[Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]


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[Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]

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MessageSujet: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Dim 20 Juin - 1:45

[Camille Libberecht demandé à l'accueil !]

La base de Dijon, comme toutes les bases aériennes, ne se trouvaient pas à Dijon. Orphée survolait en fait le village de Cruzon, charmante bourgade avec trop de bars pour le nombre d'habitants, un bordel trop bien rempli, aussi, et des vaches un peu partout, visiblement destinées à nourrir les dragons du coin. Le Porte-Drapeau suivit le chemin habituel, c'était facile : il suffisait de longer une ligne blanche, la route de Cruzon vers l'ancien château de 1804 et les pavillons qui l'entouraient.

Dijon ressemblait toujours à Dijon. Vu du ciel, la base ne s'émouvait pas de l'assassinat de Darlan, des représailles vichystes ou des accords d'entendre franco-allemande. Vu d'en haut rien ne changeait ; on aurait presque pu se croire en temps de paix, en 1938, ou en 39 avant que tout ne tourne au vinaigre.

Orphée devait se poser dans la grande cour, ce qui n'était pas habituel. Les courriers du SPA se rendaient à l'annexe postale, récupéraient leur paquet et partaient. Mais le caporal avait reçu un ordre de mission particulier : se poser dans la grande cour pour 6h du matin. Point. Pas de détails. Il ne devait pas venir la veille, non, il fallait qu'il parte de Sarnand à pas d'heure et arrive à 6h ; si on lui demandait, il devrait répondre qu'il s'agissait d'un courrier spécial.

Dans la cour, un jeune lieutenant attendait, le nez dirigé vers le ciel...
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Dim 20 Juin - 4:25

Quatre heures du matin. Camille aplatit brutalement le réveil qui lui vrillait les tympans. Le drap glissa, le laissant s’étirer torse nu dans la chaleur étouffante de la nuit estivale. Il sauta de son lit et enfila en silence son uniforme de vol complet. Fontes, vareuse militaire, lunettes d’aviateur, gants. Cigarettes, briquet. Couteau.

Un saut aux cuisines pour emporter un casse-croûte froid, puis descente aux étables à dragon. Les prunelles d’Orphée luisaient dans la pénombre profonde qui précédait le lever du jour. Le pilote le harnacha soigneusement à la lueur des lampes de secours du couloir, et ils s’envolèrent dans la nuit, prenant rapidement de l’altitude pour éviter de heurter quoi que ce soit avant l’aube. Le Porte-drapeau n’y voyait presque rien dans le noir, mais les ordres étaient clairs : se présenter à six heures tapantes dans la grande cour de la base de Dijon. Cela signifiait décollage nocturne pour le courrier, ce qui n’était pas exactement du goût de Camille… il n’avait rien contre la prise de risques, sauf quand c’était inutile, et Dijon avait intérêt à avoir une bonne raison de faire voler Orphée de nuit.

Une heure plus tard, le ciel clair et les rayons obliques d’un soleil orange flamboyant promettaient une journée des plus chaudes. Heureusement, la vitesse du dragon rafraîchissait efficacement le pilote presque couché sur son cou. Encore quelques dizaines de minutes et Orphée atterrissait sans bavure en plein milieu de la grande cour pavée, dans un froissement d’ailes bleu-blanc-rouge. Camille releva ses lunettes d’un geste vif, machinal, et adressa un signe de tête à l’officier planté là tout seul, avant de sauter à terre. Les mains libres.

En trois pas il s’approcha du lieutenant qui n’avait pas l’air beaucoup plus âgé que lui. Français, on était à Dijon quand même. Salut net, et les yeux qui sourient par derrière.

- Bonjour mon Lieutenant. Caporal Libberecht présent, ordre de mission de Sarnand.

