L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]


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L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]

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MessageSujet: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Jeu 15 Juil - 18:50

L'affaire était dans toutes les bouches, à tous les coins de rues et tous en parlaient. Il y avait eu un évènement comme jamais auparavant, un truc terrible, une chose affreuse ! Et Tim aussi en parlait, mais lui contrairement à d'autres savait exactement ce qui s'était passé et il pouvait donner les détails pratiquement de première main. Il faut dire qu'il avait assisté à la scène. Il était dans un recoin, bien dissimulé quand il les avait vu arriver. Ils étaient nombreux, à l'air féroce et aux manières déplorables. Et quand ils s'étaient mis à leur tâche, Tim avait été pris de pitié pour les pauvres femmes. Oui, car ils avaient tous les dix-huit demandé à manger et du pain ! Et c'était là que le drame s'était noué. Il y en avait juste assez. Pas plus, pas moins, juste le bon nombre. Mais avec dix huit clients dans le café, Madame Manon n'avait pas eu le choix que d'envoyer Tim chercher de nouveau des petits pains pour les clients. Elle avait fait une drôle de tête alors qu'il débarquait dans la cuisine quelques instants seulement après qu'elle l'ait appelé. Il avait toujours son plâtre au bras mais plus rien au pied et il lui avait fait un grand sourire innocent qui ne trompait personne.

Elle lui avait sourit en soupirant et lui avait demandé d'aller chercher des petits pains à la boulangerie. Il s'y était rendu mais avait trouvé la porte close. Pourtant, l'échoppe, à l'entrée de Saint Paul, n'avait pas pour habitude d'être fermée. Mais ce n'était rien, il connaissait un autre endroit où il pouvait se procurer le précieux aliment et ça faisait même une sortie plus longue. Par contre il se demandait ce qui était arrivé aux boulangers habituels. Il verrait bien le lendemain. Il avançait en clopinant un peu parce que quand même mais il avançait et il souriait aux passants. Il arriva au niveau de l'épicerie Rollin qui était attenante à la boulangerie du quartier et il se dit qu'il pouvait aller dire bonjour parce que ça se faisait.

Il entra en faisant tinter le carillon et entra dans la boutique, regardant avec envie les quelques confiseries qui restaient. Il se passa la langue sur les lèvres et fit sa plus belle moue en attendant que quelqu'un arrive. On ne savait jamais s'il pouvait récupérer un truc à manger ce serait chouette non ? Bon, il faudrait qu'il aille chercher les petits pains qu'il avait demandé à côté et qui n'étaient pas finis de cuire mais c'était pas si pressé.
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Dim 18 Juil - 15:19

Il y avait eu un événement terrible, oui, un truc affreux, une chose horrible. Ca, Madeleine le savait, mais c’était à peu près là que s’arrêtaient ses connaissances. Elle n’avait aucune idée précise de ce dont il pouvait bien s’agir, mais elle sentait que ce n’était certainement pas quelque chose de rassurant. Quelques jours plus tôt, elle avait demandé et obtenu un jour de congé, et avait donc quitté Sarnand de bonne heure pour prendre le téléphérique, traverser Montreuil et se rendre au quartier du Marais sans risquer de croiser trop de monde, tout en évitant la rue Carnot, la Place de l’Oiseleur et les rues trop fréquentées du centre ville pour la même raison. Ses pas l’avaient par conséquent menée pas bien loin du quartier Saint-Paul… et elle avait vu.

Des hommes. Beaucoup. Combien exactement, elle n’en savait rien, mais beaucoup trop pour que ce soit rassurant. Surtout qu’il s’agissait de policiers et de soldats allemands – ou des hommes travaillant à la gestapo ou… enfin bref, des allemands quoi. Et beaucoup d’hommes inconnus, de soldats ou de policiers, dont certains allemands, qui se promenaient dans les rues de Montreuil, ce n’était pas du tout rassurant. C’était même terrifiant, et pas seulement parce que c’était elle. Le cœur battant à tout rompre, Madeleine avait donc fait ce qu’elle avait l’habitude de faire dans des situations pareilles : elle s’était rencognée dans le premier coin venu et avait attendu que tous ces hommes terrifiants disparaissent en tâchant de passer totalement inaperçu. Et il fallait croire qu’elle n’y avait pas trop mal réussi, même si elle avait finalement atteint l’épicerie familiale en tremblant de tous ses membres.

Quelques temps après son arrivée, la jeune femme se retrouvait donc attablée dans la cuisine, toute proche de l’arrière-boutique, face à un verre de lait et à sa grand-mère Louise, puisque le reste de la famille était occupé ailleurs. Jeannine, était à son travail, tout comme Marie, sa belle-sœur, Ernestine était partie rendre visite à des amies, Gabriel livrait des courses et Jacques était en train de faire l’inventaire de ce qui se trouvait à la cave – ou dans le cellier ou ailleurs – mais ça n’avait finalement pas grande importance. Ce qui comptait c’était que Madeleine et sa grand-mère pouvait discuter tranquillement… du moins jusqu’à ce que le carillon de la boutique ne se mette à sonner.

« Va voir qui c’est, s’il-te-plaît.
– Quoi ? »

La jeune femme jeta un regard incrédule à sa grand-mère. Qu’elle aille, elle, voir de qui il s’agissait ? Mais, mais, mais…

« Gabriel n’est pas là et ton père est occupé. Tu n’as qu’à dire qu’il va arriver. »

Horrifiée, Madeleine ne trouva même pas quoi répondre pour plaider sa cause et finit donc par repousser sa chaise pour se diriger vers l’arrière-boutique – et la boutique au-delà – avec autant d’enthousiasme qu’un condamné se rendant à l’échafaud. Et si c’était quelqu’un qu’elle ne connaissait pas ? A chaque pas qu’elle faisait, la jeune femme avait l’impression que la température de ses joues gagnait quelques degrés. Et si c’était un soldat ? Ou un allemand ? Et si…

« Oh, Tim ! » exhala la domestique dans un soupir de soulagement quand elle atteignit son but et reconnut la personne qui s’y trouvait.

