Plein phares (26/06/1941)


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Plein phares (26/06/1941)

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MessageSujet: Plein phares (26/06/1941)   Jeu 22 Juil - 14:12

On aurait pu croire que la vie de domestique dans une base militaire de l’Armée de l’Air était morne et répétitive. Après tout, la vie dans une base militaire était censée être réglée comme du papier à musique, non ? Et que ce soit pour les soldats ou pour tous ceux qui gravitaient autour. Sauf que ceux qui avaient tracé les jolis traits bien droits sur le papier à musique en question n’avaient pas pensé à tout ce qui pouvait venir les perturber. A commencer par la guerre. Et l’Occupation. L’arrivée des soldats allemands avait créé de nombreuses vagues dans les beaux tracés rectilignes, mais ce n’était presque rien comparé aux événements récents. Entre la destitution des dirigeants allemand et français de Sarnand et leur remplacement – par le Major, enfin Oberstleutnant, Klegerman, horreur ! et le Cap… Commandant Wilson, puis le nouvel arrivant Portel-Vignevelle – et ce qui se passaient à Montreuil, ce n’était plus des vagues qui déformaient les lignes mais de véritables lames de fond. Comme si les rafles à Saint-Paul ne suffisaient pas, il fallait aussi que la famille s’y mette.

Enfin, c’était ce que Madeleine avait compris, en tout cas, à travers le court message que lui avait envoyé sa mère deux jours plus tôt. Apparemment, Hermeline filait un mauvais coton et commençait à fréquenter des gamins pas… très fréquentables justement. Il fallait que quelqu’un aille lui parler, quelqu’un de la famille en qui la petite pensionnaire avait confiance. Et Mado n’avait pas tardé à comprendre que le quelqu’un en question, dans l’esprit de sa mère, c’était elle. Ernestine avait même truffé sa lettre d’arguments en tout genre qui démontaient les protestations de la jeune femme avant même qu’elle ne les formule en pensées. Hermy avait du caractère, il ne fallait pas que ce soit une figure d’autorité qui vienne lui parler au risque de la braquer, et patati et patata… Avec un soupir, la domestique s’était donc rangée à l’avis de sa mère et avait obtenu, après quelques négociations, un petit jeudi après-midi de congé. En espérant que ça conviendrait à sa cousine – et à Ernestine même si ce n’était pas le jour-même.

Comme la petite pensionnaire n’avait finalement pas émis d’objections pour une discussion dans un parc ce jour-là, Madeleine avait donc fait comprendre à Glouton qu’il devait rester bien sage jusqu’à son retour, avant de quitter son tablier en début d’après-midi pour prendre le téléphérique et se rendre à Montreuil. Elle avait donné rendez-vous à Hermeline dans un petit parc du quartier bourgeois qui cumulait les avantages ne pas être trop loin de l’arrivée du téléphérique ou du pensionnat Sainte-Marie, de ne pas nécessiter la traversée du centre-ville pour s’y rendre et d’être dans un coin suffisamment calme pour pouvoir parler tranquillement et ne pas risquer de croiser trop de monde. Presque parfait, en un mot. Si ça n’avait pas été pour demander des précisions à sa cousine sur ce qu’elle faisait de ses journées, ça aurait même été complètement parfait.

Enfin, rien n’était jamais parfait, de toute manière. Aussi, résignée, la domestique s’était-elle assise sur un banc, non loin de l’entrée du parc, pour attendre l’arrivée de sa cousine. Elle se trouvait bien trop visible, assise là, mais c’était plus ou moins le but de la manœuvre puisqu’il fallait qu’Hermeline la repère le plus vite possible. Ce qui ne l’empêchait pas de se sentir mal à l’aise et de croiser les bras sur sa poitrine pour éviter de se tordre les mains, même si ses doigts étaient bien trop crispés sur les manches de son chemisier pour donner véritablement le change.
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MessageSujet: Re: Plein phares (26/06/1941)   Jeu 22 Juil - 15:45