Quel ordre de mission, bonne question. Confidentiel apparemment. Tellement confidentiel qu’il n’en savait pas plus… Courrier spécial, officiellement, ce qui signifiait probablement que ce n’était officieusement pas un courrier, même si ça avait l’air tout à fait spécial. Et on n’avait pas l’air décidé à ce qu’il traîne dans les parages, puisqu’il n’avait même pas pu passer la nuit au relais des courriers.

Le jeune homme ne se démontait pas pour autant. On était le 16 juillet, 6h du matin, et il était dans la grande cour de la base. Très bien. Attendu, qui plus est, par un petit gars qui aurait autrement été au fond de son lit à pareille heure. Soit, Dijon le demandait, Dijon l’avait.

La suite… L’étincelle bleue malicieuse tapie au fond de son regard dansa alors que son sourire relevait légèrement le coin de sa bouche volontaire.
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Lun 21 Juin - 1:01

Le lieutenant salua brièvement, presque trop rapidement ; nerveux, il n'avait tout simplement pas assez d'ancienneté pour savoir où se mettre dans ce genre de situations. Il était également conscient que son comportement ne donnait pas d'allures de banalités à la chose, alors que pourtant, il ne savait rien. Juste que le caporal était appelé par le général, à une heure indue, dans la cour, et que le général Naullain lui avait demandé de ne pas en toucher mot. Il le ferait, puisqu'on lui en donnait l'ordre, mais il ressentait une certaine excitation à l'idée de se trouver en bordure d'un évènement top secret.

"Repos, caporal. Suivez moi !"

Il se rendit compte qu'il avait omis de dire bonjour, mais jugea que la faute serait encore plus visible s'il le faisait maintenant. Bah, après tout, rien ne disait qu'on devait être poli avec ses subordonnés, non ?

Il guida Libberecht dans l'entrée, puis par le grand escalier. Ils ne croisèrent personne : à cette heure, les secrétaires dormaient sans doute, et il n'y avait pas de gardes. Ils passèrent par un couloir silencieux, un tapis d'un rouge profond avalant leurs pas.
Sans prévenir, le lieutenant s'arrêta à peu près à la moitié. Il frappa à la porte, deux fois, des coups brefs ; puis entra, sans attendre la réponse, en faisant signe au caporal de suivre.

Il trouvait ça terriblement excitant et se mit au garde à vous.

Le général resta assis, mais son attention reposait clairement sur les nouveaux arrivants. Quelques papiers trainaient entre ses mains, qu'il laissa retomber sans s'en soucier : des distractions, tout au plus. Naullain était venu en avance, peut être dans l'espoir que le caporal arrive avant l'heure dite. Il fit signe au lieutenant de sortir et ne prêta aucune attention à son air déconfit.

"Repos, caporal, et bonjour. Avez vous déjà déjeuné ? Mes croissants datent d'hier, mais je pense qu'ils sont encore bons," dit-il en désignant une assiette sur le bord du bureau.

Âgé d'une soixantaine d'années, Naullain portait encore assez bien l'uniforme bleu de l'armée de l'air : relativement mince, il était rasé de près et ses cheveux blancs entouraient son crâne comme une couronne sans céder à l'envie d'être rabattus sur sa calvitie. Soit l'homme ne se souciait pas de ce défaut capillaire, soit il avait renoncé depuis longtemps à le dissimuler. Il avait la peau bronzée, pas très ridée, mais des yeux bleus au blanc rougit par la fatigue et l'âge. Quoi qu'il en soit, il avait l'air très calme et pas particulièrement dérangé d'avoir fait venir le pilote.
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Mar 22 Juin - 5:10

Pas de questions, pas d’hésitation. On savait très bien où on allait et ce n’était manifestement pas plus normal que les nerfs à fleur de peau du garçon. Intéressant… Le pilote profita que l’autre lui tourne le dos pour adresser à Orphée un signe de main vaguement désabusé qui disait « advienne que pourra ». Il savait que le dragon l’attendrait sans broncher, ce qui n’empêcha pas les yeux noirs du Porte-drapeau de suivre les deux soldats jusqu’au moment où le hall spacieux les avala.