Ca faisait peut-être un moment qu’elle n’avait pas vu l’adolescent mais elle se rappelait bien de lui, que ce soit de la première fois qu’elle l’avait vue, avec son pantalon d’uniforme allemand accroché à la statue de la fontaine de la Place de l’Oiseleur et ses genoux en sang, ou du jour de la Fête des Fous avec ses chatons sous les bras – quoique les souvenirs de ce jours-là étaient plus flous, comme noyé dans une mare de gêne et de honte.

« Bonjour… ajouta donc la jeune femme. Comment ça v… Mais qu’est-ce que tu t’es fait ? » rectifia-t-elle en remarquant le plâtre qui lui couvrait le poignet.


Dernière édition par Madeleine Rollin le Lun 9 Aoû - 11:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Mar 20 Juil - 17:48

Pourtant il avait dlingdlingué donc pourquoi personne n'arrivait vite avec un sourire commercial aux lèvres ? Timothée avança un peu dans la boutique, s'approchant indéniablement des sucreries pour voir si jamais une de moins se repérait tout en écoutant de voir si quelqu'un arrivait. Il lui semblait entendre des voix, oh, il n'était pas fou ou devin, ces voix étaient purement humaines et elles signifiaient que quelqu'un allait arriver et que donc il n'avait pas le temps matériel pour chaparder. C'était dommage mais que partie remise.

Il tapota de son bon pied en regrettant de ne pas pouvoir croiser les bras et elle arriva. Ah ben tiens ? Mado ? Qu'est-ce qu'elle faisait là ? Oui, c'était le même nom de famille, Timothée savait que c'était la boutique de ses parents, mais il ne l'avait pas vue souvent là seule quand même ! Mais bon, puisqu'elle était là il pouvait causer avec elle.

D'ailleurs elle sembla heureuse de le voir et moins apeurée que d'habitude. C'était chic ça parce que ça allait pouvoir lui permettre de ... récupérer quelque chose gratuitement si ça se trouvait.

" S'lut M'deleine ! Comment qu'tu vas ? "

Elle avait remarqué qu'il avait le bras dans le platre et il lui fit un sourire timide et horriblement craquant selon son avis personnel. Le type de sourire que ferait un chaton sous la pluie pour rentrer chez vous et mettre plein de traces de papattes sur le carrelage tout propre. Il montra son bras d'un signe de tête et s'avança vers elle pour lui expliquer le tout.

" Ben en fait j'me suis crouté dans l'z'escaliers. Et encore t'as d'la chance y'a trois jours d'ça j'avais l'pied d'dans l'platre aussi. T'veux pas signer ? J'sais pas moi, faire un p'tit truc quequ'part ? "

Oui parce que comme elle n'avait encore rien fait et même si le platre partait bientôt, il était tout à fait possible qu'elle fasse un dessin sur un des rares espaces libres. Et puis en plus en expliquant qu'il avait eu très mal, il aurait droit à du réconfort ? Ca c'était pas certain mais il pouvait toujours le tenter. Quoique ! Avant, penser aux choses sérieuses.

" En fait j'ai d'la chance de v'nir aujourd'hui, t'es là pour bosser en fait ? T'plus à Sarnand ? "
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Ven 23 Juil - 20:19

Ca, pour être heureuse de le voir, Madeleine était heureuse de le voir. Entre Tim et un soldat allemand haut-gradé inconnu en uniforme qui ne parlait pas trois mots de français – autant imaginer le pire, n’est-ce pas ? – qui attendait dans la boutique, le choix était vite fait. Tim était un adolescent, avec un parlé peut-être un peu trop coloré mais certaines mimiques qui rappelaient encore des bouilles de chaton adorable, connu et français, c’est-à-dire bien loin de tout ce que la jeune femme avait craint pendant les courtes secondes qui avaient séparé la requête de sa grand-mère et son arrivée dans la boutique. Et pour le coup, si ça n’avait pas été la guerre et si elle avait osé en prendre la responsabilité, elle aurait certainement bien donné tout un paquet de friandises pour le remercier de sa présence. Toutefois, comme les deux hypothèses n’étaient pas vérifiées, elle se contenta simplement de répondre à sa question.

« Je vais bien, » assura-t-elle, avec un léger sourire, sans préciser qu’elle allait même sacrément mieux depuis qu’elle avait reconnu son interlocuteur, avant de lui retourner la question.

Son sourire, qui s’agrandit un peu devant la mine de chaton tout mouillé du garçon, laissa toutefois place à un léger froncement de sourcil d’inquiétude à retardement quand il expliqua ce qui avait causé la présence du plâtre. Une chute dans les escaliers, rien que ça, pour un plâtre ? Ou plutôt deux ? Mado retint de justesse l’exclamation stupide – « Le pied ? » – qui faillit lui échapper et qui était totalement inutile puisque, si son interlocuteur le disait, il n’avait certainement pas besoin qu’elle le répète, et elle se contenta de secouer la tête de droite à gauche en signe de dénégation.

« Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée… commença la jeune femme, un peu embêtée, mais pas encore suffisamment pour rougir et bafouiller. Je ne sais pas dessiner et je ne sais jamais quoi écrire… »

Et puis, étant donné que son but était plus ou moins de passer inaperçu, l’idée de laisser une trace quelque part, même sur un plâtre qui disparaîtrait quelques jours plus tard, ne lui plaisait pas vraiment. Mais, en même temps, si ça faisait vraiment plaisir à Tim et s’il y tenait vraiment… ce n’était peut-être pas si terrible, un tout petit truc – une toute petite trace – dans un tout petit coin invisible. Peut-être. S’il insistait vraiment, vraiment beaucoup. Et s’il ne voulait vraiment pas cesser de lui jeter un regard de chiot battu abandonné dans un carton au fond d’une ruelle humide et froide.

Mais heureusement pour la volonté pas forcément inébranlable de la jeune femme, la suite des paroles de Tim, même si elle ne si attendait pas, se rapportait à quelque chose qui nécessitait beaucoup moins de réflexion pour y répondre. Même si elle avait causé son lot de catastrophes à la base militaire, elle n’en avait pas encore été renvoyée, grâce entre autre à l’aide que lui apportaient de temps en temps certains de ses collègues – voire certains soldats – pour l’aider à réparer les dégâts qu’elle avait causés. Et heureusement, d’ailleurs, sinon elle ne savait vraiment pas ce qu’elle aurait bien pu faire de ses dix doigts.

