Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]


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Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]

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Grand Vizir

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MessageSujet: Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]   Jeu 25 Mar - 23:36

Une fois n’était pas de coutume, Stéphane regardait ses hommes harnacher sa dragonne, sans faire mine de mettre la main à la pâte. Sans doute parce qu’une de ses mains tenait une liste mal écrite, et l’autre sa troisième cigarette de la journée. Il portait sa tenue de vol, encore grande ouverte sur le torse, et plus précisément sur une chemise d’une couleur aussi indéfinissable que ses yeux, à savoir un savant mélange de blanc cassé, de beige et de gris. Il n’avait pas encore noué son écharpe et les deux pans pendaient négligemment sur ses épaules, cachant ses barrettes de capitaine. Quelque chose le contrariait, si on se fiait à ses sourcils froncés. Sa Fleur-de-Nuit, au contraire, semblait enchantée. Malgré son impatience, elle n’avait pas bougé lorsque ses hommes étaient grimpés sur son cou et sur son dos, pour serrer convenablement les lanières de son harnais. Serviable, elle avait étendu ses ailes, déplié ses pattes, attrapé une ou l’autre des sangles avec sa gueule, lorsque ces mouvements s’avéraient nécessaires.

C’était un soir presque comme les autres. Presque.

Avec un vol comme les autres. Presque.

Cette fois-ci, Stéphane avait décidé, avec l’accord de ses supérieurs, de varier un peu les exercices. Pas pour sa dragonne, qui connaissait sur le bout des ailes toutes les manœuvres utiles et nécessaires pour un dragon de combat nocturne censé voler en tête de formation, ou en solitaire – mais pour ses hommes, qui étaient en train de devenir rubigineux, à force d’être éloignés des combats. Bref, en un mot comme en cent, l’Irlandais faisait sauter ses hommes en parachute, ce soir-là. Beaucoup n’avaient pas sauté en parachute depuis longtemps, et il était presque sûr que certains rechigneraient à se détacher du harnais de Nobilitas.

Ses subordonnés bouclaient les dernières sangles lorsque Stéphane se décida à écraser sa cigarette – sur sa botte droite – et à faire disparaître la liste – dans sa poche gauche.

"Il manque deux parachutes. Drisslet, soyez gentil, allez les chercher"


Il fit signe aux autres hommes de monter sur Nobilitas.

"Tous à bord, messieurs"

Or-ga-ni-sa-tion. Tel était le maître mot. Stéphane l’avait répété à François quelques jours plus tôt.

Ciel dégagé, pleine Lune prévue. Ce serait un beau vol.
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MessageSujet: Re: Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]   Dim 11 Avr - 1:14

C’était un soir presque comme tous les autres. Presque. Même si, à première vue, il semblait tout à fait comme tous les autres. Certes, le capitaine Wilson ne tenait pas souvent une liste à la main pendant que son équipage préparait Nobilitas pour la patrouille quotidienne, mais pour le reste… il présentait la même apparence nonchalante que d’habitude. Franchement ! Est-ce que c’était une façon de s’habiller quand on était capitaine dans l’Armée de l’Air ? Quand on était le capitaine de la plus grande dragonne de la base de Sarnand ? La veste ouverte, l’écharpe dénouée et la cigarette à la main renvoyaient une image bien loin de la rigueur militaire, et François se demandait parfois ce que ces intrus d’allemands occupants pouvaient en penser, même si, au fond, il se fichait de leur avis comme de sa première chemise.

Ce n’était pas parce qu’ils étaient là, en France, et qu’ils se comportaient comme en terrain conquis – oui, c’était le cas, et alors ? – que leurs paroles avaient force de loi. Le jeune aviateur savait parfaitement qu’ils devaient leur obéir, mais ça ne lui faisait pas franchement plaisir. Entre les uns qui décidaient qu’ils allaient prendre des œufs, et les autres qui débarquaient pour une nuit et décidaient que les Fleur-de-Nuit ne devaient pas patrouiller, ils étaient véritablement insupportables. Ca ne leur suffisait pas d’envahir leur terre, il fallait aussi qu’ils imposent leurs caprices. Mais qu’à cela ne tienne, ils voleraient quand même ! De nuit, avec Nobilitas, et en variant les exercices. Et François se doutait bien que, malgré ses airs nonchalants et exaspérants, le capitaine Wilson n’était pas étranger à cet état de fait. Certainement que ses sourcils froncés avaient un lien avec tout ça aussi.