Camille nota en silence le décor splendide, les manières mal affirmées de son guide. Dijon soignait les apparences mais la situation n’avait pas l’air aussi tranquille qu’on voulait bien le laisser croire. Comme toujours, on n’arrivait qu’à étouffer les plus petites bavures, en temps de guerre…

Ses réflexions s’interrompirent aussi brusquement que l’arrêt du lieutenant au milieu du couloir, et il ne dut qu’à ses réflexes de pilote de ne pas le percuter de plein fouet. Il le suivit dans la pièce en prenant un peu plus de distance, on ne savait jamais. Mais à peine eut-il reconnu le personnage assis derrière le bureau qu’il jeta un bref regard effaré à l’estafette, avant de se reprendre et de saluer vivement le général.

- Caporal Libberecht au rapport, mon Général.

Il remarqua tout juste l’officier qui s’effaçait en refermant la porte. L’homme avait lâché ses papiers et lui désignait une assiette à laquelle il ne jeta pas un regard, y préférant une observation plus approfondie de son vis-à-vis. Sa tranquillité contrastait avec le stress du lieutenant, et sa voix disait qu’il était probablement debout depuis un certain temps. Ça tombait bien, lui aussi. Foutu réveil.

- Bonjour. Merci, mon Général, mais il est encore un peu tôt pour moi.

Il avait fait trois pas en avant, bras détendus à présent, et désigné les viennoiseries d’un léger sourire en coin. Non, il n’appréciait pas particulièrement d’avoir du faire voler Orphée avant le jour. Non, il ne mangeait habituellement rien avant huit heures sous peine que ça reste coincé quelque part derrière sa trachée. Et non, il ne se moquait pas de son supérieur, tout au plus une malice imperceptible et un double sens qu’on prenait si on le voulait.

Il ne prit pas l’initiative de s’asseoir avant d’y être invité. Toute question alimentaire mise à part, Camille se demandait ce qui pouvait bien justifier une telle convocation extraordinaire. Il était prêt à parier que ça n’avait pas grand-chose à voir avec le SPA, et encore moins avec un quelconque courrier spécial. Mais dans ce cas, que pouvait bien demander le général Naullain à un simple pilote de Porte-drapeau ?

Il n’était pas venu pour discuter mondanités, et apparemment l’officier n’avait pas vraiment de temps à perdre en palabres non plus. Camille conserva l’ombre de son sourire mais ses yeux clairs étaient d’un sérieux sans mélange quand leurs regards se croisèrent. La parole ne lui revenait pas en premier…
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Jeu 24 Juin - 11:39

Quand le jeune pilote refusa les croissants, un infime soubresaut dans la main gauche fut la seule réaction de Naullain. Son visage resta parfaitement composé, détendu, presque flasque, alors que ses yeux restaient dirigés vers Libberecht. L'homme croisa les mains sur ses papiers avant de reprendre.

"Bien. Asseyez vous, alors. Vous n'aurez qu'à vous servir quand vous en aurez envie."

Pendant que le pilote s'exécutait, il écarta les papiers vers le coin de la table, puis ramena ses mains aux ongles parfaitement coupés là où elles se trouvaient avant le geste. Il resta figé quelques instants à regarder avant qu'un très mince sourire ne soulève la commissure de ses lèvres. Il clignait très souvent des yeux, peut être pour les soulagés après des nuits de veille.

"Avant que je ne vous expliquer ce que j'attends de vous, caporal, j'aurai besoin de savoir si je peux m'assurer de votre entière discrétion." Il ajouta ensuite, lentement, comme avec prudence : "Bien que cette mission entre dans le cadre du SPA, je veux être assuré que son but ne s'ébruitera pas plus que nécessaire."

