle ferait bien de reprendre son ménage, mais la crainte de rencontrer le regard de l’allemand si elle relevait les yeux ou de commettre un autre impair l’étouffa bien vite.

Heureusement, le silence ne s’éternisa pas, et le son qui le rompit réussit à sortir la jeune femme de son immobilité et de sa contemplation aveugle du plancher. Au lieu d’une réponse sèche et mécontente, elle entendit le bruit étouffé caractéristique d’une masse qui tombe sur un matelas recouvert de draps, et elle releva la tête, étonnée, pour voir l’officier Siedler assit sur le lit. Et il n’avait pas vraiment l’air de quelqu’un d’exaspéré par sa maladresse ou son manque d’efficacité. A vrai dire, il semblait plutôt désespéré, et les paroles qu’il prononça ensuite ne laissèrent pas le temps à Mado de croire que c’était à cause d’elle. Du moins, ce n’était pas à cause de son manque d’efficacité et de sa maladresse ou du fait qu’elle lui avait adressé la parole sans y être invité, puisqu’il répondait simplement à sa question, en prenant le chef Barrère comme point de comparaison.

« Si, mais… »

Mais il n’était pas elle. Mais elle, elle avait peur de tout le monde, de toute manière. Alors, évidemment qu’elle avait peur du chef Barrère. Non seulement, il faisait partie de « tout le monde » mais en plus il était son supérieur et avait toujours une grosse voix forte qui portait loin par-dessus les bruits de casserole mais qui n’était pas vraiment faite pour rassurer les souris peureuses. Et, de toute façon, l’officier Siedler n’était pas elle. Le chef de la Gestapo ne pouvait pas avoir peur de tout le monde, n’est-ce pas, puisque tout le monde avait peur de lui. D’u autre côté si son chef était vraiment plus effrayant que le chef Barrère…

« Quand je dois vraiment voir le chef Barrère, murmura finalement Madeleine en faisant un pas vers le lit, c’est plus facile si quelqu’un m’accompagne. Vous pouvez peut-être demander à un de vos amis de venir avec vous ? »

Son premier réflexe aurait été de poser une main sur l’épaule de l’homme pour tenter de le réconforter – elle savait bien ce que ça faisait, elle, une situation pareille – mais c’était évidemment hors de question. Même si l’officier Siedler n’avait pas été celui qu’elle était, elle n’aurait pas osé. D’ailleurs, une petite part de son esprit se demandait comment elle osait parler ainsi, et les doigts de la jeune femme se crispèrent un peu plus pour tenter de raffermir sa prise sur le manche à balai qui risquait de ne pas tarder à s’échapper. Mais il avait vraiment l’air désespéré…

« Je peux vous accompagner, si vous voulez, » ajouta-t-elle, encore plus bas, avant de se rendre compte de ce qu’elle venait de dire.

Le nouvel arrivant était le Chef de la Gestapo, le chef de l’officier Siedler, et il faisait peur à tout le monde !
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Mar 27 Avr - 17:51

Des amis ? Quels amis ? Comme s'il pouvait ramener Paul ! qui n'était même pas son ami, d'ailleurs. Pfeffel, alors ? Mais Pfeffel ne pouvait rien faire de particulier contre Heydrich (qu'il avait déjà vu et qui était presque aussi grand que Pfeffel) et risquerait de l'embarrasser. Quant à Krüger, ce n'était pas une possibilité envisageable car il avait d'autres choses à faire et ne rien ne justifierait sa présence.
Autrement dit, Heinz était paniqué et sans amis. Superbe.

Mais il n'eut pas le temps de le dire, de trouver une réponse pas trop pitoyable, parce que la domestique ajouta quelque chose. Pendant plusieurs longues secondes l'officier se demanda si son français lui jouait des tours, puis s'il avait des hallucinations, puis si elle avait des hallucinations, bu ou s'était tapé la tête quelque part. Mais non ! Aucune de ces raisons ne correspondait et il se contenta de la regarder, les yeux ronds et la bouche ouverte.

D'après ce qu'il avait entendu dire et ce qu'il avait vu, la jeune fille était terriblement timide et effrayée par les Allemands. Sans parler du fait qu'elle avait toutes les raisons du monde d'avoir peur d'Heydrich. Mais non, elle se portait volontaire pour l'aider, elle qui n'était qu'une domestique qui ne parlait pas allemand et n'avait aucune protection.

... peut être qu'elle l'aimait bien ?

Cela ne changeait rien à l'inquiétude que lui procurait Heydrich, mais la proposition le fit sourire tout de même. S'il pouvait y avoir au moins une personne à Sarnand pour l'apprécier sincèrement (difficile à savoir avec les officiers de la Luftwaffe), et qui plus est une personne qui n'était pas allemande, ce serait... magnifique !

Heinz se leva vivement et lui prit les mains sans se soucier du balais qui s'écrasa à côté d'eux. Puis il dit, les yeux brillants :

"Je crois que je vous adore."
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Sam 1 Mai - 0:55

Si l’officier Siedler était surpris par sa réponse, Madeleine, elle, en était complètement horrifiée. Elle aurait bien plaqué ses deux mains sur sa bouche si elles n’avaient pas été occupées à tenir le seau et le balai, et la jeune femme, rouge écrevisse, se contenta donc de baisser la tête en crispant un peu plus ses doigts sur les objets qu’ils étaient censés agripper, comme pour contrebalancer la moiteur de ses paumes. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait pu dire ce qu’elle avait dit. Ce n’était pas possible. Elle ne pouvait pas avoir laissé de telles paroles franchir ses lèvres. Elle ne pouvait même pas les avoir pensées. Si ? Elle les avait vraiment prononcées ? Comment avait-elle osé ? Ah si, elle savait comment… ou plutôt pourquoi. Il avait l’air aussi paniqué qu’elle.

