Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]


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Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]

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MessageSujet: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Jeu 8 Juil - 1:02

Tôt le matin, Agata avait décidé de partir se promener en ville, afin de rencontrer du monde et de discuter un peu. Elle avait aussi pris l’initiative d’aller à la poste pour pouvoir envoyer des nouvelles d’elle à sa fille, installée aux Etats-Unis, pour qu’elle ne s’inquiète pas trop. La vieille femme avait alors donné un peu de nourriture à son petit chat, avait pris la lettre restée sur la table de la cuisine puis enfilé son manteau et quitté sa maisonnette. À chaque fois qu’elle devait fermer sa porte à clé, elle se mettait toujours à pester contre cette poignée qui restait toujours coincé.
« Ah ça ne va pas encore recommencer ! S’indigna-t-elle. Le même refrain, tous les jours. C’est que ça commence à me courir sur le haricot ! Comment je vais bien pouvoir faire …. ? »
C’est alors qu’arriva l’un de ses voisins, qui venait toujours prendre de ses nouvelles comme s’il était son fils. Il donna un bon coup de pied dans la porte et ferma à double tour en lançant fièrement un : « V’la M’dame Agata ! ». Elle le remercia gentiment, lui promis de lui offrir une salade ou un pot de confiture et s’en alla.

Elle était vieille la Madame Agata, mais elle marchait toujours très bien et elle était plutôt rapide. En un rien de temps elle arriva à la poste, quelque peu essoufflée, mais fière de pouvoir encore marcher correctement. Elle poussa la lourde porte et posa la lettre sur le comptoir. Le postier lui dis alors, sans même la regarder, d’une voix très désagréable :
« C’est pour où ?
- Pour les Etats-Unis, dans le Colorado … »

Elle n’eut pas le temps de lui donner la ville qu’il lui répondit aussi net, un petit rire déplacé
« Les Etats-Unis ? Ah mais ma petite dame, vous oubliez que les temps sont durs ! Vous croyez que nos dragons vont aller spécialement aux Etats-Unis pour que vous puissiez envoyer votre recette de cuisine ? Ah mais non non non, pas possible ça.
- Ce n’est pas possible ? Et pour quels motifs ?
- Et pour quels motifs ? Non mais ma petite dame, c’est qu’on envoie que les documents de très haute importance, genre au président quoi. C’est une recette de flan pour le président ça ? »

Agata croyait rêver. Ce jeune homme, qui avait l’âge d’être son petit fils était littéralement en train de se moquer et n’avait aucun respect pour elle. Agata avait bien saisi l’information, elle comprenait bien que les dragons étaient nécessaires pour envoyer des messages très importants et pour réaliser d’autres tâches, mais elle ne comptait pas en rester là. Elle lui lança, plutôt sèchement.
« Dites-moi, vous avez quel âge jeune homme ?
- euh … 23 ans, eh presque 24 ma petite dame !
- Vous avez toujours votre grand-mère ?
- Ah non, c’est qu’elle est morte il y a bien longtemps, elle n’était pas assez robuste, la pauvre femme.
- Oui, la pauvre femme en effet … mais pas pour les mêmes raisons. Eh bien, c’est fort dommage. Elle vous aurait peut-être appris qu’on respecte les gens et encore plus ses ancêtres. Mais ce n’est pas grave. Vous n’êtes sans doute pas assez futé pour comprendre ça. Mettre un timbre et un tampon sur une lettre ce n’est pas bien compliqué, mais lorsqu’il s’agit de parler correctement à quelqu’un, là, c’est une autre paire de manches ! Sur ce, au revoir mon petit jeune homme ! »

Le jeune postier resta bouche bée. Il regarda Agata s’en aller, pousser la grosse porte qui retomba lourdement. Agata quant à elle, sortit et souffla un bon coup.
« Quel petit vaut rien ! » dit-elle, très énervée.
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Dim 11 Juil - 23:03

En ce jeudi matin une petite blondinette, les yeux larmoyants et le nez rouge d'avoir trop pleuré, avait filé hors des murs de son pensionnat dès son petit-déjeuner avalé. Elle n'avait pas été la seule, puisque sa grande sœur Geneviève avait elle aussi enfourchée sa bicyclette, et toute deux avaient pédalées jusqu'à la maison Libberecht, centre névralgique de la famille sur Montreuil.

Les multiples appels téléphoniques et le harcèlement des dames des PTT par leur mère n'ayant rien donnés, les deux jeunes filles avaient repris leurs vélos pour partir se renseigner, l'une au domicile, l'autre auprès de l'entourage. En ce jeudi 19 juin, on était sans nouvelles depuis le mercredi du cousin Pierre-Toussaint, et tout le monde chez les Pelous et les Libberecht craignait qu'il n'ait été embarqué dans la rafle de la veille au quartier Saint-Paul.

Se déchainant sur les pédales de sa bicyclette, Hermeline prenait de très grandes libertés avec le code de la route, roulant sur les trottoirs, la chaussée, coupant les virages et les yeux à moitiés cachés par un brouillard de cheveux tombés de son béret.
Heureusement, la petite pensionnaire avait encore d'excellents réflexes, ce qui sauva certainement madame Bukovski et surtout son col du fémur.

Dérapant dans un crissement de pneumatique agonisants, la jeune fille se retrouva presque collée à la brave Agatha, poussant un petit cri étouffé sous le coup de la surprise.

"Madame Bukovski ?" Bredouilla-t-elle en reniflant sans aucune trace d'élégance. "Tout va bien, je ne vous ais pas fait mal ?" Demanda-t-elle, la voix un peu cassée tout en partant chercher son petit mouchoir au fond de la poche de son uniforme de Sainte-Marie.