Finalement, il avait fallu moins d'une semaine pour que la nouvelle ne soient répercutée et que la mise en demeure ne parvienne jusqu'à Sainte-Marie.
Bien conscientes de la faiblesse coutumière qui parfois touchait leurs filles, les femmes de la famille avaient depuis longtemps mises au point un système très efficace de suivit des dossiers un peu chauds. Lorsqu'une jeune personne innocente était soupçonnée d'éprouver une tolérance coupable envers un membre du sexe fort, une sorte de conseil de famille strictement féminin se réunissait pour statuer. La pauvre mère de la coupable n'était généralement pas prévenue, histoire d'éviter les psychodrames et de lui faire faire des cheveux blancs pour rien, mais une ambassadrice était envoyée pour prendre la température de la relation qui se nouait.

Hermeline avait déjà assisté à l'un de ces conseils pour deux de ses sœurs, et elle s'était toujours imaginée que la prochaine à se faire épingler par la rumeur serait cette bonne Geneviève avec son sergent Shultz.
Mais en fait, non.

Si d'ordinaire il était plus facile de chercher à harnacher une abeille avec des rubans que de garder la blondinette entre les murs de la pension, ce n'était clairement pas le cas aujourd'hui. C'est en trainant la jambe qu'elle s'était préparée, passant une petite robe d'été et des sandalettes pour rejoindre sa cousine. Inconsciemment peut-être, Hermeline cherchait à paraitre plus jeune encore que ce qu'elle ne semblait habituellement, allant même jusqu'à tresser ses cheveux en deux nattes bien droites de chaque cotés de sa tête. Sans doute espérait-elle que son air sage et juvénile lui épargnerait certaines questions gênantes et leur lot de recommandations mortifiantes.

Ses semelles claquant sur les pavées, la petite pensionnaire arriva jusqu'au petit parc, apercevant rapidement Madeleine prostrée sur son banc. Approchant d'un pas assuré, elle s'assit juste à coté de sa cousine et poussa un long soupir avant de poser ses pieds sur les lattes de bois et d'encercler ses genoux dans ses bras, posant son menton dessus dans une attitude clairement boudeuse.

"Tu as fais quoi comme bêtise, pour qu'on te punisse en t'envoyant me faire la leçon sur les choses de la vie ?" Bougonna-t-elle en glissant un regard légèrement moqueur à Madeleine.
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MessageSujet: Re: Plein phares (26/06/1941)   Sam 24 Juil - 22:43

Madeleine adorait sa cousine. Vraiment. Hermeline tâchait peut-être de donner l’image archétype de la blonde à ceux qui ne la connaissaient pas, mais sa cousine n’était pas dupe. Elle savait bien que, malgré le fait qu’elle soit plus jeune qu’elle de presque dix ans, la petite pensionnaire était bien plus débrouillarde qu’elle et certainement bien plus futée aussi. Quand elle voulait quelque chose, elle réussissait en général à l’obtenir, en mettant parfois sa famille à contribution, certes, mais jamais pour quelque chose d’impossible, du moins à la connaissance de la jeune femme. Elle était gentille, sympathique, de bonne compagnie, avec un peu beaucoup de caractère peut-être, mais ce n’était pas forcément plus mal étant donné qu’elle-même savait parfaitement qu’elle n’en avait pas beaucoup, et elle était certainement une des rares personnes à qui la domestique pouvait parler normalement sans rougir ou bafouiller de façon excessive, ce qui, même au sein de la famille, n’était pas forcément évident.

Non, vraiment, Madeleine adorait sa cousine. Et elle aurait vraiment aimé la rencontrer pour discuter… si la rencontre et la discussion en question n’avaient pas été provoquées par le message d’Ernestine et tout ce qu’il contenait.

Déjà mal à l’aise à cause des circonstances et du cadre dans lequel elle se trouvait et qui, bien que très agréable, ne lui était pas du tout familier, la domestique eut soudain envie de rentrer sous terre en entendant arriver Hermeline. Le bruit de ses pas sur les pavés fit lever la tête à la jeune femme qui quitta la contemplation de ses propres pieds pour regarder les sandalettes de la blondinette, avant de remonter à son visage. L’air renfrogné de la pensionnaire amena une légère rougeur sur les joues de Mado qui se décala un peu pour être sûre que sa cousine ait la place de s’asseoir et se mordilla la lèvre inférieure aux paroles boudeuses de la jeune fille.