L’aviateur cessa de s’intéresser à ses boucles de harnais dès que son supérieur prononça son nom et il ne tergiversa pas pendant des heures avant d’obéir. Or-ga-ni-sa-tion. Bon, l’oubli de deux parachutes ne semblait pas vraiment cadrer avec ce concept, à première vue, mais il ne fallait jamais se fier aux apparences. Enfin, pas totalement, en tout cas. Et, de toute manière, François n’avait pas pour habitude de ne pas exécuter les ordres, surtout quand ils venaient du capitaine.

« A vos ordres. »

Il abandonna donc le harnais de Nobilitas et les dernières boucles qu’il aurait dû fixer et dont ses collègues s’occuperaient à sa place, et prit la direction de la Tour Sud, où était entreposé le matériel. Il n’eut aucun mal à repérer les deux parachutes qu’il lui fallait, pas plus qu’il ne lui fut difficile de s’en saisir. Deux parachutes, ce n’était pas si encombrant ni si lourd que ça, et aller les chercher n’avait rien de très passionnant, même si le programme de la patrouille de ce soir-là présentait un intérêt certain. Par contre, la sortie de la tour avec les deux parachutes dans les bras et, surtout, le passage devant l’entrée des souterrains qui menaient aux étables des dragons allemands et aux caves à œufs devaient présenter un peu d’attrait puisque le jeune aviateur sembla s’attarder un long moment devant. Tout au moins mit-il plus de temps à sortir de la tour avec ses deux paquets qu’à y entrer les mains vides, mais personne ne pouvait vraiment en témoigner puisque personne ne l’avait croisé à ce moment-là.

Quel que soit le temps qu’il passa dans la tour, François finit tout de même par regagner l’aire d’atterrissage et par rejoindre son capitaine, sa dragonne et le reste de son équipage, les deux parachutes bien callés dans les bras. Et le fait que les jointures des doigts de sa main droite semblent un peu plus blanches n’était certainement qu’un effet d’optique, un jeu de lumière. Après tout, deux parachutes identiques avaient forcément exactement le même poids, non ?

« Voilà, capitaine. »
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MessageSujet: Re: Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]   Lun 12 Avr - 15:10

Yann n’était pas fan du saut en parachute : en bon terrestre, s’il aimait voler s’était sur le dos de la splendide Nobilitas et pour servir son pays. Il avait foi en la grande dragonne et en son Capitaine et savait pouvoir se reposer sur eux pour les garder en vie et les ramener à bon port. C’était même grisant cette sensation de vide qu’il ressentait dans son dos lorsqu’il était solidement arrimé au harnais de la Fleur-de-Nuit. Grisant, car il se savait en sécurité malgré tout, bien fixé et les mains refermées sur les gardes –fou.

Le saut en parachute, c’était une autre affaire. Y’avait plus de filet et si la grosse toile venait à s’emmêler eh bien c’était un allez-simple direction purée de breton. Or, si Yann aimait sa terre, il n’escomptait pas y finir incrusté.

Il avait donc accueilli l’annonce de l’exercice avec un pincement au cœur – zut quelle idée, il balançait les bombes, qu’avait-il besoin de savoir sauter en parachute ?! – et une légère grimace, bien vite remplacée par une expression neutre, voire blasée. Tant pis, s’il le fallait vraiment, il subirait cet entrainement comme tous les autres, en espérant ne pas être trop vert le moment venu.

Foi de Kerendrec, même la peur au ventre il ne serait pas pris en défaut et sauterait courageusement avec le reste de l’équipage, voire en se la ramenant un peu histoire de donner le change et d’avoir l’air plus assuré qu’il ne l’était en réalité.

Affairé sur les fixations hautes, Yann accompagna les mouvements de la Fleur-de-nuit, la remerciant d’un sourire à chaque fois qu’elle leur filait un coup de patte. Que la dragonne soit d’humeur aussi lumineuse apaisait les doutes de l’Artificier qui se disait que rien d’affreux ne pouvait leur arriver avec une Nobilitas dans d’aussi bonnes dispositions.