Dernière édition par Hermeline VonLichtenstein le Lun 12 Juil - 9:28, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Lun 12 Juil - 0:58

Agata marchait maintenant en rouspétant, elle n'avait vraiment pas apprécié la réaction du jeune postier et comptait le raconter à tous ses voisins. Les jeunes gens n'étaient plus du tout respectueux de l'ancienne génération et tout cela allait de mal en pis.

Alors que la vieille dame était trop plongée dans ses pensées pour regarder ce qui se passait autour d'elle, celle-ci manqua de se faire renverser. Une blondinette, légèrement trop petite pour sa bicyclette, avait roulé tellement rapidement qu'il lui avait été difficile d'avoir assez de distance pour s'arrêter. Elle frôla Madame Bukovski qui sursauta brusquement, son cœur se mit a frapper si fort dans sa poitrine, qu'elle eut peur de faire une crise cardiaque. La fillette lui demanda sans attendre si elle se sentait bien, mais Agata pris le temps de se remettre de toutes ses émotions. Elle respira longuement avant de répondre :
« Il ne faut pas faire peur aux vieilles dames mon enfant ! C'est dangereux, ajouta-t-elle avec un petit rire. Mais ne t'en fais pas, je n'ai rien de cassé ! Eh, c'est que j'ai vu pire tu sais ! »
La petite ne répondit rien, Madame Bukovski décida alors d'entamer la conversation :
« Dis moi ma fille, comment se portent tes parents ? Et ta sœur ? Ohlala ce sont des gens vraiment charmants ! Cela fait longtemps que je n'ai pas eu l'occasion de converser un peu avec ta sœur et surtout de vous offrir une petite part de tarte … Oh malheureusement, je n'ai en ce moment pas la possibilité de faire des tartes aux fraises, mais tu sais la rhubarbe est malgré tout très bonne ! »
La vieille femme était en train de parler, de parler, et ses questions n'obtenaient aucunes réponses. Elle s'inquiétait et pensa alors qu'elle avait du se faire mal, se cogner la tête ou s'égratigner le genou…. Madame Bukovski se sentit honteuse et lui demanda alors :
« Ohlala comme je peux parfois être sotte ! Je ne t'ai même pas demandé si tu allais bien ! Tu n'as mal nul part ? Tu ne t'es pas cognée ? Ohlala j'espère que tu vas bien ! »
Agata n'obtenait toujours pas de réponses et était de plus en plus inquiète. Elle se demanda ensuite si elle ne l'avait pas froissée, elle avait peut-être dit quelque chose de blessant... elle commença à s'affoler et enchaina les questions.
« Mon petit, tu vas bien ? »
La petite fille ne répondait toujours rien et semblait légèrement contrariée cherchant avec peine quelque chose dans ses poches.
« Tu cherches quelque chose ? »


Dernière édition par Agata Bukovski le Lun 12 Juil - 23:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Lun 12 Juil - 9:54

Paris avait sa tour Eiffel et ses Folies Bergères, Lyon avait son parc de la Tête d'or et son théâtre de Guignol, Montreuil avait sa cravate de monsieur le maire et surtout, sa madame Bukovski. La vieille dame était comme le loup blanc : Rares étaient ceux qui ne l’avaient jamais rencontrée, encore plus rares ceux qui n’en avaient jamais entendu parler.
Hermeline ne faisait évidement partie ni du premier, ni du deuxième groupe. Que ce soit avec ses tantes, ses cousins, sa grand-mère ou bien même sa maman, elle avait souvent croisé Agatha au marché. Comme sa mamie Jeannette n’était pas la dernière à défendre son droit au papotage, madame Bukovski n’avait certainement aucun mal à se tenir au courant de la généalogie complète ainsi que des boire et déboire de la famille Pelous/Libberecht/Von Lichtenstein.

Hochant poliement mais distraitement la tête tout le long du discours de la vieille dame, la petite pensionnaire recherchait avec énergie son mouchoir. Quand enfin elle le dégota, roulé en boule dans sa manche au lieu d’être plié dans sa poche, elle s’en temponna les yeux et le nez avant de pouvoir enfin répondre au flot de paroles de sa presque victime. En tout cas, elle semblait allait bien, vu que la machine à papote fonctionnait à nouveau à plein régime.

« Je suis désolée, je voulais pas vous faire peur… Je cherchais juste mon mouchoir mais là ça va, je l’ai trouvé… » Dit-elle en agitant le petit bout de tissus, juste avant de se remoucher dedans. « Maman est toujours fâchée contre papa. Et maintenant ça va être pire à cause d’hier, je suis sûre qu’ils vont plus jamais se reparleeeeeeeeeeeeer ! » Et la dernière phrase se termina sur un sanglot, alors que la jeune fille enfouissait son museau dans son mouchoir et se mettait à pleurer à gros bouillons.
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Lun 12 Juil - 23:25

La pauvre petite fille cherchait toujours quelque chose dans sa poche et semblait toujours aussi contrariée. Madame Bukovski n'osait pas renouveler ses questions et attendit un peu qu'elle trouva. Après quelques secondes d'attente, Hermeline montra fièrement à la vieille dame son mouchoir puis passa à autre chose.
Elle pris le temps de s'excuser et commença à donner des nouvelles de sa famille ce qui l'a fit éclater en sanglots. Ses parents semblaient être dans une période difficile et la petite en était très attristée. Madame Bukovski était totalement sous le charme de cette fillette. Comme elle n'avait jamais connu ses petits enfants, elle aimait beaucoup prendre soin des autres enfants. Agata prit la main de la petite Hermeline, qui attrapa son vélo, et l'emmena s'asseoir sur un banc.
« Allez, viens là un moment. Sèche donc tes larmes. »