« Aucune. Casser la vaisselle est plus une habitude qu’une bêtise quand c’est moi qui le fais, et adopter un dragon n’en est pas une non plus, » tenta tout de même la domestique, avec un pauvre sourire, si pitoyable qu’elle en eut pleinement conscience et rougit un peu plus.

Elle tenta de décroiser les bras pour se donner une contenance mais ne réussit finalement qu’à desserrer suffisamment les doigts pour les détacher des manches de son chemisier et frotter un peu la paume de ses mains contre le tissu, tout en ramenant ses pieds sous le banc et en croisant les chevilles.

« Et ce n’est pas une leçon… ajouta-t-elle en bredouillant à moitié, cette fois, C’est juste pour parler… »

Comme si elle était capable de donner une leçon, de toute manière. Et encore pire, une leçon sur « les choses de la vie ». C’était sûr qu’à cette idée Hermeline pouvait se permettre d’être moqueuse. Enfin… La jeune femme se décida à glisser un regard vers sa voisine et prit une profonde inspiration, avant d’articuler avec difficulté :

« Maman m’a dit que tu avais été te baigner dans la Fresne… »

Le volume sonore diminua au fur et à mesure que les mots sortaient de la bouche de Madeleine, si bien que la voix de la domestique s’éteignit avant qu’elle ne puisse aller jusqu’au bout de son idée, à savoir la présence de quelqu’un d’autre lors de la baignade. Et d’un quelqu’un garçon, en plus.
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MessageSujet: Re: Plein phares (26/06/1941)   Dim 25 Juil - 16:27

Hermeline adorait sa cousine. Vraiment. Dans la masse du gynécée qui composait une bonne partie de sa famille, Madeleine sortait du lot par son caractère facile et sa timidité maladive. Pour beaucoup, ces deux caractéristiques de la jeune femme étaient considérées comme des défauts, mais pas pour la petite pensionnaire. Elle trouvait auprès de sa cousine un apaisement, quelque chose qui calmait ses nerfs souvent à fleur de peau.
Timide et sage, Madeleine avait l'indéniable intelligence de ne glousser jamais, de ne pas trop parler fanfreluches, et d'éviter d'ordinaire de parler de garçons. Sauf quand tante Ernestine lui intimait l'ordre de venir mesurer le degrés de débauche de sa petite cousine...

Si la blondinette affichait clairement sa volonté de ne pas rendre les choses faciles pour sa cousine, elle n'avait cependant pas l'intention de lui rendre la tâche impossible non plus. Tirer sur le messager était signe de médiocrité, et les Von Lichtenstein pas plus que les Pelous ou les Libberecht n'étaient des gens médiocres.
La tentative de Madeleine de détendre l'atmosphère en répondant à sa pique fit pouffer la jeune fille, qui donna un léger coup d'épaule à l'ambassadrice avant d'appuyer sa nuque sur le dossier du banc et de lever le nez au ciel en soupirant.

"Pas une leçon, hein ?" Répéta-t-elle, distraitement, en contemplant les nuages qui s'étiraient en paressant dans le ciel bleu de l'été. "Juste parler, mais parler de quoi ?" Demanda la petite blondinette, sur un ton qui ne laissait aucun doute sur ce qu'elle croyait être le sujet du jour.

La réponse de Madeleine lui arracha d'ailleurs un ricanement, preuve qu'elle n'était pas dupe de ce que dissimulait cette entrée en matière maladroite. "Comme c'est gentil à tatie Ernestine de s'en inquiéter ! Mais tu sais, je nage très bien, et je ne m'expose pas trop au soleil pour éviter les tâches de rousseur, donc tout va bien ! Surtout que la Fresne n'est pas une rivière très dangereuse..." Dit-elle en posant ses grands yeux bleus plein d'innocence sur sa cousine rougissante, image vivante de la naïveté la plus touchante.