Lorsque le harnais fut correctement fixé et eut reçu l’approbation de la grande Dame, Yann se laissa glisser à terre en essayant de s’imaginer sautant dans le vide : rien à faire, son imagination était ce qu’elle était, il ne parvint qu’à avoir l’impression de rejoindre le sol sur l’exacte distance qui l’en séparait. Foutu pragmatisme. Il attendit alors avec un certain détachement l’ordre d’embarquer du capitaine, qui ne tarda pas à venir.

Escaladant les flancs de la Fleur-de-Nuit le breton rejoignit son post, juste à temps pour voir Drisslet revenir avec les deux parachutes. Ayant loupé le bref échange entre le Capitaine Wilson et son souffre-douleur du moment – pour ne pas dire attitré – Yann se fit la réflexion que c’était vraiment dommage. A deux parachutes près il aurait pu négocier et rester bien arrimé au harnais de Nobilitas au lieu de jouer aux pigeons à tirer.

Vraiment dommage.
Décidément, Yann n’était pas fan du saut en parachute…
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MessageSujet: Re: Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]   Sam 17 Avr - 18:18

Stéphane n’avait rien à reprocher au seconde classe Drisslet, mais adorait le faire tourner en bourrique. C’était un aviateur sérieux, bosseur, zélé, consciencieux et de bonne volonté, qui pouvait montrer l’exemple à de nombreux soldats plus âgés, provocateurs et grande gueule, comme l’était Meyer. Le Capitaine réprima un soupir. Si Meyer avait été un Drisslet, Siedler n’aurait pas été obligé de se mêler des affaires des Flieger, et les œufs de Sarnand seraient restés sous le drapeau tricolore. Emballés dans des caisses de bois ou de fer depuis le début de la Drôle de Guerre, les globes nacrés attendaient un transfert depuis des mois, et s’apprêtaient finalement à passer le Rhin. Peut-être que certains reviendraient avant leur éclosion, comme celui qui avait vu éclore Nobé, mais le Français n’était pas très optimiste. Un peu contrarié, le trentenaire se tourna vers sa dragonne, pour observer les derniers préparatifs. En théorie, ses hommes pouvaient harnacher la Fleur en quinze minutes, chrono en main – Sarnand n’était, après tout, pas à l’abri d’une attaque-surprise – mais Stéphane les laissait prendre leur temps lorsque rien ne les pressait.

Quand tous les hommes furent à bord, le Capitaine passa sous le ventre de sa dragonne, pour vérifier rapidement les réglages du harnais, puis se planta devant elle. Nobilitas ne le quittait pas du regard, visiblement impatiente de partir. Sa longue bleu nuit balayait l’Aire d’Atterrissage, soulevant poussière et graviers, mais elle s’immobilisa sous le regard sévère de Stéphane. Le Français tourna la tête vers la Tour Sud, les sourcils légèrement froncés, et chercha sur son subordonné du regard. Aucune trace du jeune aviateur et des deux parachutes manquants, mais le gradé ne sembla pas contrarié par ce retard. Toujours aussi serein, il reporta son regard sur sa dragonne et leva une main, pour l’encourager à se cabrer sur ses postérieurs.

"Parée ?"

Habituée à cette question, la Fleur-de-Nuit se souleva et déploya ses ailes pour conserver son équilibre. Une fois stabilisée, elle se secoua, sans brusquerie dans un premier temps, puis avec un peu plus de conviction, pour être sûre que toutes les boucles étaient convenablement serrées, et qu’aucune n’entravait ses mouvements. Quand elle retomba sur ses antérieurs, elle s’ébroua d’un air satisfait.

"Parée partout"

Stéphane hocha la tête puis se tourna une nouvelle fois vers la Tour Sud. François venait de revenir, et son supérieur lui fit signe de se dépêcher.

"A bord, Drisslet. Gardez l’un des parachutes et donnez l’autre à Pierrac"

Il regarda les deux sacs, pensif, puis tourna les talons.