La vieille dame plongea ses mains ridées et tachées dans ses grosses poches, cherchant quelque chose pour la réconforter. Elle trouva un caramel, il était certes un peu vieux, mais était toujours très bon, elle le lui tendit
« Tiens mon petit, le sucre ça fait toujours du bien. Et en ce moment tu dois savoir à quel point il est très précieux. »
Elle posa délicatement le caramel dans le petite main d'Hermeline, et lui donna un mouchoir propre, brodé de fleurs, avant d'ajouter :
« Garde-le, il faut un grand mouchoir pour sécher d'aussi grosses larmes. Allez, respire lentement et écoute moi. Tu sais, il arrive que dans tous les couples il y aient des disputes. Les relations entre adultes ne sont pas aussi faciles... Il arrive qu'on se fâche parce qu'on aime trop l'autre, qu'on a peur de le perdre... Avec mon René il arrivait qu'on se prenne la tête pour pas grand chose et il revenait ensuite avec des bijoux ou un petit bouquet de fleurs. Il ne faut pas t'en faire, ta maman est peut-être triste que ton papa ne lui montre pas à quel point il est amoureux d'elle. Et puis tu sais, en ce moment les temps sont durs, les gens ont peurs et peuvent parfois ne pas savoir comment se comporter... Je sais que ce n'est pas facile mon petit, mais il ne faut pas être triste comme ça. »

La petite fille ne bronchait pas pour le moment. Madame Bukovski lui laissa un instant pour réfléchir et lui lança :
« Tu as envie de venir faire un petit tour à la maison ? Que voudrais-tu faire qui te ferais plaisir ? »
La vieille dame regarda Hermeline et sécha ses larmes, attendant qu'elle réagisse.
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Mar 13 Juil - 12:51

Reniflant toujours avec un manque évident de grâce mais un chagrin tout aussi visible, la jeune fille se laissa entrainer par la vieille dame décidément en plein santé, trainant sa bicyclette derrière elle. Elle laissa Agatha farfouiller dans son sac sans fond et en profita pour caler son vélo sur sa béquille. S'asseyant sur le banc, la blondinette ne fut qu'à moitié surprise de se voir remettre un caramel. Pour se quelle en savait, Madame Bukovski aurait pu nourrir toute une famille de réfugiés espagnol rien qu'avec ce qui trainait dans ses poches.

La blondinette regarda le bonbon et le grand mouchoir un instant, puis émit un son à mi-chemin entre le sanglot étouffé et le rire étranglé avant de refermer son poing dessus.

"Merci madame Bukovski, c'est gentil..." Hoqueta-t-elle, avant de secouer ses boucles en signe de dénégation lorsque Agatha évoqua ses parents.

"Oh vous savez, ce n'est pas qu'ils s'aiment ou plus le problème, non. Le vrai problème c'est la guerre... Et avec la rafle d'hier soir à Saint-Paul, ils vont encore se disputer..." Bredouilla Hermeline non sans penser qu'une dispute serait toutefois presque préférable au silence assourdissant qui régnait entre ses parents. Ils ne se parlaient plus, ils ne se croisaient plus, ne s'écrivaient même plus. La seul chose encore entre eux, c'était leurs enfants et les courriers des uns et des autres qu'ils s'échangeaient par Ivan, Geneviève ou bien elle-même.

Se débarbouillant des larmes qui lui coulaient sur le visage, la petite pensionnaire s'appliqua à replier le mouchoir de la vieille dame, plus pour se donner le temps de se remettre que par véritable souci d'ordre et de méthode. Lissant d'un air absent le carré de tissus, la jeune fille secoua encore une fois la tête à la proposition d'Agatha, lui retournant un petit sourire tout mal fichus mais enfin, un début de sourire quand même.

"Vous êtes vraiment gentille madame Bukovski. Mais je ne veux pas vous déranger et puis, en plus, je dois aller voir si on a... si quelqu'un..." Sa voix se cassa et elle serra ses mains l'une contre l'autre pour se donner le courage de ne pas se remettre à pleurer. "... Enfin prendre des nouvelles de mon cousin Pierre-Toussaint." Acheva-t-elle très vite pour ne pas que les mots ne tremblent dans sa bouche.

"Dites, vous en avez vu d'autre des guerres... Est-ce que celle-ci va se terminer vite vous croyez ? Est-ce que ça va durer encore longtemps ?" Demanda-t-elle finallement, ses grands yeux bleus écarquillés sous l'angoisse tandis qu'elle regardait Agatha comme si la réponse pouvait apparaitre en lettres de feu sur son front.
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Mer 14 Juil - 1:19

La jeune fille continuait à son confier à Agata qui l'écoutait paisiblement. A son âge, elle s'en souvenait encore, elle était déjà mariée avec son René, qui avait à l'époque près de dix ans de plus qu'elle. Ils n'avaient pas les moyens de se payer une maison mais ils étaient malgré tout heureux. Ils vivaient dans un petit appartement, trop petit pour deux où ils étaient entassés. Ces deux là avaient très tôt eu la vie dure mais leur amour avait survécu. Il avait survécu à tout, exceptée la maladie... Agata savait alors très peu ce qu'étaient les disputes et n'avait pas envie de donner de faux espoirs à Hermeline.
Il arrivait, et elle le savait très bien, que les couples ne s'entendent pas du tout et deviennent des ennemis..... son oncle et sa tante s'entendaient tellement mal qu'il arrivait qu'il lève la main sur elle... Mais Madame Bukovski savait parfaitement, puisqu'elle savait tout, que les parents de la jeune fille n'étaient pas sur le point de se déchirer. Ils s'aimaient profondément mais la guerre fait des dégâts, même dans les cœurs... La vieille dame se contenta de presser Hermeline et lui souriait, lui montrant qu'elle la soutenait et lui signifiant que tout irait bien. Du moins elle l'espérait.

