Dans les bals populaires [14 juillet 1941]


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Dans les bals populaires [14 juillet 1941]

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MessageSujet: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Ven 13 Mar - 21:49

Pas de défilé militaire ou civil, ce n'était pas autorisé et personne n'était assez absurde pour défier aussi ouvertement l'autorité d'occupation. Et même si certains auraient pu avoir envie de fête cette journée autrement que comme l'avait permis les allemands, ça aurait été une manière très simple de finir ses jours précocement. Aussi, après l'insistance du maire de Montreuil et de la secrétaire de la Gestapo, il fut décidé de célébrer le 14 juillet non comme Fête Nationale mais comme célébration de la Fête de la Fédération. Chose qui choquait moins l'occupant et qui était du coup plus politiquement correct.

Et en l'honneur de cette fête, aucune manifestation durant la journée, le jour était un jour comme les autres, mais par contre il y avait un grand bal populaire en soirée pour tous les habitants de Montreuil et tous les militaires de Sarnand. Sur la place de l'Oiseleur, un petit orchestre avait été installé non loin de la fontaine et des lampions avaient été confectionnés pour éclairer la place d'une manière agréable. Quelques chaises et bancs avaient été installés et la soirée s'annonçait sous les meilleurs auspices.

Déjà quelques passants s'arrêtaient et discutaient entre eux, évitant tout sujet sensible et tout risque d'être entendu en train de parler de la guerre, des allemands, de l'occupation ou de tout autre chose qui ne soit pas totalement inoffensive. C'était pour cela qu'on entendait parler du temps qui était un tout petit peu frais pour la saison ou des prochaines récoltes.

Alors que les gens continuaient à arriver, le maire de la ville s'était installé juste à côté des musiciens et avait réclamé le silence avant de s'exprimer fortement.

"Chers citoyens, en ce jour de commémoration de Fête de la Fédération, je déclare le Bal du 14 juillet ouvert. Dansez et amusez vous."

Ils ne pourraient pas aller jusqu'au bout de la nuit, mais le couvre-feu avait été repoussé exceptionnellement et l'amusement aurait tout de même lieu, il fallait l'espérer. Le maire s'écarta et les musiciens commencèrent à jouer quelques airs pour attirer les gens sur la piste de danse.
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MessageSujet: Re: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Sam 14 Mar - 0:56

Heinz se sentait terriblement embarrassé.

Au fond de lui, il savait bien que cette fête aurait dû rester franco-française. Aucun ordre officiel n'avait été donné, ni à Sarnand, ni au sein de la Heer, mais les officiers avaient discrètement fait passer le message qu'il serait inopportun que les vainqueurs viennent fraterniser avec les vaincus. La délicate attention venait de Krüger, pour qui une telle provocation était à la fois inutile et presque déshonorante, et il avait fallu bien des efforts pour convaincre Klegerman d'une telle retenue. Il le savait mais ne pouvait s'abstenir de la surveiller : si l'innocent bal virait à l'évènement patriotique, il faudrait qu'il ai une idée très claire de qui était responsable... et de quelles têtes devraient sauter.

Résolu à ne pas trop se faire remarquer, Heinz avait opté pour un costume marron d'autant plus classique qu'il l'avait acheté dans une boutique française, dans l'un de ces tissus à la qualité vaguement médiocre qui commençaient à remplacer le drap d'avant guerre. Ce que l'ensemble perdait en élégance par rapport à ses uniformes, il le gagnerait en discrétion.

Non, pour être tout à fait franc avec lui même, il se trouvait à peu près aussi séduisant qu'un chien galeux, un bien piètre cavalier pour la jeune Madeleine. Il se consolait en se disant qu'elle n'aurait sans doute pas eu de cavalier du tout s'il ne lui avait proposé de l'accompagner, mais ce genre de pensées ne durait que jusqu'à ce qu'il se rappelle qu'il l'avait, avant tout, invitée pour montrer au monde entier qu'il aimait les femmes.

"Est-ce que vous voudrez danser tout de suite, ou est-ce que vous préférez qu'on aille s'assoir ?"

