50/50 [18 juillet 1941]


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Allemand
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MessageSujet: 50/50 [18 juillet 1941]   Lun 16 Mar - 3:39

Henriette Maçon détestait sa vie.

Elle était née d'un père alcoolique et d'une mère petite main dans l'unique usine de couture de Montreuil, le Pic-Vert ; pauvre de naissance, elle avait subit pendant toute son enfance la misère de sa mère et la violence de son père. Obtenir son certificat d'études avec assez de talent pour poursuivre quelques temps au collège avec une bourse avait été le grand succès de sa vie. Elle s'était vue avec un vrai métier, de belles robes, une situation... elle avait décroché un boulot de secrétaire dans l'usine où avait trimé sa mère. De la vraie promotion sociale !

Mais le secrétariat ne suffisait pas à Henriette. Passée des tables de confection aux bureaux, elle avait découvert le style de vie bourgeois sans pouvoir y prétendre... ou tout du moins, jusqu'à ce la femme du patron ne soit surprise au lit avec le jardinier. Le divorce avait été fulgurant (et autant dire que la pauvre n'avait pas gardé un centime), et le patron célibataire la nouvelle étape dans le parcours d'Henriette.

Elle avait séduit ce vieux dégueulasse de trente ans son aîné sans trop de difficultés. A chaque fois que le dégoût lui montait dans la gorge, lorsqu'il la touchait, Henriette repensait aux robes de son ex-femmes, à leur belle et grande maison, à l'absence d'enfants qui ferait d'une épouse la seule héritière ; elle repensait, aussi, à sa mère morte à quarante-deux ans, à son père qui la battait parce qu'elle urinait au lit, et à l'idée que, mariée au patron, elle ne connaitrait jamais cette vie là.

Il y a trois semaines de cela, elle avait annoncée au vieux sa grossesse, et il avait annoncé leurs fiançailles. Deux semaines de pur bonheur avant que ce porc ne lui révèle qu'un petit connard venu d'Allemagne venait de racheter son entreprise pour une misère. Certes, ce n'était pas la faute du patron s'il n'était plus le patron, mais il aurait au moins pu la prévenir qu'il était juif et qu'il avait les services économiques sur le coin de la figure !

Et voilà que, pour bien l'enfoncer, le nouveau patron (beaucoup plus jeune, plus séduisant, et accessoirement beaucoup plus marié) lui demandait, à elle, la femme dont il avait gâché la vie, de téléphoner à une connasse de bourgeoise à qui la vie avait tout donné. Henriette ne pouvait pas se permettre de perdre ce travail. Elle devait prendre sur elle, trouver une solution et, tant qu'elle n'aurait rien de mieux à faire, décrocher le téléphone pour appeler la grognasse Keller.

Une opératrice prit son appel et la mit aussitôt en contact. Six ou sept sonneries plus tard, la bourgeoise décrochait.

"Oui ?" demanda la voix désincarnée. Marrant comme on pouvait mettre trois kilos de pédanterie dans trois pauvres lettres, un espace et un point d'interrogation.

"Bonjour, Henriette Maçon à l'appareil, de la part de monsieur Erlinger, le nouveau co-gérant de la fonderie L&K. Il souhaiterait vous rencontrer pour discuter de la reprise de l'entreprise."

Un court silence.

"Monsieur Erlinger est-il trop occupé pour me parler en personne ? S'il souhaite me rencontrer, je veux arranger le rendez-vous directement avec lui."

Henriette vit rouge. Alors comme ça, elle n'était pas assez bien pour elle ? Elle garda son calme. Elle avait l'habitude de cacher ses sentiments : quand le monde entier s'acharne à vous piétiner, au bout d'un moment, vous ressemblez en tout point à une serpillère.

"Très bien. Laissez moi un instant, je vais voir s'il est disponible."

Elle abandonna son bureau, calme en apparence mais dégoûtée à l'intérieur. Une secrétaire ! Elle n'était que ça ! Personne ne s'intéressait jamais aux secrétaires, de toute façon. Elle inspira et frappa à la porte.

A l'intérieur, Erlinger travaillait sur ce qui devait être la comptabilité. Ce type était peut être un voleur, mais il semblait déterminé à comprendre ce qu'il venait de voler. Il leva les yeux vers elle et lui adressa un superbe sourire. Henriette le lui rendit comme une femme qui n'est ni fiancée (ce qu'elle ne serait bientôt plus) ni enceinte (idem). Mieux valait être la maîtresse d'un patron marié que la femme d'un juif sur la paille.

"Madame Keller souhaite s'entretenir directement avec vous."


L'Allemand haussa un sourcil, visiblement amusé.

"Très bien, merci, je vais prendre l'appel."


Il avait vraiment un accent bizarre, pas boche du tout. On aurait dit un anglais croisé avec un paysan suisse ou belge.

"Madame Keller ? Franz Erlinger à l'appareil. Comme ma secrétaire a dû vous l'indiquer, je souhaiterai vous rencontrer pour discuter de la gérance de L&K. Vos disponibilités seront les miennes. Nous pouvons nous voir dans mon bureau ou ailleurs, si vous le désirez."

Le bureau ne la dérangeait pas. Elle proposa le 18 Juillet à 16h, ce qui lui allait tout à fait. Ils échangèrent quelques dernières politesses avant de raccrocher.

A 16h07, Henriette annonçait l'arrivée de madame Keller.