Après quelques minutes à respirer tranquillement et lentement, la vieille dame ajouta :
« Ne te tracasse pas mon petit. Ce n'est pas évident de vivre en temps de guerre. Chaque jour est incertain, on ne sait pas ni où on sera ni si on sera vivant... dit-elle calmement, Tu sais, je peux t'accompagner prendre des nouvelles de ton cousin, je serai à tes cotés et je te soutiendrai. Et ne me dis surtout pas que je vais perdre mon temps ! Il n'y a jamais de perte de temps. Ce sont des sottises, surtout quand on est une vieille femme comme moi ! C'est quand même toujours mieux d'avoir quelqu'un avec soit. Et puis si tu n'es pas pressée on pourra ensuite prendre une tasse de thé, ou un verre de lait... »

Alors qu'elles allaient se lever, Madame Bukovski prit la main d'Hermeline, cependant, celle-ci la stoppa. Elle posa les deux mains sur ses genoux et demanda à Agata si la guerre allait bientôt se terminer. Question délicate à laquelle la vieille femme se devait de la rassurer. Elle avait en effet connu plusieurs guerres, des guerres très longues mais jamais comme celle-ci.... Celles qu'elles avaient connues se passait entre soldats, les femmes restaient à la maison à pleurer tous les soirs que leur mari revienne en bonne santé, ne quittant jamais leur fenêtre, guettant un retour. Agata en avait passé du temps, à s'occuper des enfants qui pleuraient de l'absence de leur père mais elle savait que ses enfants étaient en sécurité. Elle n'était pas totale, mais elle ne se couchait pas en craignant les bombardements, ou l'invasion d'allemands dans sa demeure. Dans cette guerre, chaque sortie était un supplice, un officier pouvait d'un instant à l'autre embarquer des prisonniers, parfois au hasard, parfois parce qu'ils avaient l'air d'être dangereux pour l'Allemagne, ou même à cause de leurs origines. Personne n'était en sécurité.

Agata prit une longue respiration, elle voulait rassurer la fillette, mais ne voulait pas non plus qu'elle ne se fasse du mauvais sang... Elle se lança :
« Oh oui j'en ai connu des guerres ! Il faut être patient. Il ne faut jamais perdre courage parce que tu es jeune et en pleine santé et qu'elle se finira bien un jour cette maudite guerre ! J'espère que ce sera bientôt, que tu puisses te trouver un gars gentils qui t'aimera et prendra soin de toi tous les jours ! »

La vieille dame savait que ce n'était pas un moment évident pour la petite fille. Passer sa jeunesse en temps de guerre n'est pas facile et laisse des séquelles... Elle lui fit un grand sourire puis continua à parler :
« Bon si on y allait prendre des nouvelles de ton cousin ? Qu'on aille manger un petit gâteau dans ma maison avec mon vieux matou Micha ! »
Puis elle se mit à chuchoter :
« Comme ça tu me parleras de tes amoureux ! »
S'en suivit un petit rire qui montrait qu'Agata était contente. Elle adorait blablater. Il faut bien se distraire et s'alléger le cœur !
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Mer 14 Juil - 15:22

Hermeline soupira tristement, le visage enfouis dans la veste de la vieille dame quand celle-ci la pressa sur son cœur et lui parla de courage et d'espoir. Plus que les paroles, c'est le sentiment d'être écoutée qui rasséréna la jeune fille. On était bien dans les bras de quelqu'un qui vous consolait et qui vous comprenait plus ou moins.

"Merci Madame Bukovski, je serais moins triste si vous venez avec moi..." Dit-elle avec un sourire un peu tristoune. Se relevant tranquillement, la blondinette attrapa le guidon de sa bicyclette, faisant sauter la béquille d'un coup de talon pour la faire rouler à son coté.

La suite des encouragements d'Agatha par contre _ quand ils évoquèrent un garçon qui pourrait l'aimer et prendre soin d'elle _ provoqua un brusque afflux sanguin sur les joues de la demoiselle, transformée subitement en lampion du 14 juillet. "Roooh mais je n'ai pas besoin qu'un garçon prenne soin de moi, je sais m'occuper de moi-même vous savez, je n'ai besoin de personne !" Se défendit-elle en poussant son vélo, regardant madame Bukovski comme si une deuxième tête venait de lui pousser sur les épaules. Non pas que la petite pensionnaire soit fermement opposée à l'idée de rencontrer un "gars gentil" mais enfin, elle était quasiment sûre d'être bien trop jeune pour tout ça !

Et Hermeline de rougir de plus belle alors qu'Agatha voulait connaitre le nom de ses amoureux.

Bredouillant des mots sans réels sens, l'esprit parasité par le souvenir de Tim lui murmurant des choses à l'oreille, la jeune fille parvint tout de même à balbutier quelque chose qui ressemblait vaguement à : "Mais je n'ai pas du tout du tout d'amoureux madame Bukovski ! Je ne suis pas amoureuse et en plus, je ne sais même pas ce que ça fait d'être amoureuse alors vous pensez bien, de là à avoir un amoureux ça n'est vraiment pas possible !!!" Dans une tentative admirable de convaincre la vieille dame, et de se convaincre elle aussi par la même occasion.