« Si, si, je travaille toujours à Sarnand, j’ai juste pris un jour de congé… et je suis là en attendant que mon père termine de son inventaire. »

Elle lui dédia un petit sourire contrit, consciente qu’elle ne ferait qu’une piètre vendeuse si elle venait effectivement travailler dans l’épicerie familiale et désolée de ne pas pouvoir lui servir ce qu’il voulait puisqu’elle n’avait pas laissé tomber son travail de domestique pour se reconvertir en épicière.

« Tu venais chercher quelque chose ? Parce que je crois que tu vas devoir attendre que mon père revienne. »
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Mer 28 Juil - 11:54

Madeleine allait bien et ça c'était chouette. Timothée la regarda durant plusieurs secondes alors qu'elle avait l'air de trouver son attitude irresponsable. Mais ce n'était pas de sa faute d'abord, parce que son attitude était toujours irresponsable et que c'était ce qu'on attendait de lui. Donc il avait trouvé cette excuse pour tout le monde sauf pour Madame Manon, Hermeline et Peter. D'ailleurs Peter il ne l'avait pas revu, il se demandait parfois ce qu'il pensait de tout ça et s'il risquait de baver avec les allemands ou les français. Mais bon, il verrait bien !

Pour le moment il devait trouver un moyen de chopper quelque chose sans que Mado ne s'empourpre trop parce que ça faisait trop envie ! Enfin, trop envie au personnage Tim, Timothée, lui, en avait moins envie, mais bon, ça lui ferait plaisir quand même.

" Ben ch'sais pas moi, t'pourrais m'faire un ch'tit truc seul'ment. Heu ... t'pourrais écrire mado ou ben r'mets toi bien, ou bien faire une fleur, t'une fille donc t'dois aimer l'fleurs non ? "

Tiens oui, c'était une idée ça, si il demandait à Madeleine ce que les filles aimaient ? Ca donnerait des informations pour faire le cadeau à Hermeline quand ils se verraient. Mais d'un autre côté il était probable que, étant de la même famille, elle fasse le lien si jamais ça lui revenait aux oreilles et que du coup ... tout le monde sache. Et comme il ne savait pas si la demoiselle acceptait que cela s'ébruite... autant attendre.

" Ben c'chouette ça d'voir d'jours d'congés. Moi j'suis pas en congés là parce que ben j'dois allez chercher d'pain. Mais y sont pas cuits pour l'moment. Donc je m'suis dit si j'passais dire b'jour ! Donc ben j'pas b'soin d'tendre ton père ! "

Il s'adossa à une étagère et lui dédia le plus grand sourire possible dès fois qu'elle soit intéressée pour lui donner quelque chose.

" Et toi tu d'viens quoi ? T'as d'nouveaux ? D'trucs à m'raconter ? "

On ne savait jamais !
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Lun 9 Aoû - 13:27

« Les fleurs ? » répéta Madeleine, incrédule.

Que venaient faire les fleurs dans la conversation ? Un instant, ils parlaient du plâtre de Tim, de la façon dont il l’avait gagné et du fait qu’elle n’était pas vraiment sûre de pouvoir y écrire quelque chose, et la seconde suivante, il était question de fleurs. Bon d’accord, entre-temps, le garçon avait évoqué la possibilité qu’elle puisse écrire son nom, mais il fallait croire que l’inconscient de la jeune femme avait immédiatement repoussé cette solution en ne la laissant même pas s’imprimer entre ses deux oreilles. Ecrire son nom quelque part, même sur un plâtre prêt à disparaître, était bien trop contradictoire avec son aspiration à passer inaperçu pour qu’elle réussisse à l’envisager sérieusement. Non, non, mieux valait, sans aucun doute, se contenter de fleurs, même si elle était incapable de dessiner quoi que ce soit et si l’association de mots « fleurs » et « aimer » la faisait immanquablement penser aux violettes, ses fleurs préférées, et par contrecoup, au commandant Wilson, aux bouquets et au poème qu’elle avait trouvés en faisant le ménage dans sa chambre. Heureusement, ça ne s’était pas reproduit depuis… mais quand même.

« Oui… j’aime bien les fleurs, bafouilla Mado, légèrement rougissante à cause de l’association d’idées, mais je ne sais pas les dessiner… »

Ce n’était vraiment pas une bonne idée, vraiment, vraiment pas. La domestique n’avait aucune envie d’inscrire son nom sur le plâtre du garçon, mais laisser un gribouillage horrible n’était certainement pas super non plus. A la limite – mais vraiment à la limite, hein, si elle ne pouvait vraiment, vraiment pas faire autrement – si Tim insistait énormément et/ou s’il avait l’air terriblement malheureux qu’elle ne le fasse pas, elle pourrait toujours essayer d’écrire un petit quelque chose, un petit « remets-toi bien » ou « rétablis-toi vite », mais ça lui semblait totalement inutile et sans intérêt. Ce n’était que ce qu’on disait toujours dans des circonstances pareilles, sans même le penser forcément – même si elle, elle le pensait – et ça paraissait d’autant plus stupide qu’il y avait des chances pour qu’il l’enlève bientôt, puisqu’il était déjà débarrassé de son autre plâtre.

Enfin, la suite de la conversation était beaucoup plus facile à suivre, beaucoup moins embarrassante et donc bien plus agréable. Madeleine se contenta de hocher la tête pour montrer son accord lorsque son interlocuteur déclara que c’était « chouette d’avoir des jours de congés », avant de sourire et de tâcher de faire disparaître la rougeur de ses joues, dont elle avait pleinement conscience à cause de la légère hausse de température qui l’accompagnait toujours.

« C’est gentil de passer, répondit-elle sincèrement. Tu viens souvent par ici ? Tu travailles toujours chez Madame Manon ? Ca fait un peu loin, non ? »

Ni sa mère, ni sa grand-mère, pas plus que son frère ou son père ne lui avait dit que Tim passait de temps en temps à la boutique… mais d’un autre côté, ils n’étaient pas censés savoir qu’elle le connaissait, réalisa la jeune femme, puisqu’elle ne l’avait rencontré que deux ou trois fois et toujours sans la présence d’un membre de sa famille – à l’exception d’Hermy le jour de la Fête des Fous.