Le seul problème, c’était qu’il n’était pas elle. Il avait peut-être l’air paniqué, mais c’était le chef de la Gestapo de Montreuil, il ne pouvait pas l’être tant que ça. Et il n’avait certainement pas besoin des paroles, des conseils, et encore moins de l’aide d’une quelconque domestique. Il était soldat – si, si, il portait un uniforme – allemand, officier, et chef de la Gestapo. Et elle venait de lui proposer de l’accompagner voir un autre soldat, allemand, officier encore plus élevé et Chef – avec un grand C – de la Gestapo. C’était la chose la plus risible, ridicule, stupide qu’elle avait faite de toute sa vie ! Et la plus suicidaire, certainement aussi. Oh, misère ! Les yeux fixés sur ses pieds qu’elle ne voyait même pas, Madeleine n’avait plus qu’une seule envie : disparaître sous le plancher. Ou, à défaut, se fondre dans le décor, avant qu’une réplique sèche et/ou moqueuse ne s’échappe des lèvres de l’officier Siedler.

Aussi, lorsqu’après de longues secondes de silence – qui lui semblèrent autant d’heures – ses oreilles lui indiquèrent que l’allemand s’était levé du lit, la domestique ferma-t-elle les yeux, en déglutissant nerveusement. Ca y était, il allait…

… lui attraper les mains.

Éberluée, Madeleine laissa évidemment échapper le balai et le seau, releva deux grands yeux écarquillés vers le visage de l’allemand… et ce fut tout. Les circonstances étaient peut-être bien différentes de celles qui avaient entouré le geste du capitaine Wilson lors de la Fête des Fous presqu’un mois plus tôt, mais le résultat était le même. L’esprit de la jeune femme s’était tout simplement arrêté de fonctionner, comme si l’événement ne correspondait à aucune hypothèse envisagée. Bug système aurait-on pu dire quelques décennies plus tard. Malheureusement, dans les circonstances présentes, aucune cousine blonde ne pouvait débarquer pour remettre en marche les fonctions cognitives de la domestique, et celles-ci ne repartirent que lorsque les paroles de l’officier Siedler atteignirent enfin les centres nerveux.

Aussitôt, les joues de la jeune femme reprirent leur belle couleur rouge et elle ouvrit la bouche plusieurs fois sans qu’un seul son en sorte. L’idée qu’elle devait ressembler à un poisson hors de l’eau lui traversa une seconde l’esprit et ne l’aida pas vraiment à se reprendre, mais elle finit néanmoins par articuler un son, tout juste audible.

« Je… pourquoi ? »

La réponse lui vint d’elle-même, alors qu’elle en était encore à se demander si, oui ou non, elle devait retirer ses mains de celles de l’officier. Et s’il se fâchait ? Mais cette question passa soudain au second plan, face à ce qu’elle venait de réaliser, et Madeleine aurait bien dégluti à nouveau si elle n’avait pas eu la bouche aussi sèche. S’il disait qu’il l’adorait – c’était forcément une exagération, déjà, mais passons – c’était à cause de ce qu’elle avait dit ? Ca voulait dire que…

« Vous… vous voulez que je vous accompagne ? » demanda-t-elle d’une voix blanche.

Oh, Jésus-Marie-Joseph ! Pourquoi ne pouvait-elle pas se transformer en tapisserie, là, maintenant, tout de suite ?
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Jeu 6 Mai - 19:33

Comment ça, pourquoi ? Mais c'était pourtant évident ! A moins que la jeune femme ne considère que son acte était normal et ne méritait pas de merci ? Sous cette apparence de timidité, se cachait-il un coeur d'une extraordinaire générosité ? Et personne ne l'avait vu avant lui ! Sinon Madeleine aurait déjà une bague au doigt : elle n'était pas repoussante, avait un travail stable, était polie et gentille. Fallait être franchement difficile pour que ça ne suffise pas à la marier.

La suite le replongea dans un étang de doute (parce qu'un abîme de doute, soyons sérieux, c'est surfait). Au ton de la voix de la domestique, peut être qu'elle n'avait pas voulu dire cela, en fait. Ou alors, qu'elle l'avait dit mais en étant sûre qu'il dirait non, ce qui aboutissait au même résultat. A savoir qu'il était autant dans la mouise qu'avant.

Mais l'autre source de doute était tout aussi présente : même si elle était d'accord, voulait-il qu'elle l'accompagne ? Parce que si elle l'accompagnait, que ferait-elle, finalement ? Elle se retrouverait à table avec des officiers, face à un grand dignitaire connu pour se conduire comme un goujat avec tout ce qui avait de la poitrine. Il faudrait justifier sa présence, mais à moins qu'elle ne soit sa petite amie, il n'avait aucune raison de l'inviter. Sans parler du fait qu'il faudrait qu'elle soit bien mieux habillée qu'avec ses vêtements de travail et qu'elle ne pourrait probablement rien trouver si rapidement.
Mauvaise idée. Il aurait dû y penser avant d'avoir une réaction si imbécile.