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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Jeu 15 Juil - 19:35

Lorsqu’Agata prononça le mot « amoureux », la jeune fille se mit aussitôt à rougir. Elle n’arrivait pas à contrôler sa voix et essayait de faire comme si elle ne se sentait pas touchée. La vieille dame fut soudain très heureuse. Elle avait l’impression de revenir plus de soixante ans en arrière, soixante ans …

Madame Bukovski regarda tendrement la jeune fille et avait une folle envie de discuter plus longtemps avec elle. Alors qu’Agata se trouvait debout, car elles avaient décidés de s’en aller, elle prit le temps de se rasseoir, posa ses mains abîmées et regarda la jeune fille. Celle-ci continua à se défendre, prétextant qu’aucun garçon ne faisait battre son cœur. Mais la vieille femme n’était pas dupe, elle aussi avec été amoureuse à son âge et elle aussi avait honte de l’avouer…

Alors qu’Hermeline lui expliquait qu’il était impossible d’aimer à son âge Agata se mit à rire.
« Pas possible dis-tu ? Laisse moi donc te raconter une histoire qui m’est arrivée, et j’avais exactement ton âge. Installe-toi bien. »
Agata prit une longue respiration avant de reprendre.
« Quand j’avais 16 ans, j’étais une petite brunette, je n’étais pas très belle mais certain voyait en moi un certain charme. Je ne pensais pas du tout au garçon car la seule chose que j’aimais faire était danser. C’était toute ma vie, ma passion et je rêvais de faire partie de ce monde impitoyable. Seulement un jour, tous mes projets furent chamboulés.

Chaque année dans ma ville était organisé un bal qui permettait aux jeunes filles de rencontrer des garçons. Et chaque année je m’y rendais, car mes sœurs âgées de 18 et 20 ans devaient se marier afin de ne pas devenir une charge pour nos parents. Je m’ennuyais toujours pendant ces bals. C’était long et personne ne m’invitait à danser alors que j’adorais ça. Je me sentais frustrée si tu savais !
Je passais ma soirée à rêvasser ou à écouter les conversations des autres invités.

Au milieu de la soirée un homme débarqua, entouré d’un autre homme, beaucoup plus vieux et d’une jeune femme. C’étaient des gens assez importants qu’on ne rencontrait peu souvent. Je trouvais le plus jeune des deux hommes très beau, mais pas assez intéressant. Mes deux sœurs suivies d’autres filles se précipitèrent autour de lui, n’arrêtaient pas de glousser, de se pâmer et d’essayer de se faire inviter à danser. Il dansa plusieurs fois avec mes sœurs et ma mère était ravie. La fin de soirée approchait et mes deux sœurs, devenues les rivales d’une soirée cherchaient à obtenir les faveurs de ce jeunes hommes. Et devine donc qui les obtint ? »

Agata marqua une pause dans son récit. Elle était tellement heureuse de raconter cette histoire qu’elle avait envie, même si la suite pouvait sembler évidente, que la jeune fille lui demanda ce qui allait se passer ensuite, qu’elle lui donne ses impressions ainsi qu‘une occasion de poursuivre son récit. Quelle pipelette cette Agata !
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Jeu 15 Juil - 22:22

C'est un hurlement silencieux qui résonna telle une sirène d'alarme sous les boucles blondes d'une Hermeline douloureusement consciente de ce qui allait arriver. Elles n'avaient pas fait trois pas, que madame Bukovski honorait de sa présence le banc immédiatement contigüe à celui qu'elle venait de quitter. C'était un signe clairement identifiable que la vieille dame allait se lancer dans un long monologue dédié à l'édification de la jeunesse.

Même si parfois la moralité à géométrie variable de certaines femmes de sa famille pouvait prêter le dos à quelques critiques virulentes, nul ne pouvait dire qu'elles manquaient d'éducation. C'était toujours avec une grande correction que toutes les filles de la famille disaient "bonjour", "s'il vous plait", "merci", "au revoir" et même, s'asseyait à coté des mémés solitaires pour partager poliment leurs souvenirs. La bicyclette sagement posée au coté, la jeune fille suivit le conseil de son ainée et s'installa avec la certitude que ce ne serait pas vite passé.

Heureusement, Agatha avait beau accuser un âge plus que canonique au regard de sa jeune camarade, elle n'en conservait pas moins toute sa tête. Ce qui pour s'improviser conteuse n'était pas une qualité superflue.
Suivant avec une attention raisonnable le récit de son aînée, Hermeline ne put s'empêcher de penser que sa mère aussi avait rencontrer le grand amour de sa vie _ aka le major papa _ aux environs de ses seize printemps. Mais enfin, sa tendre génitrice comme la bonne madame Bukovski étaient toute deux assez âgées, et leurs romances avaient eut lieu en un temps fort reculé de l'histoire ou l'on pouvait peut-être considérer une fille de seize ans comme une femme. La blondinette avait d'elle-même une vision encore trop floue et qui ne l'aidait pas du tout à se convaincre qu'elle puisse tomber amoureuse. Parce-qu'elle ne l'était pas, amoureuse, ça c'était sûr ! Tout serait beaucoup trop compliquer dans sa vie si elle tombait amoureuse de toute façon.

Acquiesçant et mhmheumant par intervalles savamment mesurés tout au long du récit, la petite pensionnaire souleva un sourcil circonflexe quand on lui demanda finalement son avis sur le destin du beau jeune homme du bal.

"Je ne sais pas... Vous peut-être ? Comme vous ne l'embêtiez pas il a du vous préférer à celles qui arrêtaient pas de lui glousser dans les oreilles ?" Risqua-t-elle, pas très sûre cependant de la validité de sa réponse.


Dernière édition par Hermeline VonLichtenstein le Ven 16 Juil - 10:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Ven 16 Juil - 0:29

Madame Bukovski s’était alors arrêtée de parler, voulant faire participer la jeune fille à son histoire. Elle aimait que ces récits soient comme un spectacle, même si ces histoires n’étaient pas toujours très intéressantes…
La petite Hermeline supposa alors que le jeune homme s’était, au cours de la soirée, intéressé à Agata. Lorsque celle-ci l’entendit, elle fit un grand sourire est ajouta sans attendre :
« Oui ! C’était bien moi ! Olala que c’était étrange comme situation !