« Pas grand-chose, non, avoua-t-elle ensuite, en secouant la tête en signe de dénégation lorsque l’adolescent lui demanda si elle avait quelque chose de nouveau à lui raconter. Mon travail à Sarnand, c’est toujours le même, tu sais, même si ce n’est plus la même organisation. »

Elle secoua de nouveau la tête, comme pour chasser les images et les nouvelles qui avaient précédé le départ du Colonel de Marceau, de deux de ses hommes et de l’Oberstleutnant Wienke. Elle préférait ne pas penser à ce qui risquait de leur arriver – surtout aux français – ou au fait que c’était maintenant Klegerman le dirigeant de la base et le cap… le commandant Wilson le dirigeant en second. Si le second lui faisait peur, le premier la terrifiait littéralement, et elle espérait toujours ne pas les croiser dans les couloirs. Heureusement, toutes ses modifications n’affectaient pas vraiment son travail, et elle n’avait finalement pas trop de mal à s’en sortir.

« Par contre… ajouta la jeune femme, en baissant la voix s’en même rendre compte, je ne sais pas trop ce qui se passe en ville, mais… tu sais quelque chose, toi ? »

Le souvenir de la troupe d’allemands qu’elle avait vue le matin en quittant Sarnand lui revint en mémoire, et elle frissonna. Elle avait comme l’impression que ça n’annonçait pas une bonne nouvelle.
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Ven 13 Aoû - 19:03

Le cri étranglé de Madeleine fit éclater Timothée de rire, il la fixa incrédule alors qu’elle lui expliquait qu’elle ne savait pas dessiner les fleurs. Mais c’était si simple pourtant de dessiner une fleur ! Il la regarda en fronçant les sourcils mais un sourire aux lèvres tout en attendant qu’elle se détende un peu ce qui ne semblait jamais être gagné d’avance avec elle. Pourtant, comme il l’avait dit c’était pas important ce qu’elle dessinait, c’était bien mieux qu’elle signe le plâtre, laisse une marque de sympathie comme tous les gens qu’il croisait, sauf l’aviateur méchant mais lui c’était autre chose. Elle changea de conversation mais Timothée n’allait pas la laisser s’en tirer comme ça.

« Hé ho, m’nute p’pillon ! on va r’parler du truc qu’tu vas faire ! »

Il hocha ensuite la tête pour montrer qu’il l’écoutait et qu’il attendait qu’elle parle pour répondre. Alors que voulait-elle ? Déjà, elle semblait vouloir savoir des choses sur lui et il lui fit un sourire éblouissant pour lui signifier qu’il voulait bien parler de lui.

« Alors ben oui j’bosse t’jours chez Madame Manon et pi ben non c’pas trop loin t’sais. Y m’fallait d’pain et puis voila quoi. J’viens pas s’per souvent mais j’passe qu’même ! »

Il lui dédia un sourire qui pouvait signifier qu’elle avait tout à fait le droit de lui donner un truc à grignoter ou autre chose. Mais il doutait qu’elle ose le faire. C’était dommage et quand elle parla de Sarnand il leva les yeux au ciel devant si peu de détails. Cela n’était pas si grave que ça …

La suite le fit hausser les épaules et écouter totalement, elle avait l’impression qu’il se passait quelque chose ? Lui aussi avait cette impression … ils pouvaient comparer leurs impressions.

« J’sais pas c’qui s’passe, à Saint Paul y’avait personne comme si qu’on avait eu un blème ! Toi t’vu quequ’chose ? »

Il était d’accord pour comparer leurs impressions … du moins il l’espérait qu’elle soit d’accord !
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Lun 6 Sep - 23:40

Que Tim éclate de rire alors qu’elle bafouillait et rougissait n’était pas foncièrement étonnant ni si embarrassant que ça, aux yeux de Madeleine. Ce n’était pas comme si elle n’avait pas l’habitude qu’on se moque de sa timidité ou de ses hésitations – ce qui était une des raisons pour laquelle elle s’efforçait de se faire la plus discrète possible – mais le rire de l’adolescent ne semblait pas moqueur. Si elle n’avait pas su qu’elle était aussi drôle qu’un dragon pygmée chapardant dans les cuisines de Sarnand, elle aurait même pu croire qu’elle avait fait une plaisanterie particulièrement amusante. Et, même si ce n’était pas le cas, la jeune femme en profita pour tâcher de reprendre un semblant de contenance et de faire diminuer la température de ses joues. Après tout, soufflait une petite voix aux accents raisonnables sous son crâne, il n’y avait aucune chance pour que Tim sache quelles pensées et quels souvenirs avait fait naître sa simple question sur les fleurs, n’est-ce pas ?

Malheureusement, au moment où la domestique avait réussi à retrouver à peu près des pommettes d’une couleur normale en essayant de dévier la conversation vers un sujet moins glissant – comme la présence du garçon dans la boutique familiale et la distance qui séparait ladite boutique de chez Madame Manon – Tim fit savoir qu’il ne l’entendait pas de cette oreille. Madeleine rougit derechef sous le reproche voilé de son interlocuteur, et baissa un instant les yeux vers le sol qui se trouvait entre ses pieds, comme pour éviter de croiser le regard de l’adolescent. Et, pour une fois, ce n’était pas uniquement parce qu’elle était gênée qu’elle s’intéressait au plancher : devant les regards déçus ou attristés de ses amis ou des gens qu’elle aimait bien, elle avait autant de résistance qu’une motte de beurre restée trop longtemps au soleil de midi. L’observation des irrégularités du sol était donc le meilleur moyen de ne pas céder – et de tenter de ne pas se transformer en pivoine, accessoirement.

« Je ne sais pas dessiner, prononça Mado à mi-voix, ça ne fera que gâcher ton plâtre si j’essaye… Et, ajouta-t-elle, encore un ton plus bas, je ne sais pas quoi écrire… »

Elle déglutit et se mordit la lèvre pour ne pas exposer le reste de sa réflexion – à savoir que, si elle signait, son nom serait visible par tout le monde – et releva les yeux vers Tim, en espérant très fort que sa tentative d’explication lui conviendrait et qu’il voudrait bien passer à autre chose.

Lorsque ce fut enfin le cas, la jeune femme hocha la tête pour montrer qu’elle écoutait bien les réponses à ses questions, et ébaucha même un sourire quand il déclara qu’il ne passait pas souvent mais passait quand même.