Heinz détestait danser, mais il était prêt à faire un effort si Madeleine le souhaitait.
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MessageSujet: Re: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Sam 14 Mar - 11:51

Du temps pour lui-même et surtout du temps libre. Timothée avait envie de sauter partout juste parce qu'il était libéré pour la soirée et n'avait pas eu de consignes concernant l'heure du couvre-feu. Il savait qu'il y en aurait un mais ne pas avoir de consignes signifiait certainement qu'il serait plus tardif et qu'il pourrait faire en sorte de trainer dans les rues.

Il s'était donc rendu d'un pas alerte et gai vers la place de l'Oiseleur avec son plus beau costume et, chose assez rare pour être mentionnée, totalement lavé et coiffé. Il était habillé comme un bon petit garçon, un de ceux qu'on croisait à la sortie de l'église et qui pouvaient réciter toutes les prières avec un air enjoué. Mais après il s'agissait toujours de Tim et en matière de prières il n'en connaissait pas beaucoup.

Il regarda les personnes présentes sur la place tout en cherchant des yeux s'il voyait quelqu'un de sa connaissance. Il ne savait pas si Hermeline allait venir, pas certain qu'on la laisse sortir de sa prison. Il ne savait pas s'il aurait l'un de ses copains ou pas, mais il savait qu'il allait pouvoir s'amuser.

Et quand il vit Madeleine avec un homme, il eut un énorme sourire aux lèvres. C'était bien qu'elle ait accepté d'aller s'amuser avec quelqu'un. Il marcha droit vers elle avant de se figer en reconnaissant le cavalier de la jeune femme. Mais comment est-ce qu'elle pouvait envisager de s'amuser avec lui ... c'était un maniaque des tapotements de crayons et il ne lui avait jamais renvoyé Chaussette. Après renseignements, il s'était même rendu compte que le chaton n'était plus à la Gestapo et qu'il avait disparu. Mais soi disant qu'il était encore en vie et qu'il avait un nouveau maître. Tim n'en était pas certain, du moins pour la seconde partie, et il tentait de temps en temps de fouiller dans les coins sombres où les chats errants se trouvaient histoire de voir s'il ne retrouvait pas Chaussette.

En tout cas, il hésita sur la conduite à tenir avant de prendre sa décision. Il s'approcha du curieux couple et leur fit son plus beau sourire.

"B'soir Mado, B'soir M'sieur Siedler. Amusez vous bien c'soir."

Il était certainement un peu fou d'aller directement vers eux mais jamais Tim n'aurait raté une telle occasion de saluer les gens qu'il connaissait.
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MessageSujet: Re: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Mer 18 Mar - 21:23

C’est seule que Liliane se rendit au plus ou moins attendu bal du 14 juillet. Malgré tout le mauvais goût dont Hans pouvait parfois faire preuve, il n’avait pas poussé au point de s’imposer ce jour là, au plus grand soulagement de la française. Elle n’aurait pas assumé de venir avec un occupant et encore moins avec une personne de l’étoffe du pilote. Ainsi libre, la jeune femme avait les coudées franches pour s’amuser au maximum et ce sans avoir à craindre une hypothétique crise de jalousie. Mais tout de même, en l’absence de sa commère préférée, la soirée risquait d’être un brin plus ennuyante... Il ne restait plus qu’à espérer que la petite fête soit riche en anecdote croustillante. Avec un peu de chance ce serait peut-être l’occasion de faire quelques rencontres intéressantes...

Sans grande surprise, l’enseignante avait soigné sa mise en beauté, profitant de sa journée pour se pomponner. Il lui avait fallu s’armer de patience avant de réussir à positionner correctement la fleur ornant sa complexe coiffure. Coté toilette, elle avait opté pour une jolie robe bleue bien ajustée acquise il y a quelques temps de cela dans l’éventualité d’une animation de ce genre. En diva qui se respecte il aurait été plus approprié qu’elle débarque bien après l’arrivée de l’essentiel des participants. D’un autre coté ce genre d’évènement, aussi péquenot soit-il, était devenu trop rare pour l’amputer d’un gros tiers en raison de si futiles motivations. Liliane était ainsi arrivée juste à la fin de l’annonce du maire.