"Je suis si touchée, qu'elle s'inquiète autant de me voir me baigner dans ce redoutable torrent qu'est la Fresne... Non vraiment, je suis bouleversée de reconnaissance. Et sinon, il n'y a rien d'autre qui chagrine ta tendre maman à part le choix de mes lieux de baignade ?"
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MessageSujet: Re: Plein phares (26/06/1941)   Mer 28 Juil - 1:35

Sa pauvre tentative pour détendre l’atmosphère avait eu presque la moitié de l’effet escompté. Presque. Parce que, même si sa cousine laisser échapper un son qui ressemblait à celui émis par une jeune fille en train de pouffer et l’assortissait d’un léger coup d’épaule, Madeleine ne se sentait pas vraiment plus détendue, elle. Elle avait bien trop conscience de son pitoyable sourire, des raisons qui l’avaient amenée là et de ce qu’elle allait devoir parler pour décroiser entièrement les bras ou réussir à oublier la température élevée de ses joues. Et heureusement qu’il s’agissait d’Hermeline à côté d’elle, sans quoi, la jeune femme aurait sans doute cru que l’éclat de rire étouffé de la petite pensionnaire était une moquerie et aurait certainement eu pour but premier de rentrer sous terre le plus vite possible au lieu de faire ce pourquoi elle était là. Déjà qu’elle ne savait pas vraiment pourquoi elle était là… enfin si, elle savait, mais ça n’arrangeait pas vraiment les choses.

Pas plus que la question de la blondinette ou ses réponses accompagnées de son air innocent et naïf, d’ailleurs.

« Je sais que… tu sais… nager… et que… la Fresne n’est pas dangereuse… » bredouilla Madeleine, dont les joues venaient de gagner quelques degrés supplémentaires sous le regard bleu de sa cousine.

Oh Seigneur ! Jésus-Marie-Joseph ! Mais qu’est-ce qu’elle faisait là, hein ? Oui, bon, elle savait parfaitement ce qu’elle faisait là, c’était Ernestine qui l’avait envoyée, mais… pourquoi elle ? S’il y avait bien quelqu’un, dans la famille, qui était incapable de résister au regard innocent de la petite pensionnaire ou de parler de ça – les choses de la vie, comme disait sa cousine - c’était bien elle. Pourquoi sa mère n’avait-elle pas envoyé Jeannine, hein ? Sa sœur aurait certainement su bien mieux s’y prendre qu’elle-même pour parler à Hermeline. Ou Louise, d’ailleurs, ou n’importe laquelle des femmes de la famille qui n’était pas elle. Ce n’était pas comme s’il n’y avait pas de Pelous ou de Libberecht à Montreuil, si ? Mais non, c’était à elle qu’Ernestine avait envoyé le message. Ce qui voulait dire qu’elle n’avait pas le choix, hein ?

« Elle… » tenta donc la domestique, avant de s’interrompre en réalisant que le volume de sa voix était si faible que sa cousine ne risquait pas de l’entendre.

Elle déglutit nerveusement et se concentra sur sa voix, sans plus faire attention à ses doigts qui s’accrochèrent de nouveau au tissu de son chemisier ou à son regard qui fixait obstinément le sol entre ses pieds.

« Elle a dit que… réessaya la jeune femme, un poil plus fort. On lui a dit que… tu n’étais pas toute seule quand… tu t’es baignée… »

Madeleine poussa un profond soupir, avant de prendre une grande inspiration et d’achever, toujours en regardant ses pieds.

« … que tu étais avec un garçon. »

Aussi rouge que le corps d’un Porte-Drapeau, la jeune femme tourna deux grands yeux désolés vers sa cousine.