« C’est gentil, » répéta-t-elle simplement.

Elle ne savait pas si ses parents et Gabriel appréciaient les visites de Tim, avec son franc-parler, son accent à couper au couteau, et ses manières un peu particulières, mais elle, elle était bien contente de l’avoir croisé. Bien plus que les hommes qu’elle avait vus de loin le matin-même, en tout cas, et dont la simple pensée la faisait pâlir. Aussi, pour les évoquer à voix haute, Madeleine n’eut-elle d’autre choix que de prendre une légère inspiration.

« Oui, souffla-t-elle. Je suis passée pas loin de Saint-Paul ce matin, c’est plus calme en général… »

C’est-à-dire qu’il y avait moins de monde… en général. Et les mains de la jeune femme se crispèrent sur ses jupes, pendant qu’elle continuait.

« … J’ai vu beaucoup d’hommes… de soldats… d’allemands… Tu sais pourquoi ? »
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Ven 17 Sep - 18:18

Oh mais c'était pas possible ça, elle était pénible à ne pas vouloir signer le plâtre c'était une façon de faire et une coutume. Bon oui elle n'allait pas faire un grand dessin tout plein de détails sur un truc qui allait partir de toute façon dans peu de temps mais bon, il devait s'y prendre autrement. Il pouvait crier un truc pour que d'autres personnes viennent ou menacer de le faire mais ce n'était pas très gentil et Timothée était gentil... en général.

Il écouta donc la suite sans reparler du petit dessin que la jeune femme devrait obligatoirement faire. Non mais ! Il lui sourit d'un sourire qui se voulait gentil et innocent mais qui ne trompait plus personne ou presque à Montreuil. Avec un peu de chance ça aurait de l'effet sur Madeleine. Il était toujours possible que cela fonctionne ...

Les paroles suivantes furent de moins en moins audibles alors que Tim était passionné par le récit pourtant. Car ce qui se passait à Saint Paul devait être important pour avoir mobilisé tant de soldats donc il allait finir par savoir ce qui se passait ! C'était obligatoire et si ce n'était pas là, ce serait au café !

" Ouais j'les ai vu aussi mais j'pensais pas qu'ça avait un lien. T'crois qu'y z'ont arrêté d'gens ? Y'avait p'tet des dang'reux terroristes ? "

La voix était partie dans les aigus et surtout le sourire du garçon signifiait que ce serait une chose superbe qu'il y ait effectivement de dangereux terroristes à Saint Paul, tout prêt de l'endroit où il vivait et donc du danger en même temps. Oh que ce serait bien un peu de danger !

Il regarda Madeleine avec un air de chien battu signifiant sans mal qu'il attendait avec impatience qu'elle confirme que le danger était présent et qu'il devait se méfier, même peut-être qu'il devait rentrer chez lui en rasant les murs et en cherchant des coins super discrets pour se cacher des allemands. Ou alors avoir un journal avec des trous dedans pour passer les yeux et voir sans être vu de manière très discrète. Oh que ce serait bien !
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Lun 27 Sep - 1:27

Il n’y avait pas besoin de beaucoup de chance pour que le sourire de Tim soit efficace sur son interlocutrice. S’il ne l’avait pas encore remarqué, ça n’empêchait pas que Madeleine était plus ou moins incapable de résister à un sourire… surtout s’il venait d’un de ses amis, s’il contenait une note contrite et/ou suppliante et s’il était accompagné de grands yeux tristes et malheureux – si, si, les deux ! – ce qui, heureusement, n’était pas encore le cas. L’air gentil et innocent, toutefois, restait largement suffisant et la jeune femme se détendit donc légèrement. De toute manière, il n’y avait aucune raison qu’elle reste insensible au sourire de l’adolescent, puisqu’il était évident qu’il était gentil et innocent, non ? La preuve il n’insistait pas sur le sujet qui lui tenait visiblement à cœur mais qui la mettait, elle, mal à l’aise ; ce n’était pas gentil, ça ?

La domestique se sentait donc un peu mieux, tout au moins jusqu’au moment où Tim évoqua ce qui se passait à Saint-Paul. Elle ne savait pas exactement de quoi il s’agissait, mais elle était persuadée que ce n’était pas vraiment une bonne chose. Et ce n’était pas uniquement un pressentiment : tant d’hommes, soldats et policiers, et d’allemands au même endroit et au même moment – alors que ce n’était pas un lieu habituellement fréquenté par les militaires et les occupants ni une heure habituelle – c’était forcément mauvais signe. Et les idées du coursier de Madame Manon étaient encore plus mauvaises, si bien que Madeleine pâlit encore plus en les entendant. Comment ça, ils auraient arrêté des gens ? Comment ça des dangereux terroristes ? Mais il n’y avait pas de terroristes à Montreuil, n’est-ce pas ? C’était déjà suffisamment effrayant de se promener dans Montreuil comme ça, il n’y avait vraiment pas besoin de terroristes en plus. Ni de soldats pour arrêter les civils, d’ailleurs.

La jeune femme déglutit difficilement à ces pensées et ne fut, pour le coup, pas du tout sensible au sourire de Tim puis à son air de chien battu. Enfin si, mais elle ne l’interpréta pas vraiment dans le bon sens, et tâcha plutôt de dire quelque chose de rassurant à la fois pour l’adolescent mais aussi – et surtout – pour elle.

« Mais… balubtia-t-elle. Il… il ne peut pas y avoir de terroristes à Montreuil, hein ? »

Oui, bon, elle demandait visiblement plus à Tim de la rassurer qu’elle ne le rassurait, elle, mais l’intention était là. De toute manière, c’était impossible… Elle vivait à Montreuil depuis qu’elle était toute petite, tout comme ses parents et ses frères et sœurs ; s’il y avait eu de dangereux terroristes en ville, ils l’auraient su, non ? Non contente d’être effrayante, la ville en deviendrait dangereuse, et pas seulement pour elle, pour toute sa famille et ses amis aussi. Alors, non, non, non, ce ne serait pas bien du tout !

« Et les allemands ne peuvent pas arrêter les gens comme ça, si ? » ajouta-t-elle à voix basse, en jetant à son tour un regard presque suppliant à l’adolescent, comme pour qu’il confirme.