"Réflexion faite, je vais en prendre un aussi"

Il répétait pourtant sans cesse qu’un pilote devait rester avec son dragon jusqu’au bout, à l’image des capitaines qui refusaient d’abandonner leurs navires, même en plein naufrage. Nobilitas ne broncha pas mais l’encouragea gentiment à se presser.

"Dépêche-toi, Stéphane. On va manquer notre rendez-vous avec la Lune"

"Ne t’inquiète pas, mon cœur, elle va nous attendre"

Il ne perdit pas son temps. Quelques minutes plus tard, il s’installait sur le cou de Nobilitas, aux premières loges, juste devant Drisslet et Pierrac. Il noua son écharpe convenablement, ferma sa veste puis, après avoir rapidement vérifié les sangles de son baudrier, et la disposition de ses hommes sur le dos de la Fleur, donna le signal du départ. Sa dragonne ne se fit pas prier et s’arracha rapidement du sol, brassant l’air de ses ailes immenses, tous les muscles tendus pour compenser le poids du harnais et de son équipage.

Ils filèrent droit vers l’Ouest. Ravie, Nobilitas tendait le cou et volait à une vitesse plus que raisonnable, et Stéphane ne lui demanda de ralentir que lorsque les premières étoiles apparurent au-dessus de leur tête. Pas du tout perturbé par la perspective d’un saut en parachute, il entrouvrit sa veste pour récupérer une carte et fit quelques calculs, en regardant sa boussole.

"On va commencer par les hommes de ventre. Vous pouvez y aller" déclara-t-il, en rangeant la carte.
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MessageSujet: Re: Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]   Mer 21 Avr - 14:37

Les hommes de ventre en premier.

Eh mince ! Même pas le temps de profiter de l'euphorie du vent dans les cheveux et de la beauté de cette nuit étoilée où le ciel sert d'écrin à la Fleur-de-nuit ! Poète à ses heures pour retarder l'inévitable, le breton regardait résolument les mousquetons de fixation qui le maintenaient, tels deux cordons ombilicaux – et c'était bien ça car sa vie dépendait de ces foutus bitonios ! - arrimé au flanc de l'énorme dragon.

Ravalant nerveusement sa salive, Kerendrec l'artificier jeta un coup d'œil par dessus son épaule, pour voir un peu à quoi il devait s'attendre. De deux choses l'une, sauter de nuit avait de gros avantages : il ne distinguait pas 'en bas' qui demeurait pudiquement une grosse plage de sombre trouée de-ci delà par des lumières faiblardes. Subrepticement, l'aviateur se demanda qui était assez culotté ou fou pour narguer le couvre-feu, mais cette pensée lui fut bien vite arrachée : l'homme qui occupait quelques instants encore la place à sa gauche sur le harnais venait de se détacher, plongeant dans le vide.

C'était son tour !

D'une main mal assurée Yannick joua avec la première attache, les lèvres serrées en un rictus féroce. Moins un. L'homme à sa droite le pressa du coude, ses yeux écarquillés luisant dans la pénombre. Lui aussi avait la trouille, mais tout comme lui il ne comptait pas faire moins bien que les précédents et le pressait de se détacher, pour ne pas retarder plus encore l'inévitable. Ses doigts gourds se refermèrent alors sur la seconde attache. Il prit une grande inspiration et la décrocha, sentant le haut de son corps basculer dans le vide.

En une horrible fraction de seconde il se rendit compte qu'il n'avait pas vérifier son parachute. Sa main fusa, ses doigts se refermant comme des serres sur le cuir du harnais. De l'autre il tira brièvement sur les montants du parachute : tout était en ordre. Il sentit ses genoux faiblir sous lui alors que l'adrénaline se diluait dans ses veines, le vidant de ses forces. Un hochement de tête à l'homme de droite pour le rassurer, et le breton se lâchait enfin dans le vide, étouffant la peur viscérale qu'il éprouvait à ne plus être rattaché à Nobilitas dont les lourds battements d'ailes rythmaient sa chute tel les battements d'un cœur gigantesque dont l'écho faiblissait à mesure qu'il s'abimait vers l'immensité sombre qui s'étalait sous lui.