Naullain cilla plusieurs fois, rectifia sa cravate et reprit :

"Nous n'avons rien à cacher aux Allemands, mais des rumeurs courent sur Sarnand et je suis enclin à les croire. Vous comprenez que Londres ne doit pas être au courant, n'est-ce pas ? Pour votre propre sécurité, mieux vaudra qu'ils ne le soient pas. Personne ne sait s'il traine encore des oreilles de traitres gaullistes dans les couloirs du château. Puis-je vous faire confiance pour tenir votre langue ?"
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Mar 29 Juin - 23:59

Il s’assit sans autre commentaire. Son regard baissé erra un moment sur la surface de la table, les mains croisées du Général, les miettes de croissant sur la porcelaine et les papiers mis à l’écart. Le son des paroles lui fit relever les yeux, observant son vis-à-vis avec un léger sourire qui figea lentement sur ses lèvres.

Malgré des habitudes plutôt sociables et une tendance à pas mal discuter avec les autres courriers et les équipages embarqués de Sarnand, Camille pouvait concevoir que certaines de ses missions soient confidentielles, et celle-ci était probablement une des plus confidentielles qu’on lui ait jamais confiées. La discrétion professionnelle ne lui était pas étrangère et il y appliquait toute la rigueur militaire qu’on avait pu lui inculquer. Il hocha légèrement la tête. Bien sûr qu’on pouvait compter sur lui, comme pour n’importe quelle mission.

Mais la suite du discours prenait une toute autre tournure. Naullain avait la nervosité implicite de la plupart des dirigeants dans cette guerre qui rongeait toute l’Europe. Cette nervosité cachait souvent une conscience pas tout à fait nette, que ce soit du point de vue des autorités d’occupation ou de celui de la petite flamme patriotique qui veillait encore chez de nombreux Français. Avec une sensation de froid qui descendait le long de son dos, Camille comprit que la conscience du général avait depuis longtemps étouffé sa fierté d’officier français.

Des rumeurs courent sur Sarnand… Des traîtres gaullistes dans les couloirs… ben voyons. Et pourquoi pas des soldats qui se battent pour la France, bientôt ? Ah, c’est certain qu’il aurait fallu s’y mettre plus tôt, pour ceux-là. Maintenant, on ne pouvait que se plier à la tempête et espérer que le froid ne gèlerait pas tout ce qu’il y avait encore de valable dans ce pays.

Ravalant son amertume, le jeune homme fit un effort pour garder une expression raisonnablement avenante. Pour sa propre sécurité… Camille ne doutait pas que sa sécurité dépende plus du bon vouloir de l’occupant que des risques de représailles de Londres. Et il était assez fin pour comprendre que la demande du Général n’était pas de celles que l’on refuse, quelles que soient les couleurs de son dragon. On ne lui laissait pas le choix et s’il voulait conserver le peu de liberté dont il disposait encore, il avait intérêt à manœuvrer dans le sens du courant.

- Ma discrétion va de soi, mon Général. Vous pouvez compter sur moi.

Ses yeux clairs avaient le reflet métallique que donnait la détermination. Restait à savoir ce qu’on attendait de lui, maintenant qu’il avait montré la façade qui convenait. Mais il avait suffisamment joué au poker en fin de soirée dans les dortoirs de Sarnand pour savoir à la fois exactement ce que craignait Naullain, et comment paraître dans le même temps être exactement l’inverse. C’était un petit jeu auquel il faisait bon jouer par les temps qui couraient, quand l’occupation offrait peu de distractions et encore moins d’espoirs.

Après l’armistice, Camille avait appris brutalement que certaines opinions et certains comportements seraient réprimés sans la moindre pitié. Il avait rapidement adopté une ligne de conduite qui lui permettrait de garder sa place, à laquelle il tenait suffisamment pour fermer son grand clapet dans la plupart des situations. Ce jour là ne faisait pas exception.
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Mer 7 Juil - 18:55

Naullain acquiesça gravement. Ses yeux fixaient toujours le caporal, pesamment, comme s'il essayait de lire ce qui pouvait se dérouler ou non sous le crâne du jeune homme ; mais s'il aperçut quelque chose qui le dérangeât, il n'en dit rien. Aucune satisfaction particulière de suinta de son expression lorsque Libberecht accorda son assentiment : il se doutait que l'homme n'aurait pu répondre autrement, ce qui vidait quelque peu la promesse de sa valeur.