"J'aimerai," avoua-t-il, "mais ce ne serait pas bien, pour vous."

Il fallait qu'il réagisse en homme, qu'il prenne son courage à deux mains et qu'il arrête de se manger les nerfs tout seul. Siedler travaillait bien, non ? Et Heydrich ne pouvait vraiment pas être venu pour ça. C'était un hasard. Et puis dans la vie, un patron, on l'aime ou on le quitte, et comme il n'était pas question de le quitter, il fallait se persuader qu'il l'aimait bien.

"Je vais me débrouiller. Mais vous êtes gentille."

A cela, il ajouta un maigre sourire.
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Mer 12 Mai - 18:42

Les yeux toujours fixés sur le visage de l’allemand, Madeleine ne songea même pas à les reporter sur le sol, pas plus qu’elle n’essaya pas de retirer ses mains de celles de l’officier Siedler. Ses joues continuaient pourtant à lui cuire, mais l’attente de la réponse de son interlocuteur occultait tout le reste et semblait même lui conférer suffisamment d’un semblant de courage pour lui permettre de ne pas détourner le regard. Toute son attention était focalisée sur ce que risquait de dire l’allemand et elle n’était donc pas en était d’analyser le reste de la situation, qu’il s’agisse du fait qu’elle avait fait tomber le balai et le seau, laissé son travail en plan, ou qu’elle soit en train de regarder le chef de la Gestapo de Montreuil dans les yeux tandis que ses mains se trouvaient dans les siennes.

Les quelques fractions de secondes qui séparèrent sa question de la réponse de l’officier lui parurent autant d’années et son angoisse augmentait proportionnellement. Et s’il disait oui ? S’il voulait vraiment qu’elle l’accompagne ? Elle ne pourrait pas refuser, n’est-ce pas ? D’une parce qu’on ne disait pas non à un officier de la Gestapo ; de deux parce que, allemand ou pas, officier ou pas, chef de la Gestapo ou pas, on ne pouvait pas laisser quelqu’un paniquer tout seul, comme ça. En tout cas, Mado, elle, en était incapable. Le seul problème, c’était que dans le cas présent, ne pas refuser revenait à accompagner un homme déjà effrayant – même s’il l’était nettement moins quand il avait l’air désespéré – voir quelqu’un d’encore plus effrayant, voire carrément terrifiant.

« Oh ! » laissa-t-elle simplement échapper, lorsque l’allemand lui répondit, tandis que l’air qu’elle n’avait même pas eu conscience de retenir quittait soudain ses poumons.

Comme si cette petite exclamation, accompagnée de la vidange de ses voies respiratoire, avait permis à la jeune femme de retrouver ses esprits, elle réalisa soudain que l’allemand lui tenait toujours les mains et qu’elle continuait à le regarder, certainement avec des yeux ronds. Elle baissa donc la tête, tout en retirant ses mains qui vinrent s’essuyer machinalement sur ses jupes, dans un vain effort pour en débarrasser les paumes de leur moiteur. Les pensées de Mado s’agitaient sous son crâne, au même rythme que les doigts qui chiffonnaient le tissu, revenant sans cesse aux paroles prononcées pour essayer de les analyser. Il aimerait bien, qu’il avait dit. Mais ça n’aurait pas été bien, pour elle. Pourquoi donc se préoccupait-il d’elle ? Ce n’était pas normal, ça, qu’un allemand et plus encore un officier se préoccupe d’une domestique, si ? Tout comme ça n’avait pas été normal qu’il lui prenne le plateau des mains, la dernière fois…

Les mots suivants ne firent rien pour combattre la perplexité de la jeune femme, mais produisirent tout de même un autre effet. Les mains de Madeleine s’immobilisèrent et ses neurones cessèrent de donner naissance à des points d’interrogations sans fin, tandis que ses joues prenaient une couleur encore plus soutenue que précédemment. La situation était complètement illogique depuis le début, mais là, elle en devenait carrément irréelle. Qu’est-ce qui pouvait bien avoir entraîné un compliment aussi incongru qu’embarrassant ?

« Je n’ai rien fait, » murmura la domestique, en détaillant le plancher à ses pieds avec la plus grande attention et en manquant de ce fait le sourire de l’officier.

Non, elle n’avait rien fait. Et elle n’avait même pas fini le ménage, pour dire.

« Il faut que je finisse… que je passe le balai… ? » osa-t-elle donc, finalement, sans pouvoir s’empêcher de glisser une note interrogative à la fin de sa phrase, même si elle ne savait pas trop pourquoi.
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Mar 18 Mai - 0:55

Tilt.
Le ménage. La chambre. Heydrich.

Heinz remarqua à peine qu'elle avait retiré ses mains, trop occupé qu'il était à pâlir. Est-ce qu'il pouvait retourner s'asseoir sur le lit ?

Mauvais idée. S'il faisait ça, il allait encore se démoraliser, alors qu'il fallait prendre un décision. Une décision pour deux apparemment, parce que Madeleine, aussi gentille soit-elle, n'avait pas l'air d'en mener large non plus à l'instant présent.
Il avait vraiment envie de whisky. Il n'aimait même pas ça, mais ça faisait de l'effet... vite.