Le vent claquait à ses oreilles alors qu'il égrainait les secondes. Sa main, agrippée au cordon de détente du parachute tira dessus d'un coup sec, libérant la grande aile dont dépendait la vie du breton. Pendant un instant qui lui parut une éternité il se demanda si le parachute s'était bien déployé. Un instant brutalement interrompu. Douleur dans les épaules, que la friction des sangles de fixations firent protester, mais immense soulagement tout en même temps. Tout était en ordre, il ne s'incrusterait pas dans le sol de son pays ce soir.

Silencieux comme une ombre se détachant en noir sur le clair-obscur du ciel étoilé Yann tira sur les sangles de direction, infléchissant son vol pour rejoindre le reste de son équipage qui dérivait lentement vers leur point d'atterrissage. Soulagé et heureux, le breton profitait enfin de la sortie, persuadé qu'il était que plus rien de grave ne pouvait lui arriver désormais.
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MessageSujet: Re: Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]   Dim 25 Avr - 1:06

Aucun son ne franchit les lèvres de François quand le capitaine Wilson lui ordonna de grimper sur Nobilitas et de confier l’un des deux parachutes à Pierrac. Il se contenta de hocher sa tête et d’exécuter les ordres sans broncher, comme il le faisait toujours. Parfois, quand il se doutait que son supérieur le faisait tourner en bourrique, il accompagnait son obéissance de pensées acerbes et de quelques grincements de dents sans pour autant les traduire en commentaires audibles, mais ce n’était de toute manière pas le cas ce soir. Le capitaine aurait certes pu envoyer quelqu’un d’autre chercher les parachutes manquants – ou pas… – mais ses dernières paroles n’en étaient que la suite logique.

L’aviateur grimpa donc tant bien que mal sur le dos de la Fleur-de-Nuit en s’aidant du harnais mais en s’efforçant de ne pas lâcher ses deux paquets et, bien que cela lui ait pris plus de temps que d’ordinaire, il ne tarda pas à rejoindre sa place, à côté de Pierrac. Il dévisagea son collègue et parut hésiter une seconde, avant de lui tendre le parachute qu’il tenait de la main droite. Il s’assura ensuite que son parachute à lui était bien accroché, le vérifia même plutôt deux fois qu’une, avant de boucler son baudrier de sécurité au harnais de Nobilitas.

Le fait que le capitaine soit parti chercher un autre sac de toile ne semblait pas le déranger plus que ça, même si ça ne cadrait apparemment pas avec les habitudes du rouquin ni avec le sacro-saint principe d’organisation. Mais il ne fallait jamais se fier aux apparences. Ce n’était pas parce qu’il manquait deux parachutes, puis que le capitaine décidait finalement d’en prendre un, que tout allait de travers. Il suffisait de regarder ledit capitaine et sa veste – de travers – pour constater que tout allait très bien. Le jour où l’Irlandais se départirait de son air nonchalant, boutonnerait correctement sa veste et nouerait son écharpe de façon réglementaire, là, il faudrait s’inquiéter. Et, accessoirement, si Nobilitas semblait parfaitement sereine, il ne devait pas non plus y avoir de raison de se poser trop de questions.

Lorsque le capitaine Wilson les rejoignit enfin, François profita du temps qu’il mettait à s’installer pour vérifier à nouveau les attaches de son parachute, avant de s’essuyer discrètement les mains sur son uniforme. Il n’avait pas sauté souvent en parachute depuis qu’il avait rejoint l’Armée de l’Air, puisque la Fleur-de-Nuit n’avait jamais vraiment eu l’occasion de participer à de vrais combats ou à de vrais entraînements depuis, mais la perspective ne lui faisait pas vraiment peur. Du moment que le parachute était bien attaché, s’entend. Avec un parachute bien attaché, même s’il pesait un peu plus que la moyenne des parachutes, tout irait bien. Qu’il s’agisse d’un soir comme les autres ou pas. Qu’il s’agisse d’un vol comme les autres ou pas.