"J'ai besoin que vous portiez un courrier important en Afrique du Nord. Plus précisément dans la zone sous administration militaire d'Algérie."

Ce qui signifiait, ni plus ni moins, qu'il s'agissait probablement d'un infâme trou à rats désertique et que Camille allait beaucoup s'amuser. Toutefois, ce commentaire tout à fait superflu ne sortit pas de sa bouche. Au lieu de cela, Naullain tira une grosse enveloppe d'un de ses tiroirs, fit béer l'encoche dans le papier brun pour en tirer une carte assez détaillée de l'Algérie, quoi qu'un peu datée. Il la déplia et la posa vers la table, face au caporal, puis posa le doigt sur un mot souligné.

"Vous irez à Touatja. C'est en territoire français, normalement, vous ne devriez rien avoir à craindre de personne. Cependant, ce courrier est extrêmement important et la Méditerranée sillonnée par les Anglais. Vous comprenez pourquoi ils ne doivent rien savoir de votre mission, n'est-ce pas ? Cela vous ferait prendre des risques inutiles -à vous et à votre dragon. Vous devrez remettre le courrier au dirigeant de la garnison de Touatja si c'est possible. Sinon, j'attends de vous un rapport détaillé sur les raisons de votre échec : pourquoi vous n'avez pas pu atteindre Touatja, pourquoi vous n'avez pas pu remettre le pli au lieutenant si vous y êtes parvenu.

Concernant votre route, j'ai appris que l'escadron franco-allemand les Aigles va se rendre en Libye dans les jours qui suivent. Je vous conseille de vous joindre à eux au moins jusqu'en Tunisie pour profiter de leurs escales, en particulier en Italie. Ce sera toujours plus sûr que de risquer de croiser des Anglais au dessus de la mer. Des questions ?"
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Sam 10 Juil - 19:16

Assis très droit sur sa chaise, tête haute, le jeune pilote écoutait attentivement les explications du Général. Il n’était lui-même jamais allé en Algérie mais Orphée oui, entre les deux guerres. Les seuls vols long courrier dont il se souvenait au-dessus de la Manche dataient d’un an en arrière, lors d’un plan de ralliement en catastrophe des côtes britanniques, et il n’était pas près d’oublier le tableau de Dunkerque en flammes. Mais il n’avait jamais traversé la Méditerranée.

Il se pencha sur la carte tout en continuant d’écouter, et brusquement son regard figea sur un point quelque part entre Touatja et Marseille, dans le bleu. Il avait déjà commencé à élaborer son itinéraire et le plus logique passait au-dessus de l’eau. Sauf qu’apparemment, Naullain ne l’entendait pas de cette oreille, et l’excuse des Anglais lui paraissait fumeuse. Il avait servi en Alsace sous les balles, dans le Nord au moment de la débâcle, et en Lorraine pendant la drôle de guerre. Il était allé jusqu’en Angleterre, et avait traversé la France de long en large. Ce n’était pas un peu d’eau qui allait l’effrayer, ciel sous contrôle ennemi ou pas. Le secret était certes compréhensible, mais même si le Porte-drapeau était du genre voyant, personne ne pouvait dire où il allait ni ce qu’il transportait, et encore moins d’où il venait.

Quant à l’escadrille Les Aigles, il était bien placé pour savoir qu’elle comportait des poids moyens, forcément moins rapides qu’un courrier. Les escales leur étaient bien plus nécessaires qu’à lui-même, et le retarderaient plus qu’autre chose. C’était contradictoire avec l’importance soi-disant extrême de son chargement… à moins qu’un courrier important puisse ne pas être urgent ? Camille en doutait.