"Oui, je crois," répondit-il en passant une main dans ses cheveux. Pour savoir quoi faire de sa main plus que pour se recoiffer, puisque l'effet fut assez médiocre dans ce sens.
Trouver quoi faire, trouver quoi faire ! Respirer, lentement, et se demander ce qu'un officier digne de ce nom ferait. Il avait déjà rencontré Heydrich, en plus... genre, croisé dans les couloirs. Il avait aussi présenté un dossier devant lui, une fois, mais Heydrich ne s'en souvenait sans doute pas. Il avait beaucoup à faire et Heinz n'avait pas vraiment remarquable.

"Je vais aller voir, prendre des nouvelles," dit-il en montrant du pouce un quelque part derrière lui. Il pensait aux cuisines mais il ne pointait que le mur derrière lui, la fenêtre et le vide sous la falaise. "Je reviens vous dire, quand je sais, ce qu'ils font."

Il tenta un maigre sourire qui ne sortit que comme une grimace crispée, puis contourna Madeleine pour se diriger vers la porte. Il espérait trouver quelqu'un pour demander ce qu'il se passait avant de croiser Heydrich, et si possible de ne jamais croiser Heydrich tout court...
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Lun 24 Mai - 0:45

La jeune femme hocha la tête à l’attention de l’allemand quand celui-ci répondit à sa pseudo-question par l’affirmative. Oui, il fallait qu’elle finisse le ménage. Très bien. Au moins, elle savait quoi faire et elle n’avait plus qu’à s’exécuter. Il ne lui vint d’ailleurs pas à l’esprit une seule seconde que son interlocuteur pouvait ne pas savoir, lui, ce qu’il devait faire. Même s’il avait semblé désespéré et paniqué, il n’en restait pas moins le chef de la Gestapo de Montreuil, c’est-à-dire un haut gradé allemand, donc il devait savoir ce qu’il avait à faire – quand bien même ça ne lui ferait pas plaisir. Et comme elle se penchait pour ramasser son balai et son seau qui était tombée par terre, tout en évitant soigneusement de relever les yeux vers le visage de l’officier, Madeleine ne remarqua évidemment pas la main qui passait dans les cheveux de l’homme et réfutait ses belles hypothèses.

Néanmoins, une fois qu’elle eut récupéré son matériel de ménage, la domestique n’eut d’autre choix que de se rendre compte que les pieds de l’officier Siedler se trouvaient toujours à la même place – aka devant elle. Or, si ses pieds se trouvaient là, il y avait fort à parier que le reste de l’officier s’y trouvait aussi, et la jeune femme ne put s’empêcher de relever les yeux, afin de comprendre la raison de son immobilité. Elle savait ce qu’elle avait à faire, et il avait certainement des tâches à effectuer, lui aussi, non ? Et puis, faire le ménage avec quelqu’un dans la chambre qui la regardait faire, ce n’était vraiment, vraiment pas comme d’habitude… comme elle avait l’habitude de faire. Et…

« D’accord, » balbutia-t-elle automatiquement en hochant la tête quand son interlocuteur annonça son intention d’aller voir ce qui se passait ailleurs et ce qui s’était décidé.

De toute manière, elle ne voyait pas ce qu’elle aurait pu répondre d’autre. Ce n’était pas comme si l’allemand avait une bonne raison de rester là ou si elle avait une bonne raison de le retenir. Elle, elle devait terminer de nettoyer la chambre et lui devait aller voir le nouvel arrivant.

Lorsqu’il eut quitté la pièce et que le bruit de ses pas dans le couloir se fut dissipé, Madeleine se concentra donc à nouveau sur sa tâche. La première chose à faire, en fait, c’était le lit. En s’asseyant se laissant tomber dessus, l’officier Siedler avait fait naître de nouveaux plis sur les couvertures, et il était plus important de retendre les draps que de passer le balai. C’était la première chose qu’une femme de chambre apprenait : la poussière se voyait toujours moins quand le lit était fait correctement. Et, étant donné qu’elle ne savait pas dans combien de temps l’invité surprise voudrait se reposer, il valait mieux parer au plus pressé… à condition d’être en état de le faire, bien sûr. La certitude qu’elle n’aurait pas à faire autre chose que le ménage et le départ de l’officier Siedler – qui avait l’air dans un meilleur état d’esprit que lorsqu’il était entré dans la pièce – avaient permis à la domestique de se ressaisir, mais le rappel brutal de l’urgence de la situation faillit de nouveau lui faire perdre tous ses moyens. La paume des mains de nouveau moite, Mado perdit quelques seconde à se mordiller la lèvre inférieure avant de prendre une grande inspiration et de se mettre à l’ouvrage.

Débarrasser le dessus-de-lit de ses plis, passer le balai dans les moindres recoins de la pièce, ramasser la poussière et la fourrer dans le seau. Ce n’était pas très compliqué ni très long et, une fois qu’elle eut commencé, la jeune femme n’eut pas besoin de beaucoup de temps pour en terminer. Soulagée que rien ne soit venu interrompre sa tâche, elle se redressa et jeta un regard circulaire sur la chambre pour vérifier que tout était en ordre. Elle s’apprêtait donc à franchir le seuil de la pièce pour faire disparaître son matériel dans le placard à balai avant de s’en aller se terrer dans un coin du château où elle ne risquait pas de rencontrer un nouvel arrivant allemand haut-gradé et terrifiant quand une pensée lui traversa l’esprit et la pétrifia sur place.