Alors qu’une femme, beaucoup plus âgée que moi -elle devait avoir 24 ans et à cet âge l’écart est assez important-, lui faisait les yeux doux et gonflait bien la poitrine, j’avais remarqué qu’il me regardait avec insistance. Cela m’énervait ! Que pouvait-il bien me vouloir ? J’ai attendu que ça s’arrête mais il continuait, et commençait même à me sourire. Je me levais brusquement et allais, décidée à savoir quel était son problème. Je ne sais pas ce qui m’étais passé par la tête mais je suis arrivée devant lui déterminée et lui ai sortit « Qu’est ce qu’il vous arrive à vous ? Qu’est ce que je vous ai fait pour que vous me regardiez comme ça ? Je ne vous ai rien demandé et ce ne sont pas vraiment des manières et … » Et soudain je me suis arrêtée. Il y avait eu un grand silence dans la salle et tout le monde me regardait … J’étais toute gênée, j’avais honte de m’être donnée ainsi en spectacle, et en plus je l‘avais agressé. Je me suis enfuie, les larmes aux yeux et de retour à la maison je me suis enfermée dans ma chambre.

J’ai longtemps cherché à comprendre ce qui m’arrivait. Avec le recule je pense que j’ai voulu attiré son attention, mais d’une manière tellement gauche… j’avais sans doute envie qu’il me remarque mais que veux-tu, il se passe souvent des choses bizarres dans la tête d’une jeune fille de 16 ans !
J’ai continué à vivre comme si de rien était. Et puis quelques jours après, un homme fut annoncé et ma mère me dit que j’avais de la visite. Moi ? De la visite ? Cela ne m’arrivait jamais. Je vis l’homme, habillé avec classe plus beau que jamais. J’avais envie de me jeter à ses pieds pour m’excuser de ma conduite mais ma mère me retint. Plus tard elle m’apprit qu’il fallait se faire désirer des hommes. A cet âge je ne savais absolument pas ce qu’il fallait faire. Je ne connaissais rien de l’amour et je ne comprenais pas ce qui se passais. J’avais peur, très peur. Mais ma mère me força à me marier car c’était un homme qui avait une petite fortune, il n’était pas bien riche mais pouvait m’offrir une vie confortable. Une demande en mariage après quelques promenades et un mariage vite arrivé je n’eus pas le temps de comprendre. Je ne savais même pas si ce que je ressentais était de l’amour ou non. Aujourd’hui, je peux te dire que j’étais folle de mon René !

Après le mariage, au cours de la lune de miel, je refusais de me donner à lui. J’avais tellement peur, je ne comprenais pas ce qui se passait, c’était tout nouveau et puis René me mit en confiance. Il dormait à mes côtés, me chuchotant des mots doux sans me brusquer. Il dut attendre tout de même six mois ! Mais il était patient et se fichait du regard des autres. C’était vraiment un homme parfait mon René …. »


Agata marqua une autre pause. Elle détourna le regard, par pudeur, ne voulant pas que la jeune fille le remarqua.
« Enfin ! Je dois t’ennuyer avec toutes ces histoires ! »
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Ven 16 Juil - 13:00

Hermeline sourit du coin des lèvres, en voyant combien la vieille dame était ravie qu’elle lui ait donné la bonne réponse. Pourtant, en y réfléchissant bien, inutile d’avoir son brevet de Madame Irma pour deviner que l’héroïne romantique qui avait transfiguré ce beau jeune homme et la narratrice n’étaient qu’une seule et même personne.

La petite pensionnaire alla même jusqu’à pouffer de bon cœur au récit de la réaction de la jeune Agatha aux premières marques d’attention de son René. Après tout, c’était tout à fait le genre d’esclandre coutumier de sa famille. Mais l’analyse de ce souvenir par une madame Bukovski bien plus mûre et expérimentée fit s’étrangler le rire dans la gorge de la jeune fille, provoquant même une deuxième flambée sur ses joues.
Avec le recul de ces derniers jours, pourquoi donc avait-elle rejoint Timothée en pleine nuit pour discuter avec lui ? Très honnêtement, une bonne dispute comme celle qu’elle avait prévue d’avoir avec lui pouvait difficilement se faire avec madame Manon dans la chambre d’en face. Et en y réfléchissant bien, il y avait quand même certainement des moyens moins risqués de voir Tim sans que ça se sache que de faire le mur, braver les patrouilles et jouer les chattes de gouttière sur les corniches des immeubles…

Est-ce qu’elle avait voulue se faire remarquer, attirer son attention ? Répondre à cela ne ferait que provoquer d’autres questions qu’Hermeline ne se sentait vraiment ni la force ni l’envie de se poser. Secouant la tête pour chasser toute ces idées de son esprit, elle tenta de se concentrer de nouveau sur la suite de l’histoire.

Mal lui en prit, puisqu’elle hoqueta de stupeur et de gène quand Agatha évoqua sa lune de miel. Même si avoir six grandes sœurs plus âgées _ toutes mariées et pour la plupart mères de famille _ avait considérablement contribué à déniaiser la jeune fille, même si elle savait avec une approximation relativement proche de la réalité comment se faisaient les bébés, Hermeline était encore assez innocente pour entrer en combustion spontanée dès lors qu’elle devait se colleter avec l’évocation un peu crue des choses de la vie.

"Madame Bukovskiiii, vous ne devriez pas me parler de ça !!!" Couina la petite pensionnaire en posant ses mains sur ses oreilles. "Vous ne m’ennuyez pas, mais je suis pas sûre que je sois en âge d’en apprendre plus sur les lunes de miel, je vous promets ! Et puis il faut vraiment que j’aille aux nouvelles pour Pierre-Toussaint maintenant…"
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Ven 16 Juil - 23:57

Madame Bukovski avait achevé son histoire, elle se sentait satisfaite et continua à rêvasser pendant quelques minutes. Elle avait l’habitude, comme toutes les vieilles dames, de vivre dans le passé et avait une excellente mémoire. Elle oubliait souvent les petites choses anodines du quotidien, tel que l’endroit où elle avait posé ses lunettes ou si elle avait donné manger à son chat ou encore si elle s’était occupée de ses plantes. Mais ce qu’elle avait vécu dans sa jeunesse, ça elle ne l’oubliait jamais et elle s’imaginait souvent pouvoir encore avoir 20 ou 30 ans dans les bras de son mari qui avait pris soin d’elle et l’avait aimé avec force.