Loin dans un coin de son esprit, quelque chose d’autre clochait. La marche à suivre que le général venait d’exposer très clairement n’était rien de plus que la procédure de routine des courriers du SPA. Rallier la destination désignée, se présenter à la bonne personne, et en cas d’échec rendre un rapport détaillé. Le simple fait qu’il l’énonce impliquait autre chose… les risques d’échec devaient déjà être beaucoup plus grands que la normale. Ou alors Naullain était un pleutre. Camille releva les yeux et chercha à croiser le regard fatigué du Général.

- Mon Général, je crains que cet itinéraire ne fasse que retarder ma mission. La route de l’escadrille n’est pas la mienne et leur vitesse de croisière inférieure. De plus, j’assume parfaitement le risque de traverser la mer comme acceptable…

Il regardait l’homme bien en face, se demandant s’il avait une idée de ses états de service, de son dossier militaire, ou de sa petite réputation de tête brûlée au sein des pilotes de courrier dépendant de Dijon. Quoi qu’il en soit, il restait un point à éclaircir avant de prendre congé : sa prudence excessive selon le Caporal.

- A moins que vous n’ayez à m’informer d’autres risques particuliers à cette mission. Ou de recommandations spécifiques s’ajoutant à la procédure de routine du SPA.

Les mains posées légèrement sur les bords de la carte, le col de sa chemise militaire juste assez ouvert pour que le doute soit permis entre un certain laxisme et une défense contre la chaleur de Juillet, le pilote dégageait une désinvolture qui n’entachait pourtant pas le respect tout réglementaire avec lequel il s’exprimait.

Il savait que le secret professionnel lui interdisait de s’interroger sur la nature de son chargement. Mais sa curiosité naturelle lui donnait le droit de chercher à savoir si on pouvait l’apparenter à une bombe administrative du style dossier confidentiel, ou à un ordre explosif de l’état-major de Vichy. Ou encore si on l’envoyait sciemment à la mort sans vouloir trop l’affoler.

Il adressa un sourire dégagé au Général, oublieux de la poussière du désert et de la brûlure intolérable du métal surchauffé par le soleil, s’il venait à rencontrer sa propre chair.
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Sam 10 Juil - 22:11

Naullain resta silencieux et immobile un moment, sans que son regard se détourne jamais du jeune homme. Il finit par décider de donner quelques précisions ; sa voix, cependant, ne cachait pas tout à fait que la question le dérangeait : il parlait plutôt lentement, comme pesant ses mots. Mais il ne détournait pas les yeux, jamais.

"J'ai entendu de sources non officielles que l'oasis voisine de Touatja ne répond plus non plus. Une oasis italienne."


Parce qu'il était évident que les Italiens n'allaient pas partager ce genre d'informations avec les Français. Quelques rumeurs chuchotaient que Mussolini n'appréciait guère que la France s'allie franchement à l'Allemagne : cela signifiait qu'il n'aurait jamais le droit d'aller grignoter les colonies françaises.

"En mars dernier, les gaullistes ont pris Kouffra, une oasis italienne. Touatja aurait pu cesser de répondre pour de multiples raisons : tempête de sable, matériel en panne ou même révolte arabe. Mais deux oasis ne disparaissent pas à quelques jours d'intervalle -après la prise de Kouffra- à cause du mauvais temps.

Aux dernières nouvelles les Allemands ne sont pas informés du silence radio de Touatja. Mais si vous suivez l'escadrille et que vous parvenez à... orienter un peu les choses..."


Il fit un geste vague de la main, à hauteur d'épaule.

"D'après des rapports d'avant guerre, l'oasis de Shâât ne comptait qu'une garnison ridicule. Les Allemands et les Italiens n'enverront personne si nous ne les motivons pas. Mais gardez à l'esprit que les réactions des Aigles sont secondaires : votre priorité est de savoir ce qu'il se passe vraiment à Touatja.