L’officier Siedler n’avait-il pas dit qu’il allait revenir lui dire ?

Il avait dit qu’il allait revenir lui dire ce qu’ils faisaient. Qu’il allait revenir ici lui dire à elle ce qu’ils faisaient. Est-ce que ça signifiait qu’elle devait attendre ici qu’il revienne ? Et s’il ne revenait pas ? Après tout, il avait autre chose à faire, non ? S’il ne revenait pas, elle n’allait tout de même pas attendre là toute la nuit, hein ? Et si quelqu’un d’autre passait ? Ou – pire – si cet Heydrich terrifiant venait ? Elle ne pouvait pas attendre là ! Mais s’il venait ? Et qu’elle n’était pas là alors qu’il avait dit qu’il reviendrait ? Il serait certainement fâché, non ?

Indécise, Madeleine se tordit les mains pendant une bonne trentaine de secondes, tout en jetant de nombreux regards sur le couloir – comme si elle pouvait empêcher quiconque de passer par là rien qu’en l’espérant très fort. Se faisant, ses yeux s’arrêtèrent sur le placard à balai et elle détacha ses mains l’une de l’autre le temps de ranger balai, pelle et seau à leur place. Malheureusement, lorsque la porte du placard se referma, la laissant seule dans le corridor, les hésitations l’assaillirent de plus belle.

Pourquoi ne pouvait-elle pas se fondre dans le décor afin de pouvoir attendre en toute tranquillité sans que personne ne risque de la voir ?
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Mar 1 Juin - 0:24

"D'accord," répéta-t-il automatiquement avant de la contourner maladroitement. Il n'avait pas vraiment envie de quitter la chambre, mais puisqu'on la préparait pour Heydrich, il viendrait l'y chercher de toute façon. Mieux valait savoir où se trouvait la bête, non ?

Il descendit à l'étage inférieur jusqu'à ce qu'il rencontre un homme d'équipage, marchant dans le couloir en sens inverse vers on ne sait où. Heinz lui demanda ce qu'il se passait en bas, l'homme dit que le Gruppenführer Heydrich était là, qu'il restait pour la soirée, que son Schwalbe allait rester la nuit avec celui du Leutnant Hessler et qu'il avait invité le Capitaine Wilson à dîner, même que Wilson avait dû annuler sa sortie, donc Nobilitas allait être de joyeuse humeur dans les jours suivant. L'homme haussa les épaules. Heinz lui demanda ce que Heydrich devait faire après ; l'homme ne savait pas, mais il avait entendu dire qu'un jeune pilote lui avait proposé son dortoir, ce qui était chiant parce que ce soir là, l'homme -qui était dans le dortoir en question- avait prévu de profiter de l'absence des autres pour jouer aux cartes jusqu'à pas d'heure.
Ce qui signifiait, en gros, que Madeleine bossait pour rien.
Ce qui était excellent, en fait.

Il remonta les marches quatre à quatre vers l'étage d'au dessus pour rejoindre la jeune fille. Elle serait ravie de la nouvelle ! Si Heydrich ne venait pas dans la chambre, il ne risquait pas d'émettre d'avis négatif sur son travail. Un problème se réglait seul !

"Mademoiselle Madeleine !" dit-il en arrivant à la chambre, légèrement essoufflé. "J'ai une... bonne nouvelle !"

Si seulement il pouvait avoir la même chance !

"Le Gruppenführer et ses hommes dorment dans un dortoir !"
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Dim 6 Juin - 19:30

Le temps était toujours trop long quand on ne faisait rien d’autre qu’attendre, c’était bien connu. Mais Madeleine aurait précisé qu’il passait encore plus lentement quand on attendait, la peur au ventre, l’estomac noué par l’angoisse et les paumes moites à l’idée de ce qui pourrait arriver si quelqu’un avait l’idée saugrenue d’emprunter le couloir ou de venir jeter un coup d’œil à la chambre des invités. Même les mais qui se tordaient l’une contre l’autre ou les doigts qui abandonnaient de temps en temps leurs homologues pour entortiller le tissu de la jupe ou du tablier ne parvenaient pas à réduire l’attente ou l’angoisse et l’incertitude qui en découlait.

Que devait-elle faire ? Rester là et attendre ? Au risque de ne pas bouger pendant des heures si l’officier Siedler l’avait oubliée ou de croiser quelqu’un dans le couloir ? Ou s’en retourner aux cuisines pour proposer son aide ou s’en aller rejoindre sa chambre pour ne pas déranger ? Au risque de ne pas être là si l’allemand revenait ? Alors qu’il avait dit qu’il revenait ? On ne désobéissait pas aux ordres d’un officier allemand, n’est-ce pas ? Et même si, là, l’officier Siedler n’avait pas indiqué qu’il lui ordonnait d’attendre qu’il revienne, c’était pareil, non ? Les questions, toujours les mêmes, tournaient sous son crâne sans qu’aucune réponse satisfaisante ne réussisse à montrer le bout de son nez, et la jeune femme finit par se résigner à faire les quelques pas qui la séparaient de la chambre. Tant qu’elle n’avait pas pris de décision, le mieux était certainement de rester dans la pièce, ce qui lui évitait d’être plantée au milieu du couloir si quelqu’un arrivait, non ?