Il y avait déjà un petit peu de monde, elle salua rapidement quelques connaissances, en esquiva d’autres, collègues, parents d’élève... hors de question que son travail la rattrape ce soir. Un sourire tout aussi radieux qu’artificiel était désormais plaqué sur ses lèvres, elle se sentait dans son élément, mémorisant déjà les flagrantes fautes de gout de ses pairs.  

C’est bien Tim là-bas ?


L’effort sur sa toilette était assez saisissant, trop pour qu’elle laisse passer l’occasion de le taquiner sur le sujet. Elle ne fit pas tout de suite attention au couple discret près duquel il se tenait, c’est donc comme une fleur qu’elle vint s’incruster.

« Pour qui est-ce que tu t’es fait beau comme ça ? »
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MessageSujet: Re: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Sam 21 Mar - 12:35

Stéphane était de très méchante humeur.

Il n'était pas franchement motivé pour participer à ce bal populaire. Il avait plutôt envie d’envoyer au Diable tous les participants – sans discrimination sur la nationalité, le sexe et l’âge – avant d’aller se pieuter. Ses collègues mettaient ses grognements inintelligibles sur le compte de ses horaires décalées ; pilote de l’unique Fleur-de-Nuit de Sarnand, Stéphane travaillait aux heures où les autres dormaient et peinait à rattraper le sommeil perdu dans l’atmosphère active et bruyante de la base. En général, il parvenait à grappiller quelques heures par-ci par-là et compensaient les autres avec une dose de café, un de ses luxes personnels ; mais ce jour-là...

Oh, Stéphane avait une bonne liste des raisons pour expliquer son air sombre et son manque évident d’enthousiasme pour les danses : une patrouille un peu longue, une prise de bec entre Nobilitas et les légers allemands, une boucle tordue sur le harnais, la mollesse inquiétante de sa dragonne pygmée... mais ses véritables motivations, il les gardait sous silence.

Les bras croisés, il balayait la place du regard, cherchant des visages amis, enregistrant machinalement la présence de ses détracteurs et des fâcheux ; simultanément, il faisait un effort pour se composer un visage plus avenant. Les occasions de s’amuser et de conter fleurette aux jeunes femmes de Montreuil restaient rares. Il ne devait pas laisser sa contrariété et le rendez-vous prévu prendre toute la place, au détriment du reste.

Néanmoins, il ne put s’empêcher d’adresser un regard brûlant au couple disparate formé par Heinz et Mado.

Il allait garder un œil sur eux. En attendant... Il promena à nouveau son regard pers sur la place et souffla longuement par le nez, pour s’obliger à se décrisper, en commençant par les épaules. Aucune raison que les choses se passent mal.
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MessageSujet: Re: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Mer 25 Mar - 16:47


La horde des Libberecht et la meute des Pelous (ainsi la masse grouillante de leurs satellites acquis par mariages ou compagnonnages divers) avaient atteint le front des hostilité en ordre dispersé certes, mais volontaire. Les occasions de s'amuser un peu devenaient rares, alors personne n'allait cracher sur un bal du 14 juillet, même une contre-façon vichyssoise telle que celui qui était organisé ce soir.

Les ordres avaient bien sûr été distribués par les matriarches : Ne pas boire comme un trou, ne pas quitter ses filles/sœurs/cousines des yeux et surtout, SURTOUT, pas de grabuge. Les patriarches avaient tous acquiescé sagement tout en n'en pensant pas moins, les hommes moins bien classés dans la chaine alimentaire familiale avaient juste répondu "Oui madame" d'un air chagrin et en courbant l'échine.
Une recommandation supplémentaire avait cependant été donnée à chacune et chacun : celle de faire tampon entre leur parentelle Von Lichtensteinnienne et ceux des Montreuillois qui auraient dans l'idée de faire un amalgame malheureux entre Francine Libberecht, ses enfants, et l'occupant allemand.

Hermeline était tristement consciente que l'état de grâce, qui pour l'instant l'avait épargné de se faire traiter de sale boche, finirait sans doute bien plus vite qu'elle ne l'espérait. Surtout depuis les rafles à Saint-Paul et le meurtre barbare de la pauvre madame Eugénie (sans parler des condamnations après le vol des œufs à Sarnand, et oui elle se sentait suffisamment coupable comme ça, merci). Cependant, une occasion de sortir s'aérer la tête et passer du temps en famille en étant sûre que la guerre ne serait même pas seulement évoquée, cela ne se refusait pas. Et tant pis si quelques soiffards avinés ou quelques dindes trop imbibées se fendaient de quelques réflexions inopportunes quand à ses ancêtres d'outre-Rhin.