...je dois également vous prévenir que vous n'aurez pas beaucoup d'aide des Français d'Algérie. Comptez plutôt sur les Allemands, ils n'ont que cela à faire en ce moment."


Il ramena sur ses mains face à sa poitrine, croisées sur la table.

"Avez vous encore des questions, caporal ?"
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Dim 18 Juil - 1:15

Camille ne broncha pas devant les explications prudentes de Naullain. Ainsi, ils craignaient une attaque des Français libres… contre le gouvernement de Vichy. Le pilote se demanda une seconde s’il l’avait bien regardé avant de lui confier la mission. A moins qu’il n’espère que les couleurs d’Orphée protègent le courrier d’une contre-attaque immédiate dans le cas où Touatja serait effectivement passée aux gaullistes.

Il cilla en revanche devant le geste éloquent du Général. Orienter les choses… dans une escadrille franco-allemande avec laquelle il n’avait rien à voir. De plus en plus perplexe, le jeune homme n’arrivait pas à percer les motivations de son supérieur. Pétainiste, il en était sûr, il essayait de dévier l’escadrille sur Touatja dans le cas où ça se passerait mal pour le courrier. Parce que la France libre se battait pour sauver ce qui pouvait l’être. Le pilote retint la lueur froide qui grandissait au fond de ses yeux, mais son sourire tranquille s’effaça lentement.

Le rappel de son premier objectif ne fit qu’augmenter sa détermination à se méfier des directives qu’on lui donnait. Un contact perdu avec une oasis qui n’était probablement qu’un trou de poussière au fond du désert algérien n’impliquait pas toujours de faire lever les pilotes à des heures impossibles pour leur donner un ordre de mission qui ne prendrait effet que quelques jours plus tard, le tout sous prétexte du secret. Il était presque certain que ce ne serait pas un vol de routine. Et curieusement, c’était la meilleure façon de lui faire accepter sans conditions.

Quant à l’aide qu’il pourrait attendre des positions militaires sur place, il n’y pensait même pas. Il verrait bien le moment venu si vraiment il avait besoin de secours. Mais il ne fallait pas trop compter sur lui pour faire ami-ami avec l’Allemand… à moins qu’il ne parte avec l’escadrille de Sarnand, il n’aurait ainsi pas à traiter directement avec l’ennem… l’occupant. Et comme toujours, manœuvrer dans le sens du courant ne pouvait qu’assurer ses possibilités d’action une fois sur place.

- Très bien, je partirai avec les Aigles.

Il avait entendu et intégré toutes les informations qu’on avait bien voulu lui donner, même s’il était certain qu’on ne lui avait pas expliqué la moitié du problème réel. Il pourrait toujours s’en servir plus tard. Ce qui était certain également, c’est que Naullain n’avait pas la moindre envie d’en ajouter plus, et il n’y avait qu’une seule réponse possible à sa dernière question.

- Non, mon Général, sauf une. Quand dois-je partir, et où puis-je disposer de mon chargement ?

Il y avait bien une missive pour le dirigeant de l’oasis de Touatja… même s’il doutait de plus en plus d’arriver à la remettre à qui de droit. Mais après tout, ça faisait partie des risques du métier, et il ferait tout pour mener à bien sa mission quels que soient les risques assumés. Et pour ce qui était de sa qualification pour un rôle qui avait peu de chance de correspondre avec ses aspirations affichées, après tout, c'était le problème du Général, pas le sien. Tant pis pour lui s'il n'avait pas compris que le jeune pilote de Porte-drapeau, déjà cité pour actes inconscients et insubordination envers l'occupant, avait autre chose en tête que d'empêcher les gaullistes d'annexer une oasis sous contrôle franco-allemand.
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Mar 20 Juil - 16:25

"Dès que possible," répondit Naullain, "si vous ne pouvez pas remettre la lettre, détruisez la et revenez faire un rapport."