Et justement… quelqu’un arrivait. Madeleine déglutit avec nervosité lorsqu’un bruit de pas lui parvint du couloir. Ses doigts se crispèrent un peu plus sur le tissu de son tablier et elle se mordilla la lèvre inférieure en priant pour que ledit quelqu’un passe et ne s’arrête surtout pas à la chambre. Malheureusement ce ne fut évidemment pas le cas, et la domestique se pétrifia en voyant entrer l’homme. Heureusement – et jamais Mado n’aurait imaginé penser ce mot-là en rencontrant un officier allemand – c’était l’officier Siedler. Néanmoins, cela ne l’empêcha pas d’ouvrir de grands yeux surpris en entendant la « bonne nouvelle ».

« Dans un dortoir ? » répéta-t-elle incrédule, avant de rougir furieusement et de baisser les yeux.

S’il l’avait dit, c’était certainement le cas, ce n’était pas la peine de le faire répéter. Mais quand même. Dans un dortoir ? Mais le nouvel arrivant n’était-il pas un très haut-gradé ? S’il était le chef de l’officier Siedler, il l’était forcément, non ? Et les très hauts-gradés ne dormaient pas dans les dortoirs, ce qui étaient bien la raison pour laquelle on lui avait fait préparer la chambre des invités, non ? Sans compter qu’ils ne rentreraient pas tous dans les dortoirs, si ? Combien de lits y avait-il de libre ? Et d’hommes sous les ordres de l’officier Heydrich ? Enfin… ce n’était pas elle qui s’occupait de ce genre de problème, alors si la personne responsable avait décidé que c’était bon, elle n’avait rien à dire. Et par conséquent…

« Alors… je… Personne ne va venir ici ? » demanda-t-elle comme si elle attendait confirmation de ses déductions.

Elle ébaucha un pas en direction de la porte, s’attendant quasiment à chaque seconde à ce que l’allemand fasse demi-tour pour retourner à des occupations bien plus intéressantes que de discuter avec une femme de chambre, maintenant qu’il était effectivement revenu lui dire ce qu’ils faisaient.

« Il faut que j’aille aux cuisines alors, » ajouta-t-elle dans un murmura à peine audible, plus pour elle-même que pour l’officier.

Si elle avait fini ici, elle devait retourner aux cuisines. Avec tous les domestiques qui avaient pris leur congé, ils auraient sûrement besoin d’elle. Elle espérait juste que ce ne serait pas pour faire le service à table qu’elle serait réquisitionnée, sans quoi les invités avaient peu de chance d’obtenir à manger dans leurs assiettes.
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Mer 16 Juin - 0:34

Dans un dortoir, oui. Quoi, il s'était trompé de mot ? Pourquoi rougissait-elle ? Pourtant Heinz ne connaissait aucun mot français proche de dortoir qui soit vulgaire, insultant ou pervers. Mais il pouvait très bien ignorer qu'un tel mot existait... mais dortoir, ça se disait bien dortoir, non ? Vu le contexte, Madeleine devait pouvoir comprendre le sens qu'il voulait donner à sa phrase !

Légèrement désarçonné par la réaction de la demoiselle, Heinz sauta sur l'occasion de la première question posée pour tenter de se débarrasser d'un peu de son embarras.

"Je pense que non, l'équipage va sûrement rester ensemble. Dans le dortoir," ajouta-t-il avec un peu d'hésitation.
Il faudrait vraiment qu'il vérifie dans le dictionnaire ce que voulait dire dortoir. C'était stressant. "Ce serait bizarre si le Gruppenführer, dormait dans le dortoir, et que quelqu'un d'autre de son équipage, dorme dans la chambre."

A moins que ce quelqu'un ne ronfle comme un Bismarck enrhumé et que les autres aient envie de s'en débarrasser, mais dans ce cas, l'intéressé serait de toute façon trop gêné pour se plaindre d'un problème de ménage. Peut être même en s'en rendrait-il pas compte : Heinz trouvait les lieux propres et rangés.

Un problème de réglé sur les deux, et l'Allemand était content que la jeune fille soit soulagé. Il le fut moins quand il se rendit compte que, du coup, ça le laissait entièrement seul dans sa galère. Il aurait dû s'attendre à ce que Madeleine s'en aille ; elle ne le trouvait sans doute pas sympathique du tout (à cause de son travail, encore !) et elle était au travail. Mais cela ne le soulageait absolument pas, au contraire, il se sentait abandonné alors qu'il s'était intéressé à son sort.

"Si vous retournez, vous pouvez dire, que je suis malade et qu'il faut que vous fassiez le service dans ma chambre ? D'autres domestiques peuvent servir le Gruppenführer !"

C'était sorti d'un coup ; et tout aussi subitement, Siedler se sentit particulièrement coupable... il aurait dû être assez fidèle et courageux pour rencontrer son supérieur, non ?
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Mer 16 Juin - 16:09

Si Madeleine avait pu imaginer que sa réaction allait embarrasser son interlocuteur et l’entraîner à remettre en question sa maîtrise du français – qui était déjà très bonne, d’ailleurs, malgré le petit accent d’outre-Rhin qui persistait – elle… elle aurait certainement rougit de plus belle. Elle se sentait déjà suffisamment gênée d’avoir interrompu l’officier Siedler dans ses tâches pour qu’il revienne lui dire ce qu’avaient décidé les nouveaux arrivants et d’avoir répété sa réponse comme si elle était la dernière des idiotes, incapable de comprendre quelque chose d’aussi simple que ça, pour ne pas avoir besoin d’en rajouter. Heureusement, comme elle regardait toujours ses pieds ou le plancher, la domestique n’eut pas le loisir de déchiffrer les expressions qui auraient pu passer sur le visage de son interlocuteur et trahir son état d’esprit.