Parce que, ça aussi, c’était effrayant, même si ce n’était pas impossible finalement. Depuis que l’Oberstleutnant Klegerman avait remplacé Wienke à la tête de Sarnand, les Occupants se paraient de couleurs encore plus inquiétantes qu’auparavant aux yeux de Mado. Mais quand même… Comment pouvaient-ils savoir qui était dangereux et qui ne l’était pas ? Et s’ils arrêtaient des gens qui n’avaient rien fait ? Pire, des amis ? Ou des membres de sa famille ? Les Pelous et les Libberecht étaient partout dans Montreuil et certains vivaient à Saint-Paul…

« Il y a forcément une autre explication, murmura la jeune femme, en reculant jusqu’au comptoir contre lequel elle s’appuya, comme s’il pouvait la soutenir et en faire de même pour ses pauvres arguments. Ils… Ils peuvent être allés à Saint-Paul pour plein d’autres raisons moins… »

Moins effrayantes, inquiétantes, mauvaises… Parce que, non, tout ça n’était décidément pas bien du tout !
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Mer 29 Sep - 20:58

Ca n'avait pas l'air de plaire à Madeleine qu'il y ait eu certainement des gens arrêtés à Montreuil, parce que Tim en était maintenant certain, il y avait des soldats pour arrêter les dangereux terroristes de la ville et pour maintenir la sécurité de la ville. Donc il allait pouvoir peut-être rencontrer ces dangereux terroristes et donc ensuite faire tout plein de choses avec les soldats pour apprendre à les reconnaitre. Peut-être qu'ils étaient tous habillés en noir pour se cacher mieux dans la nuit et qu'il se barbouillaient le visage avec de la suie en plus ? Il allait demander à Mado quand elle démentit son idée première. Comment ça c'était pas possible ? Ah mais non alors ! Tim avait envie de taper du pied mais ce n'était pas une bonne idée s'il ne voulait pas risquer de se faire du mal.

Il la regarda avec une lueur d'espoir dans les yeux d'un air de dire qu'il était assez grand pour ne pas avoir peur des dangereux hommes mais il vit que c'était certainement elle qui avait peur finalement. Mais oui, il aurait dû s'en douter, elle avait souvent peur de plein de choses mais c'était normal, c'était une fille et les filles ça avait toujours peur de tout plein de trucs qui n'étaient pas effrayants pour un garçon ! Par exemple peur des rats, des serpents, des araignées, des terroriste ! Tim, lui, pouvait sans mal se promener dans la rue en criant qu'il se riait du danger ! Mais comme il était un gentil garçon, il décida de la rassurer.

" T'inquiète pas ! S'ya d'dang'reux t'roristes ! J'te protèg'rais moi ! J'suis sur que j'pourrais trouver d'potes qui m'fil'raient un flingue ! "

Il n'y avait peut-être pas de dangereux terroristes à Montreuil, mais il y avait un adolescent qui cherchait les embrouilles et c'était peut-être pire pour la sécurité des habitants surtout si cet adolescent apprenait à tirer avec de vraies armes à feu. Il serait un danger public mais ce n'était rien. Il proposait de protéger Madeleine c'était un signe ça non ?

" Y faut pas 'voir peur comme ça ! J'peux m'renseigner s'tu veux. Mais j'peux pas v'nir te l'dire à Sarnand sauf s'tu connais un gars qui peux m'donner l'torisation ? "

Perdre de vue les objectifs primordiaux n'était pas du tout une bonne chose donc Tim refusait de le faire et tentait d'avoir des informations de la part de la travailleuse de Sarnand. Mais c'était probable que cela ne fonctionne pas, malheureusement...

" Oh j'sais pas moi hein ! T'veux que j'cherche vraiment ? Mais t'inquiète, j'vais vraiment t'protéger hein ! Faudra m'passer su'l'corps pour qu'on t'embête et l'premier qui veut t'faire quequ'chose, j'lui d'fonce sa gu... tronche ou j'cogne dans l'bijoux d'famille ! "

Il se redressa et bomba le torse pour montrer son imposante et inexistante musculature adulte ! Elle devait vraiment avoir moins peur là !
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Mer 6 Oct - 23:44

Certes Madeleine avait souvent peur de plein de choses, mais ce n’était pas une raison pour généraliser. Dire qu’elle était une fille, qu’elle avait peur de tout et que, par conséquent, toutes les filles avaient peur de tout, c’était un raccourci un peu facile et, surtout, très faux. Si elle avait pu deviner les pensées de Tim, la jeune femme se serait empressée de le corriger ; par exemple, elle était persuadée que sa cousine Hermeline ne craignait ni les rats ni les serpents ni les araignées, alors qu’elle-même se retrouvait paralysée de terreur devant une de ses bestioles. Les terroristes, par contre, c’était une autre histoire. Déjà ce n’était pas vraiment une espèce bien identifiée, et ensuite Madeleine espérait presque que ses amis et les membres de sa famille en aient peur, eux aussi ; ils auraient certainement moins de risques d’avoir des soucis ainsi, non ?

Ce qui n’empêcha pas la domestique d’esquisser un pauvre sourire un peu tremblant en entendant le début de la réponse de Tim. Son intention première était de le rassurer, mais finalement c’était lui qui disait qu’il allait la protéger et, si Mado n’était peut-être pas vraiment convaincue de l’efficacité de la protection de l’adolescent – qui devait déjà se protéger lui-même de toute façon –, il n’en restait pas moins que c’était drôlement gentil de sa part. Et même adorable et mignon et… dangereux ! Comment ça, un flingue ?! Comment ça, des potes ?! Mais Tim n’avait pas d’amis avec des armes, n’est-ce pas ? Ou, tout au moins, pas d’amis qui lui en fournirait une ; c’était tellement dangereux, aucun ami ne ferait une chose pareille, si ?