La blondinette était arrivée tôt, flanquée comme toujours depuis quelques temps de ses deux amies, sous la tendre mais ferme houlette de Sœur Sidonie de l'Enfant Jésus, dite aussi cousine Sissi pour la famille. Les demoiselles de la très honorable institution avaient peut-être le droit de sortir avec l'autorisation de leurs parents (et pour certaines, les manigances d'un papa inquiet qui souhaitait voir sa fifille bien encadrée par des camarades sérieuses et de confiances), mais pas sans un chaperon assermenté de la noble maison Sainte Marie des Anges.
Chaperon qui avait cornaqué ses ouailles durant tout leurs préparatifs, coupant court à certains desiderata jugés peu convenables pour des petites jeunes filles bien comme il faut : Pas de maquillage, jupe sous le genou, des talons de moins de 5 cm, Sœur Sidonie avait été intransigeante.

Bien sûr à leurs robes, point de décolletés. Mais si la jupe en corolle arborait bien la longueur réglementaire qui séparait la demoiselle françâÂâise de la gourgandine, les pensionnaires avaient fait en sorte que la coupe leur permette de gracieusement dévoiler bien plus si elles décidaient de tournoyer sur la musique. Les chignons tenaient par la grâce d'un quintal d'épingles et Hermeline s'était promise de s'en débarrasser rapidement pour laisser flotter ses boucles. Les talons de leurs souliers à bride avaient passer l'examen du double-décimètre et enfin, la mère supérieure avait donné son approbation pleine et entière avant de laisser sortir ses brebis hors de la bergerie.

Dites brebis qui avaient sirotées des diabolo-menthes et grenadines tout en papotant d'arrache-pied avec tout ce que la foule comptait de parentelle. Et ça faisait du monde.
Bien que se sentant déjà bien grande, Hermeline n'était pas entrée assez loin dans le monde merveilleux de la révolte adolescente pour refuser un câlin de sa maman, et avait largement profité de ses bras aimant avant que la musique de commence et que quelques cousins ne viennent inviter à danser les filles Von Lichtenstein, leurs amies et leur mère.

Invitée à danser par Ivan, la blondinette avait réussi à user de ce qui restait encore de son aura d'ainesse pour convaincre son petit frère de l'emmener valser à une distance raisonnable, pour une ado, de toute présence raisonnable justement. C'est donc devant une vitrine en bordure de la place qu'Hermeline effeuillait son chignon et remplaçait les épingles par un ruban couleur framboise assorti à sa robe, tandis que son puiné grognonnait qu'il allait se faire disputer et qu'il fallait rejoindre les autres et patati et patata. Et pendant ce temps sa sœur opinait du bonnet tout en remarquant dans les reflets sa prochaine destination... Après tout, elle ne pouvait décemment pas venir au bal sans aller saluer sa cousine Madeleine n'est-ce pas ?

"Roooh arrête de chouiner gros bébé, on y retourne va..." Dit-elle enfin satisfaite de sa coiffure, en tournoyant sur elle-même afin de faire face au triste sire qui ouvrit de grand yeux effrayés, marmottant sombrement que Sissi n'avait certainement pas été mise au courant des ressources cachées de la force centrifuge sur ce jupon, et que c'était bien trop de jambes pour qu'il se sente vraiment à l'aise avec cette vision d'horreur... Ce qui lui valu une calbote. Bien sûr.

"Allez vient, je veux aller dire bonjour à Madeleine" Ordonna le petit général en jupon à sa pauvre victime, l'entrainant en direction de la foule et à l'exacte opposée du cocon douillet de leur tentaculaire et un peu inattentive famille...
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MessageSujet: Re: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Dim 29 Mar - 20:39

Si l’officier Siedler se sentait terriblement embarrassé, qu’en était-il de Mado ?