« Hermy… c’est vrai ? » souffla-t-elle, une note suppliante dans la voix, comme si le fait d’espérer très fort une réponse négative pouvait repousser les rumeurs entendues par Ernestine et mettre ainsi fin à cette conversation.
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MessageSujet: Re: Plein phares (26/06/1941)   Jeu 29 Juil - 10:51

Si Madeleine avait exprimé à haute et intelligible voix ses doutes quand à la pertinence du choix du messager auprès de sa cousine, Hermeline aurait facilement pu lui donner la réponse : Avec toute autre personne de la famille, la blondinette serait déjà montée sur ses grands chevaux _ ou sur le point de le faire _ vitupérant comme une harengère des halles, le tout dans un langage à faire rougir les vieux briscards de Sarnand. Mais sa cousine avait ce genre d'effet lénifiant sur la petite pensionnaire, qui faisait que la conversation avait toute les chances de rester courtoise.

Les tentatives laborieuses et répétées de la domestique de la base pour sortir une phrase auraient pu énerver quiconque n'étant pas Hermeline, laquelle se contenta d'attendre patiemment que sa cousine accouche de l'information. On y était donc. Affichant son air le plus détaché, le souffle régulier et le regard franc comme du bon pain, la blondinette entortilla le bout d'une de ses nattes autour de son index avant de répondre.

"Oui c'est vrai, je n'étais pas seule. Mais aller se baigner sans compagnie avoue que c'est d'un triste ! Et puis un garçon... La moitié de la population mondiale est composée de garçons, alors il fallait bien qu'à un moment où à un autre je finisse par en rencontrer... Voir même à passer du temps à la rivière avec l'un deux." Expliqua tranquillement la jeune fille tandis qu'un délicat incarnat lui coloré doucement les joues. Mentir et user d'une mauvaise foi en acier trempé n'avait généralement aucun résultat notable sur sa physionomie mais hélas, évoquer Timothée avait maintenant ce genre d'effet mortifiant sur sa petite frimousse de pensionnaire modèle.

"Franchement, ça ne vaut pas la peine que tante Ernestine se mette la rate au court-bouillon pour si peu !"
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MessageSujet: Re: Plein phares (26/06/1941)   Ven 27 Aoû - 13:27

[HJ- Je suis désolée, un mois pour répondre, c'est vraiment honteux >< Pardon, pardon !]


Ce n'était pas juste, non vraiment, pas juste du tout. Elle avait espéré pourtant, autant qu'elle le pouvait, mais ça n'avait apparemment pas suffi : la réponse négative et rassurante d'Hermeline ne venait pas et, pire, se trouvait même remplacée par une réponse positive. Oui, c'était vrai, oui, elle était accompagnée quand elle était allée se baigner, oui, elle était accompagnée d'un garçon. Si à ce stade de la conversation, les joues de la petite pensionnaire avaient pris une légère teinte rouge, elle n'avait rien à envier à sa cousine. Les pommettes de Madeleine avaient atteint un haut degré de coloration pendant qu'elle posait sa question, et la réponse de son interlocutrice ne faisait rien pour inverser la tendance. Le sang semblait affluer dans les vaisseaux du visage de la jeune femme, comme les pensées se bousculaient soudain sous son crâne, savant mélange des mots écrits par sa mère, de ceux prononcés par sa cousine, des quelques impressions que pouvaient lui fournir ses neurones saturés et de la certitude qu'elle devait réussir à tirer de tout ça quelque chose de sensé à articuler.

Mado quitta sa cousine des yeux et détourna le regard vers le sol, tout en secouant légèrement la tête, comme si elle essayait de remettre ses pensées en ordre et de trouver quelque chose d'intelligent à dire. Parce que c'était certainement pour ça que sa mère lui avait envoyé un message qui l'envoyait, elle, parler à Hermeline : pour qu'elle s'assure que les rumeurs étaient fondées, pour qu'elle évalue l'importance de l'incident et pour qu'elle en déduise quelque chose à dire. Et la domestique était peut-être timide, mais elle n'était pas stupide. Sa cousine pouvait dénier toute importance à cette baignade – avec un garçon ! – mais elle avait tout de même reconnu les faits et – pire ! – avait rougi. Or Hermeline ne rougissait pas, jamais. Ou, en tout cas, presque jamais. Par conséquent, c'était important, et Ernestine avait eu raison d'envoyer quelqu'un parler à la petite blondinette. C'était un fait. Mais qui ne signifiait pas pour autant que Madeleine savait ce qu'elle devait dire.