Fort de cette conviction, le seconde classe décida de profiter pleinement du vol qui s’annonçait et mit cette décision en application dès que la dragonne s’arracha au sol et s’élança dans les airs à coups de battements d’ailes réguliers et puissants. Il appréciait silencieusement l'air déplacé par le vol qui fouettait son visage comme tous les soirs, et il ne broncha pas quand le capitaine donna l'ordre aux hommes de ventre de sauter dans le vide. Parmi ceux qui se détachaient du harnais de Nobilitas, il devait y avoir Kerendrec. Les hommes de ventre en premier, les autres ensuite. Sa main se resserra un peu plus sur les attaches de son parachute, mais ce fut tout.
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MessageSujet: Re: Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]   Dim 2 Mai - 15:21

"Ils ont tous sauté, beauté ?"

Nobé tourna légèrement la tête, pour regarder Stéphane au coin de ses paupières noires, puis adopta une vitesse plus raisonnable et baissa l’encolure. Ses yeux blancs s’attardèrent sur les lanières abandonnées, détachées des baudriers, puis descendirent sur le ballet des parachutes. Tous les hommes concernés s’étaient apparemment lancés dans le vide, mais elle préférait s’accorder une minute pour compter les braves, histoire d’être sûre que personne n’avait manqué l’appel du Capitaine. Une fois rassurée, elle hocha la tête et récupéra son cap, l’encolure à l’horizontale, le nez pointé vers une étoile particulièrement volumineuse, au loin.

"C’est bon pour les hommes de ventre"


Stéphane claqua gentiment l’encolure de la dragonne en guise de remerciement.

"Aux suivants, alors. Hommes d’échine"


Il fit ainsi sauter tout l’équipage, jusqu’à ce que Drisslet, Pierrac et lui-même soient seuls sur le dos immense de Nobilitas. La Lune s’était levée, blanche et ronde, et les vents avaient forci, emmenant la dragonne nocturne de plus en plus loin de Sarnand. Elle dévorait l’espace, laissant derrière elle hommes de ventre, d’échine, de dos, vigies, artificiers, sous-officiers, aviateurs de toutes de sortes, qui devaient être arrivés à bon port et occupés à ranger, tant bien que mal, leurs encombrants parachutes. Stéphane ne tenta pas de sauter, et ne demanda pas à Drisslet, ni à Pierrac, de le faire. Parce que les vents n’était pas favorables, parce que Nobé était excitée comme une puce, et parce que l’éclat argenté de la Lune, qui ressemblait à s’y méprendre aux reflets qui couraient sur la peau des Greylings anglais, les attirait comme une chandelle.

Et si Nobé se posa quelques minutes plus tard, c’était parce qu’une lanière sur son flanc frottait désagréablement sa hanche. Rien à voir avec les parachutes.

C’est en tout ce qu’expliqua Stéphane lorsqu’il récupéra ses hommes un bon moment plus tard, avec trois parachutes qui semblaient ne pas avoir servi – ils semblaient même plus neufs qu’au moment du départ – et deux hommes sanglés derrière lui, restés par « solidarité ». Personne n’aurait osé dire que c’était la frayeur qui les avait gardés collés au dos de Nobilitas, comme des moules sur un rocher. Pas devant le Capitaine Wilson, du moins.

Stéphane termina sa petite tournée de récupération par les hommes de ventre.

"Tout s’est bien passé ?" demanda-t-il sans mettre pied à terre.
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MessageSujet: Re: Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]   Dim 2 Mai - 16:09

Le vol s'était bien passé oui, et les joues du breton en étaient encore roses de froid et d'excitation. Le premier moment de frayeur passé l'artificier avait grandement apprécié la manœuvre et trouvé le changement dans leur routine pour le moins... rafraichissant. Et grisant. Très grisant même. Pas autant cependant que de faire exploser des cailloux dans sa lutte sans fin contre ces satanées saletés, mais grisant tout de même.

Il hocha vigoureusement à la question du Capitaine, mais ne prit pas la peine d'y réponde de vive-voix. La question était sans doute rhétorique, ils étaient tous entier il n'y avait donc aucune raison que le vol ne se soit pas bien passé pour eux. Il ne pouvait pas en dire autant pour les derniers à être resté sur Nobilitas, qui n'avaient pas pu sauter, eux, à cause des incidents cités par le Capitaine.