Lorsqu’elle avait appris, par l’intermédiaire de Léontine et de ses collègues, qu’un bal populaire allait être organisé à Montreuil pour le 14 juillet, la domestique avait été plutôt contente. Pas parce qu’elle comptait s’y rendre, non, bien sûr que non, mais plutôt parce que cela signifiait que la soirée serait tranquille à Sarnand. La majorité des soldats et la plupart de ses collègues décideraient probablement de passer la soirée en ville, et elle avait donc toutes les chances de ne pas croiser grand-monde. Hélas, les événements ne suivaient pas toujours les lois de la probabilité. Certains d’entre eux les défiaient même totalement… comme la demande de l’officier Siedler de l’accompagner au bal, par exemple.

Du point de vue de Madeleine, l’officier Siedler était effrayant. Comme toute personne n’appartenant pas à sa famille proche. En théorie, il était même tout près du sommet de l’échelle des personnes effrayantes : il ne faisait pas partie de la famille – pas même de loin, c’était un homme, il portait un uniforme, un uniforme allemand même, et – comble de l’horreur – il était haut gradé. Néanmoins, en réalité, il n’était pas aussi effrayant qu’il l’aurait dû. Ou, pour être tout à fait honnête, il n’était plus aussi effrayant qu’il l’avait été. Depuis la visite du terrifiant Heydrich – oui, oui, terrifiant, même les Allemands en avaient peur ! – Mado avait découvert que l’officier Siedler pouvait inspirer autre chose que de la peur. Autre chose qui ressemblait à une pointe de sympathie, de compréhension ou de compassion. Quoi qu’il en soit, cette autre chose lui avait permis de conserver une petite fenêtre de réflexion au lieu de rester paralysée. Siedler ne lui avait-il pas dit, une fois, qu’elle « avait le droit de dire non, sinon ce n’était pas bien ? »

La jeune femme en était donc encore à chercher un moyen – et le courage – de formuler ce « non » sans fâcher son interlocuteur quand celui-ci avait expliqué le pourquoi du comment il devait se rendre au bal même si c’était une fête française et s’il n’en avait pas envie… Il avait l’air si embarrassé que la petite pointe de compassion/compréhension/sympathie avait de nouveau fait son œuvre et qu’un « Oui » avait franchi les lèvres de la domestique avant même qu’elle en ait vraiment conscience.

Le jour J, une fois son service du jour terminé, Mado avait eu toutes les peines du monde à se préparer. Pas à cause du difficile choix de sa tenue – elle n’avait en tout et pour tout qu’une seule tenue ni grise ni brune, qu’aurait-elle fait d’une jupe voyante ou d’une robe pour danser ? – mais bien parce qu’il n’était pas évident de s’habiller ou de se coiffer lorsqu’on avait les mains moites et tremblantes. Elle avait fini par réussir, toutefois, tout comme elle avait réussi à convaincre Glouton de rester sage en attendant son retour, et ce fut donc vêtue d’une jupe noire et d’un chemisier blanc qu’elle avait rejoint son cavalier du jour.

Mais les épreuves étaient loin d’être terminées et le courage de Madeleine n’allait pas jusqu’à lui faire lever les yeux des pavés qui se trouvaient devant ses pieds. Après tout, c’était le meilleur moyen de ne pas croiser le regard de qui que ce soit. Et de ne pas être reconnue. De ne pas se faire remarquer. En fait, si on pouvait ne même pas la voir, ce serait parfait. Objectif que la danse rendrait tout de suite plus difficile à atteindre.

« S’asseoir serait parfait, répondit donc la jeune femme, presqu’à mi-voix mais sans trop bafouiller. Je… je ne danse pas très bien. »

Ce qui n’était pas tout à fait vrai. En réalité, elle ne se débrouillait pas trop mal… au cours des petites soirées familiales organisées dans la ferme des Pelous, au bras d’un frère ou d’un cousin proche et avec personne pour regarder. Autant dire que les conditions n’étaient pas vraiment réunies sur la Place de l’Oiseleur.

Et son objectif non atteint, puisque quelqu’un venait déjà les saluer. Heureusement la voix et l’accent ne laissaient que peu de place au doute sur l’identité du quelqu’un en question, ce qui permit à Mado de lever le nez des pavés pour adresser un sourire timide au garçon.