« Tu sais… tenta donc la jeune femme pour commencer, en relevant les yeux vers sa cousine. Il y a d'autres endroits que la rivière pour rencontrer des garçons… »

Elle le savait, elle, puisqu'elle en rencontrait à Sarnand, dans la rue, partout, tout le temps, même et surtout quand elle ne le voulait pas.

« Tu… voulut continuer Mado, mais les mots ne franchirent pas ses lèvres, et elle ne put exprimer l'idée qu'elle souhaitait. Je… tu… » se contenta-t-elle de bafouiller, les joues brûlantes.

Elle déglutit nerveusement mais tâcha de retrouver un peu de contrôle sur elle-même en prenant une grande inspiration.

« Vous… Vous vous baignez souvent ensemble ? réussit-elle finalement à murmurer, presque sans hésitation. Et vous vous voyez souvent ? Et… comment il s'appelle ? » acheva-t-elle, d'une voix à peine audible.

Elle avait l'impression qu'elle n'avait jamais eu les joues plus brûlantes qu'à cet instant, mais ce n'était certainement qu'une impression. La petite partie de son esprit qui n'était ni paralysée par l'embarras ni focalisée sur la discussion présente l'assura en effet brièvement que la situation n'était pas plus terrible que lorsqu'elle avait découvert les violettes sur le bureau du capitaine Wilson, lorsqu'elle l'avait croisé à la Fête des Fous ou lorsqu'elle avait dû se lever devant tout le monde lors e la loterie, mais tous ces événements étaient terminés alors que la conversation avec Hermeline ne faisait que commencer. Et parler de garçons avec une fille de sa famille, tout en ayant l'impression de fouiller dans la vie de sa cousine, ce n'était définitivement pas agréable. Pas du tout, du tout, même.
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MessageSujet: Re: Plein phares (26/06/1941)   Dim 29 Aoû - 18:09

Hermeline voyait bien que sa réponse ne satisfaisait pas sa cousine. Sa cousine non mais étrangement, elle si. Il était déjà passablement déconcertant de se sentir rougir à chaque évocation de Tim, ça l'était encore plus de se sentir complètement euphorisée par le souvenir de cette baignade pourtant bien innocente...

Était-il bien nécessaire de parler du maillot de bain perdu ?

Amusée plus que de raison par cette situation, la petite pensionnaire déplia ses jambes et se mit à les balancer sous le banc, comme une gamine.

"Mado chérie, je suis pensionnaire dans une institution pour jeunes filles. Les seuls hommes que je croise, c'est le curé et les profs. Mon père et le poux ne comptent évidement pas. Alors je te le demande ma Mado, où je peux les rencontrer les garçons ?" Demanda-t-elle, faussement ingénue, en battant des cils.

Les questions suivantes, quoique ne prêtant pourtant pas plus que cela au divertissement, provoquèrent un accès de fou rire chez Hermeline qui se mit à rougir de plus belle. D'un point de vu sémantique, Timothée et elle ne s'étaient baignés qu'une seule fois ensemble. D'un point de vue technique par contre, lorsqu'il était venu envahir les douches avec Peter, cela avait été la première fois qu'ils partageaient un point d'eau avant de barboter dans la Fresne...

Fallait-il vraiment évoquer l'intrusion nocturne du garçon dans les dortoirs ?

"Il s'appelle Timothée. C'est lui qui m'a offert Greffier le jour de la fête des fous, tu te souviens ?" Demanda-t-elle, avant de se mettre à genoux sur le banc et d'obliger Madeleine à la regarder, ses deux mains de chaque cotés du visage de la jeune femme. "On ne s'est baigné ensemble qu'une fois, et puis comme il travaille et que moi je suis chez les sœurs, on peut pas se voir très souvent." Dit-elle en haussant négligement les épaules, avant de reprendre un air sérieux et de planter ses grands yeux bleus dans ceux de sa cousine. "J'ai des tas de choses à te raconter tu sais, mais si je te le dis à toi parce-que tu es ma cousine préférée, personne d'autre ne doit le savoir, n'est-ce pas ? Sinon le major m'interdirait de le voir et en plus, il ferait des histoire à Tim. Je peux te faire confiance ma Mado ?"
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MessageSujet: Re: Plein phares (26/06/1941)   Jeu 9 Sep - 23:27