Il avait dit cela avec le ton d'un homme qui estime en avoir terminé avec la discussion et le confirma en se levant un instant après. S'il se posait les mêmes questions que le caporal concernant le passé de celui-ci, cela ne se voyait absolument pas sur son visage : Naullain avait seulement l'air fatigué, résigné à une longue journée et pressé que Libberecht s'en aille. Il se rassit dès que le jeune homme fit mine de partir et se replongeait déjà dans ses papiers.

Le lieutenant attendait Camille à l'extérieur, le regard brillant de curiosité. Il ne céda toutefois pas à la tentation de demander à l'autre de lui raconter l'entrevue et le raccompagna à la cour, rendu presque maussade par cette friandise à laquelle il n'avait pas droit. Il laissa le caporal lorsqu'ils arrivèrent à la porte, mais il resta là à observer, ayant probablement reçu l'ordre de s'assurer que personne n'allait porter d'attention malvenue au piloter de courrier.

Si Libberecht ou Orphée se retournèrent après le décollage pour voir s'il restait à les observer, leur regard ne trouvèrent que les pavés de la cour.
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Mar 10 Aoû - 2:53

La réponse arriva sèche. Le pilote se leva dans la foulée, salua son supérieur impeccablement mais sans la moindre chaleur, contrairement à ses habitudes. Ici, pas un sourire pour éclairer son visage fermé sur des pensées bien sombres. Pas de détails, pas d’informations complémentaires, pas d’encouragement, pas de dérogation de procédure.

- Bien, mon Général.

Puisqu’il en était ainsi, il n’avait qu’à se jeter dans l’inconnu et faire de son mieux. Mais pour une fois, il ne sentait pas la flamme qui précédait d’habitude chacune de ses missions ouvertement à risques. A la place, un froid glaçant se répandait lentement dans ses veines, et le doute mordait sa conscience patriotique. Allait-il au-devant d’un combat contre ses propres frères ?

Camille n’accorda pas un regard au jeune officier qui l’attendait dehors, ignorant ses questions informulées et sa curiosité malsaine. Et alors, il n’avait jamais vu personne qu’on envoyait à la mort, ou au feu ? Ce n’était pas si rare, surtout dans ces bureaux. Le point brûlant de son regard insistant sur sa nuque le suivit jusqu’à ce qu’il s’éloigne sur les pavés de la grande cour, mais il l’ignora aussi.

- Retour à Sarnand…

- Des ordres ?

- Mission en Afrique, un courrier pour une oasis portée disparue. En zone française libre…

- Urgent ?

- On part avec la Die Adler, ça prendra pas la semaine.

- Ok…

Les yeux noirs d’Orphée étaient curieux, eux aussi. Mais le silence inhabituel de son pilote l’empêcha de poser toutes ses questions dans la minute. La cour déserte à une heure aussi matinale reprit en écho les battements d’ailes du Porte-drapeau qui décolla rapidement, laissant loin derrière lui les fumées de Dijon et les champs de Cruzon. Enfin, le vent de leur vol souffla les sombres pensées de Camille et effaça les spéculations inutiles. Demain serait un autre jour.

Quand le courrier atterrit à Sarnand peu après midi, Camille sauta à terre avec le sourire aux lèvres qui suivait les trajets faciles et sous de bonnes conditions de vol. Le ciel dégagé déversait une chaleur insensible quand on allait à la vitesse d’un dragon, et le pilote s’étira en sifflotant un air joyeux. Une mission outre-mer, quelle qu’elle soit, avait de quoi exciter n’importe quel courrier digne de ce nom. Orphée cligna de l’œil devant la bonne humeur de Camille, et les choses en restèrent là jusqu’à ce que vienne le moment de s’embarquer avec l’escadrille.
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MessageSujet: Re: [Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]   Aujourd'hui à 13:38

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[Dijon] Le Général parle au Caporal [Mer. 16. Juil. 1941] [Sang, Sueur et Sable]

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