« Bonsoir Tim… »

Elle n’ajouta rien puisqu’une femme faisait son apparition. L’inconnue ne prit pas la peine de les saluer – ce qui convenait très bien à la domestique – mais la question qu’elle posa à Tim fit naître une légère rougeur sur les joues de Madeleine tandis qu’elle réalisait que, effectivement, le garçon s’était fait beau. Et elle avait une bonne idée, une très bonne idée, de la réponse à la question de l’inconnue. Moins d’un mois plus tôt, Tim ne lui avait-il pas parlé d’une petite amie ? Et Hermy ne lui avait-elle pas avoué s’être baignée avec Tim ? Pourvu que Tante Francine et le reste de la famille ne soit pas loin !
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MessageSujet: Re: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Lun 30 Mar - 20:49

Il avait fallu moins de dix minutes pour que Heinz en vienne à regretter de ne pas pouvoir fusionner avec les murs.

Certains Allemands prétendaient que les Français ne voyaient pas au delà de leur uniforme. C'était vrai dans certains cas, mais visiblement pas assez pour que Heinz ne soit pas reconnu ; histoire d'achever de le blaser, il fallait en plus qu'il soit reconnu par l'idiot du village et accessoirement le loustic le moins discret de Montreuil. Qu'est-ce qui lui avait pris de se ramener lui même ? Il aurait mieux fait de demander à cet incompétent d'Alsacien, lui au moins, en bon petit local, aurait pu faire tapisserie !

L'officier maugréa quelque chose à mi chemin entre un "bonjour" et un "casses-toi", mais n'eut pas le temps d'en faire beaucoup plus avant qu'une autre connaissance qu'il aurait aimé éviter ne se pointe. Heinz pouvait éjecter Tim à grands coups de pied au cul, mais madame... comment s'appelait-elle, déjà ? Leker ? Bref, cette femme ne semblait pas du genre à dégager si elle n'en avait pas envie. Heinz opta donc pour la tactique du crabe. Avec un peu de chance, Madeleine comprendrait qu'il était temps de translater gentiment hors de portée de ces gens bruyants et suivrait le mouvement. Encore fallait-il le lui faire comprendre sans se faire capter par Tim...

Il prit doucement la main de la jeune femme dans ce qui aurait pu être un geste romantique, alors qu'il ne souhaitait qu'une chose, attirer son attention. Il lui adressa un petit signe de la tête dont il espérait qu'elle comprendrait qu'il était temps de s'esquiver, d'autant plus que dans son champ de vision était apparu une furieuse bande de locaux. Madame Leker et Tim, c'était déjà trop, hors de question de rester ici et de se faire alpaguer par un troupeau de gamines !
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MessageSujet: Re: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Mar 31 Mar - 19:16

Tout plein de monde ! Timothée était ravi de toute cette attention et il souriait de toutes ses dents pendant que Siedler semblait de plus en plus renfrogné. Pour un peu, le gamin l'aurait encouragé pour qu'il entraine Mado dans la danse, mais il préférait ne pas tenter sa chance alors que, jusqu'à présent, rien ne justifiait le fait qu'il s'en aille.

Il se tourna vers Liliane et lui sourit aussi avant de répondre à sa question.

"B'jour M'dame Keller ! Z'êtes bien fagotée aussi vous. Et puis j'suis pas sapé non plus hein faut pas déc'nner ! Mais je m'suis dit qu'des fois que j'vois Herm'line faut qu'j'en profite pour m'mettre sur mon tr'te et un ! Et vous z'avez pas d'part'naire pour vot' soirée ?"

Il remarqua du coin de l'oeil le couple de timides qui avait l'air de bouger et il se tourna vers eux aussi sec sans cesser de sourire.

"J'vous souhaite d'bien prof'ter d'la soirée ! Mado ! J't'interdis d'rougir trop, m'sieur Siedler c't'un bon gars, y t'f'ra rien qu'tu veux pas !"

Tout content de lui, il revint vers Liliane avant de voir Hermeline un peu plus loin et de sauter en agitant les bras.

"Herm'liiiinneee ! Viens vite on est là, y'a Mado, M'dame Keller et M'sieur Siedler ! C'est qui l'gnome qu'tu traines ?"