Si une certaine petite pensionnaire s’amusait de la situation, ce n’était pas le cas pour tout le monde. Il y en avait d’autres, enfin une autre, qui avait la fâcheuse impression d’avoir oublié ce qu’elle faisait là et, surtout, d’avoir oublié ce qu’elle était censée dire – si tant est qu’elle l’ait jamais su. Et l’envie soudaine d’acquiescer sagement aux propos de son interlocutrice, comme elle en avait souvent l’habitude, ne faisait rien pour améliorer les choses. Parce que, même si Madeleine était prête à reconnaitre que sa cousine n’avait pas foncièrement tort, puisqu’elle était effectivement pensionnaire dans une institution pour jeunes filles ce qui limitait les contacts avec les représentants de la gente masculine, il lui semblait que ce n’était pas tout à fait ce qu’elle devait faire. Et, accessoirement, que ce n’était pas tout à fait vrai non plus. Les paroles d’Hermy, toutes justes qu’elles fussent, n’en étaient pas moins… réductrices. La Fresne n’était certainement pas le seul endroit susceptible de lui faire rencontrer des garçons, n’est-ce pas ?

« Et bien… heu… balbutia donc la domestique, en cherchant une réponse logique, je ne sais pas… Dans la rue, partout… A Sarnand quand tu viens ? »

Ah, voilà ! Elle avait trouvé ! Hermy ne venait-elle pas au château toutes les semaines ? Et une base militaire était par définition occupée par des militaires, c’est-à-dire principalement des garçons, non ? Elle en savait quelque chose, elle, qui ne cessait de les croiser même quand elle ne le souhaitait pas. Sans compter qu’à Sarnand se trouvait le Major… qui était bien plus à même de surveiller les fréquentations de la blondinette que Madeleine de mener l’enquête suite à une requête de sa mère. Non, vraiment, Sarnand, c’était une très bonne réponse. Pour une fois qu’elle était capable de formuler clairement et de façon (relativement) audible et intelligible quelque chose d’intelligent !

Mais enfin, intelligente ou pas, sa remarque ne faisait pas vraiment les choses. Ernestine ne l’avait pas envoyée parler à sa cousine pour lui faire changer ses habitudes mais pour savoir ce qui s’était réellement passé quelques jours plus tôt. Après tout, ce n’était peut-être pas si grave que ça, hein ? Une baignade dans la Fresne avec un garçon… ça suffisait à donner aux joues de Mado une couleur à faire pâlir d’envie les Porte-Drapeau mais ce n’était peut-être pas si terrible, même si Hermeline avait rougi un peu elle aussi. Ce n’était peut-être que le fruit d’une rencontre fortuite qui ne se reproduirait pas entre deux adolescents qui s’étaient amusés au bord de l’eau, peut-être que la cliente d’Ernestine s’était trompée, peut-être que c’était simplement…

« Tim ?! » hoqueta la jeune femme, sous le coup de la surprise quand sa cousine répondit à sa question concernant l’identité de fameux compagnon de baignade.

Pour le coup, la domestique ne savait plus que penser. Tim n’était définitivement pas un mauvais garçon, mais il était maintenant quasiment évident que la rencontre au bord de la Fresne ne devait pas grand-chose au hasard, puisque les deux adolescents se connaissaient et qu’Hermy avait même reçu un « cadeau ». Mais ça, c’était la conclusion facile. Et ça n’aidait pas du tout les neurones de la jeune femme à élaborer une réponse. Ils pédalaient dans la choucroute sous le crâne de Madeleine… alors que la petite pensionnaire prenait ledit crâne en main pour obliger sa cousine à lever et tourner la tête pour la regarder dans les yeux.