Déboussolée et un peu (beaucoup) inquiète, Madeleine ne réussit pas à formuler une réponse immédiate et ne put que continuer à exprimer ses craintes, comme si elle cherchait toujours à se rassurer et à rassurer son interlocuteur, tout en le dissuadant de faire des bêtises. Ainsi, elle entendit plus qu’elle n’écouta la réponse de Tim à propos de Sarnand, et elle continua un instant sur sa lancée sans que ses neurones n’aient analysé les mots prononcés par le garçon. Ce ne fut qu’une fois qu’elle sentit le bois du comptoir dans son dos et que l’adolescent reprit la parole, que ses capacités de réflexion semblèrent se remettre en marche, et la réaction ne se fit pas attendre : l’affirmation de Tim était sans aucun doute dictée par la meilleure volonté du monde, mais la jeune femme ne put s’empêcher de rougir comme une pivoine. Elle tâcha toutefois de sourire un peu, histoire de paraître moins effrayée… même si ce n’était pas vraiment ça. Tout gentil et motivé qu’il soit, le coursier de Madame Manon n’avait ni la carrure ni le grade d’un soldat adulte par exemple – qui, soit dit en passant, n’aurait pas été moins terrifiant, bien au contraire.

« C’est gentil, balbutia la jeune femme, mais ce n’est pas la peine, tu sais… »

Non, vraiment, ce n’était pas la peine qu’il prenne des risques pour rien.

« … Je suis sûre que… que personne ne viendra m’embêter à Sarnand. »

Ou, du moins, l’espérait-elle très, très, très fort. Il y avait quand même plein d’hommes, de soldats et d’allemands au château, mais elle avait réussi à se débrouiller jusque-là, non ? Et il y avait tout de même peu de chance qu’un terroriste pousse le vice jusqu’à venir se cacher dans la base militaire, n’est-ce pas ? Et puis, elle avait Glouton. Et… Enfin, bref, personne ne viendrait l’embêter quoi.

« Alors ce n’est pas la peine que tu prennes une arme, hein ? » conclut la domestique à mi-voix en pâlissant un peu.

Sa pâleur s’accentua d’ailleurs un peu quand les paroles précédentes de Tim, analysées cette fois, lui revinrent à l’esprit. Elle n’aimait pas mentir, surtout à ses amis, elle était plus ou moins incapable de le faire correctement, et elle n’avait aucune envie de faire de la peine au garçon qui était quand même drôlement gentil, sympathique, et tout et tout. Sauf que… si elle reconnaissait que, oui, elle connaissait effectivement « un gars » capable de lui donner l’autorisation de rentrer à Sarnand… ça voudrait dire qu’elle devrait certainement aller parler au gars en question… Oh, misère !

« Et pour que tu puisses venir… commença Mado, hésitante. A Sarnand… Je ne sais pas… »

Elle déglutit et détourna le regard pour le poser sur le sol entre ses pieds. Au moins, le carrelage ne risquait pas de lui faire des yeux de chiot battu, lui.

« Je peux… Peut-être… Parler… murmura-t-elle d’une voix de moins en moins audible. Le commandant Wilson… Ou l’officier Siedler. »

Mais ce n’était même pas sûr, après tout. Le pilote de Nobilitas n’était pas le Commandant de la base, et le Chef de la Gestapo non plus. Non seulement ils étaient très occupés et n’apprécieraient certainement pas d’être dérangés – si tant est qu’elle ose ne serait-ce qu’imaginer, dans un cauchemar la moitié du quart d’un de ses rêves, les déranger – pour quelque chose qui ne les regardait pas, mais en plus ce n’était même pas sûr qu’ils puissent y faire quelque chose, alors…
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Jeu 21 Oct - 12:14

Il semblait que la jeune femme reculait de plus en plus et Timothée se demandait bien pourquoi, il avait tellement de choses importantes à lui dire qu'il ne voyait pas pourquoi elle restait pas à côté de lui. Il était pourtant en train de lui expliquer qu'il allait la protéger c'était bien ça non ? Mais il semblait que non, cela ne plaisait pas à Madeleine qui du coup se retrouvait un peu inquiète pour lui. Elle fit d'ailleurs part de ses inquiétude d'une manière très Madeleinienne en bredouillant.

Il lui dédia un sourire ravi alors qu'elle lui annonçait clairement que non personne ne l'embêterait à Sarnand, et bien c'était une bonne chose parce que sinon il ne pourrait pas l'aider. Il la regarda avec un air très sérieux quand elle lui annonça que ce n'était pas la peine de s'armer. Ah bon ?

" Ben merde alors ! C'aurait été trop chouette d'avoir un flingue rien qu'à moi, t'sure qu'c'est pas la peine ? "

Oh oui, qu'elle dise qu'elle n'était pas certaine et que du coup il puisse le faire rien que pour la protéger. Oh oui, une arme dangereuse qu'il pourrait exhiber à tout le monde avec un air sauvage et terrifiant. En riant d'un rire de sorcière ça ferait encore plus peur ! Enfin non ... il lui fallait juste une bonne raison pour s'armer. Mais puisque ce n'était pas Madeleine qui semblait la lui fournir, il en trouverait une autre !

Comme son interlocutrice pâlissait, Tim s'approcha d'elle avec un air inquiet, qu'est-ce qui lui faisait peur dans ce qu'il avait dit ? Il venait juste de demander à la demoiselle de faire différentes choses dangereuses et du coup c'était possible. Mais de là à devenir toute blanche pour pas grand chose c'était bête. Il la regarda avec un grand sourire encourageant et se demanda s'il devait la faire redevenir toute rouge. Oui ce serait plus normal quand même.

Elle réfléchissait et lui proposait d'aller voir un vrai aviateur vrai de vrai ou Siedler. Bon non pas Siedler parce que c'était lui qui avait interdit l'entrée de Sarnand au français... mais si c'était une gentille fille qui allait lui demander pour être en sécurité ? Non ça ne le ferait pas...