Agata ne savait pas vraiment si l’histoire qu’elle avait raconté à Hermeline l’avait intéressée. Elle avait voulu lui donner une partie d’elle, un peu de son expérience pour qu’elle puisse l’utiliser, un jour. Elle espérait que la jeune fille en se créant sa propre expérience repenserait peut-être à sa petite histoire. Mais elle ne voulait pas en dire plus. Elle avait bien vu que la petite était gênée mais elle se contenta seulement de lui dire :
« Si un jour tu as besoin de parler de quoique ce soit, d’avoir des petits conseils, tu peux tout me dire ! Et il ne faudra pas que tu aies peur de tout me raconter ! Tu sais, les gens ont l’impression que je suis une commère, peut-être que je raconte tout …. Quand il s’agit de dire que Madame Duboutin s’est acheté une robe qui la boudine, car il vrai que cela arrive souvent dit-elle en pouffant de rire, la je peux parler et dire beaucoup de chose ! Mais dès lors qu’il s’agit d’histoires sérieuses et personnelles, je reste muette comme une carpe. »
Elle rentra légèrement sa bouche et fit une grimace à la jeune fille, tentant -tant bien que mal- d’imiter la carpe. Agata avait envie qu’elle comprenne qu’elle pouvait bien la conseiller, et si elle ne le pouvait pas, elle pouvait tout simplement l’écouter. Cela fait toujours du bien de se sentir écouté.

Après cette petite pause nostalgique, Hermeline fit comprendre à Agata qu’elle était pressée d’avoir des nouvelles de son cousin. La vieille dame se sentit légèrement honteuse, elle avait monopolisé l’attention de la fillette et l’avait empêcher de se libérer d’un poids.
« Comme je peux être parfois sotte ! Tu dois avoir très envie d’avoir des nouvelles de ton cousin ! Il ne faudrait pas tarder, comme ça tu auras du temps pour faire autre chose ! »

Agata posa la main sur le banc afin de s’aider à se relever. Il était vrai qu’elle arrivait plutôt bien à se déplacer et marchait beaucoup dans une journée, mais parfois, elle avait quelques difficultés pour se relever.
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Lun 19 Juil - 0:35

Toute les vieilles dames avaient leurs excentricités. Sa grand-mère paternelle, Hilda, pouvait passer des heures à parler de son frère (le plus beau, le plus fort, le plus intelligent des frères) pour essayer de vous convaincre que le soleil brillait moins fort depuis sa mort ; sa grand-mère maternelle, Jeannette, pouvait passer des journées entières à éplucher consciencieusement la généalogie d'un illustre inconnu et réussir à lui trouver un ancêtre commun _ par la cuisse droite de la nièce du cousin de sa sœur _ avec la famille... Et bien visiblement, le petit coté farfelu d'Agatha s'exprimait par une volonté affichée d'éclairer l'esprit des petites jeunes filles en leur offrant un cour d'éducation sexuelle. Ou peu s'en fallait.

Si la référence à madame Duboutin et à ses inénarrables toilettes trop ajustées sur son corps d'armoire normande avaient fait sourire Hermeline, la proposition de lui servir de confidente pour ses petites histoire de cœur la fit rire un peu plus nerveusement.

"C'est gentil de vous proposez pour me parler de tout ça madame Bukovski, mais vous savez, ça va, je ne suis pas amoureuse alors ça va, n'est-ce pas ?" Remercia la blondinette en se levant, lissant ses jupes-culottes pour se donner une contenance. Même si certains sujets pouvaient difficilement être abordés avec sa propre mère, la petite pensionnaire ne manquait pas de femmes dans sa famille, capables de répondre à ses questions. Pour peu déjà qu'elle trouve le courage de commencer par se les formuler à elle-même bien sûr.

Constatant les difficultés de la vieille dame à s'arracher de son banc, la jeune fille lui pris doucement le bras pour l'aider à se redresser.

"Vous êtes bien sûre de vouloir m'accompagner ? Je peux y aller seule si vous êtes fatiguée vous savez, je vais mieux grâce à vous , je ne suis plus aussi fébrile..." Demanda-t-elle en attrapant sa bicyclette, lorgnant d'un air interrogatif sur les genoux et les chevilles d'Agatha, craignant à tout moment des les voir lâcher sous le poids des ans.
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Lun 19 Juil - 20:46

Alors qu’Agata essayait tant bien que mal de se relever, la jeune fille lui expliqua qu’il n’était pas nécessaire de parler plus longtemps de ses histoires de cœur. La vieille femme savait pertinemment que si elle avait vraiment envie d’en parler, maintenant elle le ferait sans doute d’elle même. Elle jugea bon de ne pas en rajouter sur ce sujet. Malgré tout, Madame Bukovski sentit que la jeune Hermeline avait quelque chose sur le cœur qui lui faisait sans doute mal. Elle avait envie de lui conseiller d’en parler avec l’une de ses sœurs mais elle savait que ce n’était pas évident… Elle même, à son âge, avait essayé de parler de ce qu’elle ressentait à sa sœur aînée qui s’était littéralement moquée d’elle, car n’étant pas encore mariée elle refusait que sa cadette le soit avant elle. Depuis elle ne l’avait jamais revue. Elle était allée à son enterrement, avec discuté un peu avec son autre sœur, mais Agata se contentait de son René. Il lui suffisait, elle l’aimait et il le lui rendait bien. La vieille femme était consciente qu’elle pouvait barber les gens avec ses histoires sur René, mais elle s’en fichait. Cela la rendait tellement heureuse d’en parler qu’elle continuerait à embêter les autres villageois à ce sujet. Après tout, n’était-ce pas le rôle d’une vieille dame que de rabâcher les mêmes histoires ?