Les yeux toujours baissés, elle se contenta donc de hocher silencieusement la tête quand l’allemand répondit à sa question suivante, tout en confirmant que le Gruppenführer Heydrich dormirait bien dans le dortoir avec ses hommes, malgré son rang, et que personne ne viendrait donc profiter de la chambre qu’elle avait préparée – ce qui lui convenait à merveille. C’était parfaitement logique de toute manière, et elle n’avait donc pas grand-chose de plus à dire ou à faire, si ce n’était retourner aux cuisines et essayer de se rendre utile ailleurs. En priant pour que ce ne soit pas au service qu’on ait besoin d’aide.

En ébauchant un pas pour se mettre en route, la jeune femme n’avait donc pas pensé une seule seconde que l’officier Siedler puisse se sentir abandonné/perdu/malheureux ou quoi que ce soit du même acabit. Certes il n’avait pas paru particulièrement heureux de devoir rencontrer son supérieur – complètement désespéré serait même un terme plus juste – mais il n’en restait pas moins un homme. Un soldat ou équivalent. Un allemand. Un officier. Enfin, bref, quelqu’un de très occupé, qui devait savoir parfaitement ce qu’il avait à faire, qui n’avait certainement pas besoin de son aide et qu’elle ne savait de toute manière pas comment aider si tant est qu’elle l’eût pu. Aussi s’attendait-elle à le voir tourner les talons pour quitter la chambre et non pas à devoir le contourner pour sortir. Lorsqu’elle se rendit compte qu’il ne bougeait toujours pas, elle marqua d’ailleurs un temps d’hésitation, qui se transforma bien vite en surprise.

Interdite, Madeleine releva la tête sans réfléchir pour poser un regard un tantinet incrédule, teinté d’incompréhension, sur l’allemand. Qu’est-ce qu’il voulait dire ? Le soulagement qu’elle avait ressenti quelques instants auparavant en apprenant qu’elle ne risquait pas de croiser les nouveaux venus terrifiants aurait pourtant dû l’aider à retrouver toutes ses capacités de réflexion et à comprendre sans souci ce qu’on lui disait. A moins que la présence de l’officier et l’idée de devoir peut-être servir à table en contrebalancent les effets, bien sûr.

« Vous êtes malade ? » s’enquit-elle donc à mi-voix, avant de rougir à nouveau.

Il était malade et il était quand même venu lui parler et lui rapporter ce qu’il avait appris ? Elle avait incité un officier allemand malade à perdre son temps et à se fatiguer ? Et… s’il était malade, c’était pour ça qu’il n’avait pas envie d’aller manger avec son supérieur et les autres officiers ? Mais pourquoi parlait-il des autres domestiques ? Certes ils pouvaient aller servir le Gruppenführer, mais ils pouvaient aussi s’occuper de le servir lui dans sa chambre, non ? Elle n’était pas douée pour le service, elle, que ce soit pour servir à table ou ailleurs, et si l’officier Siedler était malade, il n’avait certainement pas envie de voir son repas renversé et de se faire casser les oreilles par des bruits de vaisselle cassée, n’est-ce pas ?

« Je… Ce serait mieux que quelqu’un d’autre vienne faire le service dans votre chambre si vous êtes malade, avança la jeune femme dans un murmure, les joues rouges de honte, je ne suis pas très douée. »

Et il devait s’en souvenir puisqu’il l’avait aidée à porter son plateau jusqu’en cuisine, une fois. A ce souvenir, Madeleine sentit ses joues la brûler un peu plus et baissa finalement les yeux en se tordant les mains. Il ne lui vint pas une seule seconde à l’esprit que l’allemand pouvait également essayer de lui éviter le service à table. Certes il l’avait déjà aidé avec sa vaisselle, il était venu la renseigner sur ce que faisaient les invités-surprises de la base, mais il y avait tout de même des limites à ce que la jeune femme pouvait imaginer. Les soldats, et plus encore les officiers, allemands de surcroît, ne se préoccupaient pas du sort des domestiques S’ils renversaient et brisaient la vaisselle, c’était leur problème.

« Mais… Mais je peux aller chercher une infirmière… » proposa finalement Mado, la voix toujours aussi ténue, dans un vain effort pour ne pas paraître trop incompétente.
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Mer 23 Juin - 21:32

Heinz eu envie de se mordre le poing. Si sa situation n'avait pas été dramatique, il aurait rit de la question de Madeleine. Est-ce qu'il avait l'air malade ? ... pas très frais, pas rassuré, stressé peut être, mais il n'était pas en train de lui vomir sur les chaussures. Il ne fallait pas exagérer ! Evidemment qu'il n'était pas malade !

"Je ne suis pas vraiment malade," dit-il en insistant lourdement sur le "vraiment", tout en essayant de garder un ton calme et patient. Aussi adorable soit la domestique, Heinz devait bien admettre qu'elle paniquait beaucoup trop rapidement. S'il avait eu lui même du caractère cela ne l'aurait pas dérangé, mais en l'état, il aurait aimé que quelqu'un prenne les choses en main à sa place. Comprenne immédiatement ce qu'il voulait. Le mette en marche sans qu'il ai à expliquer la manoeuvre.