Ben quoi ? Le garçon était plus petit que lui et il était remorqué donc c'était un gnome un point c'est tout. Timothée grimaça très légèrement en constatant que la jeune fille était très couverte mais bon, on ne pouvait pas tout avoir dans la vie et il attendit de voir comment tout le petit monde allait réagir.
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MessageSujet: Re: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Lun 13 Avr - 0:42

Liliane sourit à l’écoute de la réponse de Timothée. Hermeline hein ? Deux véritables tornades ambulantes, la soirée risquait de s’annoncer animée s’ils venaient à se trouver.

Elle répondit ensuite de façon quelque peu évasive à l’interrogation relative à son absence de cavalier

« Non j’ai préféré venir seule pour pouvoir profiter au maximum de la soirée.. »

L’enseignante n’avait guère envie de prendre le risque de se faire asticoter sur sa relation assez peu discrète avec le Major von Warlau. Il fallait vite qu’elle détourne la conversation sur autre chose... C’est à ce moment là que Liliane trouva opportun de s’intéresser aux personnes en compagnie de Tim. Ils semblaient sur le point de s’éclipser. Ah non ! Sans perdre de temps elle les interpela avec un sourire engageant :

« Bonsoir, Liliane Keller, vous êtes des amis de Timothée ? »

Ce n’est qu’à ce moment que la française prit vraiment le temps de détailler le couple. La jeune femme timide lui était inconnue mais son cavalier par contre... Elle n’était plus trop sûre de son nom, c’était un allemand, ça en elle s’en souvenait, croisé non loin de l’église il y a quelques semaines de cela. Hmf il était culotté de venir à une fête un 14 juillet, même Hans n’avait pas osé. Qu’est-ce qu’il lui avait dit à l’époque déjà ? Une histoire de poterie ? Non, de vitrail et de vaisselle, ça lui revenait.

« Oh mais c’est vous ! Alors vous vendez bien votre vaisselle ? »


Liliane se contenta de hausser les épaules d’un air d’excuse lorsque Timothée se mit à s’agiter pour attirer bruyamment l’attention d’Hermeline, l’air de dire « ah la jeunesse ».
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MessageSujet: Re: Dans les bals populaires [14 juillet 1941]   Jeu 16 Avr - 20:33

Comme tous les pilotes de dragon, Stéphane pouvait se vanter d’avoir une vue d’aigle ; mais même s’il avait été albinos et à moitié aveugle, il n’aurait pas pu rater le mouvement de foule en direction de Siedler, comme si le Boche s’était brutalement transformé en lampion de fête. Les dents serrées, un début de rougeur sur les ailes de son nez, signe d’une tempête en préparation, le capitaine de Nobilitas ne rata pas le tournoiement d’une jupe de Sainte Marie des Anges, ni le début de conversation entre ce qui semblait être un fils de charretier et une élégante jeune femme.

Fidèle à son habitude, Madeleine semblait aussi à l’aise dans la foule qu’une Fleur-de-Nuit en plein soleil – ce qui était une raison parmi d’autres d’en vouloir à Siedler. Stéphane avait obligé la domestique à venir à la Fête des Fous mais, bon joueur, il n’avait plus tenté de la tirer de Sarnand par la suite ; son prochain objectif, c’était la Sainte-Catherine et le défilé des célibataires. Siedler était en train de tout gâcher : non seulement il érodait la résistance de Madeleine en s’exhibant avec elle en place publique, mais s’il décidait de la prendre sous sa coupe... elle ne porterait pas le superbe chapeau que Stéphane avait commandé à Paris.

La voix d’une connaissance tira Stéphane de ses ruminations. Il tourna la tête dans sa direction et fit un effort pour entamer une conversation amicale, mais il avait les pires difficultés du monde à cacher son irritation, et il ne parvenait pas à écarter Siedler et Mado de ses pensées ; en conséquence, il écourta la discussion aussi poliment que possible et marcha d’un pas quasi-militaire vers le gestapiste et sa compagne. En cours de route, il fit un effort pour dessiner un sourire sur ses lèvres, même si son regard, lui, garda une certaine dureté.

"Bonjour... Tout se passe bien ?" s’enquit-il, sans s’adresser à une personne en particulier ; son regard balaya en effet la petite troupe... sans oublier Madeleine.
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Dans les bals populaires [14 juillet 1941]

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