Agata s’appuya sur le bras de la jeune fille et réussit enfin à se relever, avec difficulté mais fière de ce nouvel exploit. Chaque fois qu’elle montait des escaliers, qu’elle faisait une promenade ou quelque chose de difficile, elle se félicitait de pouvoir encore le faire. La jeune Hermeline, qui l’avait aidé à se relever, s’inquiéta de la santé de la vieille femme et lui conseilla de ne pas l’accompagner. Agata eut alors une réaction digne d’une grand-mère très têtue.
« Qui te dis que je vais rebrousser chemin dès maintenant ? Tu parles oui, j’ai dit que je viendrai avec toi alors je vais venir avec toi ! De toute façon mon petit, il faudra bien que j’avance pour rentrer chez moi, et tant qu’à chauffer la machine, autant ne pas le faire pour rien ! »
Madame Bukovski commença à marcher, faisant signe à Hermeline qu’elle était partie pour chercher des nouvelles du cousin de la petite (même si elle ne savait pas vraiment quel chemin il fallait prendre).
Elle avait toujours refusé d'avoir une canne pour l'aider à marcher prétextant qu'elle était encore trop jeune pour cela...
« Je suis robuste moi ! »
Elle se retourna pour lui crier cette phrase qu’elle accompagna d’un petit rire.
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Mar 20 Juil - 15:43

Quand madame Bukovski se récria, arguant de l'excellent état de ses genoux et de la santé de fer qu'elle possédait, Hermeline se mordilla la lèvre inférieure d'un air sceptique, sans toutefois oser émettre la moindre protestation. Pour peu qu'elle ouvre le bec pour conseiller à Agata la prudence, nulle doute que l'impétueuse vieille dame se mettrait alors à tenter de faire quelques flexions-extensions pour prouver ses allégation, et là pour le coup elle aurait toute les chances de se péter le col du fémur pour de bon.

Enfourchant son vélo, la petite pensionnaire se mit à rouler au pas à coté de sa compagne. Apprendre à ne pas faire avancer sa bicyclette plus vite qu'un piéton _ à grand coup de rétro-pédalage _ lui avait demandé du temps (sans compter quelques gadins mémorables), mais avec l'aide de ses cousins de la ferme elle avait finalement réussit à maîtriser cet art difficile. Si à l'origine elle n'avait essayé que par défit, et aussi un peu pour la frime, elle constatait que cela pouvait être plutôt pratique pour rester à l'aplomb d'une gentille mémé pendant que cette dernière claudiquait tranquillement sur le trottoir.

"D'accord madame Bukovski, mais alors il faut tourner. On n'arrivera jamais à Saint-Paul en passant par la rue des évêques vous savez..." Dit la blondinette en désignant du doigt la direction à prendre. Après tout, promener la vieille dame lui permettrait peut-être d'en apprendre un peu plus. Si être fille d'allemand ne lui avait pour l'instant pas encore posé de problèmes, la jeune fille sentait bien que la rafle de la veille venait de changer complètement sa place dans l'échelle alimentaire... La guerre était vraiment entrée dans sa maison maintenant.


[HRP : On peut clôturer là si tu veux ?]
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   Mar 20 Juil - 23:39

Madame Bukovski entraîna la jeune fille pour aller chercher des nouvelles de son cousin, mais cella-ci l’arrêta car elle prenait le mauvais chemin.
« Ah, oups ! » se contenta-t-elle de dire.
Hermeline lui prit le bras et l’emmena dans la bonne direction. Elles marchaient en silence, avançant doucement lorsqu’Agata engagea la conversation blablatant à propos du voisinage, partant du principe qu'elle avait déjà assez parlé de sa vie privée.
Elle espérait ainsi que la petit reviendrait souvent dans sa maisonnette pour prendre de ses nouvelles et pourquoi pas discuter un peu plus.
« J'espère que tu viendras souvent me voir avec ta sœur, j'aime beaucoup avoir de la compagnie ! Il faut dire que je me sens plutôt seule avec mon gros chat qui ne fait que dormir et manger. Il est tellement vieux qu'il ne vient même plus chercher les câlins ! Quel balourd ! » dit-elle en riant.
Il est vrai que Micha passait la plupart de son temps à roupiller sur le canapé ou bien dans le lit de sa maîtresse laissant au passage plein de poil gris sur la couverture. Agata se mettait alors à rouspéter, comme à son habitude, lui disant qu'il était vraiment vilain.

Les deux jeunes femmes continuaient à avancer, toujours l'une à côté de l'autre, Madama Bukovski commençant légèrement à être essoufflée mais ne tenait pas à ce qu'on la plaigne. Elle se mit alors à raconter à la fillette une histoire totalement anodine, mais qu'elle trouvait drôle, du moment où elle avait appris à faire de la bicyclette et qu'elle tremblait tellement elle avait peur. Elle n'arrivait pas à faire plus de cent mètres et félicita Hermeline de pouvoir pédaler aussi bien. Lorsqu'elle en avait fait pour le première fois, elle s'était retrouvée les quatre fers en l'air... et dans les orties ! Elle s'était alors promis de ne plus jamais en refaire même si René -eh oui, toujours lui !- essayait de la mettre en confiance et la soutenait, elle continuait à ne pas trop aimer ça. Elle trouvait beaucoup plus plaisant de marcher et trottait partout où elle pouvait aller.

[HRP : Je pense qu'il est temps de le terminer ! On va commencer à tourner en rond sinon !]
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MessageSujet: Re: Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]   

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Respectons nos ancêtres. [19 juin 1941]

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