" Heu ben j'sais pas, avec l'quel t'es l'mieux ? J'sais moi faut qu't'ailles voir l'pilote, l'avait l'air d'en pincer pour toi à la Fête d'fous ! T'lui souris et y t'mang'ras dans l'main ! En plus s's'trouve t'pourras l'embrasser sul'bouche ! T'sais ça fait super d'bien ! Oh, j'suis con, t'dois s'voir ! T'crois que j'pourrais aller plus loin qu'des bisous d'jà avec m'copine ? "

Le sourire était maintenant radicalement pervers et il espérait que cela annulerait toute pâleur sur les joues de Madeleine pour faire naitre la rougeur bien connue.
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Mer 11 Mar - 4:37

Le sourire de Tim lorsqu’elle affirma – avec plus ou moins de conviction – qu’elle ne risquait rien à Sarnand aurait presque pu rassurer la jeune femme. Presque. Après tout, ce genre de sourire pouvait très bien dire qu’il était d’accord avec elle, ce qui était en tout point positif. Au moins sur deux points, du moins : le fait que personne ne l’embêterait à Sarnand – et c’était toujours bien d’en avoir confirmation – et le fait qu’il n’avait pas besoin de s’armer. Hélas, le sourire s’effaça trop vite du visage du garçon pour remplir son office, et l’air sérieux qui le remplaça n’était pas rassurant du tout. Et pas seulement parce qu’il détonnait avec le Tim que Madeleine connaissait. L’insistance qui l’accompagnait n’y était pas pour rien non plus.

« Oui… je suis sûre, émit la domestique, en s’efforçant de glisser dans sa voix une pointe d’assurance qu’elle était loin de ressentir. Ce n’est pas la peine… Et c’est dangereux, en plus. »

Oui oui, dangereux. Et ça nécessitait donc qu’elle fasse un effort pour convaincre Tim, n’est-ce pas ? Madeleine savait bien qu’elle était bien loin de pouvoir prétendre à une quelconque autorité sur qui que ce soit – et, de toute façon, elle n’en avait aucune envie – et elle était sans aucun doute très mal placée pour donner des conseils, mais quand même. C’était dangereux et elle ne pouvait pas laisser son interlocuteur se mettre en danger sans rien dire. Même s’il était peu probable que ses paroles soient suffisamment audibles pour être entendues – sans parler d’être écoutées.

Mais le problème de l’arme n’était pas le seul que lui posait Tim. Il y avait également celui de sa venue à Sarnand. Et, alors même qu’elle savait que c’était une mauvaise idée, la domestique ne put s’empêcher de chercher une solution pour venir en aide à son interlocuteur. Il avait besoin d’aide et elle était, en théorie, en position de lui en offrir. En théorie. Elle ne pouvait donc pas refuser. Sauf que… Si la théorie était très simple – il lui suffisait de demander l’autorisation à « un gars » - la mise en pratique était beaucoup, beaucoup plus ardue. Déranger Parler au commandant Wilson ou à l’officier Siedler, c’était juste… impossible. Et puis, ce serait probablement inutile puisqu’aucun des deux ne pouvait décider comme ça de faire entrer quelqu’un dans la base qui n’avait rien à y faire, si ? Non vraiment, ce n’était pas une bonne idée. Et Madeleine la regrettait déjà, tandis qu’elle détaillait le carrelage de la boutique, entre ses pieds, en espérant très fort que Tim décline sa proposition.

Hélas, ce ne fut pas le cas, et Mado releva le nez en pâlissant un peu plus lorsque le garçon lui demanda avec lequel des deux officiers elle s’entendait le mieux. Aucun, évidemment ! Et… comment ça, le pilote avait l’air d’en pincer pour elle ?! Mais non ! Et elle n’avait aucune envie qu’il lui mange dans la main… ou de l’embrasser ! Incrédule, la jeune femme sentit la température de ses joues gagner soudain quelques degrés, tandis qu’elle posait deux yeux ronds sur son interlocuteur, sans comprendre comment la conversation avait pu en arriver là. C’était juste impossible. Aussi bien la tournure de la conversation que son contenu. Impossible, se répéta silencieusement Madeleine en tâchant de ne penser ni aux violettes, ni au poème, ni à la Fête des Fous. Heureusement, Tim lui facilita la tâche. Malheureusement, pas de façon à ce qu’elle reprenne contenance.

« Je… Non… Je ne sais pas… balbutia Madeleine, les joues brûlantes. Mais… mais… tu es trop jeune pour… »

Sa voix mourut sans qu’elle ne puisse achever sa phrase pour exprimer à haute voix l’idée qu’elle ne formulait même pas clairement dans son esprit. Mais, même non formulée, elle suffisait à annihiler toute capacité de réflexion – même ses doigts ne s’en tordaient pas – et à rendre ses pommettes aussi rouges que les ailes d’un Porte-Drapeau.
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Sam 21 Mar - 13:17

Elle était certaine qu'il était inutile pour lui de se procurer une arme et Timothée soupira très fortement quand elle l'annonça. Il aurait pourtant aimé pouvoir se promener avec une arme et la pointer sur tous ceux qui embêtaient Mado. Après, aux vues des réactions de la jeune femme, il aurait dû pointer son arme sur toutes les personnes qu'ils croisaient et ça risquait d'être mal vu par les allemands.

"Ben just'ment, c'est ça qu'est bat, qu'ce soit dang'reux. T'sais, moi j'me ris du danger !"

Et il partit dans un rire qu'il voulait effrayant mais qui était plutôt enfantin. Il grogna en s'entendant et préféra considérer les joues de la jeune femme pour voir si elles reprenaient leur rougeur habituelle afin de pouvoir sans aucun mal continuer la conversation. Car il avait bien compris que la jeune femme n'était elle-même que quand elle rougissait furieusement sous l'impulsion de la gène. Il la regardait assez attentivement pour voir la pâleur quand il parla du pilote et qu'elle semblait perdre tous ses moyens. Il leva les yeux au ciel et faillit répliquer à Madeleine qu'elle n'avait pas à avoir honte de ses sentiments. Mais il doutait que cela arrange les choses.

Et quand elle rougit en l'entendant poser sa question sur où aller avec sa copine, il lui dédia le plus beau sourire pervers qu'il pouvait donner.

"Ben t'sais, j'suis pas si p'tit qu'ça. Mais après j'pense que c'pas forc'ment l'bon moment et puis j'suis un garçon moi, donc c'normal que j'veuille en savoir plus, mais y parait qu'les filles c'pas pareil, y faut leur causer d'mariage et d'conn'ries comme ça. Mais bon, si on rev'nait à not' discussion. T'crois que j'pourrais aller d'mander aux all'mands c'qui s'est passé à Saint Paul ? J'ai des c'pains chez M'd... Madame Manon, y m'aiment bien et d'fois y m'donnent d'la bière ou d'trucs comme ça quand personne r'garde."
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MessageSujet: Re: L'appel des dix huit pains. [18 juin 41]   Aujourd'hui à 9:28

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