Dernière édition par Franz Erlinger le Dim 29 Mar - 5:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: 50/50 [18 juillet 1941]   Dim 29 Mar - 4:19

Les journées étaient longues, très longues depuis que l’année scolaire avait pris fin. L’été n’avait jamais posé de problème à l’enseignante, avant la guerre. Elle se sentait à présent inutile, vide... La morosité ne l’atteignait pas systématiquement avec autant de force, c’était simplement un mauvais jour. Et comme tout mauvais jour, rien n’allait, rien ne la satisfaisait. Elle avait tenté de coucher ses pensées, quelques idioties, dans un journal pour tuer le temps. L’exercice s’était soldé par une rature nette et épaisse des caractères. Tant qu’à être dans la thématique des gribouillages, Liliane avait ensuite estimé que c’était l’occasion de reprendre ses croquis... qui avaient immanquablement fini à la poubelle.

C’est donc de fâcheuse humeur que la bourgeoise reçut l’appel de la secrétaire d’un certain Franz Erlinger. Il voulait discuter de l’entreprise familiale ? Mais qu’est-ce que c’était que ces histoires, pourquoi la contacter elle et pas son père directement ? Qui plus est il y avait un je ne sais quoi chez la femme à l’autre bout du fil qui lui déplaisait fortement. Pure mauvaise foi de sa part, Liliane avait simplement envie d’être désagréable et de passer ses nerfs sur quelqu’un. La réponse fut donc froide et sèche. Si l’employée en fut offusquée, elle n’en montra rien. La blonde en ressentit une pointe de honte, aussitôt oubliée à la réponse de M. Erlinger.

Il avait un drôle d’accent, ça ne sonnait pas du tout allemand. En tant que professeur de langue ça l’intriguait, il faudrait qu’elle parvienne à le cerner. Ils convinrent rapidement d’un rendez-vous, elle passerait le 18 juillet à son bureau, à 16h.


16h07, Liliane avait un peu de retard, tant pis. Elle était remontée à bloc, bien déterminée à ne pas se laisser marcher sur les pieds. S’il l’avait contactée elle plutôt que son père dans l’espoir qu’elle serait plus influençable il risquait de déchanter. Les Keller n’avaient jamais été intimes avec leurs anciens associés, mais leur relation s’était toujours relativement bien passée. Ce changement déplaisait à la française, elle y voyait là un opportunisme écœurant. Mais il faudrait faire avec... Cet entretien permettrait de jauger leur nouveau partenaire...

A peine entrée, elle prit le parti de tenter d’imposer son rythme. Armée d’un grand sourire (comme si elle était parfaitement à l’heure), elle déclara en allemand en tendant la main :

« Bonjour, Liliane Keller, enchantée, que puis-je faire pour vous ? »      

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MessageSujet: Re: 50/50 [18 juillet 1941]   Dim 29 Mar - 5:00

Aux yeux de Franz Erlinger, madame Liliane Keller avait été un nom sur un arbre généalogique et une petite fille sur la "photo de famille" de l'entreprise. Il n'avait pas cherché à l'imaginer ou à la visualiser au delà de ce qu'il espérait obtenir d'elle, à savoir le détournement de l'hostilité que les ouvriers ne manqueraient pas de diriger vers un gérant allemand. Cela ne l'empêcha pas de fixer aussitôt l'image de la femme dans son esprit, dans la seconde qui lui suffisait généralement pour enregistrer des visages : plutôt grande, élancée, parfaitement cintrée dans un modèle parisien de tailleur sur mesure daté de 1938 ou 39 à en juger par le motif, les cheveux lissés et bouclés au fer et les jambes dotées de vrais bas (les fausses lotions et le coup de crayon ne trompaient pas un air averti), elle fleurait la bourgeoise tout autant que le parfum haut de gamme. Son maquillage discret mais expert en plus de sa coiffure blonde taillée au millimètre près trahissait un goût certain pour sa propre apparence. En voilà une qui devait aimer son reflet dans le miroir.

A l'issu de cette brève seconde durant laquelle Erlinger se fit une première idée, il adressa à madame Keller un sourire de business man, ouvert, amical, mais pas spécialement charmeur. Il voulait la séduire mais pas de cette façon.

"Franz Erlinger, enchanté,"
répondit-il en serrant la main de Liliane. Lui parlait-elle en allemand par obséquiosité de collabo ou par défi ? "Vous avez un accent très élégant, madame. Désirez vous un thé ou un café ? Que notre discussion soit sérieuse ne doit pas nous empêcher de passer un bon moment."

Il lui fit signe de s'assoir dans l'une des confortables chaises, patrimoine de l'entreprise depuis de longues années. Lui même se plaisait beaucoup dans le haut fauteuil laissé par monsieur Lévy, face au très beau bureau de chêne. Pas tout à fait le même genre que le sien à Hamburg, plus ancien dans le style, mais d'un superbe goût.

Elle demanda un café qu'il commanda à Henriette, avant de reprendre le cours de leur conversation.

"Allons droit au but, et surtout n'hésitez pas à m'arrêter si je parle trop vite. Vous avez dû entendre parler du rachat de 50% des parts de Lafeyrat & Keller par un consortium allemand. Je représente le dirigeant de cette entreprise, Herr Herbert Buechner, qui m'a donné carte blanche pour établir la gérance de L&K en son nom. Il s'avère que je gère déjà le rachat, en mon propre nom, de Tissages, Lévy & Fils ainsi que de l'usine de couture du Pic Vert. Je cherche donc une personne compétente, qui connaisse L&K et qui soit prête à travailler pour une entreprise allemande pour représenter Herr Buechner."

Il ménagea une très courte pause, pour le suspens.

"Je pensais à vous pour endosser ce rôle."
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