Quelques minutes plus tôt, avant le saut, le breton aurait donné n'importe quoi pour être à la place de Drisslet ou Pierrac et ne pas avoir à se lâcher dans le vide. Maintenant que c'était fini, les souvenirs de sa peur s'étiolaient de plus en plus pour ne laisser la place qu'au vif plaisir qu'il avait ressenti lors de la lente et silencieuse descente vers le sol. Il avait atterri sans heurs et si le parachute ne s'était pas laissé plié facilement, il avait rapidement réussi à en faire un paquet serré qui à défaut d'être orthodoxe, était tout à fait transportable.

Le seul vrai hic de sa descente avait été un vent coulis qui l'avait traitreusement fait dériver de quelques mètres, lui faisant rater son objectif. Pas bien méchant, mais il savait qu'en situation de combat il aurait pu avoir des ennuis à débarquer aussi loin des autres hommes de ventre. Fort heureusement, ce n'était qu'un entrainement.

Réjoui par leur petite virée, le breton fit un grand sourire à Drisslet lorsqu'il escalada le flanc de la dragonne et passa devant lui pour aller rejoindre son poste d'affectation, lui glissant au passage un « Pas de bol pour toi, c'était chouette ! » enjoué.
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MessageSujet: Re: Voler sans ailes (15.05.1941) [Scénar 1 partie 3 -b-]   Dim 9 Mai - 19:44

Certes non, ce n’était pas la frayeur qui avait incité François à rester sanglé sur le dos de Nobilitas, et le jeune aviateur n’aurait vraiment pas apprécié que l’un de ses camarades le suggère. Mais bon, la présence du capitaine et celle de la dragonne empêchaient certainement ceux qui auraient pu le penser de le dire à haute voix. Sans compter que le capitaine Wilson n’était pas du genre à laisser ces subordonnés paresser sur le dos de la Fleur-de-Nuit au lieu de faire l’exercice simplement parce qu’ils avaient peur de sauter. En plein combat aérien, il n’était pas question de peur, n’est-ce pas ? Enfin… il fallait reconnaître qu’en réalité François n’en avait strictement rien à faire de ce que pensaient ses collègues. Il avait fait ce qu’il avait à faire pour suivre les ordres de son supérieur, ce qui était sans aucun doute la meilleure façon de servir son pays. Le reste n’importait pas, même si sauter en parachute était chouette.

« Oui, dommage, » répondit donc le jeune homme à Kerendrec qui passait près de lui, de la même voix neutre qu’il utilisait dans à peu près toutes les situations.

Qu’il s’adresse à son capitaine, à ses collègues, ou même aux Allemands ou à un certain vétérinaire, François faisait de son mieux pour conserver le même ton empreint de neutralité. Il était bien loin de pouvoir se montrer aussi nonchalant que le capitaine Wilson, mais il s’estimait déjà satisfait lorsqu’il parvenait à masquer – au moins un peu – l’antipathie qu’il éprouvait à l’égard des occupants ou l’agacement que provoquait chez lui le vétérinaire de la base. Ou bien la déception de ne pas avoir pu faire l’exercice de parachute, bien sûr…

… A moins qu’il ne s’agisse plutôt de cacher l’enthousiasme qu’il ressentait. Oui, oui, l’enthousiasme. Enfin, la satisfaction, tout au moins. Après tout, le sentiment du devoir accompli remplissait toujours celui qui le ressentait de satisfaction, n’est-ce pas ? Et le fait que le devoir en question permette de rapporter trois parachutes plus neufs que ceux avec lesquels ils étaient partis était sans nul doute un plus. La situation de l’Armée de l’Air – comme celle de toute l’Armée française, d’ailleurs – n’était pas au beau fixe depuis que les ******* d’habitants d’Outre-Rhin avaient décidé de franchir le fleuve, et trois parachutes neufs, c’était vraiment formidable. Si, si ! Tout ce qui pouvait permettre de lutter contre les Allemands était important, et François ne pouvait s’empêcher de se sentir satisfait d’avoir pu faire quelque chose dans ce sens.

La main posée et bien moins crispée qu’à l’aller sur le harnais de vol de Nobiltas, l’aviateur appréciait donc pleinement et silencieusement le trajet de retour vers Sarnand. La patrouille et l’exercice s’étaient bien passés pour tout l’équipage, il n’y avait aucune raison de ne pas apprécier les derniers instants de vol qui leur restaient.
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