Alors ça, ce n’était vraiment, vraiment, vraiment pas du jeu. Mais vraiment pas du tout, du tout. Non seulement Hermeline profitait honteusement de la situation parce qu’elle savait que sa cousine n’aurait d’autre choix que de la croire, mais en plus elle abusait sans aucune vergogne du chantage affectif alors que la domestique avait autant de résistance face à de tels arguments qu’une motte de beurre en plein soleil. Les grands yeux bleus et les accents de la voix de la blondinette n’étaient pas sans rappeler le manège que faisait Glouton quand il assurait à sa manière qu’il avait vraiment très faim, qu’il était vraiment très malheureux et qu’il n’y avait évidemment qu’une seule personne au monde qui pouvait l’aider et l’aider à combler l’horrible creux de son estomac parce que c’était la seule qui était assez gentille et en qui il avait suffisamment confiance pour ça. A moins que ce ne soit le dragon pygmée qui ait pris des cours avec la petite pensionnaire, bien sûr… mais là n’était pas la question.

Avec un soupir de reddition – et les joues toujours aussi brûlantes (c’était fou comme les doigts d’Hermy était frais, d’ailleurs) – Madeleine céda.

« Je ne dirais rien, c’est promis, » souffla-t-elle à mi-voix.
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MessageSujet: Re: Plein phares (26/06/1941)   Mer 25 Mar - 18:38

Eut-elle seulement soupçonné que son air adorable d'innocente petite fille en mal d'une épaule compréhensive et discrète pour épancher ses tourments lui donnait un air de dragon-pygmé (alors qu'elle peaufinait cette moue depuis des mois dans son miroir de salle de bain), sans doute qu'Hermeline se serait sentit un peu humiliée... Avant de bien vite mesurer toute l'étendue des possibilités et d'aller de ce pas chercher les enseignements du grand maître Glouton.

Mais heureusement pour tous, et surtout pour Madeleine, la blondinette l'ignorait. Elle avait seulement conscience que les dernières bribes de volontés de sa cousine étaient en train de faire leurs valises, et de gentiment se faire mettre à la porte du cerveau de la jeune femme.

Relachant leur prise sur le visage de leur victime, les petites mains vinrent lisser la robe printanière et en réarranger les plis tandis que leur propriétaire se laissait tomber en tailleur tout contre sa grande cousine.

Hermeline savais qu'elle n'allait pas tout dire, mais très franchement elle avait besoin de parler et ce n'était bien sûre pas auprès de sa mère qu'elle allait le faire. Ses sœurs étaient des pipelettes, le reste de la famille un immense moulin à ragots... Madeleine était la seule en qui elle pouvait avoir confiance. Tout du moins, confiance pour ne pas aller spontanément engager la conversation sur les différents émois de la benjamine Von Lichtenstein.

"Alors voilà..." Commença la pensionnaire avec un petit soupir. "... tu sais, comme maman et papa m'ont signée des bons de sortie, je peux passer mes jeudi dehors, et puis le samedi, et puis bon, le dimanche après la messe aussi (ça c'était la vérité vraie), alors tu vois, je vois souvent Tim, puisqu'il est ami avec Peter, et que je donne des leçons de français à Peter (la vérité toute nue, sauf que qu'elle n'avait aucune espèce de contiguïté avec la précédente, exception faite peut-être leurs positions respectives dans la phrase) et puis tu sais (elle avait la quasi certitude que non, la pauvre Mado n'en savait hélas rien) une chose en entraine une autre, il se passe des trucs, et puis on se dit des choses, et ça fait d'autre trucs..." Continua la jeune fille tout en se tortillant, comme mal à l'aise, et réussissant l'exploit de faire monter un léger rougissement sur ses joues par la seule force de sa volonté.

Bon, là techniquement, toute interlocutrice devrait être sur des charbons ardents, attendant une révélation en apothéose. Sauf qu'elle parlait à Madeleine et qu'il ne faudrait pas non plus que la pauvre fasse une crise d'angoisse et tourne de l’œil. Hermeline releva donc son petit minois du tricotage de doigts qu'elle avait entrepris depuis le début de sa confession, histoire d'en mesurer les effets sur sa cousine.
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Plein phares (26/06/1941)

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