"Mais si on dit que je suis malade, le Gruppenführer ne saura pas, que je ne suis pas vraiment malade."

Il se sentait honteux, d'autant que le stratagème n'était pas plus intelligent que l'excuse de base de n'importe quel collégien feignant. D'un autre côté, si des générations d'élèves y avaient recours, c'était que l'excuse gardait une certaine efficacité. Heinz n'imaginait pas plus Heydrich venant lui prendre la température que son vieux prof de latin en train de lui enfoncer un thermomètre dans le derrière.

"Si c'est vous, qui vous occupez de mon service, vous ne verrez pas le Gruppenführer, et personne ne me verra moi, pour dire que je ne suis pas vraiment malade," acheva-t-il d'expliquer, un peu lentement, pour essayer d'être à la fois très compréhensible et professoral.
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MessageSujet: Re: [Henker H] La chambre [Vendredi 9 mai]   Jeu 1 Juil - 15:36

Pas malade ? Comment ça, il n’était pas vraiment malade ? semblèrent demander la bouche arrondie de surprise et les yeux écarquillés de Madeleine qui se relevaient vers le visage de l’allemand, une fois que ses neurones eurent analysé le sens de ses paroles. Il n’avait peut-être pas l’air mourant, effectivement, mais rien n’indiquait qu’il n’était pas souffrant. Ca ne se voyait pas toujours au premier coup d’œil et il fallait reconnaître qu’il n’avait pas l’air au meilleur de sa forme. Le stress et la panique étaient de bonnes explications – elle en savait quelque chose – mais n’étaient pas pour autant les seules raisons en cause. Et puis, pourquoi voulait-il qu’elle dise qu’il était malade si ce n’était pas le cas ? Et pourquoi voulait-il qu’elle vienne faire le service dans sa chambre alors qu’il était évident qu’il y avait de nombreux autres – voire quasiment tous les autres – domestiques plus doués qu’elle pour ça.

Le O silencieux de la surprise laissa néanmoins place à un petit « Oh ! » de compréhension, à peine audible quand l’officier commença ses explications et rougit un peu plus en se rendant compte de sa stupidité. Evidemment que le nouvel arrivant, le Gruppenführer Heydrich ne viendrait pas vérifier si l’officier Siedler était véritablement malade. Même s’il était son supérieur, il avait certainement autre chose à faire, n’est-ce pas ? Et, par conséquent, l’excuse était tout à fait logique : l’allemand ne lui avait-il pas dit qu’il n’avait pas envie de rencontrer son chef ? N’avait-il pas paru paniqué/terrifié/désespéré à cette idée ? Elle aurait dû comprendre dès le début ce que voulait dire son interlocuteur au lieu de lui poser des questions stupides, réalisa la jeune femme, les joues en feu et les mains formant des nœuds.

Et la suite des paroles prononcées fit naître un deuxième « Oh ! » un peu plus puissant mais cette fois accompagné d’une bonne dose de perplexité. Il était évident aussi, maintenant qu’il le disait, que si c’était elle qui faisait le service dans sa chambre personne d’autre ne serait au courant qu’il n’était pas vraiment malade. Mais pourquoi était-il question de la possibilité – ou l’impossibilité justement – qu’elle voie le Gruppenführer ? Ce n’était pas qu’elle avait envie de le rencontrer, au contraire – rien que les réactions de ses collègues et des allemands à l’énoncé de son nom la terrifiaient, sans compter celles de l’officier Siedler – mais il n’avait aucune raison de s’en préoccuper, non ? Si ? Non. C’était un officier allemand, et les officiers, allemands de surcroît, n’avaient pas à se préoccuper des états d’âmes des domestiques normalement, n’est-ce pas ?

« Je… Il y avait beaucoup de travail, en bas… » commença donc Mado, à mi-voix et en baissant les yeux, avant de s’interrompre, alors que ses neurones semblaient enfin avoir réalisé les connexions nécessaires à l’évaluation de la situation.

Il y avait beaucoup de travail. Et justement. Peut-être que ses autres collègues n’auraient ainsi pas l’envie de s’occuper d’un officier malade alors qu’un autre officier bien plus gradé et plus effrayant nécessitait un service impeccable. Ils ne verraient donc certainement aucun inconvénient à l’envoyer, elle, causer quelques catastrophes, renverser la vaisselle et autres choses du même genre dans la chambre du souffrant plutôt qu’à la table de l’invité surprise, non ? Est-ce que l’officier Siedler y avait pensé aussi ? Est-ce que c’était pour ça qu’il lui avait dit de dire qu’elle devait venir faire le service dans sa chambre ? Non, ce n’était pas possible. Ce n’était pas normal. Mais c’était… gentil ? Peut-être ? Et alors, dans ce cas, il fallait le remercier ?

« Je… » bafouilla la domestique, le regard fixé sur le parquet entre ses pieds et les joues certainement aussi chaudes que le feu qui sortait de la gueule d’un Flamme-de-Gloire.

Elle déglutit avec difficulté.

« Je vais aller leur dire alors, » acheva-t-elle lamentablement, avant de réussir à se mettre en marche, les yeux toujours fixés sur le sol devant elle, à contourner l’allemand et à ramasser son panier de linge pour se diriger vers la porte de la chambre.
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